[2 mars 2020] Haïm Korsia : la transmission du pouvoir dans la Bible

Présentation de Haïm Korsia

par Pierre Delvolvé
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Le président, avant de donner la parole au Grand Rabbin Haïm Korsia, dit qu’il n’a pas à le présenter puisqu’il fait partie de l’Académie. Il tient à souligner cependant le rôle qu’il joue à l’extérieur et au sein de l’Académie. A celle-ci, il apporte une contribution importante à ses réflexions et même, le cas échéant, quelques éléments de distraction.

          

La transmission du pouvoir dans la Bible

par Haïm Korsia
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Synthèse de la communication présentée ci-dessous, à retrouver dans la Lettre d’information hebdomadaire de l’Académie (n°742) ; fichier mp3 à retrouver sur Canal Académie

On a parfois l’impression que la Bible est une histoire de guerre du pouvoir. Qu’est-ce que le pouvoir dans la Bible ? C’est la capacité d’un homme ou d’un groupe d’hommes et de femmes à conduire les Hébreux vers le destin que le Créateur leur a proposé, à définir les moyens d’y parvenir, à édicter et faire respecter les règles pour accomplir ce projet divin. S’agit-il alors d’un pouvoir de droit divin ? C’est la toute puissance divine qui orchestre les débuts de la création et donne à Adam et Eve la jouissance de l’Eden mais aussi le pouvoir de désobéir. On a le sentiment que le pouvoir passe au plus intelligent, ou au plus audacieux, au plus dénué de scrupules peut-être. Jacob, adoubé par l’ange, c’est-à-dire Dieu lui-même, devient Israël. Dieu privilégie les plus forts moralement, ceux capables d’assumer son dessein. C’est lors de l’Exode, lors de cette lente et difficile progression à la recherche de la Terre Promise et de la liberté que s’établissent les règles du pouvoir qui régissent le peuple hébreu et structurent son accomplissement. Le pouvoir est donc un pouvoir de droit divin. Le Créateur est omniprésent, du buisson ardent à l’ouverture de la mer Rouge, mais Dieu confie l’autorité à un groupe d’hommes car il sait que sa Parole serait inaudible si elle ne passait pas par ce truchement. Les Dix Commandements ne deviennent intelligibles que lorsqu’ils sont retranscrits par Moïse sous la dictée de Dieu.

Mais de quel pouvoir s’agit-il ? De pouvoir spirituel ? matériel ? politique ? S’agit-il de dominer, diriger, guider ? C’est surtout le pouvoir de la parole qui va transcender les transmissions de pouvoir dont il est question dans la Bible. Moïse renâcle, parce qu’il n’est pas habile à parler, mais il délègue son frère Aaron, qui parlera pour lui et qu’il inspirera. Moïse crée ainsi le bicéphalisme du pouvoir, une diarchie encore essentielle aujourd’hui. Dieu est toujours la source de ce pouvoir, comme l’attestent les prières. La Bible raconte des histoires de transmission heurtée parce que la transmission du pouvoir se fait en permanence avec la contestation de ce pouvoir qu’il faut revalider périodiquement pour qu’il n’apparaisse pas comme un arbitraire. Quand arrive le temps de sa succession, Moïse transmet le pouvoir intégralement à Josué, en posant les deux mains sur sa tête : le pouvoir se transmet lorsqu’il ne sert plus à celui qui le détient, dans l’objectif du bien commun. Car le pouvoir dans la Bible est toujours une histoire de bien commun.