
Bruno Cotte a déposé l’ouvrage suivant en séance du 24 mars 2025 :
Le Général et la poétesse. Un chef d’État inspiré par une Femme de Lettres de Jean-Michel Anciaux (Balland, 2024, 357 p.).
Texte prononcé en séance
Il s’agit d’une « présentation » un peu singulière.
En 1969, Romain GARY se disait « Gaulliste inconditionnel ». Je ne suis pas un inconditionnel du chef de la France Libre mais je j’admire et le respecte profondément et je lui suis reconnaissant.
En revanche je suis un « inconditionnel » de la poétesse d’Auxerre, Marie ROUGET, appelée Marie NOEL. Ses poèmes illuminent mon existence depuis des années et ils m’enchantent. Souvent primée, en particulier par l’académie française, elle fit l’admiration de Montherlant, Aragon, Cocteau, Colette, Mauriac et … de Charles de GAULLE !
Un livre, oui singulier, vient en effet d’être écrit par Jean Michel ANCIAUX, membre de l’Institut Charles de GAULLE que préside notre confrère Hervé GAYMARD. Il s’intitule « Le Général et la poétesse. Un Chef d’Etat inspiré par une femme de lettres ».
Et l’on découvre une amitié profonde entre ces deux êtres si différents, des échanges étonnants et un général qui fend littéralement l’armure.
Jugez-en vous-même :
. Lors d’une rencontre qui se déroule à Auxerre le 16 avril 1959, les témoins de la scène entendent le général dire à Marie NOEL « Madame, je salue en vous la poésie. Vous ne savez pas le bien que vous faites sans le savoir. Vous nous transportez dans un autre monde… Merci de cela et de bien d’autres choses encore ».
. Le 30 janvier 1960, durant la semaine dite des « Barricades » à Ager, alors qu’il a de quoi avoir la tête ailleurs, de GAULLE écrit : « j’ai lu vos « Notes Intimes » avec émotion avec admiration … sachez combien me touchent vos vers … »
. Le 10 décembre 1961, le général remercie Marie NOEL pour le recueil « Les chants d’arrière-saison » qu’il vient de lire et il lui écrit ceci :
« Chère Mademoiselle,
Vos chants d’Arrière-saison Ils m’ont accompagné, touché aux larmes, ennobli au long de ce dimanche. Comme ils vont profond et loin ces très beaux vers. Comme je vous remercie de les avoir mis à la mer de la poésie pour que les âmes les rencontrent …
Le Général de GAULLE aimait les lettres et la littérature et il fut aussi un grand homme de plume mais l’a-t-on entendu souvent dire qu’il « était touché aux larmes » …lui qui nous paraissait « à part » inatteignable !
Et, de son côté, Marie NOEL, qui n’a quasiment jamais quitté Auxerre, considère que le Général est « la plus haute conscience qui soit en France » et elle lui voue une profonde admiration.
Elle écrira, en 1940-1941, un splendide poème intitulé é « Message ». C’est un appel au libérateur. Elle ignore encore tout du combat que de GAULLE livre déjà depuis Londres. Le Général n’en aura connaissance que plus tard. Il lui écrira alors : » Mademoiselle …je ne saurai vous dire à quel point ce très beau poème m’a ému …mais aussi vos vers déchirants et magnifiques… »
Je vous avoue que le récit de cette amitié entre deux être à tous égards si différents, par l’image, nouvelle, inattendue, l’image donnée de celui auquel la France doit tant est à la fois passionnante et profondément émouvante
Le livre contient d’intéressants parallèles entre ces deux êtres en réalité si proches :
. Leur solitude, celle de de Gaulle, arrivant à Londres, et celle du chef de l’Etat qui, quoique vivant dans le tourbillon des affaires publiques, est et se sent si souvent seul. La solitude de Colombey. Aussi. Et celle de Marie Noël dont l’horizon était a priori tellement étroit. Pourtant tous les deux rayonnent.
Parallèle encore, s’agissant de leur liberté intérieure, de leur l’indépendance d’esprit qui fait d’eux des personnages facilement critiques, contestataires, rebelles …
. Développements aussi sur les rapports que de GAULLE, incarnation du risque et du courage, entretient avec les jeunes, notamment lors de ses voyages à l’étranger : la jeunesse allemande en 1962, québécoise, mexicaine et, en 1964, dans de nombreux pays d’Amérique du Sud … des rapports confiants, exaltants lui qui, pourtant, saura si mal accueillir la contestation du mois de mai 1968.
Je pourrais continuer mais je m’en tiens là.
Savoir que le Général de GAULLE était poète1, dans l’âme, et capable d’exprimer tant d’émotion en lisant Marie NOEL, cette immense poète et si modeste petite femme, a quelque chose de réconfortant dans le monde de brutes qui est actuellement le nôtre.
Bruno Cotte, 24 mars 2025

