Qu’est-ce qu’un académicien ?

Les académiciens sont des personnalités, élues par leurs pairs en raison de leurs mérites personnels. Le principe de cooptation est le garant de l’autonomie de l’Académie par rapport à tous les pouvoirs. Bien qu’étant au service de la Nation, les académiciens ne sont pas des fonctionnaires. Leurs appointements – fort modestes – sont calculés en partie sur la base de leur présence aux séances académiques régulières.

 

Les élections

 

Dans le courant de l’année qui suit le décès d’un membre de l’Académie, la section à laquelle il appartenait déclare la vacance du fauteuil qu’il occupait et fixe le calendrier de la nouvelle élection : date de clôture du dépôt des candidatures, examen et classement des candidatures par la section, lecture des rapports devant l’Académie réunie en comité secret puis élection en séance publique.

Les candidats ont en général un mois pour se déclarer par un courrier manuscrit adressé au secrétaire perpétuel et à tous les membres de l’Académie. Il leur faut ensuite sacrifier au rituel des visites académiques : demander à chacun audience, fournir à qui le souhaite des compléments d’information sur ses œuvres et travaux, rencontrer les membres qui ont accepté de les recevoir, les séduire, espérer obtenir leur suffrage… et attendre le jour du vote.
Il n’est pas rare de devoir se présenter plusieurs fois avant d’être élu car une bonne élection se prépare longtemps à l’avance par une campagne assidue.

Une fois élu, le nouvel académicien doit attendre la parution du décret présidentiel portant acte du résultat de l’élection. Il est alors introduit au cours d’une séance publique ordinaire. Le secrétaire perpétuel, quittant la tribune, vient le chercher dans le vestibule de la salle où il attend depuis le début de la séance et l’accompagne jusqu’au centre de la salle où il le présente au président. Naguère, ce rituel impliquait en outre que le secrétaire perpétuel tînt le nouvel élu par le petit doigt. Le président ayant remis au nouvel élu la médaille qui symbolise son appartenance à l’Académie, invite son nouveau confrère à siéger. Celui-ci prend alors place parmi ses pairs.

Dans les mois qui suivent son introduction, le nouvel élu donne lecture de la traditionnelle « Notice sur la vie et les travaux » de son prédécesseur. Depuis 2018, cet usage prend généralement place au cours d’une séance solennelle sous la Coupole, spécialement convoquée à cette fin. Cette lecture est précédé par un discours d’accueil, dans lequel le président de l’Académie ou un académicien désigné par le Bureau retrace la carrière de son nouveau confrère et rappelle les titres qui justifient sa présence dans cette compagnie.

 

Les femmes

 

L’Académie des Sciences morales et politiques a été la première Académie à accueillir une femme : Suzanne Bastid en 1971. Depuis, ont été élues Alice Saunier-Séïté (1995, section générale), Claude Dulong-Sainteny (1995, section Histoire et Géographie), Marianne Bastid-Bruguière (2001, section Morale et Sociologie), Mireille Delmas-Marty (2007, section Morale et Sociologie), Chantal Delsol (2007, section Philosophie) et Claudine Tiercelin (2017, section Philosophie), auxquelles il faut ajouter Dora Bakoyannis, élue en 2008 membre associé étranger. Sept femmes figurent en outre, à l’heure actuelle, parmi les correspondants de l’Académie.

 

L’habit d’académicien

 

L’habit d’académicien, qui n’est porté qu’à l’occasion des séances solennelles sous la Coupole et au cours de quelques cérémonies de prestige, a été donné aux académiciens par Bonaparte, Premier Consul, dans un arrêté du 13 mars 1801.

« L’habit vert » symbolisait deux choses : la place occupée par les académiciens dans la hiérarchie de l’état – tous les fonctionnaires portaient alors un uniforme – et l’unité de l’Institut de France.

Cet habit est complété par une épée, offerte à l’académicien par ses amis, réunis dans un « comité de l’épée », au cours d’une cérémonie privée.

Au début du XIXe siècle, les épées étaient sur le modèle de celles de l’Institut d’égypte. Aujourd’hui, elles sont précieuses et ornées de symboles rappelant la vie de son possesseur.

Les ecclésiastiques sont dispensés du port de l’épée ainsi que de l’habit.

Les femmes peuvent porter l’épée – Alice Saunier-Séïté portait un sabre, rappel de sa dextérité dans le maniement de cette arme – ou ne pas la porter – Claude Dulong-Sainteny lui avait ainsi substitué un médaillon.

Bien que désuet et critiqué par certains membres de l’Institut, le port de l’habit et de l’épée est un signe distinctif fortement ancré dans l’imaginaire de la Nation française, un « lieu de mémoire ».