Le président Bruno Cotte a rendu hommage à Bertrand Saint Sernin ce lundi 1er juillet en séance.
« Notre académie vient d’être à nouveau cruellement frappée.
Nous avons en effet appris avec une profonde tristesse le décès de notre cher confrère Bertrand Saint-Sernin, survenu le 24 juin dernier.
Bertrand Saint-Sernin avait été élu le 27 mai 2002, dans la section Philosophie, au fauteuil laissé vacant par le décès de Raymond Polin.
Né le 20 décembre 1931 à Brest, Bertrand Saint-Sernin était un philosophe, un éminent professeur de philosophie, spécialiste de l’histoire des sciences, avant de devenir recteur d’académie.
Revenons un instant, voulez-vous, sur sa splendide carrière.
Agrégé de philosophie, Bertrand Saint-Sernin s’était d’abord tourné vers les mathématiques et il fut élève de Mathématiques Supérieures au lycée Saint-Louis à Paris (en 1949-1950). Il s’orienta l’année suivante vers des études littéraires et fit sa khâgne au lycée Louis-le-Grand. Licencié en philosophie à la Sorbonne (en 1954), il obtient ensuite le Capes (en 1957) et l’agrégation de philosophie (en 1958).
Après un passage dans le secondaire (1957-1963) aux lycées de Chambéry, Rouen puis au lycée Michelet de Vanves, coupé par un service militaire comme sous-lieutenant S.A.S. en Algérie (en 1958-1961), il sera détaché en qualité de Consultant à la direction des affaires scientifiques de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) de 1963 à 1965. Il revint ensuite à l’enseignement comme assistant à la faculté des lettres de Paris et collaborateur extérieur à la Délégation générale de la recherche scientifique et technique (1965-1969), maître assistant à la faculté des lettres de Paris puis à l’Université de Paris I de 1969 à 1972.
Ayant obtenu sa thèse de doctorat d’État, sur « Les mathématiques de la décision » à la Sorbonne en 1971, sous la direction de René Poirier, il a été nommé à l’Université Charles De Gaulle (Lille III) où il demeurera de 1972 à 1986, tout d’abord comme maître de conférences, puis comme professeur à partir de 1982.
C’est durant cette période qu’il fut nommé recteur de l’académie de Dijon et chancelier de l’Université de Bourgogne (1973-1976) puis recteur de l’Université de Nancy-Metz et chancelier des universités de Nancy et de Metz (1976-1982). De 1986 à 1987, il fut directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale, avant d’être nommé recteur de l’académie de Créteil et chancelier des Universités Paris VIII, Paris XII et Paris XIII (1987-1989).
En 1989, il fut élu professeur à l’Université Paris X – Nanterre, où il resta jusqu’en 1993. De 1993 à 1999, il enseigna à l’Université Paris IV – Sorbonne, dont il est professeur émérite.
Auteur de nombreuses publications, il a été très influencé par Simone Weil, Bergson et Malebranche. Bertrand Saint-Sernin était aussi un spécialiste de la théorie des jeux. Il avait, entre autres, publié avec Daniel Andler en 2002, un ouvrage intitulé Philosophie des sciences.
Bertrand Saint-Sernin était Commandeur de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre national du Mérite, Commandeur de l’ordre des Palmes académiques et titulaire de la Croix de la valeur militaire qui lui fut décernée en Algérie.
Mais au-delà des distinctions honorifiques, de sa science et de ses immenses qualités professionnelles, Bertrand était surtout un homme délicieux, bienveillant, d’une touchante courtoisie, attentif aux autres, sachant écouter et guider …
C’était un confrère incomparable que chacun, ici, appréciait et même aimait.
Sa présence et son regard acéré nous manqueront beaucoup.
Accompagné par son épouse, Jane Saint-Sernin, dont nous partageons la peine, Bertrand Saint-Sernin a été présent, jusqu’au 10 juin dernier, à toutes nos séances et à nos moments de convivialité.
Son assiduité, son courage, sa vaillance ont été admirables : il aimait cette académie.
Rémy Brague, doyen de la section Philosophie et tellement mieux placé que moi pour évoquer Bertrand, a adressé au Bureau un très beau texte dont je souhaite extraire quelques passages pour les partager avec vous.
Je le cite : « Bertrand Saint-Sernin a remis au centre du débat des philosophes que l’on considère trop souvent comme de second rang : Cournot (lui aussi recteur), Whitehead (d’abord mathématicien), Blondel, Simone Weil…. Pensant à sa mort, j’ai devant les yeux l’image qu’il avait choisie pour la couverture de son Précis de l’action (2012) : une fresque antique, récemment découverte dans un tombeau de Paestum. On y voit un jeune homme, nu, s’élancer du haut d’un plongeoir vers une mer à peine suggérée. Bertrand Saint-Sernin, que la maladie avait dépouillé jusqu’à l’essentiel, mais armé de sa foi, s’est jeté vers le « Grand Peut-Être ». Pour certains, nos prières, pour tous, nos pensées, l’y accompagnent ».
Merci Rémy.
Je vous propose d’observer une minute de silence en sa mémoire. »
