
François d’ORCIVAL a déposé l’ouvrage suivant en séance du 27 janvier 2025 :
Fragments de mémoire : Voyages à Auschwitz-Birkenau d’Haïm Korsia (Éditions Flammarion, 2025, 144 p.)
Texte prononcé en séance
Fragments de mémoire
De notre confrère, Haim Korsia, et de Adeline Baldacchino, qui a déjà reçu un prix Louis-Marin de notre académie…
C’est sans doute le plus émouvant des albums d’Histoire, de texte, de photographies, de documents, qui paraît en ce 80e anniversaire d’un évènement que rien n’effacera.
Un résistant français qui est parvenu à s’évader du camp d’Auschwitz Birkenau quelques jours plus tôt a pu prendre contact avec la 100e division de la 60e armée du Front de Voronej de l’Armée rouge, laquelle va entrer pour le libérer dans le plus vaste camp de concentration et d’extermination de l’Allemagne hitlérienne, en Silésie polonaise.
Nous sommes ce jour-là le 27 janvier 1945. Depuis 1940, 1 million de personnes y ont péri, dont plus de 900 000 Juifs. L’Armée rouge y découvre 7 000 survivants.
Chaque année depuis plus de vingt ans, notre confrère, grand rabbin de France, emmène des groupes de jeunes et de personnalités françaises, accompagnés de prêtres, de pasteurs, d’imams, accompagnés, aussi longtemps qu’il le pourra, d’un survivant, afin de visiter ce camp. Pour y voir de leurs yeux, dit-il, ce qu’a pu être l’avènement de la barbarie au cœur même de l’Europe la plus cultivée.
En ouverture de cet album, Haïm Korsia se pose deux questions : comment le peuple allemand a-t-il pu accepter et mettre en œuvre cette politique de destruction massive ? Comment l’Eternel a-t-il pu laisser faire ?
A cette double interrogation, voici ce qu’il sait pouvoir dire. « Au fond, la véritable question n’est pas comment Dieu a pu faire et laisser faire cela. Il y a dans la Kabbale une belle histoire du Tsimtsoum qui consiste à imaginer que Dieu s’est contracté, s’est fait plus petit afin de nous laisser, nous, hommes et femmes responsables, exercer notre libre arbitre. Sans cela, dit-il, il n’y aurait aucune possibilité de déroger à la volonté divine… »
Or, ajoute-t-il, « pour être libre, il faut que nous soyons responsables, du bien et du mal ».
« En fait, je m’éloigne toujours de cette question, car aucun raisonnement rationnel ne s’adapte à la Shoah. »
On trouvera dans son texte superbe et si émouvant qui précède les cinq parties de cet album, ces quelques lignes qu’il retient à l’issue de tous ses voyages : « J’ai parcouru Auschwitz sous toutes ses coutures et pourtant, je n’ai rien vu, car il n’y a plus rien à voir que la lumière qui reste où les cris ont disparu. »
Ce livre-album est publié par Flammarion, 220 pages, 26 euros.

