
Éric ROUSSEL a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 juin 2025 :
Deux bombes sous le Rainbow Warrior d’Hervé Gattegno (Flammarion, 2025, 352 p.).

Haïm KORSIA a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 juin 2025 :
La gauche et l’antisémitisme de Philippe Val (Éditions de l’Observatoire, 2025, 256 p.)
Haïm KORSIA a aussi déposé deux numéros de la Fondation pour l’innovation politique de Bernard Bruneteau et Stéphane Courtois, Les gauches antisémites (1) De Proudhon à la révolution bolchévique (2) La détermination totalitaire (juin 2025).


Georges-Henri Soutou a déposé l’ouvrage suivant en séance du 2 juin 2025 :
Vous n’aurez pas les enfants, d’Arnaud Le Gouëfflec et d’Olivier Balez, d’après le livre de Valérie Portheret (Glénat BD, 2025).

Bernard STIRN a déposé l’ouvrage suivant en séance du 12 mai 2025 :
Le droit administratif de Léon Aucoc de Vivian Laugier, (LGDJ, collection Bibliothèque de droit public, 2025, 448 p.).
La thèse soutenue par Vivian Laugier, sous la direction de la professeure Pascale Gonod, vient d’être publiée sous le titre Le droit administratif de Léon Aucoc, dans la collection de la Bibliothèque de droit public que dirige note confrère Yves Gaudemet.
Cette excellente thèse analyse de manière solide et convaincante les apports de la pensée de Léon Aucoc à la construction du droit administratif dans la seconde moitié du XIXème siècle. Attentif à l’organisation administrative, Léon Aucoc, aurait selon Vivian Laugier, été l’inventeur du mot « déconcentration ». Il a contribué à l’affirmation de l’obligation pour l’administration d’inscrire son action dans le respect du droit. Attaché à l’histoire et au droit comparé, il a présidé la Société de législation comparée et il a été un pionnier dans la systématisation de droit administratif, qu’il conçoit comme une véritable science, liée aux autres sciences sociales.
Au-delà de la qualité de ses analyses juridiques, la thèse de Vivian Laugier permet de faire revivre une personnalité peut-être éclipsée par celle d ‘Edouard Laferrière et quelque peu oubliée, dont le parcours est le reflet d’une époque et qui a joué un rôle important pour notre académie comme pour l’Institut.
Né en 1828 à Paris, dans une famille de la bourgeoisie commerçante, Léon Aucoc a été élève de l’éphémère Ecole d’administration créée par le IIème République. Il rejoint en 1851 le Conseil d’Etat. Guy Braibant a écrit qu’il est alors « entré en droit administratif comme on entre en religion ». Au cours d’une belle carrière sous le Second Empire et les débuts de la République, il occupe, en particulier, les fonctions de commissaire du gouvernement de 1864 à 1869 puis celles de président de la section des travaux publics, de 1872 à 1879. A cette date, et bien qu’il n’ait pas été personnellement concerné par l’épuration républicaine, il décide de démissionner par solidarité avec ceux de ses collègues qui se trouvent alors écartés du Conseil en raison de leurs opinions politiques. Il rejoint la compagnie des chemins de fer du Midi, qu’il présidera et dont il sera administrateur jusqu’à son décès en 1910.
Parallèlement à ses activités administratives, Léon Aucoc a beaucoup enseigné et publié. Son cours à l’Ecole des Ponts et Chaussées est à l’origine d’un ouvrage de référence, qui fait l’objet de trois éditions successives, intitulé Conférences sur l’administration et le droit administratif. Il prend part en 1871 à la création de l’Ecole libre des sciences politiques. Ses nombreux articles sont d’une grande richesse.
Elu en 1877 dans notre académie, qu’il a présidée en 1890, Léon Aucoc s’est pleinement investi dans ses travaux et dans l’organisation de l’Institut. Alors que cela était loin d’être reconnu par tous à la fin du XIXème siècle, il a su convaincre que l’Institut de France dispose d’une personnalité juridique distincte de celle de l’Etat et d’une nature particulière. Il a dénoué les complications que suscitait la mise en œuvre de la donation de Chantilly faite par le duc d’Aumale le 3 décembre 1886. Il a rassemblé l’ensemble des lois, statuts et règlements applicables depuis les origines aux académies et à l’Institut. En rappelant ces points, la thèse de Vivian Laugier cite un extrait du discours prononcé par Léon Aucoc lors de son élection à la présidence de notre académie, qui soulignait ainsi son attachement à celle-ci : « Appartenir à l’Académie, c’est vraiment une carrière qui s’ajoute aux autres, qui leur donne plus d’éclat pendant l’activité, qui enlève l’amertume des retraites prématurées et qui assure aux retraites que l’âge commande ou légitime la douceur d’un repos laborieux ». Sans constituer le cœur d’une thèse centrée sur le droit administratif de l’époque, les liens avec notre académie de Léon Aucoc y sont ainsi très bien évoqués. C’est aussi une raison pour que cette thèse me paraisse mériter de retenir l’attention de celle-ci.

Olivier GRENOUILLEAU a déposé l’ouvrage suivant en séance du 5 mai 2025 :
Résilience démocratique. Eléments de sociologie historique de Jean Baechler et Alexandre Escudier (Editions Hermann, 2024, 428 p.).
Le livre, que je souhaite déposer sur le bureau de l’Académie, a pour titre Résilience démocratique. Il a été publié à la fin de l’année 2024, chez Hermann. Trois raisons expliquent ma démarche.
La première est que l’ouvrage – les actes d’un colloque tenu en juin 2022 à la Fondation Del Duca, avec le soutien de notre Académie, est cosigné par Jean Baechler et Alexandre Escudier. Inutile de présenter ici Jean Baechler, décédé deux mois après la tenue de ce colloque et qui, admirable, fut actif jusqu’au bout. Chargé de recherche au CEVIPOF, à Sciences Po Paris, Alexandre Escudier est sans doute celui, qui trop souvent dans l’ombre, a le plus travaillé avec Jean Baechler durant ses dix dernières années. On doit à Alexandre Escudier la publication intégrale des 276 articles écrits par Jean Baechler, avec six volumes déjà sortis.
Deuxième argument : le Politique et la démocratie occupent une place centrale dans l’œuvre de Jean Baechler. Le premier est défini comme « la recherche de la paix par la justice ». La seconde, est, je le cite à nouveau, le régime dans lequel « les citoyens s’associent dans un groupement à responsabilité limitée, pour gagner la sécurité, la prospérité et la liberté. Ils ne consentent des abandons de souveraineté que dans l’exacte mesure où la réalisation de ces trois fins l’exige ». Les « dirigés n’obéissent aux dirigeants, qui sont leurs délégués à titre circonscrit, temporaire et réversible », que parce qu’ils parient sur leur compétence pour assurer l’intérêt commun, étant entendu que chacun s’occupe de son intérêt particulier dans son privé ».
Cette démocratie idéale revêt historiquement des formes variées. Elle permet, mieux que les deux autres régimes politiques baechlériens (que sont l’autocratie et la hiérocratie) de tendre vers la paix par la justice. La démocratie est, pour Baechler, la forme historique première d’organisation, au Paléolithique. Le savant a souligné le repli de l’expérience démocratique, à partir du Néolithique et insisté sur sa renaissance postérieure, parallèle à l’émergence de la modernité occidentale. Une modernité qui n’est d’ailleurs, pour lui, que « la transcription en termes économiques, techniques, scientifiques, religieux, esthétiques […] d’une démocratisation politique ».
Troisième argument : Résilience démocratique ne permet pas seulement de revisiter l’un des thèmes majeurs de celui qui fut l’un des grands penseurs du XXe et du début du XXIe siècle. La question que posent les actes de ce colloque est essentielle : la démocratie peut-elle résister aux multiples défis auxquels elle se voit forcément confrontée ?
La première partie de l’ouvrage montre, en quinze chapitres, comment les expériences démocratiques du passé témoignent d’une vraie capacité d’adaptation, depuis les temps archaïques jusqu’au XXe siècle. En huit chapitres, la seconde partie du livre liste un certain nombre de défis contemporains : la technocratie numérique, l’intégration européenne, le réchauffement et les déséquilibres politiques planétaires, ou bien encore le risque d’une nouvelle parenthèse autoritaire.
Les deux directeurs d’ouvrage sont relativement sereins. La démocratie, disent-ils en introduction, est forcément résiliente car elle ne peut céder la place qu’à la suite d’événements imposés de l’extérieur, comme la guerre. Tel n’est pas l’avis, forcément, de tous les contributeurs. On voit en lisant l’ouvrage, qu’Athènes, par exemple, sut résister, survivant aux coups de butoir portés par Philippe II et Alexandre de Macédoine. Mais, plus durable qu’on ne l’image souvent, cette démocratie s’évanouira finalement, en partie du fait de problèmes internes. La « faillibilité » écrivit ailleurs Jean Baechler, « est le coût de la liberté ». Dans Démocraties (au pluriel), en 1985, il assurait que la démocratie est mortelle, et, à la suite d’Aristote, qu’elle ne saurait subsister longtemps sans une Éthique.
Un livre à lire et à méditer.
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