
André VACHERON a déposé l’ouvrage suivant en séance du 27 janvier 2025 :
Interrogeons-nous !? de Ghislaine Alajouanine (L’Harmattan, 2025, 100 p.)
Texte prononcé en séance
Je dépose sur le bureau de l’Académie le dernier ouvrage de Mme Ghislaine ALAJOUANINE édité en octobre 2024 par LVE et distribué par l’HARMATTAN.
Il est intitulé « INTERROGEONS NOUS ? » et sous-titré par une phrase de Jean Bernard : « j’ai arrêté l’horloge à 11 H 27 minutes trente secondes » extraite de son livre « Médecine du futur ».
Mme ALAJOUANINE a rencontré Jean Bernard peu avant son décès le 17 avril 2006 (il était né à Paris le 26 mai 1907).
L’ouvrage est consacré à la fin de vie.J’y ai apprécié les réflexions de Jean BERNARD qui a été mon patron.
Membre des 3 académies Française, Sciences et Médecine, Jean BERNARD est l’un des grands médecins français du 20ème siècle.
Elève brillant, il choisit la médecine qui lui paraissait allier l’humanisme avec son goût pour les sciences.
Chef de service à l’Hôpital Saint Louis, professeur d’hématologie, et directeur de recherches sur les leucémies, il consacra une grande partie de son activité hospitalière à ses malades (très souvent des enfants) avec des visites en salles commencées à 8 H du matin.Lorsque la guerre éclata, il rejoignit la résistance en septembre 1940 et dirigea un réseau dans le sud est en 1942.
A la libération, il fit partie du comité des douze sages conseillers du Général DE GAULLE pour l’orientation de la recherche. Il sera le 1er Président du Comité Consultatif National d’Ethique.Dans son livre « La médecine du futur » (1998), il écrit « nos contemporains désirent plus ou moins d’être immortels. Encore un effort demandent- t- ils à la science et nous ne mourrons pas mais leur esprit serait-il prêt à supporter l’éternité ?
Ils ont oublié que la mort est un progrès. Les premiers êtres vivants étaient des bactéries, des microbes pratiquement immortels. Dans le lointain des temps, sont survenues la reproduction sexuée et la mort. La mort est liée au temps.
J’ai imaginé l’arrêt du temps à l’an 2006.
Le temps est une invention de l’homme, une de ses créations par commodité, un moyen d’organiser sa vie mais le temps n’est pas préalable, c’est un mobile selon l’humeur, la santé, l’amour.
Je n’ai jamais dissocié ma vie de médecin de celle de l’écriture. Ecrivain, j’entre dans un autre temps. Je médite longtemps avant d’écrire. J’aime écrire sans pause, sans retouche, sans rature. L’écriture participe du temps. La médecine actuelle est faite de fulgurances. Elle s’est délivrée du temps mécanique. Elle reste dans la chair et s’approche de l’esprit. La mort qui tourmente toujours le médecin est celle de l’homme mais aussi de la terre et du temps. Dans ce livre où il n’est plus de temps, j’ai arrêté l’horloge à 11H, 27 minutes, trente secondes. Pourquoi ? je l’ignore, c’était un hasard, peut être chargé, de sens, de beaucoup de facteurs occultes. »
Jean BERNARD est mort le 17 avril 2006 à 11H.C’est au 18 ème siècle que nous avons commencé à prendre la mort en horreur, au 20 ème siècle, la mort devient taboue, le médecin se concentre sur les prémices du trépas.
Aujourd’hui on meurt de plus en plus souvent seul à l’hôpital. Avec l’avènement des soins palliatifs, se développe la recherche d’une mort pacifiée. C’est une conception nouvelle de la fin de vie dans laquelle l’individu peut revendiquer une participation aux décisions d’arrêt ou de limitation de son traitement et devenir l’acteur de sa propre mort, une mort qu’on rêve d’empêcher si Dieu le veut, la Science le peut.Madame ALAJOUANINE consacre un chapitre à la mort imminente souvent accompagnée d’une vision en tunnel attribuée par les scientifiques à une anoxie occipitale.
Le dernier chapitre de l’ouvrage est consacré à l’aide à la fin de vie et au rappel de la loi CLAEYS-LEONETTI de 2016 qui inaugure le concept des directives anticipées formulées par le patient. Elle énonce que toute personne a le droit d’avoir une fin de vie digne, accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance.
Elle autorise le patient à refuser un traitement qui relève de l’obstination déraisonnable.
La sédation profonde jusqu’au décès est alors envisageable.Mais le patient doit être dans une situation médicale sans issue, faire état d’une souffrance physique ou psychique insupportable, et exprimer de façon répétée sa volonté de mourir de manière libre et consciente. Son pronostic doit être engagé à court terme.
Cette exigence bloque l’aide active à mourir dans des situations où la vie peut être prolongée plusieurs semaines voire plusieurs mois : la maladie de Charcot qui transforme le patient en mort vivant en est l’exemple. La loi LEONETTI améliorée dans le temps et adaptée aux soins palliatifs avec encadrement collégial et juridique pourrait alors rester applicable. Dans l’immédiat le gouvernement semble accorder la priorité à l’extension des soins palliatifs dans l’ensemble de notre pays.
Ghislaine ALLAJOUANINE rappelle que les pays pratiquant l’euthanasie ou le suicide assistée incluent le BENELUX, la SUISSE, l’ESPAGNE, le CANADA, la NOUVELLE ZELANDE, la COLOMBIE et des ETATS AMERICAINS et AUSTRALIENS.
André Vacheron

