L’industrie manufacturière en France

Séance du lundi 22 octobre 2012

par M. Bertrand Collomb et M. Yvon Gattaz

 


Intervention de M. Yvon Gattaz,
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Intervention de M. Bertrand Collomb,
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques


 

 

Intervention de M. Yvon Gattaz,
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Permettez-moi de vous présenter quelques statistiques indiscutables et affligeantes de l’état de notre industrie française à ce jour.

 

1 – Part

Très récemment, le Commissaire Européen à l’Industrie Antonio Tajani regrettait la décadence industrielle de l’Europe, et particulièrement de la France, et souhaitait que l’industrie, qui représente 16% du PIB européen, puisse remonter à 20% en 2020, avec 18% pour la France, et 24% pour l’Allemagne, différence significative. Est-ce une réalité ou un vœu pieux ? Le résultat dépendra de nous tous.

Le 5 septembre dernier, le « World Economic Forum » de Davos a décidé de sortir la France du Top 20 des pays les plus compétitifs. Tout un symbole, après un recul de trois places, du 18e au 21e rang depuis 2011.

 

2 – Emplois

En fait, notre industrie manufacturière (qui, je le rappelle, représente l’industrie au sens large moins l’énergie et l’agro-alimentaire) a perdu 1,9 million d’emplois, soit 36% de son effectif entre 1980 et 2010, c’est-à-dire en trente ans. Une partie de cette baisse spectaculaire est due, bien sûr, à l’externalisation des services (nettoyage, restauration, maintenance informatique, etc.) et également aux gains constants de productivité estimés à 30% des pertes d’emplois sur les dix dernières années. La France n’est plus que le 4e employeur industriel européen avec 3 250 000 emplois, contre 7 560 000 en Allemagne, 4 790 000 en Italie, et même 3 500 000 en Pologne.

Une étude récente du Trésor a démontré que la perte des emplois industriels a été de 65 000 par an entre 2000 et 2007, et que cette baisse était due pour 5% à l’externalisation vers les services, pour 65% aux gains de productivité, et pour 28% à la concurrence internationale par les prix. A ce sujet, la segmentation classique sur les causes « coûts » et « hors coûts » de la productivité française pourrait être modernisée en :

  • Cause « entreprise » elle-même ;

  • Cause « hors entreprise » par les environnements divers (en particulier bien sûr fiscaux et sociaux, bien connus).

La répartition entre ces causes « entreprise » et « hors entreprise » est largement discutée et contestée et je me garderai bien de donner ici un pourcentage précis.

 

3 – Coûts

Pour l’ensemble de notre industrie manufacturière, le coût moyen horaire du travail s’élève à 34,60 euros, contre 31,20 euros en Allemagne, en ajoutant pour la Sécurité Sociale 39% de charges au salaire de l’employé contre 19% en Allemagne. Nous osons à peine signaler que ce coût horaire industriel est de 3 euros en Bulgarie.

Nos salaires industriels, plus hauts que les autres et compris entre 2,5 et 3 Smic, sont à l’évidence trop élevés dans la compétition internationale actuelle.

 

4 – Nombre

En nombre, la France compte les entreprises industrielles suivantes :

  • 157 000 TPE de 1 à 49 salariés sur 2,5 millions, soit 7 % ;

  • 24 600 PME de 50 à 249 salariés sur 160 000, soit 19% ;

  • 1 515 ETI de 250 à 5 000 salariés sur 4 600, soit 33% (la plus forte  proportion en France) ;

  • 64 GE au-dessus de 5 000 salariés sur 217, soit 29 %.

 

5 – Marges

Au point de vue financier, remarquons que le taux de marge de nos entreprises non financières est tombé à 28,6%, son plus bas niveau depuis 1985, alors qu’il est de 34,4% Outre-Rhin et de 38,3% pour la zone euro d’après Eurostat, statistiques particulièrement inquiétantes.

Disons-le tout net : l’usine est mal aimée en France. Elle est réputée polluante, même si elle l’est de moins en moins. Elle a d’immenses cheminées, aujourd’hui très rares. Alors qu’en réalité les machines-outils sont silencieuses et à commandes numériques aseptisées. Il est indispensable que nos entreprises industrielles s’ouvrent aux élèves de toutes les écoles de France, si elles veulent restaurer leur image si dramatiquement dégradée. Si l’on ne peut empêcher la coulée des hauts-fourneaux d’être à haute température, 1 560°C, les jeunes trouveront surtout des ateliers de montage propres comme des laboratoires.

 

6 – Robots

Un bon indicateur de l’industrialisation d’un pays est le nombre de robots : si la France en possède 34 495, l’Italie en a deux fois plus (62 378), l’Allemagne quatre fois plus (148 195) et le Japon huit fois plus (285 000). Et l’écart continue de se creuser.

 

7 – Conclusion

En résumé, contrairement à l’Allemagne, la France a semblé suivre depuis des décennies plutôt le modèle anglo-saxon de la finance au détriment de l’industrie manufacturière. De ce fait, ne nous étonnons pas de la faiblesse actuelle de notre industrie.

Mais pour ne pas rester sur une note profondément pessimiste qui convient mal aux entrepreneurs, il faut constater un intérêt nouveau qui semble sourdre subrepticement dans la classe dirigeante qui murmurait naguère « Pouah ! L’industrie est bonne pour la Chine ! » sans prendre conscience que si cette Chine devenait le seul atelier du monde, tous les autres pays en deviendraient étroitement dépendants.

Il est probable qui si notre PIB industriel augmentait de trois points, le chômage disparaîtrait.

On le voit, notre industrie manufacturière peut et doit être réhabilitée, et il est réconfortant de voir nos diplômés des grandes écoles retrouver le chemin de la recherche scientifique, et même, de la production manufacturière, qu’ils avaient abandonné pour les métiers (et les profits personnels) d’une ingénierie financière d’autant plus efficace pour les acteurs eux-mêmes qu’elle était plus incompréhensible pour le grand public. C’était la complicité antique des grands prêtres de Rome. Aujourd’hui, un certain espoir revient pour notre industrie manufacturière.

 


 

 

Intervention de M. Bertrand Collomb,
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, fait de la désindustrialisation de la France plus une question de souveraineté que d’économie. Selon ses termes, le pays qui ne fabrique plus et qui consomme les produits fabriqués par d’autres perd sa souveraineté, notamment parce qu’il se voit imposer des normes de vie générées par d’autres. Il suffit de prendre l’exemple de Google et autres services Internet pour constater qu’avec l’Ipad et l’Iphone arrivent des habitudes de vie qui sont générées par les fabricants des produits en question.

En cohérence avec ce point de vue, le ministre a insisté sur le rôle du politique qui, à ses yeux, est en mesure de redresser l’économie. Il en veut pour exemple ce qui s’est passé aux États-Unis après la Grande Dépression. Il est vrai que les politiques libérales n’avaient fait que plonger le pays plus profondément encore dans la crise et que le redressement n’avait pu être amorcé que grâce au New Deal avec le National Recovery Act.

Arnaud Montebourg a estimé que la politique du gouvernement auquel il appartient allait consister à changer le modèle économique. Le modèle qu’il qualifie de ROE (Return On Equity) et LBO (Leverage Buy-Out), c’est-à-dire le modèle anglo-saxon libéral a, d’après lui, montré clairement ses limites avec la crise de 2008 et doit donc être dépassé. Du reste, ce modèle n’a jamais été vraiment accepté par la société française. Le nouveau modèle que le ministre appelle de ses vœux doit être entrepreneurial, innovant et patriotique. Concernant ce dernier adjectif, il a fait une citation qui, me semble-t-il est attribuable à Romain Gary, en disant que le nationalisme est la haine des autres alors que le patriotisme est l’estime de soi. Pour ce qui est des deux autres qualificatifs, entrepreneurial et innovant, Arnaud Montebourg s’est présenté comme le ministre des chefs d’entreprise qui préfèrent le long-terme au court-terme, qui aimeraient associer leurs employés et les syndicats au sort de l’entreprise, qui respectent et intègrent les territoires et qui investissent dans l’innovation.

Le financement de ce nouveau modèle économique sera assuré, toujours selon Arnaud Montebourg, par la Banque Publique d’Investissement. Cette BPI aura le souci d’être rentable, mais elle se montrera plus patiente et moins gourmande que les investisseurs anglo-saxons. En outre, l’État soutiendra des projets. Le ministre cite l’idée géniale d’un jeune polytechnicien qui a conçu de modifier l’économie, et l’ergonomie, des « data-centers » en les dispersant en de nombreuses unités réparties dans des hôpitaux, écoles et bâtiments publics qu’elles contribueront à chauffer. Par cet exemple, le ministre fait état d’une démarche volontariste de l’État, à l’opposé de la doctrine européenne du « We don’t pick up the winners and loosers » (« Nous ne choisissons pas les gagnants et les perdants »).

En citant Jean-Paul Fitoussi qui estime qu’il vaudrait mieux faire des choix plutôt que d’appliquer des règles, Arnaud Montebourg s’est proposé de changer la règlementation européenne. Je suis personnellement sensible à cette approche car je pense que l’Union européenne, dont la seule réponse aux problèmes qui peuvent se poser, consiste à dire qu’elle se doit uniquement d’appliquer les règles, ne répond pas aux besoins du moment. Le ministre pense notamment à réformer la règlementation sur les aides d’État puisque, au-delà de 200 000 euros sur trois ans, un État doit demander l’autorisation de Bruxelles avant de pouvoir aider un secteur particulier de son économie. Il pense aussi aux règles environnementales très strictes que l’Europe impose à nos entreprises alors que les entreprises extérieures avec lesquelles nos entreprises sont en concurrence n’ont pas à en soucier. Il pense enfin à la non-exigence de règles de réciprocité commerciale qui seraient pourtant nécessaires afin de corriger les distorsions trop pénalisantes pour nos entreprises en matière de concurrence.

À propos du rapport Gallois, encore tenu officiellement sous le boisseau jusqu’au 15 novembre, le ministre n’a pas manqué de faire un éloge appuyé de Louis Gallois et de se prononcer pour un choc de compétitivité. Désireux d’identifier lucidement nos handicaps, il a toutefois manifesté quelque réticence à évoquer le coût du travail car il ne souhaite pas dire aux salariés français qu’ils sont trop payés. Il préfère parler du refinancement de la protection sociale, sans être très précis sur ce plan puisque le gouvernement semble réticent à la fois à l’augmentation de la TVA et à celle de la CSG. Mais il a indiqué qu’il fallait trouver des modes de refinancement en ciblant l’aide sur les secteurs exposés, c’est-à-dire l’investissement productif industriel, généralement avec des niveaux de salaire de 1,6 à 3,5 fois le SMIC, et, a-t-il ajouté, en faisant payer les secteurs abrités.

Évoquant la réduction des dépenses d’État, Arnaud Montebourg a fait savoir que c’était en cours et que l’État faisait le maximum, suscitant d’ailleurs une réaction incrédule de l’assistance. Mais il a concédé qu’il restait cependant une marge assez importante à grignoter du côté des collectivités locales.

Il a conclu en prônant une maîtrise patriotique de l’économie tout en admettant que l’on n’échapperait pas à un débat difficile car en butte à un dilemme macroéconomique entre le court-terme – réduire la dette rapidement sans créer de récession – et le long-terme – réduire la dette tout en augmentant la compétitivité des entreprises.

Après l’intervention du ministre du Redressement productif se sont succédé plusieurs autres orateurs qui, somme toute, ont établi des diagnostics assez semblables. Christian Saint-Etienne a rappelé que l’industrie faisait 80% des exportations – ce que Jean-Louis Beffa a confirmé en disant que ce ne sont pas les services qui déterminent la balance commerciale – et aussi 80% de la R&D.

À plusieurs reprises a été exprimée l’idée que la désindustrialisation n’était pas le fruit du hasard ni celui d’une mécanique implacable de renoncement, mais qu’elle avait été portée par un courant d’idées qui prétendait que l’ère industrielle était révolue et que désormais, à l’ère postindustrielle, une nouvelle division du travail ferait de nos pays des centres de recherche, la fabrication étant bonne pour des pays moins avancés que les nôtres, telle la Chine. Ce courant d’idées s’accordait très bien avec l’esprit des 35 heures de travail hebdomadaire (« inutile de continuer avec des horaires chargés puisqu’on abandonne la production »), mais aussi avec une certaine conception de l’écologie (« une France sans usines est une France sans pollution »). On peut donc se demander si la désindustrialisation de notre pays n’a pas été le résultat d’une stratégie délibérée, même si elle n’a jamais été explicite.

L’Allemagne, en revanche, en 1997-1998, se trouvait dans une situation extrêmement difficile, après une réunification très coûteuse qui, en, créant une augmentation de la demande, avait permis aux syndicats d’obtenir des augmentations importantes des salaires ; cette Allemagne, qui connaissait alors un important déficit commercial, a décidé de consacrer tous ses efforts à la compétitivité industrielle.

Il est évidemment superflu aujourd’hui de se demander qui, de l’Allemagne ou de la France, a adopté la meilleure stratégie. Les chiffres qu’a rappelés Yvon Gattaz parlent d’eux-mêmes.

Sans doute a-t-il été beaucoup question de production industrielle lors des Entretiens de la matinée, mais Pierre Gattaz a rappelé qu’il convenait de ne pas séparer artificiellement l’industrie et les services. Il s’agit en effet à ses yeux d’un combat commun et l’idée que l’on pourrait faire payer les services pour aider l’industrie serait finalement nuisible à l’industrie et aux services.

Le diagnostic sur l’état de l’industrie manufacturière en France, qui ne fait plus débat depuis l’élection de la nouvelle majorité à la tête de la France, a été très bien rappelé par Louis Gallois : l’industrie française, à quelques très belles exceptions près, n’a pas réussi sa montée en gamme ; elle n’a pas assez investi dans la productivité et elle reste très exposée à la concurrence par les prix. L’exemple de l’automobile est particulièrement instructif. En effet, Audi vend bien ses voitures, alors qu’elles sont de 15% plus chères que celles de la concurrence, ce que ni Renault, ni Peugeot, ni Citroën ne parviennent à faire.

La France est loin derrière l’Allemagne et, d’une façon générale, derrière l’Europe du Nord, mais aussi, ce que plus d’un orateur a mentionné, derrière l’Italie du Nord. Si tous ces pays et régions sont montés en gamme, ils ont su également réduire leurs coûts. L’Allemagne n’a plus augmenté ses coûts en valeur nominale depuis dix ans, cependant que la France les augmentait de 20%. La France se retrouve donc aujourd’hui prise en tenaille entre ses concurrents européens performants et les pays à bas coûts, telles la Chine, la Corée, l’Europe de l’Est et même, semble-t-il, depuis ses récents efforts, l’Espagne.

Les marges des entreprises françaises ont baissé considérablement et le différentiel est de 8 points par rapport à l’Allemagne et de 10 points par rapport à la moyenne européenne. L’autofinancement des entreprises industrielles françaises est passé de 85% à 64%. Enfin, depuis dix ans, l’investissement est plat.

Les raisons de cet état de choses sont reconnues quasi unanimement : un environnement fiscal défavorable ; une durée du travail insuffisante, notamment rapportée à la durée de vie du travailleur ; un déficit de coopération entre acteurs économiques ; un dialogue social fondé sur la méfiance ; un système de formation continue plus centré sur l’adaptation à l’emploi que sur l’employabilité..

Mais aussi bien Louis Gallois qu’Anne Lauvergeon ont estimé que la France disposait d’atouts. Ces atouts sont tout d’abord des secteurs performants : aéronautique, pharmacie, certaines branches de l’agro-alimentaire. Ce sont aussi des entreprises internationales françaises qui réussissent fort bien dans ce qu’elles entreprennent ; la France est le pays qui a le plus de leaders mondiaux dans le palmarès des 500 plus grandes entreprises mondiales. La situation géographique du pays est un autre atout, et notamment son long littoral – à condition que les ports ne soient pas paralysés par des conflits incessants.

Face à cette situation et au vu des atouts dont dispose le pays, Christian Saint-Étienne a évalué les actions nécessaires en termes macroéconomiques. Son raisonnement est le suivant : 120 milliards d’euros de marge manquent aux entreprises. Il faut donc faire basculer 120 milliards des ménages sur les entreprises. Cinquante milliards peuvent être obtenus par transfert de charges et cinquante milliards peuvent être obtenus directement par les entreprises en améliorant leur productivité. Christian Saint-Étienne a suggéré que les entreprises investissent dans la troisième révolution industrielle, à savoir dans l’information, la communication, la robotisation. Mais cela suppose que l’on soit prêt à remettre en cause l’organisation des entreprises, ce qui entraînerait des changements lesquels se heurteraient inévitablement à une certaine pesanteur administrative autant que syndicale.

Christian Saint-Étienne a poursuivi en demandant que l’on crée un écosystème favorable aux  entreprises, à l’opposé de ce qui a été fait depuis 15 ans. Il s’agit de recréer une vision collective de ce qu’il convient de faire. Ce terme de vison collective a été employé également par Pierre Gattaz, chef d’une entreprise mondiale, qui estime que la réussite dépend de cinq mots commençant par « C » : 1°) le cap, un cap concerté entre l’État et les différents joueurs ; 2°) la confiance ; 3°) la compétitivité ; 4°) la cohérence ; 5°) la convergence.

Anne Lauvergeon a parlé d’un État stratège en rappelant que dans les années 1960-1970 six grandes stratégies avaient été mises en œuvre : l’aéronautique, le TGV, la conquête spatiale, les télécoms, le plan calcul et bien sûr le nucléaire. Seul le plan calcul a été un échec. Il ne faut donc pas conclure que les stratégies conduites par l’État sont forcément vouées à l’échec.

Xavier Fontanet a, pour sa part, déploré la méfiance des Français et de l’État vis-à-vis des entreprises et des entrepreneurs, estimant que l’on n’hésitait pas, dans notre pays, à baptiser « justice sociale » ce qui s’apparente à de la spoliation.

Jean-Louis Beffa voit dans la balance commerciale le marqueur de nos succès ou échecs industriels. Le déficit de la balance commerciale française depuis plusieurs années témoigne ainsi du rabougrissement de notre industrie. Par ailleurs, Jean-Louis Beffa a introduit une distinction pertinente entre industrie régionale et industrie internationale. Les industries régionales, telles la verrerie ou la cimenterie, alimentent le marché local car leurs produits sont trop difficiles et onéreux à transporter ; en conséquence, elles ne souffrent pas d’un manque de compétitivité par rapport aux entreprises étrangères. Il n’en va évidemment pas de même de l’industrie qui exporte ses produits et qui, elle, souffre gravement de l’écart de compétitivité.

Tout comme Arnaud Montebourg, Jean-Louis Beffa a conclu en prônant un changement de modèle. Il a recommandé de prendre exemple sur quatre pays, la Chine, le Japon, l’Allemagne et la Corée du Sud, qui ont su mener une politique mercantiliste, avec une priorité accordée au producteur sur le consommateur, un consensus des partenaires sociaux pour structurer le marché du travail, une synergie d’action entre État, entreprises et syndicats, et une culture de l’innovation. Pour ce faire, il a proposé une refondation du pacte social par une représentation des syndicats dans les conseils d’administration des entreprises (sur le modèle de la cogestion à l’allemande) et par un développement de l’actionnariat salarié. Il a également proposé une évolution de la gouvernance des entreprises pour protéger celles-ci de la dictature de l’actionnaire et passer du capitalisme libéral financier au capitalisme industriel commercial.

En conclusion, cette journée d’entretiens aura manifesté la convergence des appréciations sur le diagnostic et l’urgence de l’action, dessiné des pistes d’amélioration possibles, mais aussi montré l’ampleur et la difficulté des changements nécessaires.