Hommage à Alain Besançon

Le 8 octobre 2026, le Palais de l’Institut de France a accueilli une journée d’hommage à Alain Besançon (1932-2023), qui siégea à l’Académie des sciences morales et politiques de 1996 jusqu’à sa disparition, d’abord dans la section Morale et Sociologie, puis dans la section Philosophie à partir de 1999.

Organisée à l’initiative de ses proches, cette journée a réuni historiens, philosophes et amis de l’académicien autour de son œuvre et de son héritage intellectuel. Parmi les intervenants figuraient deux membres de l’Académie des sciences morales et politiques : Jean-Claude Casanova, qui a consacré son intervention au Court traité de soviétologie à l’usage des autorités civiles, militaires et religieuses, et Rémi Brague, qui s’est intéressé aux problèmes religieux contemporains.

Les différentes interventions ont mis en lumière la richesse et la cohérence d’une œuvre à la croisée de l’histoire, de la philosophie et de la théologie. La forte affluence tout au long de la journée a témoigné de l’intérêt toujours vif que suscitent les travaux d’Alain Besançon.


Retrouvez ci-dessous la captation vidéo des interventions de cette journée, réalisée par Carol Teillard d’Eyry.

80 ans du statut général des fonctionnaires

Le lundi 12 octobre 2026, l’Académie des sciences morales et politiques a accueilli à l’Institut de France le colloque organisé par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) pour les 80 ans du statut général des fonctionnaires, issu de la loi du 19 octobre 1946.

Vue de la salle des séances de l’Institut de France pendant l’ouverture du colloque des 80 ans du statut des fonctionnaires
Ouverture du colloque à l’Institut de France, le 12 octobre 2026.

Un texte fondateur de la refondation républicaine

Adopté à l’unanimité au lendemain de la Libération, le premier statut général des fonctionnaires de l’État a posé les bases d’un cadre commun pour les agents publics et a contribué à la refondation de l’État républicain. Quatre-vingts ans plus tard, ce colloque a permis à la fois de revenir sur l’histoire de ce texte et de réfléchir aux défis contemporains de la fonction publique.

Allocution d’ouverture de Bernard Stirn

Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, président de section honoraire au Conseil d’État

Monsieur le Chancelier,
Monsieur le directeur général de l’administration et de la fonction publique,
Mes chers consœurs et confrères,
Mesdames et Messieurs,

L’Académie des sciences morales et politiques est heureuse et honorée d’accueillir cette matinée de colloque qui commémore l’adoption par la loi du 19 octobre 1946 du premier statut général des fonctionnaires de l’État et cherche aussi à réfléchir aux défis contemporains de la fonction publique. Permettez-moi de me réjouir que plusieurs de nos confrères figurent dans le riche plateau d’intervenants que nous allons écouter.

Aux lendemains de la Libération, le premier statut général est une pierre importante de la reconstruction de l’État républicain. Jusque-là seuls quelques textes s’appliquaient à l’ensemble des fonctionnaires, comme l’article 65 de la loi du 22 avril 1905 relatif à la communication du dossier avant toute sanction. Aussi le droit de la fonction publique résultait-il principalement de la jurisprudence du Conseil d’État, qui avait posé les fondements du droit des concours, des règles d’avancement et du régime disciplinaire. Texte d’ensemble, applicable à tous les fonctionnaires de l’État, la loi du 19 octobre 1946 institue un équilibre particulier de droits et d’obligations et affirme le caractère statutaire et réglementaire du droit de la fonction publique, entièrement distinct du droit du travail. Elle reconnaît les particularités et consacre l’éminence des missions confiées aux agents publics.

Ce droit ne pouvait être figé. Les grandes étapes de notre histoire politique se sont accompagnées d’une refonte du statut, aux débuts de la Ve République avec l’ordonnance du 4 février 1959 puis, après l’alternance de 1981, avec la « cathédrale statutaire » que forment les lois du 13 juillet 1983, du 11 janvier 1984 et du 9 janvier 1986. Nous sommes heureux qu’Anicet Le Pors, chargé au gouvernement de la fonction publique de 1981 à 1984 et architecte de cette cathédrale, apporte son témoignage en fin de matinée.

Au travers de ses versions successives, le statut général fait preuve d’une grande continuité qui est le reflet d’une conception constante du service de l’État.

Bernard Stirn

Au travers de ses versions successives, de 1946, 1959 et 1983-1984, le statut général fait preuve d’une grande continuité qui est le reflet d’une conception constante du service de l’État. Le changement le plus notable tient à l’élargissement de son champ d’application. En 1946 comme en 1959, le statut général ne concernait que les fonctionnaires civils de l’État. En 1983 sont apparues, à côté de la fonction publique de l’État, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. Des droits et obligations communs à tous sont affirmés en même temps que les particularités des différentes fonctions publiques sont reconnues par les lois propres à chacune d’elles. Les militaires ont été dotés eux aussi d’un statut général par les lois du 13 juillet 1972 puis du 24 mars 2025.

Notons enfin qu’un accès plus facile à ces différents textes est assuré par le code général de la fonction publique, qui est aussi l’occasion d’unifier et de simplifier certaines règles. La partie législative de ce code a été adoptée par une ordonnance du 24 novembre 2021. Sa partie réglementaire, dont les quatre premiers livres ont déjà été publiés, devrait être complètement rédigée en 2027. Le livre V est en cours d’examen au Conseil d’État et demain matin, la Commission supérieure de codification poursuivra son travail d’examen du livre VI.

De manière générale, de nouveaux défis attendent la fonction publique. Les exigences déontologiques se renforcent. Les agents sous contrat occupent une place importante et même croissante. Les impératifs d’une bonne gestion s’affirment avec force. L’action publique s’inscrit dans un cadre davantage européen et international. Les outils numériques et l’intelligence artificielle appellent nombre d’adaptations. Notre matinée va ainsi à la fois rappeler l’histoire et réfléchir à l’avenir. Les expériences des intervenants successifs vont éclairer ses débats, et d’abord, après l’intervention de Boris Melmoux-Eude, directeur général de l’administration et de la fonction publique, celle du « grand témoin » particulièrement qualifié qu’est Renaud Denoix de Saint Marc, vice-président honoraire du Conseil d’État et membre de notre académie.

Tribune d’ouverture : Boris Melmoux-Eude, Xavier Darcos, Bernard Stirn et Renaud Denoix de Saint Marc
À la tribune, de gauche à droite : Boris Melmoux-Eude, Xavier Darcos, Bernard Stirn et Renaud Denoix de Saint Marc.

Repères : quatre-vingts ans de statut

1905Loi du 22 avril 1905, article 65 : communication du dossier avant toute sanction
1946Loi du 19 octobre 1946 : premier statut général des fonctionnaires de l’État
1959Ordonnance du 4 février 1959, aux débuts de la Ve République
1972Loi du 13 juillet 1972 : statut général des militaires
1983-1986La « cathédrale statutaire » : lois du 13 juillet 1983, du 11 janvier 1984 et du 9 janvier 1986 (fonctions publiques de l’État, territoriale et hospitalière)
2021Ordonnance du 24 novembre 2021 : partie législative du code général de la fonction publique
2025Loi du 24 mars 2025 : nouveau statut général des militaires
2027Achèvement prévu de la partie réglementaire du code général de la fonction publique

Programme de la matinée

Ouverture

  • Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France, ancien ministre
  • Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, président de section honoraire au Conseil d’État
  • Boris Melmoux-Eude, directeur général de l’administration et de la fonction publique
  • Renaud Denoix de Saint Marc, membre de l’Institut, vice-président honoraire du Conseil d’État, ancien secrétaire général du Gouvernement et ancien membre du Conseil constitutionnel

Table ronde 1

« Le statut général des fonctionnaires, élément consubstantiel de la refondation de l’État républicain »

Animée par Bastien Scordia, avec Sophie Binet, Jean-Ludovic Silicani et Émilien Ruiz.

Table ronde 2

« Le statut général, compromis juridique entre fonction publique de carrière et continuité indispensable du service public »

Animée par Carine Biget, avec Laure Bédier, Caroline Chevé, Pierre Delvolvé et Fabrice Melleray.

Propos libre et conclusion

  • Anicet Le Pors, conseiller d’État honoraire, ancien ministre chargé de la fonction publique et des réformes administratives : témoignage
  • François Charmont, directeur, adjoint au directeur général de l’administration et de la fonction publique : conclusion

Pour aller plus loin

L’intégralité du colloque peut être revue sur la chaîne YouTube de la DGAFP. Les actes seront prochainement publiés dans l’Actualité juridique Fonction publique (AJFP).

Colloque organisé par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique, accueilli par l’Institut de France et l’Académie des sciences morales et politiques.

Décision du bureau de l’Académie

Décision du bureau de l’Académie des sciences morales et politiques en date du lundi 19 octobre 2026 relative à l’accueil d’évènements et d’intervenants extérieurs.

Dans un climat qui voit les tensions s’accroître, il est apparu nécessaire au bureau de l’Académie de mieux organiser la procédure d’accueil d’évènements ou d’intervenants extérieurs. Il s’agit tout à la fois de s’assurer de la pertinence scientifique des projets et de veiller au respect des principes de l’Institut de France et des académies qui, profondément attachés aux valeurs de la République, condamnent avec la plus grande détermination toute forme de discrimination, de racisme ou d’antisémitisme et combattent la haine et l’exclusion.

Le bureau a en conséquence pris le lundi 19 octobre 2026 la décision suivante :

Toute  demande d’accueil d’un évènement ou d’un intervenant extérieur doit être présentée, avec un dossier complet et dans un délai suffisant, au secrétaire perpétuel qui, après avoir instruit l’affaire, la présente au bureau pour décision. Le cas échéant, les difficultés particulières sont soumises à l’académie, délibérant en comité secret, qui les tranche au besoin par un vote.


Crédit photo : © Louis.sayhi / Wikimedia Commons – CC BY-SA 4.0

Benoît XVI et l’Académie, par Bernard Stirn

Le 14 octobre 2026, le Collège des Bernardins a accueilli une soirée intitulée « Lorsque Benoît XVI parle aux Français », consacrée à la pensée et à l’héritage intellectuel de Joseph Ratzinger, à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Organisée à l’initiative de l’Académie catholique de France, cette rencontre a réuni plusieurs personnalités du monde religieux et intellectuel autour des grandes interventions de Benoît XVI en France.


Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, est revenu sur les liens étroits qui unissaient Joseph Ratzinger à l’Académie, depuis son élection comme associé étranger en 1992, au fauteuil d’Andreï Sakharov, jusqu’à sa visite historique à l’Institut de France en 2008. Il a également évoqué la portée symbolique de sa succession par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, élu en 2025, soulignant la continuité du dialogue intellectuel et spirituel entre les deux hommes.


Retrouvez ci-dessous le texte intégral de son intervention.

Crédit photo : © Brigitte Eymann / Institut de France
Benoît XVI lors de sa visite à l’Institut de France, le 13 septembre 2008. 


Le cardinal Joseph Ratzinger, devenu Sa Sainteté le pape Benoît XVI à l’Académie des sciences morales et politiques

par Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques

Prendre la parole ce soir, au collège des Bernardins, à l’occasion de l’évènement organisé à l’occasion du centenaire de la naissance du pape Benoît XVI est pour moi un grand honneur, dont je remercie très vivement le professeur, le père Philippe Capelle-Dumont.

Vous avez choisi de commémorer les différents passages du regretté pape en France et il est heureux que cette manifestation se déroule peu après la très belle et forte visite à Paris du pape Léon XIV.

Pour ma part, je suis particulièrement heureux d’évoquer l’élection en 1992 du cardinal Joseph Ratzinger comme associé étranger à l’Académie des sciences morales et politiques puis la visite faite en 2008 à l’Institut de France par celui qui était devenu Sa Sainteté le pape Benoît XVI.

Outre ses cinquante membres, l’Académie des sciences morales et politiques compte douze membres associés étrangers. Le premier d’entre eux fut Thomas Jefferson, qui fut élu en 1802 alors qu’il était, depuis l’année précédente, président des Etats-Unis d’Amérique.

Le cardial Joseph Ratzinger fut élu le 13 janvier 1992, au fauteuil numéro deux, laissé vacant par le décès d’Andreï Sakharov. Il fut installé sus la Coupole de l’Institut de France le 6 novembre 1992.

Dans son allocution d’ouverture de la séance, le professeur Raymond Polin, qui présidait alors l’Académie, s’adressait en ces termes au cardinal Ratzinger : « Lorsque notre Compagnie a pensé à votre Eminence et l’a élue, à l’unanimité des ses membres, au mois de janvier dernier, nous avons voulu rendre hommage, à travers votre personne et à travers votre œuvre,  à un Prince de l’Eglise, à l’un des plus éminents représentants d’un pouvoir spirituel, à une époque où la place et la fonction de l’esprit dans ce monde temporel ne sont ni claires, ni assurées ». Il remerciait notre nouveau confrère « de nous aider à participer à cette croisade contre la crise spirituelle de notre temps, en nous efforçant d’aller, par la force de la foi en nos valeurs, au-delà de ce que nous sommes et de ce que nous avons fait jusqu’à présent ».

Le discours d’accueil fut prononcé par Jean Foyer. L’ancien garde des sceaux, membre de notre académie, rappela la carrière universitaire et théologique du cardinal Ratzinger. Elle avait commencé par une thèse marquante sur la notion de Peuple de Dieu dans l’œuvre de Saint-Augustin. Passant de l’Antiquité tardive au XIIIème siècle, Joseph Ratzinger rédigea une seconde thèse, consacrée à la théologie de l’histoire de Saint-Bonaventure. « Vous êtes et vous demeurez le pédagogue de la foi » déclarait Jean Foyer.

Archevêque de Münich et de Freising en mai 1977, Joseph Ratzinger fut créé cardinal en mai de la même année par le pape Paul VI puis nommé  préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi par le pape Jean-Paul II en novembre 1981. Dans ses différentes responsabilités, il ne cessa de s’interroger sur les relations entre la foi et le droit, entre la liberté et la vérité, entre l’autorité des Etats et la mission de l’Eglise. En l’accueillant dans notre académie, Jean Foyer observait que le compliment adressé devant l’Académie française par La Bruyère à Bossuet aurait pu s’adresser à lui : « Orateur, historien, théologien, philosophe, d’une rare érudition, d’une plus rare éloquence, soit dans ses écrits, soit dans la chaire, un défenseur de la religion, une lumière de l’Eglise ». Il soulignait que le cardinal Ratzinger avait la « passion de convaincre plutôt que de condamner » et qu’il ne séparait pas la charité, la vérité et la liberté. Il concluait en citant l’Evangile : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous connaîtrez alors la vérité et la vérité vous rendra libres ».

Conformément aux traditions de l’Académie des sciences morales et politiques, il revint ensuite au nouvel élu de prononcer une notice sur la vie et les travaux de son prédécesseur. Le destin d’Andreï Sakharov est comme une illustration du dialogue entre la science et la conscience. Physicien de renom, il contribua de manière décisive à la mise au point de la bombe H par l’Union soviétique. Puis avec son épouse la pédiatre Elena Bonner, il se rebella contre le caractère totalitaire du régime et fut progressivement mis à l’écart. Il reçut en 1974 le Prix mondial Cino Del Duca et en 1975 le prix Nobel de la Paix. Mais il ne fut pas autorisé à aller recevoir ce dernier prix à Oslo et c’est son épouse qui le recueillit en son nom.   En 1979 ses fonctions et distinctions lui sont retirées et il est exilé et isolé à Gorki. Après l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev et la mise en œuvre de la nouvelle politique de glasnost, il fut réhabilité en 1986 et il put reprendre sa vie et ses activités à Moscou.

Retraçant cet extraordinaire parcours, le cardinal Ratzinger en tire devant l’Académie des réflexions d’une grande portée sur l’éthique de la liberté. Ecoutons-le. « Nous nous trouvons ici devant la question que Sakharov nous adresse aujourd’hui : comment le monde libre peut-il assumer sa responsabilité morale ? La liberté ne garde sa dignité que si elle reste reliée à son fondement et à sa mission éthiques. Une liberté dont l’unique contenu consisterait dans la possibilité d’assouvir ses besoins ne serait pas une liberté humaine : elle resterait du domaine animal. Privée de son contenu, la liberté individuelle s’abolit elle-même, parce que la liberté de l’individu ne peut exister que dans un ordre de libertés. La liberté a besoin d’un contenu communautaire que nous pourrions définir comme la garantie des droits de l’homme. Pour l’exprimer autrement : le concept de liberté requiert d’après sa signification même d’être complété par deux autres concepts : le droit et le bien ». Le cardinal souligne que toute dictature repose sur « un nihilisme provenant du vide des âmes ». Il dit que l’exemple de Sakharov est là, qui nous invite à « cultiver les jugements moraux essentiels, les maintenir et les protéger sans les imposer de façon coercitive ». Comment ne pas adhérer à la conclusion du cardinal Joseph Ratzinger qui  y voit  « une condition de la subsistance de la liberté face à tous les nihilismes et à leurs conséquences totalitaires » ?

Ouvert par ce beau discours, le lien du cardinal avec l’Académie s’est perpétué au fil des années. Il s’est manifesté avec force lorsque, devenu le 19 avril 2005 le pape Benoît XVI, notre confrère a tenu à se rendre à l’Institut lors de son voyage officiel en France le 13 septembre 2008. Une plaque commémorative perpétue sous la Coupole le souvenir de cette visite sans précédent du souverain pontife. Il est agréable de rappeler aujourd’hui que, lors de ce même voyage, le pape Benoît XVI prononça ici même, au collège des Bernardins, un discours mémorable.

En 2013, après huit ans de pontificat, Benoît XVI décida de renoncer à ses fonctions et devint pape émérite, jusqu’à son décès le 31 décembre 2022.  Accomplissant une de ses dernières missions avant sa propre disparition, notre confrère Philipe Levillain a représenté l’Académie à ses funérailles. Pour lui   succéder comme associé étranger, notre académie a élu le 17 mars 2025 le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier. Installé sous la Coupole le 30 mars 2026, le patriarche a été accueilli par mon confère Thierry de Montbrial et il a prononcé la notice sur la vie et les travaux du cardinal Joseph Ratzinger, devenu Sa Sainteté le pape Benoît XVI.

Cette succession revêt une forte signification tant sur le plan humain que d’un point de vue spirituel. La pape Benoît XVI et le patriarche Bartholomée Ier s’étaient rencontrés à de multiples reprises. Ils se connaissaient bien, ils s’estimaient mutuellement et ils partageaient les mêmes idéaux. Thierry de Montbrial le soulignait dans son discours d’accueil, en s’adressant ainsi à Sa Toute Sainteté Bartholomée 1er : « Nous ne vous accueillons pas à n’importe quel fauteuil mais à celui qu’a occupé le regretté pape Benoît XVI pour lequel vous avez eu une affection particulière au regard de sa passion pour la théologie et, plus particulièrement, pour les pères de l’Eglise. Comme lui, vous n’avez guère besoin des honneurs terrestres. Mais nous nous plaisons à penser que, par cette succession, nous esquissons un trait d’union entre les deux Rome, d’Occident et d’Orient ». La même inspiration se retrouve dans la notice sur la vie et les travaux du cardinal Joseph Ratzinger, Sa Sainteté le pape Benoît XVI prononcée par le patriarche Bartholomée Ier, qui écrit : « Cette succession revêt une portée symbolique particulière. Elle manifeste non seulement la continuité d’une tradition académique, mais aussi le lien spirituel être l’ancienne et la nouvelle Rome ». Il souligne la « dimension profondément personnelle » d’une succession qui lui permet d’évoquer « le souvenir lumineux d’une fraternité fondée sur le respect, la confiance et le désir d’avancer sur le chemin du dialogue entre Rome et Constantinople ». Et, au-delà des personnes, le patriarche évoque la même « recherche inlassable d’une vérité qui ne divise pas mais unit ; qui ne domine pas mais sert. Car seule une telle vérité peut fonder un ordre juste et ouvrir l’horizon d’un avenir où liberté, égalité et fraternité ne seront pas seulement proclamées, mais réellement vécues ».

La vérité, la liberté, la solidarité sont au cœur des travaux et des réflexions de l’Académie des sciences morales et politiques. Comme l’a rappelé le patriarche Bartholomée Ier, elles ont animé la vie et inspiré l’action du pape Benoît XVI, qui avait ainsi dans notre académie une place aussi naturelle qu’éminente. L’Académie s’honore de l’avoir compté parmi ses membres. Cent ans après sa naissance, elle se réjouit de conserver le souvenir de sa personne et d’entretenir la fidélité à sa pensée.

Cérémonie d’installation de Carole Talon-Hugon

Sous la coupole, le 28 septembre 2026

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Alain Besançon (1932-2023) par Carole Talon-Hugon.

Carole Talon-Hugon a été élue au fauteuil 2 de la section Philosophie le lundi 9 décembre 2024. Cette élection a été approuvée par un décret présidentiel en date du 7 février 2025.

Le président de l’Académie des sciences morales et politiques Jean-David Levitte ouvre la séance en accueillant sous la coupole les membres de la famille de Alain Besançon et de Carole Talon-Hugon, ainsi que toutes les personnalités et les personnes présentes notamment les membres de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier.

Le président donne la parole à Chantal Delsol qui prononce le discours d’accueil de Carole Talon-Hugon.

Chantal Delsol retrace le parcours de Carole Talon-Hugon, philosophe de l’art, et souligne l’évolution de ses recherches qui ont commencé par l’étude des passions et des affects pour tendre vers l’histoire philosophique des arts et les transformations de l’art contemporain. À travers une réflexion qui s’appuie sur les différents ouvrages de Carole Talon-Hugon, Chantal Delsol montre comment l’art, longtemps lié à la religion, s’est progressivement autonomisé à partir de la Renaissance, avant de se libérer plus largement des autres sphères d’activité aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Elle souligne cependant qu’à l’époque contemporaine, cette autonomie semble remise en cause, l’art passant à nouveau « sous contrôle » : l’art tend à nouveau à se soumettre à des impératifs moraux, politiques, sociaux ou économiques. À travers les travaux de Carole Talon-Hugon, la philosophe analyse notamment cette confusion croissante entre art, science, morale et marché et élargit ainsi la réflexion à l’autonomie des différentes sphères de l’existence humaine, chacune devant conserver sa rationalité propre tout en respectant les autres. L’art contemporain tendrait à brouiller leurs frontières en prétendant produire du savoir, porter une morale ou répondre à des impératifs économiques. L’histoire invite dès lors à considérer l’autonomie des sphères comme un équilibre fragile. L’art apparaît finalement comme un révélateur de son époque : il en exprime les valeurs, les conflits et les croyances. L’œuvre de Carole Talon-Hugon permet ainsi de mieux comprendre les transformations de l’art contemporain et, plus largement, celles de notre temps.

Le président donne ensuite la parole à Carole Talon-Hugon pour la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Alain Besançon.

Carole Talon-Hugon retrace la vie et l’œuvre d’Alain Besançon, en évoquant notamment le récit qu’Alain Besançon fit des 25 premières années de sa vie dans son autobiographie intitulée, Une génération. L’événement déterminant de sa jeunesse fut l’engagement politique dans le communisme à l’âge de 20 ans. Si court fut-il – cinq années seulement – cet engagement détermina durablement sa réflexion sur l’idéologie. Issu d’une famille catholique et bourgeoise, Alain Besançon rompit avec le communisme en 1956, notamment après le rapport Khrouchtchev, puis devint historien de la Russie et du soviétisme. Sous l’influence de Raymond Aron, il développa une pensée attentive aux idées qui sous-tendent les événements historiques. Ses travaux analysent le léninisme, le totalitarisme, les rapports entre religion, politique et histoire, mais il intégra aussi dans sa réflexion la littérature et les arts. Il étudia notamment la dimension religieuse de l’idéologie communiste et nazie, tout en soulignant l’unicité historique et morale de la Shoah. Son œuvre s’élargit ensuite à la peinture, à la littérature et au christianisme, toujours dans une perspective historique et philosophique. Défenseur de la raison, de la vérité et de la liberté intellectuelle, Alain Besançon dénonça le conformisme, le relativisme et les idéologies.

Professeur dans différents lycées, il fut attaché de recherche au CNRS à partir de 1960, avant de poursuivre sa carrière à l’EHESS, d’abord comme maître-assistant (1965) puis directeur d’études à partir de 1977 jusqu’à sa retraite en 1992. Le 4 novembre 1996, Alain Besançon fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section Morale et Sociologie, au fauteuil laissé vacant par le décès du Grand Rabbin Jacob Kaplan, avant d’être transféré par décision de l’Académie dans la section Philosophie en 1999, succédant à Jean Guitton. Son engagement intellectuel et critique se poursuivit jusqu’au bout, notamment par les articles qu’il publiait dans la revue Commentaire qu’il avait co-fondée en 1977, et qui est aujourd’hui dirigée par Jean-Claude Casanova. Alain Besançon est décédé le 8 juillet 2023, il laisse l’exemple d’un penseur pour qui « oser penser par soi-même » constitue une exigence à la fois intellectuelle et morale.

À l’issue de la cérémonie, Jean-Robert Pitte a remis son épée d’académicienne à Carole Talon-Hugon. L’académicienne a choisi un sabre, un modèle de 1923, destiné aux officiers de cavalerie, ayant appartenu à son père, le Commandant René Talon. L’académicienne a choisi de personnaliser ce sabre en y faisant inscrire son numéro de fauteuil, sa date d’élection et cette devise : « Je maintiendrai ».

Différents intermèdes musicaux, interprétés par Anne Mousserion, violoncelliste, et Élodie Hugon-Dancoisne, violoniste, ont ponctué la cérémonie.

La cérémonie a été suivie d’une réception dans les salons du Palais de l’Institut de France.

« Éthique et finance » : présentation du n° 162 de la Revue d’économie financière

Lundi 21 septembre, l’Académie des sciences morales et politiques a accueilli, dans la Grande salle des séances, la conférence de présentation du n° 162 de la Revue d’économie financière (REF), consacré au thème « Éthique et finance ». 

Organisée par l’Association Europe-Finances-Régulations (AEFR), la rencontre a été ouverte par sa présidente, Pervenche Berès, qui a souligné la place de l’éthique comme l’un des fondements de l’État de droit, dans un contexte où le développement de l’intelligence artificielle renouvelle profondément ces enjeux. 

Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne et président d’honneur du Conseil d’orientation de la Revue d’économie financière, a introduit les travaux. Il a notamment insisté sur la distinction qui structure ce numéro entre l’éthique « dans » la finance, relative au comportement et à la responsabilité des acteurs, et l’éthique « de » la finance, qui interroge le fonctionnement du système financier lui-même, ses modèles et ses processus de décision. 

Cette approche a été développée par Christian Walter, copilote de ce numéro avec Aude Buresi. Au-delà de la nécessaire prévention et sanction des comportements frauduleux, les échanges ont ainsi porté sur la responsabilité attachée aux normes, aux modèles et aux outils qui structurent les décisions financières. La question de l’éthique épistémique, qui interroge la qualité et la fiabilité des connaissances sur lesquelles reposent les décisions, prend à cet égard une importance croissante, notamment avec le développement de l’intelligence artificielle. 

Aude Buresi a ouvert la table ronde en rappelant que de nombreux conflits d’intérêts ne relèvent pas du droit pénal. Elle a ensuite donné la parole aux différents intervenants : Claire Carbonaro, conseillère à la Cour de cassation, Yvonne Muller, professeure de droit pénal à l’Université Paris Nanterre, Pierre François, directeur de recherche au CNRS et à Sciences Po, et Erwan Lamy, professeur associé à ESCP Business School. Les échanges ont notamment abordé le rôle du droit pénal économique, de la régulation et de la conformité, ainsi que la nécessité de règles à la fois efficaces, lisibles et adaptées aux transformations du système financier. 

 

La rencontre s’est achevée par un échange avec le public autour des nouveaux défis posés à l’éthique financière, en particulier par l’intelligence artificielle, avant que Pervenche Berès ne rappelle la perspective du 40e anniversaire de la Revue d’économie financière qui sera fêté en 2027.  

Journées européennes du patrimoine 2026 : un record de fréquentation au Palais du quai de Conti

Cette année, l’Institut de France a accueilli un nombre record de visiteurs à l’occasion des Journées européennes du patrimoine : 19 645 personnes ont franchi les portes du Palais du quai de Conti pour découvrir un parcours de visite exceptionnel — bibliothèque Mazarine, bibliothèque de l’Institut, salles des séances, auditorium, Coupole — permettant d’appréhender la richesse patrimoniale de l’Institut ainsi que les actions qu’il conduit.

Un programme de rencontres et de dédicaces a par ailleurs donné l’occasion aux académiciens et aux intervenants d’échanger avec le grand public, illustrant comment l’Institut de France et ses cinq académies — l’Académie française, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts et l’Académie des sciences morales et politiques — mettent leur expertise au service de la compréhension des enjeux contemporains.

L’Académie des sciences morales et politiques remercie chaleureusement le public pour son intérêt et son enthousiasme, et lui donne rendez-vous l’année prochaine.

 

Jury 30ème édition – Fondation culturelle franco-taïwanaise

Comme chaque année, lundi 14 septembre 2026 s’est déroulée à l’Institut de France, la cérémonie de remise des prix de la fondation culturelle franco-taïwanaise abritée à l’Académie depuis 1996. Cette cérémonie présidée par le Président de l’Académie, Jean David Levitte, accompagné de l’ancien Secrétaire perpétuel Jean-Robert Pitte, membre du jury, s’est tenue en présence de la Représentante de Taïwan en France, Madame HAO Pei Chih, et du ministre de la Culture, Monsieur LI Yuan.

Cette cérémonie récompensait les lauréats de la 29ème édition : monsieur Victor Louzon, maître de conférences à l’UFR d’Histoire de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université et monsieur WU Hsi-Deh, Professeur émérite de l’Université Tamkang.

Ces lauréats avaient été distingués par un jury réuni le 8 septembre 2025 à l’Institut de France, composé de Marianne Bastid-Bruguière, Pierre Delvolvé et Daniel Andler et co-présidé par le ministre de la Culture et le Secrétaire perpétuel, Bernard Stirn. À l’occasion des 30 ans de la fondation, la cérémonie s’est clôturée par un spectacle de marionnettes donné par Jean-Luc Penso, ancien lauréat du prix, et le théâtre du Petit Miroir. Conformément à l’objet de la fondation, les lauréats de la 29ème édition contribuent, chacun dans leur domaine, aux échanges et au rayonnement de la culture européenne à Taïwan et de la culture taïwanaise en Europe.

Conférence annuelle de l’European Law Institute

L’European Law Institute est une association indépendante fondée en 2011. Elle rassemble des juristes européens afin de favoriser le dialogue juridique entre les États membres de l’Union européenne.

Cette année, sa conférence annuelle s’est tenue à Paris, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, du 2 au 4 septembre 2026. Les interventions et les débats se sont articulés autour du thème : « Europe and the Rule of Law: Cultural Engagement and Legal Resilience » (L’Europe et l’État de droit : engagement culturel et résilience juridique).

L’Académie des sciences morales et politiques a activement contribué à cet événement phare. Une vidéo réalisée à l’Institut de France a été projetée lors de la conférence annuelle et saluée par de chaleureux applaudissements. S’intitulant « Art and Law in dialogue : artistic and legal perspectives on the rule of law » (Art et Droit en dialogue : perspectives artistiques et juridiques sur l’État de droit), elle pose les jalons d’une réflexion croisée entre l’art et le droit.

En clôture de l’événement, les participants à la conférence annuelle ont été reçus à l’Institut par M. le secrétaire perpétuel, Bernard Stirn, qui leur a présenté les lieux et les différentes académies.

La semaine des académiciens (22-28 juin 2026)

PUBLICATION

La Reine et le Sabre (Jean Tulard)

Jean TULARD

🔗 Jean Tulard a préfacé le dernier ouvrage de Yasmine Murat consacré à la sœur de Napoléon, Caroline Murat. Il est paru aux éditions de l’Archipel Romans le 25 juin dernier.

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

Être mortel, être pressé (Rémi Brague)

Rémi BRAGUE

🔗Rémi Brague a donné un entretien le 23 juin dernier au journal Valeurs actuelles consacré à son livre L’Homme pressé. Il s’interroge sur une expérience devenue banale : le sentiment de manquer de temps. Plutôt que d’en rechercher les seules causes sociales ou technologiques, il en propose une analyse philosophique. La question centrale n’est pas « pourquoi notre époque accélère ? », mais « pourquoi l’être humain est capable d’éprouver cette pression du temps ? ». Selon lui, cette expérience distingue profondément l’homme de l’animal. Les animaux peuvent être très rapides, mais leur vitesse répond toujours à une nécessité immédiate : fuir ou chasser. L’homme, en revanche, peut courir « contre la montre » sans menace extérieure précise. Il ressent qu’il lui reste quelque chose à accomplir avant qu’il ne soit trop tard, même lorsqu’il ne sait pas exactement quoi. Rémi Brague distingue également la « presse » de la simple précipitation. La précipitation est un défaut qui conduit à agir sans réflexion ; la presse est plus fondamentale. Elle exprime la conscience que le temps est limité et que l’existence est soumise à une forme de contrainte intérieure. Cette réflexion le conduit à relire la tradition chrétienne. Il rappelle que le Nouveau Testament évoque fréquemment une forme de pression ou de tribulation qui pèse sur l’homme. Le christianisme introduit ainsi un sentiment d’urgence : le temps est compté et l’existence doit être orientée vers ce qui a une véritable valeur. Pour le philosophe, la source ultime de cette expérience réside dans la conscience de la mort. L’homme est le seul être vivant qui sache qu’il devra mourir. Cette certitude crée une tension permanente et explique ce sentiment diffus que le temps manque toujours. Mais cette pression possède aussi une dimension positive. En nous rappelant nos limites, elle nous fait prendre conscience de notre condition réelle. Lorsque le temps ou l’espace nous manquent, nous découvrons qu’ils ne sont pas des biens que nous possédons, mais les cadres mêmes de notre existence. Rémi Brague ne voit ainsi dans l’homme pressé non pas seulement un produit de la modernité, mais une figure profondément humaine : un être conscient de sa finitude, habité par le sentiment qu’il lui faut accomplir quelque chose avant que le temps qui lui est donné ne s’achève.

L’avenir de l’Europe (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet a donné une interview à la revue française Le Trombinoscope – qui coopère aussi avec le Parlement européen – sur l’avenir de l’Europe et sur les raisons pour lesquelles il fallait aller plus loin dans la construction de l’Europe politique.

🔗 L’ancien président de la Banque centrale européenne a donné une longue interview en langue allemande à la revue Focus Money dans le cadre d’un vaste tour d’horizon, allant de la grande crise de 2008 aux défis d’aujourd’hui.

Le Royaume-Uni face à une crise de transformation (Jean-Claude Casanova)

Jean-Claude CASANOVA

🔗Ce samedi 27 juin, Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont mis en lumière, dans l’émission Commentaire diffusée sur Radio Classique, les difficultés profondes que traverse aujourd’hui le Royaume-Uni. Avec le journaliste Marc Roche, correspondant du journal L’Opinion à Londres, ils font le constat que la démission de Keir Starmer, pourtant vainqueur des élections de 2024, symbolise une instabilité politique inédite. Fragilisé par les mauvais résultats locaux, la progression de Nigel Farage et les divisions du Parti travailliste, il a perdu la confiance de sa majorité. Ils soulignent également la dégradation de la situation économique britannique : croissance faible, déficit budgétaire élevé, endettement important et coût de la dette supérieur à celui de plusieurs pays européens. À ces difficultés s’ajoutent les conséquences durables du Brexit, désormais largement considéré comme un échec économique, même si aucun responsable politique ne souhaite rouvrir le débat sur une réadhésion à l’Union européenne. La question migratoire occupe par ailleurs une place centrale dans les tensions actuelles. Malgré une baisse récente de l’immigration sous Keir Starmer, une partie de l’opinion considère que le modèle multiculturel britannique est en crise. Cette situation alimente la montée du parti Reform UK de Nigel Farage, aujourd’hui très haut dans les sondages. L’arrivée probable d’Andy Burnham ouvre une nouvelle séquence politique. Ancien maire de Manchester, pro-européen convaincu, il souhaite développer une politique sociale plus ambitieuse. Mais sa principale difficulté sera de financer ses projets dans un contexte budgétaire très contraint. Son premier budget sera donc déterminant pour juger de sa crédibilité. Sur le plan international, le Royaume-Uni conserve une influence importante grâce à son soutien à l’Ukraine, à son rapprochement avec la France, l’Allemagne et la Pologne, ainsi qu’à ses liens étroits avec les États-Unis. Toutefois, plusieurs épisodes récents ont révélé l’affaiblissement de ses capacités militaires, notamment navales, alimentant le sentiment d’un déclin stratégique. Enfin, la monarchie elle-même apparaît moins solide qu’auparavant. La popularité de Charles III recule, tandis que le courant républicain progresse, notamment chez les jeunes générations. Les efforts de transparence engagés par le roi témoignent de la nécessité pour l’institution de se réinventer afin de conserver sa légitimité. Le Royaume-Uni est en quête d’un nouveau modèle. Entre les séquelles du Brexit, les difficultés économiques, la montée des populismes et les interrogations sur son rôle international, le pays doit redéfinir à la fois son projet national et sa place dans le monde.

À SAVOIR

50 millions d’euros pour les mathématiques : le geste inédit de Bernard Arnault à Polytechnique

Bernard ARNAULT

L’École polytechnique a annoncé la création, d’ici 2030, d’un Institut de mathématiques et des sciences fondamentales Bernard Arnault, rendu possible grâce à un don exceptionnel de 50 millions d’euros de l’académicien, ancien élève de l’école et PDG de LVMH. Ce financement, apporté par la société familiale Agache, constitue le plus important don jamais enregistré dans l’enseignement supérieur français. L’institut aura pour vocation de devenir un centre international d’excellence en mathématiques, physique et informatique. Il accueillera les laboratoires de mathématiques de Polytechnique, ainsi que des enseignants-chercheurs, doctorants, post-doctorants et chercheurs invités. Le projet vise également à favoriser les échanges interdisciplinaires et à renforcer l’attractivité scientifique du plateau de Saclay, où collaborent déjà étroitement l’Institut polytechnique de Paris et l’université Paris-Saclay. La direction de l’École présente ce nouveau bâtiment comme un lieu de rencontre et de brassage intellectuel, inspiré de grands centres de recherche internationaux tels que le Courant Institute de New York ou le Simons Institute de Berkeley. L’ambition est notamment d’accueillir des chercheurs de premier plan grâce à un système de résidences scientifiques temporaires. Au-delà du projet lui-même, l’École polytechnique voit dans cette initiative un moyen de développer la culture de la philanthropie scientifique en France, moins répandue qu’aux États-Unis. La direction espère que ce don servira d’exemple et encouragera d’autres mécènes à soutenir l’enseignement supérieur et la recherche. Un comité scientifique composé de chercheurs sera chargé de définir et de piloter le programme scientifique.

L’Europe fédérale : Un idéal au service de la prospérité (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

Jeudi 25 juin à la demande du Bureau de représentation en France du Parlement européen, Jean-Claude Trichet est intervenu à « l’Europa Expérience Paris » situé 28 place de la Madeleine. Le gouverneur honoraire de la Banque de France a pu porter deux messages de son discours de Strasbourg devant la session plénière du Parlement européen après sa remise de l’Ordre européen du Mérite : la résilience de l’Euro et de la zone Euro, et la nécessité de s’engager résolument dans la construction d’une Europe fédérale. Participaient notamment à cette manifestation : Laurence Boone, ancienne secrétaire d’État à l’Europe et Aurore Lalucq, présidente de la Commission monétaire du Parlement européen.

🔗La presse de l’université allemande d’Hildesheim a publié, entièrement en anglais, le livre de Jean-Claude Trichet « The ECB during the Eurocrisis and its future role in global disruption ». L’ouvrage est largement concentré sur une réflexion autour de la période de la très grande crise de 2007-2008. L’université a tenu à imprimer en annexe des lectures universitaires portant sur la crise, en particulier : la « Clare lecture » sur le risque systémique au Clare College de l’Université de Cambridge en 2009 et la « Stavros Niarkos lecture : Lessons from the crisis » au Peterson Institute de Washington en 2012. De même, on trouve dans ce livre la « Per Jacobsson Lecture : Central Banking in the crisis: conceptual convergence » à Washington en 2013. Enfin, la fin de l’ouvrage est consacrée à une leçon récente « Inflation: the new challenges for monetary policy » donnée aux étudiants européens dans le cadre de l’Erasmus Mundus Joint Master à l’Université Paris Cité en janvier 2026.

Intervention de Jacques de Larosière

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a prononcé une allocution sur la sortie de crise financière de la France le mardi 23 juin 2026 sous l’égide de parlementaires qui s’intéressent particulièrement à ces questions. Cette réunion a rassemblé plusieurs centaines de participants. L’intervention de l’académicien a été suivie par celle d’Agnès Verdier Molinier.

Le Club de Paris, un modèle de gestion des crises de la dette (Jacques de Larosière)

Le gouverneur honoraire de la Banque de France a été invité par le ministre des Finances à intervenir à un Forum international pour commémorer les 70 ans du Club de Paris, initiative de la direction du Trésor Français qu’il a présidée lorsqu’il y travaillait. Il y a souligné le rôle majeur de cette institution dans le traitement des crises de dette souveraine. Selon lui, son succès tient à trois caractéristiques : une origine pragmatique née des besoins réels des États, une méthode fondée sur la négociation plutôt que sur la contrainte, et une vocation résolument internationale. Le Club de Paris s’est ainsi imposé comme un instrument essentiel du multilatéralisme financier. L’ancien directeur du Trésor rappelle qu’une crise de la dette ne peut être résolue que par un accord entre créanciers et débiteurs. Les premiers ont intérêt à récupérer une partie de leurs créances ; les seconds doivent restaurer leur crédibilité financière. La réussite repose donc sur la transparence, la bonne foi, le réalisme économique et la recherche de solutions négociées. À ses yeux, la flexibilité et l’esprit de coopération sont plus importants que l’application mécanique de règles rigides. Il estime que l’évolution récente du système financier mondial, notamment avec la montée en puissance de la Chine, impose une adaptation des mécanismes existants. Les initiatives du G20 vont dans la bonne direction, mais elles ne doivent pas remettre en cause les principes qui ont fait le succès du Club de Paris : approche multilatérale, égalité de traitement et souplesse dans les négociations. Pour illustrer cette philosophie, Jacques de Larosière revient sur la crise mexicaine de 1982. Lorsque le Mexique se trouva incapable d’honorer sa dette extérieure, le risque d’une crise bancaire mondiale était réel en raison de l’exposition des grandes banques internationales. Avec Paul Volcker, alors président de la Réserve fédérale américaine, il contribua à mettre en place une solution négociée : report concerté des échéances, intervention du FMI et mobilisation des créanciers privés. Cette « stratégie collaborative » permit d’éviter un défaut désordonné et de préserver la stabilité du système financier international. Enfin, le gouverneur honoraire de la Banque de France conteste l’idée selon laquelle les années 1980 auraient constitué une « décennie perdue » pour l’Amérique latine. Selon lui, les réformes engagées au Mexique après la crise ont permis un assainissement durable des finances publiques et renforcé la stabilité du pays. Les restructurations de dette, puis le plan Brady, ont contribué à rétablir progressivement une situation financière saine. Il voit dans l’expérience du Club de Paris la démonstration qu’une crise de dette se résout avant tout par le dialogue, la responsabilité et la coopération entre les parties prenantes. Ces principes demeurent, selon lui, indispensables au bon fonctionnement du système financier international.

L’ancrage de change et la crédibilité : les enjeux de la stabilité monétaire du Liban (Jacques de Larosière)

Jacques de Larosière a continué à participer, à la demande du Gouvernement libanais, à une négociation avec les autorités libanaises destinée à les conseiller sur le choix de leur politique monétaire. Dans son intervention, il a partagé son analyse du rôle des currency boards (caisses d’émission) dans les programmes d’ajustement économique, ainsi que leur pertinence dans un contexte de crise comme celui du Liban. Dans les pays marqués par des années de mauvaise gestion, toute nouvelle équipe gouvernementale souffre d’un déficit de crédibilité, même si elle est compétente. Dans ce contexte, l’adhésion à des règles strictes et contraignantes, comme celles imposées par un currency board (ancrage d’une monnaie sur une autre) peut apparaître comme un moyen de restaurer la confiance. Il souligne à cet égard que le courage politique consiste précisément à accepter de renoncer à une part de ses prérogatives pour rétablir la crédibilité. Il recommande d’assurer la stabilité monétaire au Liban en réancrant le taux de change, tout en traitant les déséquilibres structurels (finances publiques, secteur énergétique, administration, etc.). Enfin, l’objectif ultime ne doit pas être de protéger ou de fermer l’économie, mais au contraire de la rouvrir et de restaurer la confiance internationale. Une stabilité monétaire combinée à des réformes structurelles soutenues par le FMI, doit permettre d’attirer de nouveaux capitaux, de renforcer le système bancaire et d’assurer une amélioration durable des réserves.

Comprendre le passé pour penser la nation

Emmanuel de WARESQUIEL

🔗Le cercle Saint-Honoré vient de publier la vidéo de l’intervention d’Emmanuel de Waresquiel du 5 décembre dernier autour de ses deux derniers ouvrages : Il nous fallait des mythes et Rien ne passe, tout s’oublie. L’académicien propose une réflexion sur les liens entre histoire, mémoire et identité nationale. Pour lui, les sociétés ont besoin de mythes fondateurs, mais ceux-ci ne doivent pas être confondus avec la vérité historique. Le rôle de l’historien n’est pas de les détruire ni de les célébrer, mais d’expliquer leur naissance, leur évolution et leur fonction dans la construction des imaginaires collectifs. Son analyse porte principalement sur la Révolution française. Il montre que des événements comme le Serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille ou la Fête de la Fédération ont été progressivement transformés en récits fondateurs destinés à légitimer la République. L’historien cherche donc à retrouver les faits tels qu’ils furent vécus par leurs contemporains, avant leur réinterprétation par la mémoire nationale. Emmanuel de Waresquiel insiste sur la méthode historique. Toute source doit être interrogée : qui l’a produite, dans quel contexte, pour quel public et avec quelle intention ? Il souligne également qu’aucun historien n’échappe totalement à son époque, mais que l’honnêteté intellectuelle consiste précisément à limiter ses propres biais et à respecter les faits. Plus qu’une vérité absolue, il recherche une « justesse » permettant de comprendre les mentalités et les sensibilités d’un temps révolu. Une part importante de l’entretien est consacrée aux rapports entre la Révolution et le religieux. Selon lui, la Révolution n’a pas simplement détruit le sacré monarchique ; elle a tenté de le transférer vers la nation souveraine. Le Serment du Jeu de paume, les fêtes civiques ou encore le culte de l’Être suprême témoignent de cette volonté de créer une nouvelle forme de sacralité politique. Cette ambiguïté expliquerait en partie certains débats contemporains autour de la laïcité. Évoquant Marie-Antoinette, il rappelle qu’elle demeure une figure profondément clivante : condamnée par une partie de la mémoire républicaine, exaltée par la mémoire royaliste. Son procès lui apparaît avant tout comme le symbole tragique de l’affrontement entre deux mondes, celui de l’Ancien Régime et celui de la Révolution. Enfin, dans un registre plus personnel, il défend la lecture, la lenteur et le goût des archives à l’heure des réseaux sociaux et des algorithmes. Il invite les jeunes générations à cultiver la curiosité, à prendre le temps de lire et à résister à l’immédiateté du numérique. Pour lui, comprendre le passé exige patience, humilité et liberté d’esprit. L’entretien dessine ainsi le portrait d’un historien qui considère que les mythes sont indissociables de la vie des peuples, mais dont la mission consiste à éclairer leur fabrication afin de mieux comprendre la manière dont une nation construit son propre récit.

Actualité de Rémi Brague et de Françoise Mélonio

Rémi BRAGUE

Rémi Brague et Françoise Mélonio sont intervenus, ce jeudi 25 juin, à la conférence de l’Academia Tocqueville sur le thème «  The secondarity of the West ».

Actualité d’Emmanuel Maury

Le correspondant de l’Acaémie Emmanuel Maury est intervenu, ce vendredi 26 juin, lors d’une séance spéciale de l’Académie des sciences d’outre-mer consacrée au sujet « Vers le Sommet de Phnom Penh : quelles perspectives pour la Francophonie ? », en présence de l’ambassadeur du Cambodge et de diverses personnalités.