
Bruno COTTE a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 15 septembre 2025 :
Robert H. Jackson : Faire campagne pour la justice d’Olivier Beauvallet et Yves Ternon (Michalon, Le Bien Commun 11 Septembre 2025)
Discours prononcé en séance
Présentation du livre « Robert H JACKSON. Faire campagne pour la Justice
Olivier BEAUVALLET et Yves TERNON
Editions Le Bien commun. Michalon.
Septembre 2025.
En ces temps tragiques où le droit international est sciemment et cyniquement piétiné et où la justice pénale internationale fait l’objet, notamment en Russie, en Israël et aux Etats-Unis, des critiques les plus vives et se trouve même étonnamment sanctionnée à travers certains des procureurs et des juges qui la rendent, un petit livre (120 pages) vient opportunément nous rappeler que les USA ont su, grâce à des personnalités telles que Robert JACKSON, qui fut le procureur en chef de son pays au procès de Nuremberg, être des pionniers et d’ardents acteurs de la justice pénale internationale.
Les auteurs nous rappellent qu’avocat de formation, donc simple praticien du droit et non brillant académique, JACKSON, né en 1892, fut très proche de Franklin ROOSEVELT avant même que ce dernier devienne président.
Ce qui le conduisit à travailler au département du Trésor, puis de la Justice. En 1936 il est en effet assistant-procureur général en charge de la division fiscale, puis en 1938 US Solicitor Général appelé à représenter le département de la Justice devant la Cour suprême et les cours fédérales d’appel, enfin en 1939 Attorney General. En juillet 1941, ROOSEVELT le nomme à la Cour suprême.
Le 2 mai 1945, le président TRUMAN le nomme Procureur Général pour « l’établissement des charges et la mise en accusation des crimes de guerre de ceux des dirigeants de l’Axe … » qu’il conviendra de faire comparaître devant un tribunal international.
Son rôle lors des discussions, des négociations, âpres, qui se dérouleront entre les quatre parties concernées, USA, Russie, Angleterre et France , sera essentiel qu’il s’agisse du choix de la procédure (Common Law ou Civil Law), de la définition des infractions à poursuivre, de la répartition des tâches entre les quatre équipes de procureur, de la désignation des accusés qui seront traduits en justice, du lieu du procès , de la mise œuvre pour la première fois, d’une interprétation simultanée… le juge américain, Francis BIDDLE, soulignera « l’infatigable énergie et l’habileté de Robert JACKSON qui a finalement réuni les quatre nations, une prouesse vraiment extraordinaire … »
JACKSON, il est vrai, disposait d’une équipe de 654 personnes soit 365 civils et 289 militaires … le procureur français, François de MENTHON, ne disposait certes pas de tels moyens et Hubert FALCO, suppléant du juge français Henri DONNEDIEU de VABRES, a pu écrire à juste titre que JACKSON fut « l’âme et le promoteur de toute cette entreprise judiciaire » !
La part qu’il prit au cours des débats lors des interrogatoires et contre-interrogatoires des accusés fut majeure même s’il eut des difficultés avec Herman GOERING ! car s’il était un excellent orateur il était, dit-on, un moins bon interrogateur… et j’ai pu, d’expérience, constater que cela ne s’improvise pas !
Oui, à cette époque, les USA croyaient en la justice pénale internationale comme ils continuèrent à y croire notamment lors de la création des tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.
J’ajouterai, le livre n’en parle pas et c’est dommage, que lors de l’audience préliminaire, JACKSON tint les propos suivants : « en établissant le Statut (les règles de procédure) nous devions prendre en considération que tout ce qui permettrait d’éviter un procès tournerait à l’avantage des accusés et, par conséquent, le Statut autorisa le procès par défaut quand c’était de « l’intérêt de la justice », ne laissant comme guide à la discrétion du tribunal que cette notion très générale ».
Sachant que le système juridique de Common Law demeure très réticent vis-à-vis de la procédure de défaut, cette déclaration, venant précisément d’un Common Lawyer, doit être prise en considération. Il s’impose aujourd’hui que les textes régissant le fonctionnement de la CPI soient modifiés en ce sens car on peut douter que les personnes visées par les mandats d’arrêt qui valent à cette Cour d’être vilipendée et sanctionnée se retrouvent un jour dans un box d’accusés. Il doit en aller de même des textes régissant le tribunal ad hoc qui pourrait être appelé à juger M POUTINE pour le crime d’agression commis en Ukraine.
Au terme des débats Robert JACKSON rejoignit la Cour suprême où il avait été nommée en 1941. Et il y siégea 13 ans. Il contribua à plus de 2000 arrêts au fond et y occupa une place déterminante.
Au moment où le rôle de la Cour suprême est devenu plus essentiel que jamais en dépit du déséquilibre partisan qui est actuellement le sien, découvrir la manière dont JACKSON concevait sa charge, la façon dont il l’assumait, les limites qu’il se fixait, l’exigence qu’il s’imposait est riche de leçons et peut-être d’espoir !
Oui, ce livre nous décrit « une vie d’engagement en faveur du droit » … cela a du prix au moment où la démocratie vacille aux USA et où les juges apparaissent de plus en plus comme d’indispensables remparts.
Olivier BEAUVALLET est actuellement vice-président de la Cour pénale spéciale de la République centre-africaine où il siège en chambre d’appel. Nous l’avons primé en 2023 pour un ouvrage sur les « Pratiques judiciaires francophones ». Il a également exercé au Kosovo et au sein des chambres mixtes extraordinaires du Cambodge.
Yves TERNON est médecin et docteur en histoire et HDR à l’université de Montpellier.




























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