Institution

L’Académie des sciences morales et politiques tient à la dénomination que lui ont léguée ses grands fondateurs, même si celle-ci a perdu aujourd’hui, pour la plupart des gens, la clarté qui était la sienne au XVIIIe siècle.

Les sciences morales et politiques recouvrent le champ de ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences humaines.
L’Académie est, à ce titre, la plus ancienne institution consacrée entièrement à ces sciences de l’homme.

De même que les sciences physiques avaient commencé à expliquer la nature par des lois rationnelles, il s’agissait d’étudier l’homme d’un point de vue rationnel.

Comme l’exprimait Montesquieu dans la préface de l’Esprit des lois :

J’ai d’abord examiné les hommes et j’ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier comme d’eux-mêmes; les histoires de toutes les nations n’en être que les suites; et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d’une autre plus générale. Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés mais de la nature des choses.

En cela, le projet intellectuel des « sciences morales et politiques » est l’héritier direct de celui des Lumières, reformulé par les Idéologues du début du XIXe siècle. Par la connaissance des « moeurs » humaines, de leur contingence et de leur nécessité, il devenait possible de trouver les formes d’organisation politique les plus favorables au bien public et à l’épanouissement de l’individu.

L’Académie a, tout au long du XIXe et du XXe siècles, favorisé et accompagné le développement des sciences humaines, en intégrant peu à peu en son sein les disciplines nouvelles qui apparaissaient : géographie, sociologie, psychologie.

En ce début de XXIe siècle, son rôle demeure plus que jamais original et indispensable, comme l’expriment ces propos de Michel Albert, secrétaire perpétuel de l’Académie de 2005 à 2010  :

Composée de membres élus en raison de leur expérience et de leur aptitude à prendre du recul, l’Académie des sciences morales et politiques a pour mission de distinguer les idées éprouvées des pensées chimériques et les repères solides des références aventureuses.

Dans le contexte d’un monde caractérisé par une propension infinie à l’accélération, à la densification des réseaux et, simultanément, exposé au risque de la fragmentation, l’Académie réaffirme dans un texte élaboré en 2017 le caractère irremplaçable de sa mission :  

Dans une époque marquée par l’extension infinie et l’éclatement des savoirs et par la prolifération des discours de toute sorte, une instance indépendante, attentive à l’actualité sans être soumise à l’urgence et libre à l’égard de toutes les modes car dépositaire d’une sagesse accumulée depuis plus de deux siècles, est nécessaire pour porter un regard serein et informé sur les débats qui agitent la société. En diffusant auprès du plus grand nombre des données avérées, présentées de manière dépassionnée et honnête, l’Académie participe à la formation de l’opinion publique, qui est la condition indispensable à un véritable débat démocratique. Alors que la France est confrontée à des choix fondamentaux qui engagent son avenir, elle est plus que jamais résolue à assumer cette responsabilité et à offrir à nos concitoyens les ressources qui leur permettront de déterminer en conscience leur destin.

Pour aller plus loin :