Sous la coupole, le 28 septembre 2026

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Alain Besançon (1932-2023) par Carole Talon-Hugon.
Carole Talon-Hugon a été élue au fauteuil 2 de la section Philosophie le lundi 9 décembre 2024. Cette élection a été approuvée par un décret présidentiel en date du 7 février 2025.
Le président de l’Académie des sciences morales et politiques Jean-David Levitte ouvre la séance en accueillant sous la coupole les membres de la famille de Alain Besançon et de Carole Talon-Hugon, ainsi que toutes les personnalités et les personnes présentes notamment les membres de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier.
Le président donne la parole à Chantal Delsol qui prononce le discours d’accueil de Carole Talon-Hugon.
Chantal Delsol retrace le parcours de Carole Talon-Hugon, philosophe de l’art, et souligne l’évolution de ses recherches qui ont commencé par l’étude des passions et des affects pour tendre vers l’histoire philosophique des arts et les transformations de l’art contemporain. À travers une réflexion qui s’appuie sur les différents ouvrages de Carole Talon-Hugon, Chantal Delsol montre comment l’art, longtemps lié à la religion, s’est progressivement autonomisé à partir de la Renaissance, avant de se libérer plus largement des autres sphères d’activité aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Elle souligne cependant qu’à l’époque contemporaine, cette autonomie semble remise en cause, l’art passant à nouveau « sous contrôle » : l’art tend à nouveau à se soumettre à des impératifs moraux, politiques, sociaux ou économiques. À travers les travaux de Carole Talon-Hugon, la philosophe analyse notamment cette confusion croissante entre art, science, morale et marché et élargit ainsi la réflexion à l’autonomie des différentes sphères de l’existence humaine, chacune devant conserver sa rationalité propre tout en respectant les autres. L’art contemporain tendrait à brouiller leurs frontières en prétendant produire du savoir, porter une morale ou répondre à des impératifs économiques. L’histoire invite dès lors à considérer l’autonomie des sphères comme un équilibre fragile. L’art apparaît finalement comme un révélateur de son époque : il en exprime les valeurs, les conflits et les croyances. L’œuvre de Carole Talon-Hugon permet ainsi de mieux comprendre les transformations de l’art contemporain et, plus largement, celles de notre temps.
Le président donne ensuite la parole à Carole Talon-Hugon pour la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Alain Besançon.
Carole Talon-Hugon retrace la vie et l’œuvre d’Alain Besançon, en évoquant notamment le récit qu’Alain Besançon fit des 25 premières années de sa vie dans son autobiographie intitulée, Une génération. L’événement déterminant de sa jeunesse fut l’engagement politique dans le communisme à l’âge de 20 ans. Si court fut-il – cinq années seulement – cet engagement détermina durablement sa réflexion sur l’idéologie. Issu d’une famille catholique et bourgeoise, Alain Besançon rompit avec le communisme en 1956, notamment après le rapport Khrouchtchev, puis devint historien de la Russie et du soviétisme. Sous l’influence de Raymond Aron, il développa une pensée attentive aux idées qui sous-tendent les événements historiques. Ses travaux analysent le léninisme, le totalitarisme, les rapports entre religion, politique et histoire, mais il intégra aussi dans sa réflexion la littérature et les arts. Il étudia notamment la dimension religieuse de l’idéologie communiste et nazie, tout en soulignant l’unicité historique et morale de la Shoah. Son œuvre s’élargit ensuite à la peinture, à la littérature et au christianisme, toujours dans une perspective historique et philosophique. Défenseur de la raison, de la vérité et de la liberté intellectuelle, Alain Besançon dénonça le conformisme, le relativisme et les idéologies.
Professeur dans différents lycées, il fut attaché de recherche au CNRS à partir de 1960, avant de poursuivre sa carrière à l’EHESS, d’abord comme maître-assistant (1965) puis directeur d’études à partir de 1977 jusqu’à sa retraite en 1992. Le 4 novembre 1996, Alain Besançon fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section Morale et Sociologie, au fauteuil laissé vacant par le décès du Grand Rabbin Jacob Kaplan, avant d’être transféré par décision de l’Académie dans la section Philosophie en 1999, succédant à Jean Guitton. Son engagement intellectuel et critique se poursuivit jusqu’au bout, notamment par les articles qu’il publiait dans la revue Commentaire qu’il avait co-fondée en 1977, et qui est aujourd’hui dirigée par Jean-Claude Casanova. Alain Besançon est décédé le 8 juillet 2023, il laisse l’exemple d’un penseur pour qui « oser penser par soi-même » constitue une exigence à la fois intellectuelle et morale.
À l’issue de la cérémonie, Jean-Robert Pitte a remis son épée d’académicienne à Carole Talon-Hugon. L’académicienne a choisi un sabre, un modèle de 1923, destiné aux officiers de cavalerie, ayant appartenu à son père, le Commandant René Talon. L’académicienne a choisi de personnaliser ce sabre en y faisant inscrire son numéro de fauteuil, sa date d’élection et cette devise : « Je maintiendrai ».
Différents intermèdes musicaux, interprétés par Anne Mousserion, violoncelliste, et Élodie Hugon-Dancoisne, violoniste, ont ponctué la cérémonie.
La cérémonie a été suivie d’une réception dans les salons du Palais de l’Institut de France.
