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L’ Académie des sciences morales et politiques :
une identité originale

 

Hier…

 

Benjamine des cinq Académies qui composent l’Institut de France, l’Académie des sciences morales et politiques occupe une place sans équivalent dans le paysage scientifique français. Son appellation, héritée des courants philosophiques du XVIIIe siècle, inscrit son activité dans une féconde tradition intellectuelle, toujours actuelle, qui la met en prise avec les évolutions les plus récentes de la société.

Telle est en effet sa raison d’être depuis plus de deux siècles : éclairer, avec le  recul et la sagesse que lui confèrent ses statuts et son histoire, les enjeux et les défis du temps présent, en vue de préparer l’avenir. Plus ancienne institution consacrée entièrement aux sciences de l’homme et de la société, elle a pour vocation d’accompagner le développement de ces savoirs qui ont renouvelé notre regard sur l’homme, sa vie en société et son rapport au monde, en favorisant le dialogue entre toutes les disciplines engagées dans ces recherches. Son originalité est d’associer à ce travail de réflexion une finalité pratique, à l’articulation de la réflexion et de l’action, qui s’exprime aussi bien dans les conseils que sollicitent d’elle les décideurs politiques que dans les propositions qu’elle leur soumet dans l’intérêt de notre pays.

L’Académie tient à la dénomination que lui ont léguée ses fondateurs, même si celle-ci a perdu pour la plupart la clarté qui était la sienne au XVIIIe siècle. Les « sciences morales et politiques » recouvrent le champ de l’étude de l’homme et de la société. L’Académie est la plus ancienne institution consacrée entièrement à ces sciences : de même que les sciences physiques avaient commencé à expliquer la nature par des lois rationnelles, il s’agissait d’étudier l’homme d’un point de vue rationnel, comme l’expose Montesquieu dans la préface de l’Esprit des lois :

J’ai d’abord examiné les hommes et j’ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de mœurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier comme d’eux-mêmes ; les histoires de toutes les nations n’en être que les suites ; et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d’une autre plus générale. Je n’ai point tiré mes principes de mes préjugés mais de la nature des choses.

En cela, le projet intellectuel des « sciences morales et politiques » est l’héritier direct de celui des Lumières, reformulé par les Idéologues du début du XIXe siècle. Par la connaissance des « moeurs » humaines, de leur contingence et de leur nécessité, il devenait possible de trouver les formes d’organisation politique les plus favorables au bien public et à l’épanouissement de l’individu.

L’Académie a, tout au long du XIXe et du XXe siècles, favorisé et accompagné le développement de ce que l’on appelle les « sciences humaines », en intégrant peu à peu en son sein les disciplines nouvelles qui apparaissaient : géographie, sociologie, psychologie.

 

… et aujourd’hui

 

En ce début de XXIe siècle, le rôle de l’Académie demeure plus que jamais original et indispensable, comme l’exprime Michel Albert, secrétaire perpétuel de l’Académie de 2005 à 2010  :

Composée de membres élus en raison de leur expérience et de leur aptitude à prendre du recul, l’Académie des sciences morales et politiques a pour mission de distinguer les idées éprouvées des pensées chimériques et les repères solides des références aventureuses.

En effet, dans un monde caractérisé par une propension infinie à l’accélération, à la densification des réseaux et, ainsi, exposé au risque de la fragmentation et de l’atomisation des savoirs, l’Académie réaffirme le caractère irremplaçable de sa mission  :

Dans une époque marquée par l’extension infinie et l’éclatement des savoirs et par la prolifération des discours de toute sorte, une instance indépendante, attentive à l’actualité sans être soumise à l’urgence et libre à l’égard de toutes les modes car dépositaire d’une sagesse accumulée depuis plus de deux siècles, est nécessaire pour porter un regard serein et informé sur les débats qui agitent la société. En diffusant auprès du plus grand nombre des données avérées, présentées de manière dépassionnée et honnête, l’Académie participe à la formation de l’opinion publique, qui est la condition indispensable à un véritable débat démocratique. Alors que la France est confrontée à des choix fondamentaux qui engagent son avenir, elle est plus que jamais résolue à assumer cette responsabilité et à offrir à nos concitoyens les ressources qui leur permettront de déterminer en conscience leur destin.

Pourquoi avons-nous besoin
d’une académie des sciences morales et politiques ? 2017

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Quelques références pour aller plus loin
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