
Olivier GRENOUILLEAU a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 29 septembre 2025 :
Sparte contre Athènes. 510-354 de Manuel Rodrigues de Oliveira (Passés Composés, 2024, 368 p.)
Discours prononcé en séance
Je souhaiterais déposer deux ouvrages sur le bureau de l’Académie. Ils présentent l’avantage de montrer que le passé, en l’occurrence l’Antiquité grecque, peut parfois permettre d’éclairer les temps contemporains.
Le premier, par ordre de parution, Sparte contre Athènes 510-354, a été publié par Manuel Rodriguez de Oliveira, en 2024, aux éditions Passés Composés. Trois choses me paraissent intéressantes à relever.
La première réside dans la comparaison entre la Ligue du Péloponnèse sous l’hégémonie de Sparte et celle de Délos dominée par Athènes. On voit en effet, à l’inverse de ce que l’on aurait pu penser, que Sparte se montre plus respectueuse des libertés de ses alliés, qu’Athènes vis-à-vis des siens. L’attitude de la première, que l’auteur compare à celle du bloc atlantique après 1947, paraît en quelque sorte plus « traditionnelle ». Tandis que l’attitude d’Athènes, comparée au Pacte de Varsovie, est plus impérialiste. On voit ainsi combien il est nécessaire de se démarquer de lectures manichéennes de l’histoire, et que la politique n’est pas soluble dans le seul combat du bien contre le mal.
Le deuxième enseignement concerne le concept de « Piège de Thucydide ». Formulé il y a quelques années par Graham Alisson, l’une des éminences grises de la Défense américaine, il postule que la guerre peut résulter d’une peur née de l’opposition entre deux puissances, l’une dominante, l’autre montante. Manuel Rodriguez de Oliveira montre que la guerre du Péloponnèse ne résulta pas, comme Thucydide l’écrivit, de la « croissance du pouvoir athénien et de la peur qui en résultait à Sparte » ; mais plutôt de la menace que représentait Sparte pour Athènes. Ainsi, bien que sans doute pertinent, le concept d’Alisson s’avère fondé sur de fausses prémisses.
Enfin, c’est en enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles, que l’auteur (docteur) a pu confronter le temps de la guerre froide qu’il enseignait et celui de la guerre du Péloponnèse qu’il étudiait. Son livre, brillant, illustre les effets heureux du croisement entre enseignement et recherche.

