Raymond Tournoux, La Tragédie du Général, 2024

François d’ORCIVAL

François d’Orcival a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 16 septembre 2024 :

La Tragédie du Général de Raymond Tournoux (Perrin, 2024, 672 p.), préfacée par Eric Roussel

Discours prononcé par François d’ORCIVAL

Permettez-moi de vous présenter la nouvelle édition d’un livre de notre confrère disparu, Raymond Tournoux, la Tragédie du Général, préfacé par Eric Roussel.
Ce livre est paru en 1967, il y a donc 57 ans… Et notre confrère a eu l’heureuse idée de le présenter au lecteur actuel, même si un certain nombre d’entre nous pouvaient l’avoir dans leur bibliothèque. Raymond Tournoux fut élu, en 1981, au premier fauteuil de notre prestigieuse section Histoire et Géographie, son successeur étant six ans plus tard Alain Peyrefitte.
Or le dernier livre de Peyrefitte fut, on se le rappelle, son « C’était de Gaulle », ses entretiens avec le Général au temps où il était son ministre. Un rapprochement d’autant plus piquant que Tournoux consacre la Tragédie du Général aux entretiens qu’il a eu lui-même avec le général de Gaulle et notamment durant les douze années où celui-ci n’est pas aux affaires, de 1946 à 1958, et où son propos est d’autant plus libre qu’il n’est pas encore redevenu le chef de l’Etat.
L’ouvrage se compose d’un récit qui en constitue la partie essentielle, suivie par une partie documentaire de 160 pages, tout aussi passionnante, faite d’échanges et de documents. Mais la nouveauté de cette édition vient de la préface de notre ami Eric Roussel, qui est bien plus qu’une présentation de l’ouvrage puisqu’on y trouve à la fois un portrait de l’auteur, nécessaire pour le lecteur d’aujourd’hui, en même temps qu’une synthèse de son œuvre et du travail que l’on va lire ensuite.
Né en 1914 (il devait disparaître en 1984), Raymond Tournoux sera toute sa vie journaliste tout en devenant celui que Roussel appelle un « historien du présent ». « Comme un collectionneur épingle des insectes, dira de lui Alain Peyrefitte, Tournoux accumule les faits et les mots qui sont des faits. Son propos à lui reste en retrait. Il ne s’impose pas. Il propose. Il s’efface derrière ce qui compte… »
Je ne citerai qu’un échange qui résume le ton et le contenu du livre. Nous sommes en avril 1947 quand le président du conseil, Paul Ramadier, vient voir le Général qui avait quitté les affaires. « J’ai terminé sur ces mots, dit Ramadier : « La France ne peut exister sans la République ». De Gaulle m’a répondu : « C’est moi qui ai restauré la République. Croyez-vous que je veuille maintenant la renverser ? Cette accusation relève de la plaisanterie, monsieur le président. Je ne servirai que la France. »
Ce de Gaulle, dit Eric Roussel, est l’homme qui aura le plus fasciné Raymond Tournoux. Son livre est paru six mois avant Mai 1968 qui allait porter un rude coup au « grand dessein gaullien ». Les Français, nous dit le préfacier, « paraissaient fatigués d’avoir à leur tête un homme qui semblait plus penser à l’avenir qu’à leur sort immédiat » … Telle fut la Tragédie du Général.


Perrin, 672 pages, 26 euros

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