Toute-Sainteté,
En ce jour, sous la Coupole de l’Institut de France, l’Académie des Sciences morales et politiques accueille solennellement en son sein une autorité spirituelle au rayonnement planétaire, qui a consacré sa vie, comme le dit l’Evangile, au service de la « multitude ».
Nous distinguons votre personne. Mais nos cœurs accueillent en même temps les figures historiques qui, vous faisant cortège, éclairent votre destinée. Celles de la culture hellénique, de la civilisation byzantine et du christianisme oriental dont vous êtes le légataire. Celles du patriarcat œcuménique de Constantinople dont vous êtes le dépositaire. Celles de la foi orthodoxe dont, pour l’ensemble des fidèles qu’elle compte aujourd’hui sur les cinq continents, vous êtes le primat.
Escorté par ces figures, vous incarnez un aspect majeur de l’Europe saisie dans la totalité de sa longue durée ; de cette Europe que non seulement les entreprises impériales ne sont pas parvenues à rassembler, mais qui au contraire n’a cessé de se déchirer de leur fait. La logique impériale a culminé avec les deux guerres mondiales qui ont ruiné le Vieux continent et provoqué, entre le début et la fin du XXe siècle, la chute des quatre empires continentaux qui le dominaient encore à son début : l’empire austro-hongrois, l’empire allemand, l’empire ottoman et l’empire russe.
Au rêve de l’Union par l’empire a succédé celui de l’Union par le contrat librement consenti entre les nations européennes. La forme qu’a prise aujourd’hui ce que nous appelons l’Union européenne résulte d’un étirement extrême de celle qui, avant la chute de l’Union soviétique, avait existé sous le nom de Communauté. Cette forme a probablement atteint ses limites, si l’on songe sérieusement aux élargissements futurs à l’Ukraine et aux pays du Sud-Est de notre continent qui attendent leur heure. Nul ne peut prédire la nouvelle forme qui, après une inévitable métamorphose espérons-le pacifique, prévaudra pour incarner l’Union européenne du futur, vers le milieu de ce siècle.
Cette Union européenne du futur, qu’on doit imaginer plus proche d’une confédération forte que d’une fédération aux pieds d’argile, nous la voulons belle, bonne et vraie. Seulement à cette condition notre continent, surmontant ses déchirements, trouvera sa juste place alors qu’après un demi-millénaire elle a perdu celle que le destin lui avait assignée à l’aube des temps modernes. Le second XXe siècle, ce fut à la fois celui de la reconstruction pour les bénéficiaires du plan Marshall, et de la chute des empires coloniaux européens. Le nouveau monde aujourd’hui, celui qu’à tort on appelle le Sud global, est essentiellement constitué des Etats ou des nations qui, ayant dépassé l’indépendance formelle pour acquérir l’indépendance réelle, sont, en se développant avec ardeur, en train de remodeler le système international.
Telle est la scène sur laquelle nous, Européens, devons trouver avec fierté notre juste place en tirant parti du meilleur de ce dont nous avons hérité. La nouvelle Union, j’allais dire la nouvelle alliance à laquelle nous aspirons, ne sera possible qu’en prenant pleinement en compte ce que, Toute-Sainteté, vous représentez. Par exemple : la quête constante de la réconciliation et donc du pardon, qui occupe une place centrale dans les valeurs chrétiennes ; le respect de la Terre et plus largement de la Création ; l’approfondissement de la démarche proprement spirituelle, seule à même de combler le vide devant lequel nous pensons parfois nous trouver face aux conséquences de nos actions. Je crois que les Consœurs et les Confrères de notre Académie ont senti que, pour succéder au pape Benoît XVI, il fallait une personnalité chrétienne de la même profondeur ou de la même hauteur, qui eut aussi une dimension prophétique. Et j’en reviens, Toute-Sainteté, à votre histoire.
La faculté que vous manifestez de récapituler tant d’univers symboliques et de les incarner découle sans doute du choix de vie que vous avez opéré en décidant, dès l’enfance, de vous consacrer à leur défense et illustration. Ou, devrais-je dire, à leur sauvegarde puisque vous naissez en 1940, au seuil de la Seconde Guerre mondiale alors que les conséquences de la Première agissent à plein et perturbent le cadre même de votre venue au monde.
Depuis 1453 et la chute de la cité capitale, le siège patriarcal de Constantinople est confronté à de constantes épreuves, parfois presque fatales. En 1923, gommant le traité de Sèvres qu’ont édicté les Alliés, le traité de Lausanne prend acte de l’échange des populations d’Asie mineure et de la mer Egée, tout en attribuant l’île d’Imbros, votre berceau, bientôt renommée Göçeada, à la République de Turquie surgie des décombres de l’Empire ottoman.
Trente-deux ans plus tard, en 1955, surgit une nouvelle vague d’exode. En 1971 l’Institut de théologie de Halki, sur l’île de Heybeli dans la mer de Marmara où vous avez étudié et que vous avez dirigé, est fermé et l’est resté depuis. La question de la fin des institutions patriarcales est alors posée.
La providence en a voulu autrement. Sur le modèle de la kénose du Christ, le Trône œcuménique trouve dans cette situation extrême l’occasion de se concentrer sur l’« unique nécessaire », comme le dit l’Evangile. La kénose du Christ, c’est-à-dire son acceptation de se vider en quelque sorte de lui-même, le dépouillement de soi que décrit Saint Paul louant l’impuissance volontaire à laquelle consent le Verbe omnipotent en prenant chair, cette conception d’un Dieu qui perd caractérisant le génie du christianisme. Le Trône œcuménique transcende donc la situation en se délestant de l’accessoire, en épousant la simplicité, en exaltant la liberté. Alors qu’il apparaît crucifié aux yeux du monde, il va attester de la résurrection au regard de l’humanité.
Vous-même, Toute-Sainteté, allez être le témoin direct de cette renaissance à laquelle vous participez dès votre adolescence. Méliton, le métropolite d’Imbros, votre île natale, a discerné très tôt vos qualités. Il se fait votre père spirituel et votre mentor intellectuel. Or lui-même est l’un des personnages-clés de l’époque qui voit se lever un vent d’espérance et s’imposer la recherche œcuménique, la quête de l’unité des Eglises. Élevé sur le siège majeur de Chalcédoine, Méliton, en maître diplomate qu’il est, sachant œuvrer avec tact et détermination dans les coulisses, va étayer le fulgurant pontificat d’Athénagoras Ier. La rencontre du patriarche et du pape Paul VI à Jérusalem en 1964 en constitue le tournant, abolissant les excommunications réciproques qui avaient rendu les deux Eglises étrangères l’une à l’autre pendant près de mille ans.
Où êtes-vous à ce moment d’espérance qui contredit l’entropie de l’Histoire ? Le patriarche Athénagoras et le métropolite Méliton vous préparent-ils sciemment à assumer leur succession ? Pensent-ils qu’à cette fin votre formation doit se mesurer à la différence, éprouver l’altérité, intégrer la diversité ? Toujours est-il qu’ils vous envoient étudier de 1963 à 1968 à l’Université Louis-et-Maximilien de Munich en Allemagne (où le futur pape Benoît XVI fut également étudiant), à l’Institut œcuménique de Bossey en Suisse, à l’Institut pontifical oriental au Vatican en Italie ; et que, toujours à Rome, vous soutenez avec brio à l’Université grégorienne un doctorat portant sur la codification du droit canon dans la tradition orthodoxe. La « science en matières divines », selon l’expression médiévale, dont vous êtes le lauréat n’est pas anodine. Comme vous y reviendrez souvent, le canon, la règle ecclésiale, n’a pas pour finalité d’instaurer une impasse légaliste mais d’ouvrir une perspective libératrice. Cette conviction imprégnera votre action.
C’est en passeur, déjà, que vous revenez en 1968 sur les rives du Bosphore et au palais patriarcal du Phanar qui ont précisément pour vocation de jeter un pont entre l’Orient et l’Occident. C’est en passeur, désormais, que vous allez servir votre Eglise, transporté de haute fonction en haute fonction jusqu’en 1972, au décès du patriarche Athénagoras et à l’élection du patriarche Dimitrios. Vous voilà nommé à la tête du Secrétariat général du patriarcat, une fonction créée pour répondre aux défis du moment et qui vous va excellement, comme taillée sur mesure. C’est en passeur, encore, que vous devenez, en tant que métropolite de Philadelphie en Anatolie puis de Chalcédoine, un membre éminent d’institutions internationales où, prenant part aux débats du siècle, vous apportez le témoignage essentiel d’un christianisme de liberté. Et ce, jusqu’en 1991 quand, à la suite de la disparition de Dimitrios, le Saint-Synode vous élit 270e « archevêque de Constantinople-la-nouvelle-Rome et patriarche œcuménique ».
Depuis, vous avez consacré votre pontificat à ce que l’idée de passage devienne une pratique réelle, acceptée et mutuelle entre des communautés de destin qui, sinon, demeureraient imperméables, voire hostiles les unes aux autres.
Certes, le Trône œcuménique ne dispose ni de leviers diplomatiques, ni d’expédients économiques et encore moins de forces armées. Votre forme d’autorité échappe aux catégories classiques. Vous n’êtes pas seulement un chef spirituel mais pour autant vous n’êtes pas un chef politique. Vous êtes dépourvu de l’attribution de la souveraineté mais doté de l’apanage de la sagesse. Vous êtes un acteur non étatique, mais un acteur structurant de la scène internationale. Vous disposez d’un rare capital historique et symbolique qui vous confère une place originale dans la configuration du monde actuel. En bref, votre action, au cours de votre pontificat qui atteint trente-cinq années, s’inscrit au cœur des questionnements géopolitiques majeurs de notre temps.
De la position paradoxale qui est celle du patriarcat œcuménique de Constantinople, entre fragilité institutionnelle et acuité universelle, vous avez su faire une dynamique vivante. Votre ministère s’est déployé dans un contexte géopolitique marqué par la fin de la bipolarité, la montée des logiques identitaires, le retour du religieux en politique et la recomposition des rapports de force.
Dans les Orients méditerranéen, levantin, slave, historiquement façonnés par l’orthodoxie, et constituant une partie notable de l’espace post-soviétique, dans cet environnement hautement instable, vous avez inventé une diplomatie du refus : le refus de la confusion entre confession et domination. Au contraire de l’annexion étatique de la foi, que vous avez condamnée sans retour, vous avez posé au monde orthodoxe des questions fondamentales. Vous avez insisté pour qu’il se change en laboratoire du futur, qu’il adopte une conception symphonique de gouvernances décentralisées et mutualisées sans volonté d’hégémonie. A cette fin, vous avez ravivé le modèle d’unité dans la diversité que des historiens réputés, comme le britannique Sir Dimitri Obolenski, ont nommé le « Commonwealth byzantin » ; autrement dit, la communion civilisationnelle en termes de foi, de droit, d’art et de sociabilité qui court de la mer Rouge à la mer Blanche autour du centre historique dont vous êtes le garant.
Pour le dire autrement, Toute Sainteté, vous n’avez de cesse que de dénoncer la sacralisation de la politique et la politisation de la sacralité, et de distinguer les ordres spirituel et temporel, acceptant de les articuler toujours à la condition qu’ils concourent sans confusion à prendre soin de l’humanité.
Je ne saurais dresser ici l’inventaire complet de vos initiatives internationales en ce sens et vous m’autoriserez, Toute-Sainteté, à n’en mentionner que quelques-unes, saillantes et particulièrement significatives.
Tout d’abord, les réformes que vous avez actées dans la sphère orthodoxe. Dès 1992, alors que le Mur de Berlin est tombé et que l’URSS s’est dissoute, vous innovez en convoquant au Phanar la première Synaxe ou Assemblée des Primats. En 1996, attentif à l’aspiration des peuples à se décommuniser, vous accordez l’autonomie à l’Église orthodoxe d’Estonie. En 2016, vous ouvrez en Crète le Saint et Grand Concile auquel vous avez inlassablement œuvré, un tel rassemblement panorthodoxe n’ayant pu se tenir depuis près d’un millénaire. Et en 2019, derechef contre la dérive politico-religieuse qui sévit à Moscou, et là encore afin de défendre les droits humains fondamentaux, vous accordez cette fois l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine, c’est à dire son émancipation complète et son indépendance définitive à l’égard de la Russie.
Ensuite, votre action dans les relations œcuméniques et interreligieuses a été également déterminante. Depuis votre propre élection, ce ne sont pas moins de cinq papes avec lesquels vous vous êtes lié d’amitié. Ainsi cosignez-vous dès 1995 au Vatican avec Jean-Paul II une déclaration commune réaffirmant la sororité entre les deux Eglises. En 2013, à Rome, vous êtes le premier patriarche depuis le schisme à assister à l’intronisation d’un pape, en l’occurrence François que vous retrouverez en 2014 à Jérusalem, en 2016 à Lesbos. Et c’est avec son successeur, Léon XIV, au cours de son premier voyage à l’étranger depuis son élection, qu’en 2025, à Iznik, vous lirez d’une même voix le Credo pour célébrer le 1700ᵉ anniversaire du Concile de Nicée. Votre attention aux autres religions est également remarquable si l’on pense que dès 1994, alors que les Balkans s’enflamment, vous réunissez à Istanbul des personnalités chrétiennes, juives, musulmanes qui souscrivent avec vous à la Déclaration du Bosphore : « Tout crime commis au nom de la religion est un crime commis contre la religion ». Ce même souci vous anime encore lorsqu’en 2025, toujours à Istanbul, vous ouvrez le Symposium mondial des religions pour la paix.
Ainsi avez-vous très tôt compris, Toute-Sainteté, que votre fidélité à la tradition du Trône œcuménique devait s’exprimer dans la forme contemporaine de la rencontre gratuite, de l’échange sincère, du dialogue face à face bien sûr entre les orthodoxes, entre les chrétiens, entre les croyants, mais aussi avec les incroyants, agnostiques ou athées, car le désir de médiation qui vous anime a pour ambition ultime de relier la foi et la raison, la spiritualité et la science. Votre engagement constant dans ce sens doit être lu non comme une posture morale abstraite, mais comme une contribution à la stabilité d’un espace monde des plus vulnérables. Vous percevez dans l’attachement à la communication dialogique le génie propre au Vieux-Continent que vous embrassez dans sa complétude, unifiant son Est et son Ouest par-delà les contrariétés de l’histoire. Vos discours au Parlement européen en 1994 ou au Conseil de l’Europe en 2024 ont sonné le réveil à grande échelle de ce désir de réconciliation, sur lequel la Communauté européenne, d’abord occidentale, a été fondée dans les années 1950. Il faut le répéter : la réconciliation sera le véritable fondement de l’Union européenne du futur, dont les peuples devront à la fois concrétiser leur vouloir-vivre ensemble, s’enrichir de leurs différences et manifester au monde que le Vieux continent peut et doit encore rester un modèle.
Enfin, ce que le pape François reconnaît pleinement dès le préambule de son encyclique Laudate si’, vous avez été le premier responsable religieux, Toute-Sainteté, à faire de la question écologique non pas un thème périphérique, mais un enjeu crucial. Bien avant que l’opinion publique mondiale ne s’en empare, vous avez rappelé que la crise environnementale est d’abord une crise de la responsabilité humaine, une crise du rapport de l’homme à l’univers, une crise en définitive de la mesure et de la limite. Vous êtes auprès du patriarche Dimitrios lorsqu’en 1989 le Trône œcuménique instaure une nouvelle solennité liturgique en décrétant que le 1er septembre sera le jour de la fête de la Création. Le livre de la Genèse nous dit que le monde fut créé beau par un créateur aimant. Vous êtes devenu à votre tour patriarche lorsqu’en 1997, innovation inouïe, vous proclamez que dégrader la nature constitue un péché. Et vous liez la question écologique et la question sociale, vous l’inscrivez dans le rapport entre le Nord et le Sud, vous appelez à une solidarité rénovée et à une conscience transgénérationnelle. Votre pensée ne s’oppose nullement à la rationalité ; elle l’interpelle, elle l’accompagne, elle l’invite à se penser elle-même. C’est aussi en cela que ce fort message a été perçu comme prophétique au point que vous y avez gagné le surnom de « patriarche vert ». Il résonne avec une intensité particulière en un temps où les sciences, les techniques et les marchés ont acquis une puissance sans précédent, tandis que les repères politiques et moraux peinent à suivre.
Vos interventions en faveur de la sauvegarde de l’environnement mériteraient toutes d’être citées mais votre entreprise la plus spectaculaire reste sans doute le groupe Religion, science et environnement que vous fondez dès 1993 et qui, de 1995 à 2009, va décliner les colloques sur l’eau matricielle, de l’Egée à l’Arctique en passant par le Danube, l’Amazone ou le Mississipi, en compagnie de personnalités comme le prince Philip, Kofi Annan ou Romano Prodi. On vous verra prier devant un marais pollué dans l’exubérance colorée de la forêt tropicale et devant un iceberg en train de fondre dans l’immobilité immaculée de l’étendue polaire, présentant notre repentir face au désastre.
Votre action s’inscrit donc au croisement de plusieurs lignes de fracture du système international actuel et ne se limite pas aux espaces orthodoxe, œcuménique, religieux. Elle souligne combien les menaces majeures du XXIᵉ siècle interrogent directement les représentations que les sociétés se font d’elles-mêmes et de leur avenir, réclament de repenser la stabilité planétaire de même que la sécurité internationale et renvoie au principe d’autolimitation. Elle rejoint les préoccupations de nombreux chercheurs et praticiens des relations internationales, qui constatent chaque jour l’insuffisance des instruments classiques de régulation face à des crises systémiques.
Votre engagement en faveur du dialogue, j’y reviens, s’inscrit dans la même logique. Il ne s’agit pas, chez vous, je l’ai dit, d’un irénisme abstrait ou d’un pacifisme naïf, mais d’une méthode de prévention des conflits. Vous avez compris que, dans un monde où les identités religieuses sont souvent instrumentalisées, le dialogue n’est pas un luxe moral, mais une nécessité stratégique. En ce sens, votre action contribue à ce que l’on pourrait appeler une diplomatie de la longue durée, attentive aux structures profondes des sociétés qui forgent leur inconscient symbolique.
Votre force est de réussir à intercéder là où tant d’autres échouent à mobiliser : dans l’apaisement, dans la défense de la vie, dans le rappel constant que la paix ne se réduit pas à l’absence de guerre, mais suppose la reconnaissance de l’autre dans sa dignité. À une époque où les relations internationales tendent à se réduire à la logique de la force, votre parole rappelle qu’il existe une autre logique, celle de la conscience, de la responsabilité partagée. Celle que l’on attendrait d’une bonne organisation de gouvernance mondiale. Celle à laquelle s’attache l’esprit du droit international et du multilatéralisme, aujourd’hui malmenés. Cette même logique que, me semble-t-il, l’Académie des sciences morales et politiques s’efforce de préserver et de transmettre.
En effet, Toute-Sainteté, notre Académie n’est ni un cénacle confessionnel, ni un organe idéologique. Elle n’a pas pour vocation de trancher les conflits du monde. Elle cherche à en comprendre les ressorts profonds. Elle est un lieu délibératif où nous nous efforçons de penser ensemble des réponses aux problèmes complexes de la vie en société.
En vous accueillant parmi nous, nous disons que la réflexion sur la vie des peuples et le système international serait incomplète et même se condamnerait à l’aveuglement si elle ignorait le rôle des autorités spirituelles lorsqu’elles assument pleinement leur responsabilité historique et endossent le caractère non marchandable des libertés fondamentales. Cette attention vaut d’autant plus pour la méditation sur ce que, en soi, politique et morale signifient. Or, et ce sera ma remarque finale, nous ne vous accueillons pas à n’importe quel fauteuil mais à celui qu’a occupé le regretté pape Benoît XVI pour lequel vous avez eu une affection particulière au regard de sa passion pour la théologie et, plus particulièrement, pour les Pères de l’Eglise. Comme lui, vous n’avez guère besoin des honneurs terrestres. Mais nous nous plaisons à penser que, par cette succession, nous esquissons un trait d’union entre les deux Rome, d’Occident et d’Orient.
Toute-Sainteté, au nom de l’Académie des sciences morales et politiques, je vous souhaite la bienvenue parmi nous.
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