[27 janvier 2020] Olivier Dard : Bertrand de Jouvenel : pouvoir, souveraineté, principat

 

Allocution de présentation d’Olivier Dard

par Pierre Delvolvé
président de l’Académie

Le Président présente le Professeur Olivier Dard avant de lui donner la parole pour présenter sa communication.

         Olivier Dard a suivi des études supérieures en plusieurs domaines : en droit à l’Université de Paris Panthéon-Assas, où il a eu notamment pour professeur M. Yves Gaudemet, membre de notre de notre académie, à l’Institut d’études politiques, et en histoire à la Sorbonne. C’est dans cette discipline qu’il s’est ensuite spécialisé. Il a obtenu l’agrégation d’histoire puis le doctorat en histoire contemporaine (Institut d’études politiques de Paris). C’est ainsi qu’il a entrepris dans cette discipline une carrière universitaire. Après plusieurs postes dans des universités extérieures, il est maintenant professeur d’histoire contemporaine à l’université qui a aujourd’hui le nom de Sorbonne Université.

            Ses thèmes de recherche concernent l’histoire des élites politiques et économiques, l’histoire des doctrines et des modèles politiques et économiques, l’histoire des régimes politiques, des politiques publiques et des imaginaires politiques, et enfin l’histoire des droites radicales à travers l’étude de différentes figures.

            Il a publié de nombreuses études : huit ouvrages, dont certains traduits à l’étranger ; il en a dirigé une quarantaine d’autres, dont le très récent Dictionnaire des populismes paru au Cerf ; il a dirigé ou codirigé plusieurs dossiers ou numéros de revues, et publié de nombreux articles dans des revues françaises ou étrangères ; il a présenté une centaine de communications, en France et à l’étranger.

          L’ouvrage qui a attiré l’attention en vue de la communication d’aujourd’hui est celui que M. Dard a publié sur Bertrand de Jouvenel (Perrin, 2008, 527 p.).

         C’est ce qui a conduit à lui demander de traiter devant l’Académie le sujet suivant : Bertrand de Jouvenel : pouvoir, souveraineté, principat.

            Un lien existe entre la communication d’aujourd’hui et celle de M. Casanova lors de la séance précédente (Raymond Aron : pouvoir et souveraineté) puisque Raymond Aron est mort à l’issue d’un témoignage en faveur de Bertrand de Jouvenel qu’il avait apporté lors d’un procès en diffamation intenté par celui-ci, et que Bertrand de Jouvenel a traité, comme Raymond Aron, du pouvoir et de la puissance.

Bertrand de Jouvenel : pouvoir, souveraineté, principat

par Olivier Dard
Professeur à Sorbonne Université

Introduction

En 1956, Bertrand de Jouvenel présentait à l’Académie des sciences morales et politiques une communication intitulée « Des décisions collectives », contribution qui a été reprise pour ouvrir un volume de 1972, Du principat et autres réflexions politiques[1]. Le principat est le troisième volet du triptyque que nous allons examiner, après pouvoir et souveraineté. Il y a là plus qu’une commodité de présentation. Car les deux premiers termes sont les titres de deux ouvrages majeurs de Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir, sous-titré Histoire naturelle de se croissance et De la Souveraineté. Du principat et autres réflexions politiques est en revanche, comme Arcadie. Essais sur le mieux vivre[2], maître livre sur l’écologie politique, une réunion d’articles.

Lorsqu’il définit le principat ou « gouvernement personnel », Jouvenel souligne que ce « nom générique » désigne « tous ces régimes contemporains où le corps politique se trouve en fait régi par une seule tête[3]. » La date du texte, 1964, est instructive. Elle renvoie à la « République gaullienne » et plus largement à ce qu’il appelle la « monarchisation » des régimes politiques, notamment démocratiques, « monarchisation » qu’il met en lien avec « la défaveur des notables »[4]. L’article de 1964 s’adosse aussi chez Jouvenel à une préoccupation ancienne, la question du pouvoir. Elle est chez lui centrale depuis le second conflit mondial au cours duquel il a commencé de rédiger, en France puis en Suisse ce qui allait devenir Du pouvoir. Objet de réflexion constant, la question du pouvoir croise aussi la biographie de Jouvenel qui est âgé de quarante ans lorsqu’il met en chantier ce premier livre majeur.

 

Qui est alors Bertrand de Jouvenel (1903-1987) ? On sait à quel point son image est aujourd’hui brouillée à cause justement de ces années trente et quarante et des controverses pour ne pas dire des polémiques qui ont accompagné leur exhumation dans les années 1980 et leur remise en perspective. On se contentera de rappeler deux choses[5]. La première est que Bertrand de Jouvenel, c’est d’abord l’image d’un jeune homme doué et chanceux qui a comme père Henry, jeune loup de la politique, journaliste brillant et ambassadeur de France et comme belle-mère l’écrivain Colette en 1912. Certes, sa voie de journaliste et de reporter est tracée, mais le jeune Bertrand se fait rapidement un prénom dans le milieu des relèves de l’entre-deux-guerres, en particulier dans le sillage du parti radical socialiste et de sa « génération réaliste », incarnée par Jean Luchaire, un ami intime fusillé à la Libération. Un second trait renvoie à la question du fascisme de Jouvenel. Ami intime d’Otto Abetz (futur ambassadeur du Reich à Paris en 1940) qu’il a rencontré avec Luchaire à la fin des années vingt dans le cadre de la revue Notre temps et des mouvements européistes d’alors [c’est lui qui a permis à Jouvenel de réaliser en février 1936 un des rares entretiens accordés par avec Hitler à la presse française] et de Pierre Drieu la Rochelle, intellectuel phare du parti populaire français de Jacques Doriot, Jouvenel est une des plumes majeures du PPF entre 1936 et 1938, formation considérée comme une incarnation majeure du « fascisme français ». Depuis la publication en 1983 par Zeev Sternhell de Ni droite ni gauche sous-titré L’idéologie fasciste en France, cette image-là a occulté les autres, car elle a servi de détonateur à une querelle historiographique transatlantique sur la question du « fascisme français ». En définissant Jouvenel comme un « intellectuel fasciste fameux des années trente, reconverti après la guerre au libéralisme[6] », Sternhell a ouvert la porte aux prolongements judiciaires d’une affaire où Bertrand de Jouvenel avait fait condamner Sternhell en diffamation, grâce notamment à l’appui de Raymond Aron venu, quelques heures avant sa mort, témoigner en faveur de son ami[7].

Le Jouvenel que nous allons évoquer aujourd’hui est le Jouvenel libéral, celui qui a été connu et reconnu à l’étranger pour ses activités à la Société néolibérale du Mont-Pèlerin et surtout pous ses ouvrages Du Pouvoir et De la Souveraineté. En Italie et en Espagne, mais aussi aux Etats-Unis, les spécialistes de philosophie politique voient dans Jouvenel un théoricien de politique de premier plan, un spécialiste de Rousseau, et son libéralisme est un objet de recherche[8]. Il est aussi un auteur réédité (en particulier aux Etats-Unis) tandis qu’en France, si on excepte Du Pouvoir, Arcadie, L’Ethique de la redistribution, traduit de l’anglais et publié en 2014, ou De la Souveraineté récemment réédité, il est moins disponible.

Le Jouvenel que nous allons évoquer est celui des années 1940-1960, celui qui a abandonné toute ambition politique et qui se définit à travers une triple fonction résumée dans Du Principat : « au temps passé, explication du phénomène ; au temps présent, appréciation ; au temps futur, pronostic. » [Rappelons que Jouvenel, passionné par la prévision pour ne pas dire la prospective, est l’homme de Futuribles]. La question du pouvoir va donc nous fournir un fil conducteur de cette démarche que l’on peut suivre non seulement à travers ses textes publiés mais aussi ses très riches Cahiers dont la rédaction a été entamée le 7 avril 1943[9]. Pour nous, ces documents, près de 260 cahiers de 250 pages manuscrites sont des sources fondamentales et ont orienté un parti pris méthodologique assumé : lier autant que possible l’homme et l’œuvre tant l’intelligence de cette dernière est incompréhensible sans la lecture des Cahiers et Journaux de travail. En particulier Du Pouvoir, même s’il est considéré comme un classique de la théorie politique, ne peut être vraiment appréhendé, pour qui s’intéresse en propre à Jouvenel, qu’en référence à son itinéraire et à la conjoncture : il est un livre né de la guerre. Car sous l’occupation, Jouvenel a publié des ouvrages : en 1941, Après la défaite (35 000 exemplaires et traduit en allemand) et en 1942, Napoléon et l’économie dirigée. En même temps qu’il continue de fréquenter Abetz ou Luchaire, Jouvenel s’interroge sur lui-même, sa relation à l’Allemagne, la collaboration et Adolf Hitler. Les années 1942-1943 marquent un véritable tournant dans l’itinéraire et l’œuvre de Bertrand de Jouvenel. Le jeune homme vibrionnant s’assagit et parvient à stabiliser une vie privée jusque là fort agitée en rencontrant Hélène Duseigneur. Le journaliste de premier plan, souvent plus brillant que profond, décide de transformer sa relation à l’écriture et se lance dans la rédaction d’un volume ambitieux, provisoirement intitulé L’Etat. Il est devenu Du pouvoir et fut achevé et publié en Suisse aux éditions du Cheval Ailé, fondées au printemps 1944 ; une maison bien particulière dirigée par Constant Bourquin, un homme qui ne fait pas mystère de ses sympathies politiques et publie après la guerre notamment des souvenirs de dirigeants de l’Etat français mais aussi de Léon Degrelle ou de Dino Alfieri.

Du Pouvoir

Le Cahier de travail de Jouvenel permet d’en suivre la gestation lente et douloureuse, des prémices lus en Corrèze à Emmanuel Bel et André Malraux à la fin de la rédaction en Suisse. La rédaction de cet essai marque chez lui une nouvelle méthode de travail : le journaliste à la plume facile qui selon sa formule goûtait à « tourner rapidement un article » et livrait ses livres « à moitié cuits »[10] se donne à présent le temps de collationner des données, de se livrer à des ébauches de plans et de chapitres. Son dessein est de rompre avec sa « triste formation, celle que [lui] a donnée le monde du journalisme, comme l’habitude de bavarder en prenant pour thème les problèmes les plus capitaux »[11]. » Rapporté à l’itinéraire de Jouvenel, Du Pouvoir, montre qu’il s’agit pour son auteur de comprendre pourquoi les « gens éclairés » (dont faisait partie le jeune Jouvenel de Vers les Etats-Unis d’Europe) se sont trompés en pensant que « dans les Temps modernes » la guerre était « chose du passé ».[12] Mais s’il est né de la guerre, Du Pouvoir ne n’y réduit pas. Car l’ambition de Jouvenel est de s’inscrire dans une perspective de longue durée en s’efforçant de saisir les ressorts de la croissance de l’Etat dans les sociétés contemporaines et de poser des jalons pour l’après-guerre. De fait, à partir de prémisses différentes d’Hayek dans la Route de la servitude, Jouvenel fait montre des mêmes inquiétudes et refuse de penser que la défaite du nazisme puisse sur ce point transformer les choses : « Nous ne pouvons plus, hélas ! croire qu’en brisant Hitler et son régime, nous frappons le mal à sa source. Dans le même temps, nous formons des plans pour l’après-guerre qui rendraient l’Etat responsable de tous les sorts individuels […] ». La conséquence pour lui est claire : « Comment ne pas sentir qu’un Etat qui lierait à lui les hommes par tous les liens des besoins et des sentiments, serait d’autant plus capable de les vouer un jour aux destins guerriers ?[13] »

Que signifie justement ce « pouvoir » ? , Jouvenel qui n’est guère à l’aise avec les concepts philosophiques et goûte plutôt les métaphores (le pouvoir est assimilé au « minotaure ») peine à le définir. Jouvenel d’ailleurs n’aime pas les définitions[14]. Il montre en revanche le pouvoir en action, exemples historiques à l’appui, afin d’en retracer les origines et d’en comprendre la croissance depuis les Temps Modernes ; ce qui le conduit à étudier de près les théories qui le justifient et le rôle des révolutions et des guerres qui sont pour lui les facteurs et les moteurs de cette croissance. Jouvenel utilise en particulier un concept qui lui est cher et qui a fondé sa démarche, celui de la « concurrence politique » qui signifie que les Etats copient les « méthodes » de l’adversaire pour mieux le vaincre, la nature des régimes politiques ne changeant rien à l’affaire, y compris pour la démocratie : elle n’a, selon lui, nullement été un frein à la guerre, bien au contraire. A lire Jouvenel, les formes constitutionnelles d’un régime politique pèsent peu par rapport à ce qu’il considère comme une loi de l’histoire et aux « caractères permanents du pouvoir ». La « doctrine démocratique » est directement dans sa ligne de mire : elle « offre l’exemple d’un système intellectuel que le vent social a retourné. Conçu pour fonder la liberté, il se trouve préparer la tyrannie. Né avec une vocation de rempart à l’égard du Pouvoir, il lui fournit les plus amples alluvions dont il ait jamais disposé pour s’étaler sur le champ social[15]. » La souveraineté de la loi, qui la rend illimitée (il songe ici à la Troisième République) est ainsi une véritable menace pour la liberté.  Le fonctionnement de la démocratie est également fortement contesté : la généralisation du droit de vote marque une confusion entre les opinions et les intérêts tandis que l’avènement des partis et de la propagande, assimilés à une «  machine politique », empêcherait les personnalités marquantes d’émerger et ferait du Parlement non plus une « assemblée souveraine où une élite d’hommes indépendants comparent des opinions libres et parviennent à une décision raisonnable » mais « une chambre de compensation où les partis mesurent l’un contre l’autre leurs paquets de votes[16]. » La démocratie serait donc pour Jouvenel accoucheuse du « totalitarisme », ce que Jouvenel entend justifier par deux exemples récents : « On a vu le système porter ses fruits en Allemagne lorsqu’en 1933 les députés nationaux-socialistes manoeuvraient militairement au Parlement, assurant l’absolutisme de leur chef. Si les communistes, organisés de la même façon, avaient eu le même poids numérique au Parlement français de 1936, le résultat eût été le même[17]. »

Si le propos de Jouvenel est fortement critique, son ouvrage entend proposer une série de solutions. On en mentionnera trois. La première est de limiter le pouvoir, idée qui n’a rien de nouveau (Jouvenel se réclame en particulier de Montesquieu, Benjamin Constant ou Sismondi). Elle ne saurait se limiter à une « séparation des pouvoirs » mais devrait prendre la forme de contre-pouvoirs entendus comme une véritable représentation des intérêts, préoccupation présente chez lui depuis son premier essai paru en 1928, l’Economie dirigée. Le second remède est d’imposer une véritable « suprématie du droit », ce qui implique qu’il soit « autonome » et non élaboré par le pouvoir : il plaide pour le triomphe de la Loi, de la Coutume et se fait le défenseur de la Cour suprême américaine en s’interrogeant sur sa possible transposition en France. Enfin, l’homme doit selon Jouvenel retrouver le sens de la liberté assimilé à la « dignité » de la personne. Le mot est lâché. Il illustre le basculement opéré par Jouvenel au sein des relèves françaises de l’entre-deux-guerres[18]. A partir de 1938, le jeune « réaliste » s’est rapproché des spiritualistes, notamment des hommes de la Jeune Droite de la revue Civilisation et, à une date qu’il n’est pas possible de déterminer avec précision, il a embrassé la foi catholique. De fait, bien des thèmes présents dans Du Pouvoir renvoient à une forme de « syncrétisme » pointé par le sociologue E- Martin Meunier (« totalitarisme larvé de l’Etat démocratique », « critique du vide bureaucratique » etc.)[19]. Si les prémisses et les références de Jouvenel ne sont pas ceux des spiritualistes, il les retrouve sur bien des conclusions. Le constat qu’il dresse du monde occidental en 1945 est donc pessimiste. Loin de saluer l’avènement de l’Etat providence, il dénonce ce « Protectorat social » et son « despotisme ». Il prédit « l’ère des proscriptions et des guerres civiles », des « guerres internationales » ou encore le danger de voir des dirigeants « construire des cités du Soleil peuplées d’une plus noble race » et pouvant pratiquer « l’extermination de toute une race dont le sang serait impur ». Bertrand de Jouvenel livre alors un constat en forme d’autobiographie et d’auto-analyse : « Il faut avoir fait soi même la chasse aux vérités pour savoir combien trompeur est l’éclat d’évidence dont une proposition vous éblouit soudain. […] Il faut embrasser tout le champ du savoir pour mesurer combien peu de découvertes présentent une solidité suffisante pour qu’on ose fonder sur elles une action affectant toute la société humaine. […] A défaut de cette connaissance intellectuelle des limites du savoir, la sagesse mondaine d’une aristocratie terrienne peut prémunir contre des enthousiasmes qui veulent être constructeurs et risquent d’être incendiaires[20]. »

En France, Du Pouvoir est quasiment passé sous silence. Jouvenel sent le souffre et n’a guère de contacts qu’avec les milieux venus des relèves années trente et regroupés autour de la revue Fédération ou le monde des épurés dont la principale revue, les Ecrits de Paris, le publie à différentes reprises. En revanche, l’écho du livre en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis est important. Le rôle de D. W. Brogan, professeur de sciences politiques à Cambridge a été déterminant puisqu’il l’a longuement commenté dans le supplément littéraire du Times. L’écho de cette recension permet une traduction et une publication aux Etats-Unis. Elle intervient en mai-juin 1949. Jouvenel fait l’objet de critiques très laudatives, notamment dans le Wall Street Journal (il est comparé à Burke et à Tocqueville) et se voit salué comme Européen pour son rejet de l’étatisme qui doit servir de mise en garde aux Américains. D’autres recensions sont plus critiques et dénoncent la méthode de l’ouvrage, le goût exagéré de son auteur pour la métaphore, qualifient même Jouvenel de « penseur léger » (Trevor-Roper dans le New-York Times) et attaquent son pessimisme. Cela étant, le parallèle avec Hayek est opéré et Jouvenel se fait un nom outre-Atlantique. Reconnu pour Du Pouvoir, Jouvenel y est consacré pour De la souveraineté.

De la Souveraineté : une suite ?

Publié en 1955, De la Souveraineté, sous-titré À la recherche du Bien politique, est présenté par un « avertissement » de son auteur comme « la suite directe du Pouvoir[21] ». On y retrouve effectivement des éléments de continuité sur le plan de l’objet de la réflexion comme sur la forme : le nouveau projet se situe lui aussi, selon ses propres termes, dans le registre de « l’exploration ». En fait, une lecture historicisée de l’essai impose de ne pas s’en tenir au livre achevé mais de revenir sur les étapes et les aléas de sa composition. Jouvenel a mis près de dix ans à l’écrire, de façon discontinue. Son Journal de travail est éloquent : comme pour Du Pouvoir, la rédaction a été douloureuse et la fin particulièrement pénible. Le 13 mars 1955 il peut enfin s’exclamer : « Fini du Bien politique […] Ce n’est pas assez de dire que je suis fatigué. J’ai travaillé depuis des années et des années […][22]. » Le résultat ne le satisfait qu’en partie : « Je sais bien que ce livre est mal construit mais il s’y trouve beaucoup de choses[23]. »

De fait, le volume ne comporte pas de conclusion (lacune comblée dans l’édition anglaise[24]) et son découpage final ne correspond pas aux étapes de son écriture. Ainsi la troisième partie, intitulée « de la Souveraineté », et notamment son premier chapitre, « Sur le développement de l’idée de Volonté Souveraine », précocement rédigés, s’inscrivent directement dans le sillage du Pouvoir. Comme précédemment, Bertrand de Jouvenel cherche avant tout une mise en perspective historique et aspire à une vision globale, en tout temps et en tout lieu. Jouvenel entend proposer à son lecteur une approche transversale de son objet et lui donner des outils pour penser le régime politique et la société dans laquelle il vit.

En premier lieu, Bertrand de Jouvenel refuse d’opposer la souveraineté monarchique qui serait absolue et donc arbitraire à la souveraineté populaire qui ne pourrait être despotique. Au contraire, « les deux systèmes que l’on croit les plus opposés, celui qui attribue au roi une souveraineté illimitée et arbitraire, et celui qui attribue au peuple une souveraineté illimitée et arbitraire, sont bâtis sur le même modèle intellectuel, et ils confèrent le même droit despotique aux détenteurs effectifs du pouvoir »[25]. Ils induisent chez l’auteur une méfiance vis-à-vis d’une extension démesurée du domaine de la loi comme un rejet de la démocratie d’opinion dont on trouve trace dans d’autres textes[26]. Bertrand de Jouvenel prend le soin de s’expliquer sur ces points. Il ne manque pas de rappeler ce lieu commun des démocraties libérales que « l’opinion majoritaire tire son autorité non de la majorité seule, mais de la majorité formée dans un climat de liberté d’opinion[27] ».

Le plus intéressant, et peut-être le plus contemporain, concerne les réflexions que Jouvenel propose sur le Bien Commun. Cette recherche du bien commun est au cœur de la démarche comme de la pensée de Jouvenel. L’essentiel pour lui est que « l’état social est l’institutionnalisation de la confiance » : « Chaque individu a un intérêt particulier manifeste à pouvoir se fier en autrui et ceci de deux façons différentes : d’abord à pouvoir compter sur la complaisance d’autrui en général, ce qui suppose un climat social d’amitié ; ensuite à connaître assez exactement la conduite qui sera tenue par autrui. Et cet intérêt, particulier à chacun et le même pour tous, constitue un véritable intérêt commun, dont on ne peut pas dire a priori qu’il épuise le contenu du “Bien Commun” mais qui apparaît au moins comme son constituant primaire et essentiel[28]. » La question du pouvoir en est inséparable lorsqu’il se demande si « l’autorité politique peut promouvoir l’amitié sociale ». La réponse est affirmative puisque « la fonction essentielle des autorités » réside dans « l’augmentation de la confiance régnant au sein de l’ensemble[29]. » Le « Bien Commun » pour Bertrand de Jouvenel peut donc se « représenter » comme « se trouvant dans la force du nœud social, dans la chaleur et l’amitié entre citoyens, dans la solidité des certitudes qu’ils se donnent, toutes conditions du bien que les hommes peuvent se faire mutuellement par l’existence en Société[30]. » Jouvenel, qui se réclame explicitement de Platon et de Rousseau, entend actualiser cet objectif pour les sociétés de la seconde moitié du xxe siècle ; une démarche qui comporte des limites.

En effet, la perspective suppose un certain « fixisme » que Bertrand de Jouvenel articule autour de quatre « corollaires » : « petitesse » (étendue de la cité), « homogénéité » (il vise ici les « éléments étrangers »), « clôture » (méfiance « des croyances et des usages venus d’ailleurs »), « invariance » (il signifie une condamnation de « l’esprit d’innovation »). Ces « corollaires » sont pour Jouvenel « nécessairement odieux à tout esprit contemporain » et incompatibles avec le processus historique caractérisé par « l’extension des sociétés, l’agrégation des populations disparates, la contagion des cultures, le jaillissement des nouveautés[31] ». Sans prononcer les mots de « mondialisation » ou de « globalisation », c’est bien à ces phénomènes qu’il fait référence[32]. Il n’entend nullement rejeter en bloc ces mises en garde et souligne qu’il « faut être présomptueux pour rejeter comme absurdes des corollaires que de tels esprits [Platon et Rousseau] ont cru logiquement attachés à la proposition principale que nous souscrivons. » Publiées en 1955, les phrases qui suivent trouvent un écho dans nos débats et polémiques actuels sur l’identité, l’immigration ou la repentance coloniale : « En traitant ces vues comme dignes de considération, au moins apprendra-t-on à se montrer plus compréhensif, plus tolérant à l’égard de certaines attitudes sociales : partout l’observateur rencontre de la part de communautés cohérentes, des phénomènes de refus de réception, de refus d’admission. Ainsi dans le cas des sociétés que nous disons non progressives, le refus des innovations proposées par une culture différente. Oserions-nous affirmer que, même désarmée, l’intrusion de notre culture occidentale sur les quatre autres continents, n’a détruit aucuns biens communs des peuples qui l’ont subie ? […] Mais bien plus, la Cité en expansion ne souffre-t-elle aucune corruption et les sénateurs romains qui voyaient dans l’impérialisme le tombeau de la vertu républicaine étaient-ils insensés ? Les vues de Platon et de Rousseau peuvent aussi nous aider à tempérer notre indignation à l’endroit des groupes qui répugnent à l’admission d’éléments disparates dans leur cercle […] c’est le même réflexe de défense d’une harmonie intérieure établie. » De ces exemples, Bertrand de Jouvenel entend retirer une loi générale : « À la vérité, la Cité étant regardée comme un cercle d’amitié, il faut admettre que toute distension de ce cercle ou toute introduction d’éléments hétérogènes doit troubler le concert existant, et pose le problème de sa reconstitution : si l’extension ou l’intégration promet un bien futur par l’extension de “l’aire de confiance”, elle peut causer un mal présent par la rupture de liens existants, – comme il arrivera si certains prennent parti pour l’admission et que d’autres se cabrent là contre. » Et de conclure : « Les raisons que l’on a de préférer l’admission ne doivent pas rendre aveugle à la possibilité que le climat de confiance du groupe étroit ne se retrouve jamais avec la même intensité après grossissement[33]. »

Le choix de Bertrand de Jouvenel est clair : il est celui de « l’admission » et du refus de la clôture quelle que soit la nostalgie des « communautés étroites ». Elle reposerait sur deux « sources » : « l’une se trouve dans la tradition classique ; l’autre se trouve dans les besoins psychologiques de l’homme qui a la nostalgie de la tribu[34] ». Si Bertrand de Jouvenel en comprend les fondements, il refuse cette nostalgie, car « toute tentative pour donner les mêmes caractères à une grande société est utopique et mène à la tyrannie. » En conséquence, « le Bien Commun de confiance réciproque ne peut être recherché à mesure que les rapports sociaux s’étendent et se diversifient, dans les moyens inspirés par le modèle de la petite société close[35]. » Dans une société en proie à un développement vers un « réseau social universel » – « prodigieuse aventure » –, le « retour aux formes de vie tribales » dont Bertrand de Jouvenel prétend discerner le « signal » serait logique mais mortifère. Si l’ouverture doit nécessairement « comporter de graves mécomptes » et peut même échouer, « il paraît insensé de ne pas discerner qu’en elle est le progrès. » Sur ce dossier comme sur beaucoup d’autres, les positions de Bertrand de Jouvenel sont nettes : il se situe dans le camp des « philosophies progressistes de l’histoire », lesquelles sont « fondamentalement optimistes[36] ». Avec cependant chez Jouvenel beaucoup de prudence. Se projetant dans l’avenir, il se fait le promoteur d’une « coopération sociale » qui ne saurait être « édifiée à partir d’un seul centre organisateur[37] » : Bertrand de Jouvenel songe à « l’expérience de l’appauvrissement intellectuel et moral apporté par la mobilisation totale » et au totalitarisme[38]. La complexité des sociétés démocratiques invite à revisiter en profondeur la question de l’autorité dont le rôle est non seulement « essentiel » mais « très délicat », du fait qu’elle doive s’exercer dans une « société très évoluée ». Il propose un schéma d’analyse qui peut se lire aussi comme un projet d’organisation sociale et politique : « Le maintien des innombrables pilotis sur lesquels notre existence est fondée n’est bien entendu pas causé principalement par l’autorité : elle n’en est que la garante. Elle doit intervenir pour rétablir les pilotis qui bougent. » Et Jouvenel d’introduire dans son propos deux termes qui lui sont chers par la suite, « l’entraîneur » et « l’ajusteur » : « […] en même temps le progrès d’une société civilisée tient à l’action d’entraîneurs qui, à différents endroits du corps social sont principe de nouveauté. Laisser passer ces nouveautés ou une partie d’entre elles en ajustant continuellement l’équilibre général, ou du moins en veillant à son ajustement, c’est là ce qui fait la délicatesse de la tâche. L’autorité n’est plus simplement mainteneuse, elle est ajusteuse. » Il reste cependant à s’entendre sur la part que doivent revêtir le maintien en l’état et le mouvement. La réponse est nette : « l’essentiel de la tâche reste conservateur », étant entendu que « dans une société, la part de changement doit être faible et celle des régularités très grandes. L’individu ne peut en effet digérer le changement que par faibles fractions[39]. » Les mutations ne seront donc que progressives et principalement portés au sein de « groupes d’action » par des « entraîneurs », définis aussi comme des « maîtres d’œuvre » ou des « monarques d’équipes d’action[40] » (ils ne sont pas sans faire songer aux « leaders d’opinion » chers à la science politique américaine). On mesure à ces propositions que, si Bertrand de Jouvenel n’est pas béat devant le progrès, il ne le refuse pas. Le propos est fondamentalement réformateur. Les critiques que Bertrand de Jouvenel adresse aux sociétés démocratiques ont comme finalité de les transformer, mais non de les bouleverser. Il s’agit pour lui de faire mieux vivre les hommes ensemble en permettant, autant que faire ce peut, l’épanouissement de l’individu ; de même, il ne s’agit pas de refuser mais de contrôler et d’adapter le progrès et l’évolution. Ces présupposés comme cette démarche vont être repris et approfondis dans les autres chantiers auxquels Bertrand de Jouvenel commence à s’attaquer, la croissance ou l’environnement.

De ces objets, il n’est pas question même si Jouvenel publie son premier texte sur l’écologie en 1957. Entre le milieu des années 1950 et le milieu des années 1960, Jouvenel est d’abord l’auteur de la Souveraineté[41]. L’ouvrage a été salué en France par Jean-Jacques Chevallier dans la Revue française de science politique dans une recension nourrie et argumentée (il en retient l’importance des concepts d’ « entraîneur » et d’ « ajusteur ») et compare son auteur à Jean Bodin[42]. Mais c’est surtout l’édition en anglais qui marque les esprits. Comme précédemment, le Times de Londres le commente avantageusement. Aux Etats-Unis, outre la grande presse, il rencontre un écho chez les spécialistes de science politique. Robert A. Dahl, qui n’a pas encore publié sa célèbre étude sur Newhaven salue un ouvrage « pénétrant, informé, réfléchi et judicieux ». Il reprend aussi à son compte les thèses de Jouvenel, en fait un « pluralist » et se demande par ailleurs si le « common good » jouvenelien ne serait pas une forme d’équivalent du « public interest ». Les analyses de Bertrand de Jouvenel parlent aux Américains (ce qui est rare pour un Français de ce temps) et permettent de comprendre ses différentes invitations dans les universités américaines au tournant des années cinquante soixante (Yale, Berkeley), lesquelles lui ont permis d’écrire, directement en anglais (qu’il maîtrise parfaitement) The Pure Theory of Politics. Ajoutons que c’est cette promotion de Jouvenel par la science politique anglo-saxonne qui permet de comprendre son insertion en France dans les milieux universitaires, marquée par sa participation à la Revue française de science politique, la traduction par une équipe de jeunes gens de l’Institut d’études politiques de Paris de The Pure Theory of Politics (De la Politique pure) et par l’obtention d’une charge de cours comme professeur associé à la faculté de droit et de sciences politiques de Paris. Sur tous ces points, le rôle de Raymond Aron, avec lequel Jouvenel se lie d’amitié durant les années cinquante est important puisque c’est lui qui a joué les intermédiaires pour permettre à Jouvenel de publier dans la Revue française de science politique, l’y a accueilli en 1961 dans un célèbre dossier sur « Science et théorie de la politique » qu’il a coordonné et a publié De la Politique pure dans sa célèbre collection « liberté de l’Esprit » chez Calmann-Lévy.

Conclusion

Bertrand de Jouvenel, tout au long de sa vie, a continué à s’intéresser aux questions liées au pouvoir mais force est de constater que les débats sur la prévision, l’environnement ou sur la croissance ont largement dominé ses préoccupations au tournant des années 1960-1970. Dans Du Principat, si les premiers textes prolongent ces deux essais majeurs, les autres portent d’abord sur la prévision, ou les préférences dans le choix des décisions publiques. Car au milieu des années cinquante, dans De la Souverainté Jouvenel s’est assigné une mission qui est pour lui celle de science politique, la bannière de laquelle il s’est alors rangé : un « rôle du conseiller[43] » dont le cœur de la mission est la définition du bien commun. Bertrand de Jouvenel s’en explique clairement : « On peut répéter sous cent formes différentes que la possession de l’autorité publique oblige ceux qui en sont revêtus à en user dans l’intérêt général, pour le bien commun ; que l’intérêt du peuple doit être la règle de leurs décisions, le bien public la fin de leurs actions […] Cette exhortation est salutaire. Mais elle ne constitue pas le dernier mot de la morale politique : elle n’en est que le premier. Au philosophe qui lui recommande de vouloir et de servir l’intérêt général, le magistrat peut répondre : « Dites-moi comment le connaître. Donnez-m’en une idée claire, ou offrez-moi des critères qui m’aident à choisir entre les possibles ce qui est le plus convenable au bien public ». » C’est ce défi que Jouvenel, qui se range implicitement dans la catégorie du « savant politique[44] », entend relever, non sans en mesurer l’ampleur : « Le problème ainsi posé présente de très grandes difficultés : mais la science politique ne saurait l’esquiver sans renoncer à son objet propre : si elle se dérobe, il ne lui reste qu’à rédiger des manuels de procédures et des monographies d’observations[45] ».

A partir de la seconde moitié des années soixante, Jouvenel délaisse la science politique. A la tête d’Analyse et Prévision et de Futuribles, il n’est pas moins un intellectuel expert assumé auquel l’étiquette de technocrate ne fait pas peur (si tant est qu’on puisse le considérer comme tel). Il n’en demeure pas moins que pour l’étranger c’est le théoricien politique et ses réflexions sur le pouvoir qui ont le plus compté et sont encore sollicitées. Pour tous ses commentateurs, il existe bien une pensée jouvenelienne même si ce dernier s’en défie et les met au défi de la définir. A un futur biographe, Jouvenel adressait cette mise en garde dans son Cahier de travail de l’été 1973 : « Je vois mal pourquoi l’on s’intéresserait à l’histoire de ma vie, n’y portant moi-même aucun intérêt[46]. » Pieux mensonge. Car au fond Jouvenel craint le résultat et n’a pas oublié ses positionnements des années trente et quarante « un point sur lequel [il est] très chatouilleux » comme il le note au début de 1971 ajoutant quelques mois plus tard : « J’espère bien […] que ma petite notoriété n’ira pas jusqu’à faire écrire une biographie fouillée qui ne serait pas à mon avantage. Je ne me comprends pas bien et je ne m’approuve point du tout[47]. » Bertrand de Jouvenel n’en discrédite pas moins par avance tout travail sur lui et ses idées : « En lisant l’introduction de M. Sciacca à la traduction italienne de ma Souveraineté, j’éprouve une fois de plus l’impossibilité de reconnaître ma pensée dans une analyse qui m’en est présentée[48]. » Une mise en garde qui n’a pas empêché l’auteur de ces lignes de lui consacrer une biographie politique ; .

[1] L’ouvrage est paru chez Hachette.

[2] Bertrand de Jouvenel, Arcadie. Essais sur le mieux-vivre, nouvelle édition augmentée, préface de Dominique Bourg, Gallimard, 2002.

[3] Bertrand de Jouvenel, Du principat et autres réflexions politiques, op. cit., p. 133.

[4] Ibid., p. 134, p. 146.

[5] On dispose de deux travaux universitaires sur Jouvenel. La thèse volumineuse (1005 pages) et minutieuse de John Ronald Braun Une fidélité difficile : The Early Life and Ideas of Bertrand de Jouvenel, 1903-1945, thesis of Doctor of Philosophy in History, Waterloo, Ontario, 1985, ne couvre que la première partie de l’itinéraire. Nous nous permettons de renvoyer aussi à notre ouvrage qui aborde l’ensemble, Bertrand de Jouvenel, Perrin, 2008, 526 p.

[6] Zeev Sternhell, in Michel Dobry (dir.), Le mythe de l’allergie française au fascisme, Albin Michel, 2003, p. 393.

[7] Pierre Assouline, « Enquête sur un historien condamné pour diffamation », L’Histoire, n° 68, juin 1984, p. 98-101.

[8] Francesco Rinaldini, Bertrand de Jouvenel. Introduzione alla teoria politica, Napoli, Edizioni scientifiche italiane, 1997 ; Armando Zerolo Durán, El pensamiento político de Bertrand de Jouvenel, tesis doctoral, universidad CEU-San Pablo, 2008.

[9] Bertrand de Jouvenel s’est mis à tenir des Cahiers à partir du 7 avril 1943. Il s’agit de gros cahiers d’écolier, souvent de 250 pages, intégralement remplis pour l’essentiel d’entre eux. Entre 1943 et la fin de sa vie, Bertrand de Jouvenel en a couvert près de 260. Ils sont conservés dans le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

[10] Ces citations sont tirées des Cahiers de travail et reprises in Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel op. cit., p. 208, p. 210. On trouvera les références précises.

[11] Ibid., p 211.

[12] Bertrand de Jouvenel, Du pouvoir, op. cit., p. 231.

[13] Ibid., p. 37.

[14] Il y revient dans Du principat, op. cit., p. 133 qu’il refuse de définir : « Mon sentiment est très vivement contraire. […] définir, c’est prêter à la chose définie des traits qui, dès lors, font tout son personnage. »

[15] Bertrand de Jouvenel, Du pouvoir, op. cit., p. 386.

[16] Ibid., p. 439 et p. 445.

[17] Ibid., p. 447-448.

[18] Sur ce point et le positionnement de Jouvenel, Olivier Dard, Le rendez-vous manqué des relèves des années 30, PUF, 2002.

[19] E Martin-Meunier, Le Pari personnaliste. Modernité et catholicisme au XXe siècle, Fides, 2007, p. 196.

[20] Bertrand de Jouvenel, Du pouvoir, op. cit., p. 572-573.

[21] Bertrand de Jouvenel, De la Souveraineté…, op. cit., 7.

[22] Cité in Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel, op. cit., p. 235.

[23] Ibid., p. 235 (3 mars 1955).

[24] Bertrand de Jouvenel y revient sur sa définition de la science politique (Sovereignty. A Inquiry into the Political Good, The University of Chicago Press, 1957, p. 294 et suiv.).

[25] Bertrand de Jouvenel, De la Souveraineté…, op. cit., p. 254.

[26] Voir en particulier Bertrand de Jouvenel, L’Amérique en Europe. Le plan Marshall et la coopération internationale, Plon, 1948, p. 255.

[27] Bertrand de Jouvenel, De la Souveraineté, op. cit., p. 349.

[28] Ibid., p. 151 et p. 153.

[29] Ibid., p. 153 et p. 163.

[30] Ibid., p. 163.

[31] Ibid., p. 163-164.

[32] Voir en particulier Susan Berger, Notre Première Mondialisation, leçons d’un échec oublié, Seuil, 2003.

[33] Bertrand de Jouvenel, De la Souveraineté…, op. cit., p. 165-166.

[34] Ibid., p. 178.

[35] Ibid., p. 178-179.

[36] Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique, Flammarion, 2004, p. 220-221 et p. 296. Il se réfère à Arcadie.

[37] Il l’indique dès le début de son essai (De la Souveraineté…, op. cit., p. 23).

[38] Ibid., p. 95.

[39] Ibid., p. 75.

[40] Ibid., p. 93.

[41] Sur cette réception, Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel, op. cit., p. 250 et suiv.

[42] Dans ses « Réflexions sur le Dernier ouvrage de Bertrand de Jouvenel », Revue française de science politique, 1956, volume 6, n° 2, Jean-Jacques Chevallier dresse un parallèle avec le célèbre Traité de Jean Bodin pour souligner que le livre de Jouvenel n’est « en aucune façon un Traité de Souveraineté » mais que « pour reprendre une expression du fameux juriste angevin, l’auteur ici a « pris la mire plus haut » » (p. 380).

[43] Bertrand de Jouvenel, De la Souveraineté…, op. cit., p. 119.

[44] Ibid., p. 277. Il le définit comme « obsédé par le souci d’être comme les autres savants ».

[45] Ibid., p. 139-140.

[46] Cité in Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel, op. cit., p.11.

[47] Ibid., p. 11.

[48] Ibid., p. 11-12.