Georges-Henri SOUTOU a déposé l’ouvrage suivant en séance du 18 mai 2026 :
Le KGB à Tchernobyl. Une plongée inédite dans les archives ukrainiennes de Galia Ackerman (Premier Parallèle, 2026).
Présentation prononcée en séance
Galia Ackerman, Le KGB à Tchernobyl. Une plongée inédite dans les archives ukrainiennes, 220 pages, Premier Parallèle, 2026.
Le très grand intérêt de cet ouvrage, fondé sur près de 500 documents du KGB publiés par l’Académie des Sciences ukrainiennes, est de montrer des aspects non-perçus jusqu’ici du rôle de cet organisme et ainsi de permettre de mieux comprendre l’enchaînement qui a accéléré la chute du système soviétique.
En effet, le KGB et son prédécesseur la Tchéka n’étaient pas simplement des services de renseignement intérieur et extérieur et des organes répressifs dans le domaine politique ou dans la recherche et l’élimination des opinions déviantes. Depuis les années 20 ils étaient également chargés de la lutte contre le « sabotage ». En effet, tout échec, y compris dans le domaine économique, industriel ou technique, éveillait immédiatement le soupçon de sabotage et conduisait à des enquêtes du KGB, à des arrestations, à des procès, à des condamnations.
Or cette recherche systématique du « sabotage » détournait de l’analyse des raisons économiques ou techniques des échecs subis et donc contribuait à générer la perte d’énergie et d’efficacité qui était une marque du système soviétique.
L’exemple de la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986 en fut l’exemple le plus dramatique et le plus grotesque. Alors que certains experts soviétiques avaient prévenu dès les années 60 que la conception même des centrales du type Tchernobyl était dangereuse, alors que l’accident fut directement provoqué par des tests menés par des responsables incompétents, on rechercha d’abord des « coupables », des saboteurs. Et ensuite on se préoccupa avant tout d’étouffer l’affaire et d’en occulter les conséquences, plutôt que de tenter de gérer et limiter celles-ci sur le plan pratique. Et là aussi parce que le KGB restait aux commandes et ne pouvait pas sortir de ses schémas de pensée.
Mais malgré tout la catastrophe fut devinée par la population (la moitié de la population de Kiev décida de fuir la ville !) et elle contribua à décrédibiliser le régime, malgré la « Pérestroïka » proclamée par Gorbatchev. Ce livre nous permet de mieux comprendre la nature concrète profonde du régime et les causes se son échec.
Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 4 mai 2026 :
Gli ambasciatori italiani in Francia (1945-1988) sous la direction d‘Alessandro Giacone (Rubbettino, 2026, 406 p.).
Présentation prononcée en séance
GlI AMBASCIATORI ITALIANI IN FRANCIA (1945-1988)
par Alessandro Giacome, Professeur à l’Université de Bologne
369 pages-Edition Rubettino 2026
L’auteur, Alessandro Giacone, présente la série d’Ambassadeurs d’Italie qui se sont succédé en France de 1945 à 1988.
L’ idée de cet ouvrage est née d’un colloque d’historiens qui eut lieu à Paris en 2022.
Le livre, sous la direction de M. Giacone, est nourri des archives diplomatiques italiennes.
L’ouvrage m’a frappé par au moins trois caractéristiques qui en font, à mes yeux, un document exceptionnel.
1) La qualité des protagonistes
La France et l’Italie se jalousent parfois , mais se respectent ,se comprennent et s’admirent toujours.
C’est donc une tradition -jamais démentie- que de nommer, aussi bien à Rome qu’à Paris, des ambassadeurs de tout premier plan. De Gaulle fut fidèle à cette tradition en veillant à choisir Couve de Murville comme notre représentant en Italie.
La lecture des rapports, notes et télégrammes de la rue de Varenne confirme cette exigence de qualité de façon éloquente.
Je n’évoquerai pas, faute de temps, la personnalité de la douzaine d’ambassadeurs étudiés dans ce livre. Ils sont tous remarquables.
Un mot seulement sur Gardini dont les analyses au scalpel sont d’une lucidité et d’une intelligence hors du commun.
Et comment pourrais-je passer sous silence les noms de Vento qui fut le témoin de la crise de change de 1992, de Cavalchini et de Caracciolo ? Personnalités de premier plan avec lesquelles j’ai vécu, en toute confiance, les tensions monétaires et les crises aigues des années 2000- 2011 qui ont fini par conduire au choix de Mario Monti comme Premier Ministre.
2) Le deuxième apport de cet ouvrage est qu’il retrace l’histoire politique française pendant quarante ans… Nous croyons connaître cette histoire et en particulier les transformations opérées par le Général de Gaulle. Peut-être la connaissons nous?. Mais ce qui ressort de ce livre c’est que, rue de Varenne, se sont succédé des observateurs discrets des historiens précis et bien informés, au jugement sûr et objectif, qui ont écrit en quelque sorte une « deuxième version » des événements.
Avec cette histoire parallèle, nous disposons d’une source précieuse de faits collectés et d’une vision qui enrichit considérablement notre propre récit.
3) La troisième particularité de ce livre, à mes yeux, est que les hommes nommés à Paris étaient des êtres humains avec leur caractère propre, leurs préférences personnelles, leurs expériences de carrière remontant parfois à Mussolini…..
Mais quelle que soit leur diversité, ces hommes étaient animées de deux convictions fondamentales.
En premier lieu, ils participaient tous de la foi européenne: c’était leur facteur commun unificateur.
En second lieu, ils cultivaient l’objectivité comme un impératif absolu. Un seul exemple : Giovanni Fornari explique la décision de De Gaulle, en 1966, de quitter le commandement intégré l’OTAN. Mais l’ambassadeur se garde bien d’esquisser la moindre réserve à l’égard de cette décision qui était mal reçue à Rome. Fornari savait que son rôle n’était pas de plaire à son gouvernement mais de l’informer des raisons profondes de la décision en utilisant les informations recueillies dans l’entourage même du Général.
Lucien Bély a déposé l’ouvrage suivant en séance du 4 mai 2026 :
La montgolfière de l’abbé Miollan ou les tribulations d’un savant amateur à la fin du XVIIIe siècle de Reynald Abad (éditions Honoré Champion, 2026, 792 p.).
Bernard Stirn a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 mars 2026 :
Du bon exercice du pouvoir : dans l’État, l’administration, l’entreprise de Jean-Denis Combrexelle (Odile Jacob, 2026, 258 p.).
Présentation prononcée en séance
L’expérience professionnelle de Jean-Denis Combrexelle est d’une grande richesse, tant au Conseil d’Etat, où il a présidé la section sociale puis la section du contentieux qu’à l’extérieur de celui-ci : il a notamment occupé, pendant plus de dix ans, les fonctions de directeur général du travail et il a dirigé les cabinets du Garde des sceaux et de la Première ministre Elisabeth Borne. Ce parcours lui a inspiré un premier livre, Les normes à l’assaut de la démocratie, que notre académie a primé l’an passé. Il nous livre aujourd’hui un autre retour d’expérience, en publiant Du bon exercice du pouvoir, dans l’Etat, l’administration, l’entreprise.
Avec simplicité, cet ouvrage décrit les difficultés que tout dirigeant, du public comme du privé, rencontre inévitablement sur son chemin. Il indique comment se prémunir de bien des embûches, dans le recrutement, la prise de poste, la communication, la négociation. Il montre comment exercer l’autorité de manière simple et bienveillante, insiste sur la nécessité d’inscrire l’action quotidienne dans des perspectives bien définies, souligne les écueils à éviter, tant en termes de jargon dans l’expression que de comportement au travail. Trop de mauvaises habitudes ont été prises, y compris pour s’enfermer dans le surmenage, qui peuvent avoir pour conséquence d’inciter certains à se détourner des responsabilités publiques.
Sans prétention mais plein de sagesse, le nouveau livre de Jean-Denis Combrexelle est à méditer pour tous les responsables d’aujourd’hui. Il transmet en définitive avec une teinte d’inquiétude mais aussi avec optimisme un message sur les rapports de l’Etat et de la démocratie, en relevant dans sa conclusion : « Non seulement l’Etat et la démocratie vont mal, mais les maux de l’un accroissent les maux de l’autre. L’Etat a besoin d’un pouvoir politique fort, exigeant et compétent, et la démocratie a besoin d’un Etat agile et efficace ». A ceux qui exercent le pouvoir dans l’Etat, l’administration et l’entreprise de savoir trouver et mettre en œuvre les moyens de répondre à ces objectifs. L’expérience de Jean-Denis Combrexelle peut les y aider et son livre m’a paru mériter de retenir l’attention de notre académie.
Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 mars 2026 :
Henri de Lubac, théologien de Michel Fédou, (Cerf, 2026, 384 p.).
Présentation prononcée en séance
Michel Fédou, longtemps Directeur du Centre Jésuite de la rue de Sèvres, est un des meilleurs théologiens français.
Il a étudié systématiquement l’œuvre à la fois très diverse et très profonde du Père de Lubac.
Chacune des œuvres de Lubac est étudiée et analysée de façon précise et lumineuse.
L’œuvre de Lubac se caractérise par une grande diversité de centres d’intérêts (Proudhon, Dostoiesky, le Bouddhisme, Claudel…) et par une cohérence intérieure que l’auteur analyse avec clarté et dans un style parfait.
Le Père Fédou traite, en profondeur, de l’interprétation de St Thomas, qui a valu à Lubac critiques et interdiction d’enseigner pendant près de 3 décennies.
La querelle sur le Thomisme a, aujourd’hui, de quoi surprendre. Contrairement à la thèse officielle des scolastiques, Lubac considère que l’œuvre de St Thomas souligne que l’être humain – composé de 2 natures conjointes : la nature humaine et la nature divine – cherche et aime Dieu, alors que l’interprétation courante – contestable aux yeux de Lubac – pense que l’Homme est l’objet d’une grâce gratuite et qu’il ne saurait d’être rattaché à l’enracinement d’une disposition naturelle de l’Homme à l’ouverture à Dieu.
Michel Fédou fait une analyse très claire des thèses en présence ainsi que des vues d’un théologien qui a beaucoup réfléchi sur cette question Karl Rahmer.
La richesse de pensée du Père de Luba en cette matière a conduit le Pape Jean-Paul II à conférer à ce théologien le titre de Cardinal et sa participation aux travaux du Concile.
Il n’est évidemment pas question ici de résumer l’œuvre monumentale de celui qui a intimement étudié l’exégèse médiévale, mais il est intéressant de noter que Lubac n’était pas seul. Il faisait parti d’un groupe de théologiens remarquables parmi lesquels on peut citer : Blondel, Gaston Fessard, Hans Von Baltazar, Ratzinger (Pape Benoit XVI), Gilson, Chaillet, Teillard de Chardin, Danielou…
Pierre-Michel Menger a déposé l’ouvrage suivant en séance du 16 mars 2026 :
Faut-il encore décider ? La décision à l’ère de l’intelligence artificielle d’Éric Hazan et Olivier Sibony (Flammarion, 2026, 240 p.).
Présentation prononcée en séance
Les recherches sur la faillibilité du jugement humain sont anciennes, d’abord philosophiques, puis psychologiques. Au milieu du 20ème siècle, un livre de Paul Meehl, Clinical vs Statistical Prediction avait fait sensation. Il montrait comment l’analyse statistique de données objectives pouvait faire jeu égal avec le jugement des experts quand il convenait de décider d’un traitement médical, ou de remettre en liberté conditionnelle un prisonnier ou encore d’admettre des étudiants dans une université sélective. Et si l’outil statistique progressait, comment ne pas se demander si la décision fondée sur un jugement statistique ne serait plus fiable que celle d’un expert ?
Eric Hazan et Olivier Sibony citent le travail de Meehl pour lancer leur enquête et leurs questions: dans quels domaines la prévision statistique est-elle devenue supérieure au jugement des experts ? Jusqu’où les erreurs algorithmiques peuvent-elles saper la confiance dans l’intelligence artificielle alors que l’équation coûts-bénéfices se modifie sans cesse avec les progrès de l’outil? Et surtout, qu’advient-il désormais de l’art ou de la science humains, trop humains, de la décision, une question dont notre très regretté confrère Bertrand Saint-Sernin aurait beaucoup aimé discuter les termes les plus contemporains ?
Maintenant que les prouesses statistiques et probabilistes de l’intelligence artificielle redéfinissent sans cesse la limite qui sépare celle-ci de l’intelligence humaine, c’est moins la faillibilité du jugement humain que celle du jugement algorithmique qui attire l’attention, l’inquiétude, la résistance ou la franche aversion, par exemple de ceux qui s’érigent en objecteurs de conscience contre l’IA générative, pour sauver l’humanisme et la rationalité, ni plus ni moins.
Mais une problématisation lucide est toujours plus intelligente qu’une aversion pétitionnaire. C’est ce que nous montrent Eric Hazan, ancien senior partner de McKinsey, et acteur autant qu’analyste de la révolution de l’IA, et Olivier Sibony, professeur à HEC et Oxford, dans ce livre court dont la densité analytique agit comme un guide.
Les deux auteurs explorent les champs et les conditions dans lesquels la prise de décision peut être efficacement déléguée aux outils artificiellement intelligents, afin de soustraire le jugement humain aux imprécisions et aux fluctuations qui entravent son exercice. L’autre foyer de leur réflexion et de leurs propositions concerne la délimitation des domaines qui doivent rester inconditionnellement sous le contrôle de la décision humaine. Pourquoi ? Parce que la décision doit rester gouvernée par le principe de responsabilité et par des valeurs éthiques et politiques dont la machinerie algorithmique ne saurait fournir un socle substitutif quelconque.
Les problèmes ainsi abordés sont d’autant plus lancinants que la frontière de l’efficacité avérée de l’IA se déplace sans cesse et que le risque grandit d’une technocratie algorithmique assise sur l’emploi d’outils dont la puissance et le fonctionnement demeurent opaques. Ni nostalg.IA ni technocrat.IA, écrivent Hazan et Sibony, mais une réinvention solidaire de la démocratie et de l’IA : le propos conclusif de leur livre est ferme et éclairant.
Ce prix biennal créé en 1977 est décerné « à l’auteur d’un ouvrage juridique de valeur ou à l’auteur d’une action ou d’une œuvre civique méritoire ».
Le jury
Le jury est composé des membres de la section Législation, Droit public et Jurisprudence.
Les lauréats
2019 – Benjamin Lloret pour sa thèse, La protection internationale des minorités. Le regard de la doctrine française de l’entre-deux-guerres, soutenue le 18 mai 2018 à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.
2017 – Olivier Jouanjan pour son ouvrage Justifier l’injustifiable. L’ordre du discours juridique nazi, Paris (PUF), 2017.
2015 – Athanasia Petropoulou pour son ouvrage Liberté et sécurité. Les mesures antiterroristes et la Cour européenne des Droits de l’Homme, Paris (Pedone), 2014.
2013 – Michel Troper et Dominique Chagnollaud (sous la direction de), Traité international de droit constitutionnel. Théorie de la Constitution, Paris (Dalloz), 2012, 3 tomes.
2011 – Brunessen Bertrand, pour sa thèse de doctorat Le juge de l’Union européenne, juge administratif, soutenue le 19 juin 2010 (Paris II).
2009 – prix non attribué.
2007 – François Givord, Claude Giverdon et Pierre Capoulade pour leur ouvrage La copropriété, Paris (Dalloz), 2006.
2005 – Béhibro K. Guy Claude Kouakou pour sa thèse de doctorat en droit Le contentieux de la fonction publique internationale. Contribution à l’étude du régime juridique des commissions de recours et d’appel de l’agence intergouvernementale de la francophonie, soutenue le 15 juin 2004 à l’Université René Descartes-Paris V.
2003 – Claire Bouglé – Le Roux, pour sa thèse de doctorat La cour de cassation et le code pénal de 1810. Le principe de légalité à l’épreuve de la jurisprudence (1811 – 1863), soutenue le 5 janvier 2002 à l’Université de Rennes-I
2001 – Roger -A. Lhombreaud, Mémoires et destin , fin d’une adolescence en temps de guerre, Paris (XXIe siècle – Gutenberg), 2000.
1999 – Matthieu Reeb pour l’édition du Recueil des sentences du Tribunal arbitral du sport, Berne (Stæmpfli), 1998.
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