Jean-Robert Pitte
Deux géographes de la liberté :
Pierre Gourou et Roger Dion

Séance solennelle du lundi 15 novembre 2021

Deux géographes de la liberté : Pierre Gourou et Roger Dion

par M. Jean-Robert Pitte,
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques

 

 

Au cours de ses interventions annuelles lors de la séance solennelle de rentrée de l’Académie des Sciences morales et politiques, Xavier Darcos, mon prédécesseur d’heureuse mémoire, comme on dit au Vatican, avait choisi d’évoquer la personnalité et l’œuvre de beaux esprits n’ayant pas été membres de notre compagnie. Elle n’existait pas au temps de Tacite et de Fénelon ; Madame de Staël était une femme et Péguy, pensait-il, aurait échoué s’il avait été candidat. Parmi les maîtres de la géographie du XXe siècle, notre académie a élu Paul Vidal de La Blache, Jean Brunhes, Augustin Bernard, Raoul Blanchard, André Siegfried, Maurice Le Lannou, Pierre George et Alice Saunier-Seïté. En revanche, je voudrais évoquer deux grands savants, professeurs au Collège de France, dont l’ampleur de l’œuvre et l’audace de la pensée auraient mérité que la section histoire et géographie songeât à eux: j’ai nommé Pierre Gourou (1900-1999) qui occupa la chaire d’Étude du monde tropical de 1947 à 1970 et Roger Dion (1896-1981), titulaire de la chaire de Géographie historique de la France de 1948 à 1968.

Ils furent érudits, pragmatiques, audacieux, clairs dans leur pensée, élégants dans leur expression, attachés à s’appuyer sur des faits précis, vus et lus, ce qui rend leurs écrits vivants et d’un réel agrément. Ils ont surtout chanté la liberté de l’humanité, sans laquelle la démarche géographique est dénuée de tout intérêt. C’était aussi le cas de leur prédécesseur (élu en 1933 au Collège de France) André Siegfried (1875-1959). Celui-ci fut l’un de nos membres à partir de 1932, ainsi que de l’Académie française, à partir de 1944 ; il ne fut, hélas, jamais reconnu vraiment comme un géographe au sein de cette discipline, mais plutôt comme un sociologue et un politiste, et surtout il fut jalousé pour ses chaires à Sciences Po et au Collège de France, ainsi, peut-être, que pour son appartenance à la grande bourgeoisie[1]. Je peux témoigner du fait que jamais son nom n’a été cité par l’un de mes professeurs tout au long de mes études supérieures de géographie entre 1966 et 1971 et que je l’ai découvert bien plus tard. Et pourtant, il est le seul à avoir défini la géographie de manière aussi large et juste[2] : « Il y a une géographie de tout. L’homme de tempérament géographique est celui qui envisage tout sous cet aspect, qui, à propos de tout, fait une carte. De ce fait, il existe d’innombrables géographies : géographie des idées, des partis, des religions, des maladies, et notamment des couleurs, des odeurs et des sons. »

Tous ces thèmes apparaissaient comme futiles au milieu du XXe siècle… [3]. Ils sortent à peine de l’ombre aujourd’hui, concurrencés par une fascination grandissante pour la théorie ou la modélisation et pour les thèmes tout droit importés des campus américains, comme c’est le cas dans toutes les sciences humaines atteintes par l’éveil, le woke en anglais, qui n’est qu’une banale soumission  à la mode et ne laissera donc, la chose est assurée, aucune empreinte durable. C’est aussi le triomphe de l’épistémologie de la discipline à laquelle certains chercheurs se consacrent en exclusivité, oubliant ce que Claude Debussy disait en substance : « on ne révolutionne pas l’opéra en écrivant sur l’opéra ».

 

L’état de la géographie française au milieu du XXe siècle

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la géographie française, jusqu’alors plutôt homogène et héritière de Paul Vidal de La Blache et d’Albert Demangeon, se divise en branches spécialisées qui dialoguent de moins en moins entre elles et tentent de se tailler la part du lion dans les programmes du secondaire et du supérieur. J’évoquerai d’abord la géomorphologie structurale (Emmanuel de Martonne) puis climatique (Jean Tricart, Jean Dresch) qui domine l’enseignement et les programmes des concours grâce au commentaire de carte accompagné de sa coupe géologique.  Indifférente à l’action humaine, elle n’est même pas reconnue par l’Académie des Sciences qui n’élira plus aucun géographe après le décès d’Emmanuel de Martonne en 1955, sauf le glaciologue, académicien et député russe, ancienne statue du commandeur de la géographie soviétique, Vladimir Kotlyakov, comme associé étranger en 2002. Un peu plus effacée, mais tout aussi coupée de l’action humaine, la climatologie s’appuie exclusivement sur la dynamique de l’atmosphère (Pierre Pédelaborde, Charles-Pierre Péguy, fils posthume de Charles Péguy). Sous l’angle humain, une géographie rurale et même agraire s’individualise, à côté d’une géographie urbaine qui va grandir, en particulier sous l’impulsion de Jacqueline Beaujeu-Garnier, mais c’est la géographie économique marxisante, centrée sur la production et fascinée par les modèles soviétique, puis chinois, qui tient le haut du pavé, avec en particulier Pierre George dans les années d’après-guerre. Elle possède un rameau tiers-mondiste, illustré par Yves Lacoste ou Michel Rochefort. La géographie régionale, inaugurée par les élèves de Paul Vidal de La Blache, puis Albert Demangeon, jette ses derniers feux jusque dans les années 1970 avec de grandes thèses portant sur la France et le monde entier. Elle est pratiquée par des géographes, certes attachés à la fréquentation du « terrain » mais qui ont souvent tendance à saucissonner la réalité géographique et à pratiquer la méthode des tiroirs non communicants. La réflexion épistémologique et théorique arrive plus tard à la fin des années 1960 et dans les années 70. Paul Claval tente de refonder la géographie régionale dans Régions, nations, grands espaces. Géographie générale des ensembles territoriaux (1968). Roger Brunet théorise encore davantage l’analyse de l’espace dans sa thèse sur les campagnes toulousaines en mettant au point le concept de quartier rural qui préfigure sa « chorématique », laquelle résume la réalité géographique à des symboles, mise au point dans les années 1980. Celle-ci devient incontournable, adulée, puis contestée (Yves Lacoste) et, enfin, oubliée avec autant de rapidité que son succès s’était affirmé. C’est l’époque au cours de laquelle un certain nombre de géographes, d’abord anglo-saxons, puis français ne jurent que par l’abstraction, négligent, voire méprisent l’observation, l’enquête directe, la rencontre avec les acteurs en chair et en os. Le « terrain » devient incongru, en même temps que dans l’opinion publique la géographie passe aux oubliettes !

 

Pierre Gourou

 

Gourou eut une grande influence, d’abord en enseignant à l’Université Libre de Bruxelles à partir de 1935, cumulant de 1942 à 1946 avec ses enseignements à l’université de Bordeaux où il créa l’école de géographie tropicale, puis au Collège de France de 1947 jusqu’à sa retraite en 1970, enfin au cours des longues années qui suivirent et qui le conduisirent, l’esprit et la plume alertes, jusqu’à 99 ans[4]. Il publia de nombreux ouvrages accessibles chez de grands éditeurs et se lia avec des savants d’autres disciplines parmi lesquels Fernand Braudel qui disait de lui qu’il était[5] « un des esprits les plus rares de notre temps, par l’étendue de ses connaissances qu’il utilise hors de toute pédanterie, au hasard d’une conversation, s’excusant à l’occasion de tout savoir, par la pondération obstinée de son jugement, par son détachement, par le scepticisme souriant derrière lequel il cache ses fidélités, ses convictions, voire ses amertumes […] ». Claude Lévi-Strauss fut un autre de ses proches. Il admirait beaucoup sa thèse et fonda avec lui et Émile Benveniste L’Homme, revue française d’anthropologie. Gourou eut de nombreux disciples parmi lesquels Jean Delvert, Jean Gallais, Guy Lasserre, Paul Pélissier et Gilles Sautter, en France, Henri Nicolaï à Bruxelles. L’un de ses anciens élèves du lycée Albert Sarraut de Hanoï, où il enseigna à partir de 1927, se souvenait avec émotion de ses cours éblouissants[6] : il s’agit du général Giap qui, hélas, ne retint pas les leçons du maître et bascula très vite dans la doxa marxiste et la conduite de deux guerres qui firent des millions de victimes ! Cette école française (et belge) de géographie tropicale fut extraordinairement novatrice par la largeur de ses vues. Elle dépassa tous les replis et tous les clivages entre géographie physique et géographie humaine qui, à cette époque, éteignirent les feux brillants allumés par Vidal de La Blache au tournant du XXe siècle.

 

C’est en Indochine que se réveilla la vocation de géographe tropicaliste de Pierre Gourou qui enseigna aux lycées de Saïgon, puis d’Hanoï, ainsi qu’à la jeune université de cette dernière ville, de 1926 à 1935. Il rédigea au cours de ces années, sous la direction de Demangeon,  une thèse d’État sur Les paysans du Delta tonkinois[7]. Le titre lui-même est un programme : il met l’accent sur les hommes avant de nommer les lieux qu’ils occupent[8]. C’est dès cette époque qu’il comprend que les hautes densités de populations de la région qu’il parcourt en tous sens résultent de facteurs purement humains, d’une exploitation très intelligente d’un milieu tropical humide qui, sur d’autres continents, reste quasiment en friche et que l’on qualifie injustement d’hostile. Ses tropiques ne sont ni tristes, ni joyeux, ni alanguis. Aucun espace terrestre n’est intrinsèquement pays de cocagne ou répulsif, car il n’est de richesse que d’hommes éduqués et, selon son concept-clé,  encadrés. Il l’affirme[9] : « En fait, le monde tropical est particulièrement favorable à l’agriculture ; il n’a rien à envier au monde tempéré pour la domestication des plantes fondamentales. » Dans son introduction aux Leçons de géographie tropicale, résumé de ses enseignements au Collège de France, il dit l’essentiel en peu de mots[10] : « Ces populations denses appartiennent à des civilisations supérieures (elles sont denses sur de grandes surfaces et depuis longtemps parce qu’elles appartiennent à des civilisations supérieures), et surtout à la civilisation indienne, que ses réalisations, dans tous les domaines, classent parmi les grandes civilisations. […] la civilisation chinoise relaie la civilisation indienne en Asie sud-orientale, de façon très apparente en Annam, plus discrètement en Insulinde, au Siam. » Il comprend que la riziculture inondée, inventée entre le delta du Gange et celui du Fleuve Rouge, est le fruit d’une immense ingéniosité technique qui repose sur une organisation sociale subtile, marque et produit de ce qu’il appelle – comme on n’oserait plus le faire aujourd’hui, bien à tort – une « civilisation supérieure »[11], concept qui pour lui est à mille lieues de celui de « race supérieure »[12] : « Il est aujourd’hui bien démontré que les contrées chaudes et pluvieuses peuvent porter des populations denses et saines, et animées par des civilisations supérieures si leur sont appliquées de bonnes techniques de production et de bonnes techniques d’encadrement ». Il comprend aussi toute l’importance des échanges avec les mondes extérieurs[13] : « L’Asie méridionale a reçu de l’Asie tempérée l’attelage du bœuf, l’araire, la charrette, le blé, le bronze, par exemple. Elle a donné à l’Asie tempérée la riziculture inondée, le bouddhisme, les épices et tant d’autres choses. » C’est la raison pour laquelle Aimé Césaire est bien injuste dans les vigoureux reproches qu’il adresse en 1955 à Pierre Gourou en le classant parmi les « chiens de garde du colonialisme »[14] et en l’accusant de mépris pour les civilisations des régions tropicales humides. Certains géographes français penseront de même après 1968 avant de revenir à un jugement plus nuancé et amène sur l’œuvre du maître.

 

Parcourant au fil de sa carrière toutes les autres régions tropicales humides du monde, en dehors de l’Asie, Gourou parvient à la conclusion que si l’Afrique est peu peuplée et pauvre, c’est qu’elle manque de techniques, de savoir-faire, de savoir tout court et de principes sociaux et politiques permettant leur assimilation et leur mise en œuvre. L’aphorisme d’Amadou Hampâté Bâ, le grand défenseur malien de la culture orale, « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », est un poignant aveu de la part d’un Africain et l’on a envie de répondre : laissez les vieillards mourir en paix et ouvrez des bibliothèques, des écoles, des lycées généraux, techniques et professionnels, des universités, des laboratoires de recherche ! La carte mondiale de l’analphabétisme est éclairante : là où celui-ci est le plus répandu, la densité de population et les revenus par habitant sont les plus faibles, l’instabilité politique la plus grande. Certains Africains lucides en sont parfaitement conscients. Un journaliste posant il y a quelques années au Président du Gabon  Ali Bongo la question suivante[15] « Pourquoi l’Afrique s’est-elle développée beaucoup moins vite que l’Asie ? »,  s’entendit répondre sans hésitation : « Soyons honnêtes, c’est la responsabilité des dirigeants africains. » Au contraire, un certain nombre d’universitaires français auraient sans doute répondu que c’était à cause de la colonisation ! La thèse majeure de Gourou est celle du primat de la culture sur la nature, mais aussi sur les aléas de l’histoire et des influences extérieures. Il conclut en 1967-68 ses longues années d’enseignement au Collège de France par un constat irréfutable : « Le retard économique tropical découle du retard technique ; dans les conditions présentes le retard technique le plus accablant est celui des techniques d’organisation. […] La première condition du progrès économique n’est pas économique, mais administrative ; un pays attardé progressera économiquement s’il a en nombre suffisant (c’est-à-dire en effectifs du même ordre que ceux qui existent dans les pays évolués) des administrateurs, des médecins, des entomologistes, des agronomes, etc. » Il aurait pu ajouter des professeurs, car seule l’éducation est la clé du développement et de l’harmonie sociale et politique. On ne saurait oublier que sous l’équateur ou à proximité se rencontrent la cuvette congolaise et l’Amazonie, régions du globe malsaines, sous-utilisées ou mal utilisées, mais aussi Singapour, plaque tournante mondiale, ou Bangalore, pôle économique et scientifique lui aussi mondial, deux réussites des civilisations chinoise, indienne et malaise. L’extraordinaire paysage si densément habité du Delta du Fleuve Rouge est lui-même le résultat conjugué de certains traits de la culture vietnamienne, le statut des femmes plus élevé qu’en Chine, la force et l’autonomie des communes, la qualité des architectures rurales et de valeurs chinoises[16] : « […] l’administration hiérarchisée à la chinoise, la bureaucratie, l’écriture, le pluralisme religieux, l’esthétique chinoise, les références littéraires et philosophiques, et aussi l’essentiel des techniques de production.»

 

L’âge venu, en 1982, alors qu’il continue à parcourir infatigablement les contrées tropicales de tous les continents, il livre à Jean Malaurie pour sa collection « Terre humaine », son chef d’œuvre : Terres de bonne espérance. Le monde tropical, un ouvrage qui lui fait amplement mériter le titre que lui a donné Gilles Sautter[17] : « L’anti-cuistre de la géographie française ». Par son titre même, il prend le contrepied des Tristes tropiques de Lévi-Strauss, publiés dans la même collection un quart de siècle plus tôt, livre avec lequel, malgré cet apparent contraste, on peut tout de même trouver quelques convergences de vues. Il y reprend avec force les idées qu’il a développées tout au long de sa carrière que résume cette phrase[18] : « Le tiers monde tropical pourrait être le grenier du monde. À condition que le développement et ses méthodes soient repensés, et que soient enfin mises en œuvre les techniques adéquates de production et d’encadrement. […] Les tropiques sont l’avenir agricole du XXIe siècle. » Hélas, ces propos ne sont toujours pas entendus et les belles âmes occidentales ne rêvent aujourd’hui que de préserver les forêts denses d’Amazonie, d’Afrique ou d’Indonésie qui seraient des « poumons » pour la planète, alors qu’elles sont largement émettrices de carbone et que de rares peuples premiers y vivent misérablement avec une espérance de vie des plus limitées (45 ans pour un Guarani-Caiová, ethnie du célèbre cacique Raoni, contre 73 en moyenne pour un Brésilien, il y a quelques années[19]). Gourou exhume pour défendre son point de vue une magnifique profession de foi écrite il y a trois siècles par Fontenelle et qui s’oppose aux préjugés de Montesquieu[20] : « La différence des climats doit être comptée pour rien pourvu que les esprits soient […] également cultivés.» C’est la seule loi générale qui s’impose en géographie.

 

Roger Dion

 

Comme Pierre Gourou, Roger Dion est un élève d’Albert Demangeon, mais à la différence de son collègue du Collège de France, il était plus introverti et même un peu misanthrope. Il ne fera guère école de son vivant (sauf discrètement auprès de Xavier de Planhol et Marcel Roncayolo qui suivirent ses cours au Collège de France et Alain Huetz de Lemps qui prépara son mémoire de maîtrise sous sa direction). Ses livres étaient publiés à compte d’auteur et il fallait se rendre chez lui pour se les procurer, sauf à la fin de sa carrière où il avait accepté d’en déposer quelques uns à la librairie des PUF, place de la Sorbonne, la seule qui soit un peu fournie en livres de géographie dans les dernières décennies du XXe siècle. Son œuvre est cependant majeure et se révèle chaque jour un peu plus pertinente. Elle mérite d’être relue et méditée dans un pays où l’histoire et la géographie sont unies sous la houlette du même professeur au collège et au lycée. Dion comme Gourou croyaient profondément que les deux disciplines-sœurs avaient beaucoup à s’apporter mutuellement[21]. Évoquant l’œuvre du candidat Dion au Collège, Lucien Febvre écrit[22] : « Au carrefour de l’histoire et de la géographie, une série remarquable d’études qui toutes bouleversent de fausses certitudes. Et qui les bouleversent parce que, précisément, Roger Dion ne voit les choses ni en historien pur, ni en géographe pur. »

 

La domestication d’un grand fleuve est le point de départ commun des carrières universitaires de Pierre Gourou et de Roger Dion qui commencent à la fin des années 1920, il y a bientôt un siècle : le Fleuve Rouge pour le premier, la Loire pour le second.  Ils éprouvent tous deux une fascination pour l’élaboration des digues et leurs réfections au fil des inondations et des besoins des populations vivant dans les plaines alluviales toujours plus basses que le cours des fleuves. Pierre Gourou parcourt les digues pied ; Roger Dion aussi, mais il fait l’acquisition d’un canoë en bois – aujourd’hui conservé au musée de la Marine de Loire à Châteauneuf-sur-Loire – et descend, seul, au moins deux fois, la Loire de Roanne à Nantes afin de mieux se pénétrer des paysages et des atmosphères, mais surtout de mieux comprendre les aménagements des levées destinées à contenir les crues redoutables du fleuve qui, en été, selon son expression, n’est qu’une « coulée de sable ». La partie centrale de sa thèse concerne précisément ces turcies, un mot sans doute tiré de torchis, le matériau dont elles sont faites, entremêlé de fagots et de troncs[23]. Au fil des siècles, à partir du règne de Louis le Pieux au IXe siècle, mais surtout d’Henri II Plantagenêt vers 1160, les textes anciens que Dion traque avec minutie décrivent les perfectionnements constants apportés à leur édification, leur rehaussement, leur réparation après les crues. Tous ces travaux s’effectuent sous l’autorité des rois, le Val de Loire étant leur séjour favori. Le texte de Dion est un vibrant éloge de l’intelligence dont les sociétés savent faire preuve vis à vis de leur environnement, créant un milieu artificiel pour y mieux vivre. La construction des barrages d’amont rend désormais les turcies beaucoup moins utiles, mais des travaux d’entretien sont nécessaires, puisque le fleuve coule toujours au-dessus du Val. Les ouvrages de maîtrise de ce fantasque cours d’eau demeurent un vrai monument historique et un témoignage d’une réalité qui est en train de s’estomper dans les mentalités : la « nature » n’est pas bonne pour l’homme, il est nécessaire de la domestiquer, de la mettre au service des besoins des sociétés qui évoluent sans cesse dans le temps.  Dans la foulée de sa thèse, Roger Dion publie la même année une puissante synthèse intitulée Essai sur la formation du paysage rural français. À la différence de l’essai de Marc Bloch, publié trois ans plus tôt[24], très juridique et social, et de celui de Gaston Roupnel, publié l’année suivante[25], reposant sur les intuitions plus ou moins romantiques de l’écrivain bourguignon et sur le postulat erroné que le paysage de champs ouverts remonte à la nuit des temps, Roger Dion parvient à combiner les sources historiques écrites et la connaissance fine des paysages reposant sur leur observation. Son paysage est tissé de données environnementales, sociales, économiques, techniques, culturelles, il est un témoignage de la liberté humaine qui façonne son milieu selon ses idéaux et ses valeurs. Il y a dans celui-ci largement autant de culture, de fantaisie, de plaisir esthétique, en un mot de liberté que de nécessité vitale.

 

Au lendemain de la guerre, alors qu’il enseigne à la Sorbonne (1945-1948), il publie en 1947 un petit opuscule magistral intitulé Les frontières de la France[26]. Il y traite de l’origine de toutes les frontières qui partagent notre pays depuis souvent très longtemps : fleuves, reliefs, mais aussi déserts humains, haies forestières, etc. Il y développe une thèse que certains historiens jugèrent fragile[27], mais qui mérite attention : les facteurs du partage de Verdun en 843 entre les trois petits-fils de Charlemagne sont profondément géographiques et économiques. Chacun d’entre eux devait pouvoir bénéficier des pâturages de la grande plaine du Nord propices à l’élevage, en particulier de moutons fournisseurs de laine et de chevaux indispensables à l’exercice du pouvoir, de grandes forêts productrices de bois, de limons favorables à la culture céréalière, de régions plus chaudes vouées à la viticulture, à l’olivier et au sel marin. Dion l’écrit de manière lumineuse[28] : « […] s’il s’agit de partager entre plusieurs héritiers un champ contenant des veines de terre inégalement douées, un moyen pratique d’égaliser, autant que possible, la valeur des lots consiste à diviser le champ en parcelles allongées perpendiculairement à la direction générale de ces veines. À Verdun, en 843, le champ à partager est un large morceau d’Europe qui, des côtes frisonnes et des bouches de l’Elbe, s’étend vers le Sud jusqu’à la Navarre, aux Apennins et au Karst d’Istrie. Quant aux veines inégalement douées, ce sont des zones de végétation en rapport avec le climat ou les propriétés du sol.» Expliquant ainsi pourquoi les trois frères, Louis le Germanique, Lothaire et Charles de Chauve coupèrent l’Europe perpendiculairement aux zones de végétation, Dion conjugue données climatiques et pédologiques avec le souci géopolitique de constituer des États viables, quitte à partager des ethnies. C’est de cette décision qu’est née la France, partie occidentale de l’Empire qui n’était pas coupée par les Alpes, à l’origine limitée à l’Est par les quatre rivières (Escaut, Meuse, Saône, Rhône) et qui a subsisté jusqu’à aujourd’hui en absorbant au fil des siècles une notable partie de la Lotharingie. Il est clair aussi que notre pays s’est surtout fondé sur un projet culturel et politique fort, car comme l’a écrit Renan[29], «Une nation est une âme, un principe spirituel. […] L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes », mais ce n’était pas le propos de Roger Dion qui, sans doute, ne le reniait pas.

 

Dès son élection au Collège de France en 1948, après sa leçon inaugurale qui porte sur la géographie historique de la France en général[30], Roger Dion entame un cycle de dix années de cours sur la vigne et le vin  qui aboutira à son maître ouvrage de 1959[31]. Il démontre que la géographie viticole repose sur la volonté humaine de produire, de boire et de vendre du vin, beaucoup plus que sur les potentialités de l’environnement. Mieux même, elle contrarie souvent celles-ci et le génie viti-vinicole parvient à élaborer de merveilleux vins sur des terroirs qui, à l’origine, pouvaient apparaître médiocrement doués pour la viticulture. À côté de cela, de superbes potentialités demeurent en friche ou tournées vers des productions peu glorieuses. Les seules explications à cet apparent paradoxe sont la vigueur du désir de vin, le discernement gustatif des amateurs, les sommes qu’ils sont prêts à dépenser pour accéder à cette consommation et à cette joie et, enfin, la proximité des marchés de consommation antérieurement à la révolution des transports. La démonstration de Dion est irréfutable et il l’étaie d’innombrables analyses précises de sources anciennes, mais elle n’est pas acceptée par tous les chercheurs spécialistes de la question et, surtout, par les professionnels du vin qui, contre toute évidence, demeurent trop souvent persuadés de la primauté des terroirs physiques, voire d’une prédestination de ceux-ci[32]. Dès la première page de sa magistrale synthèse de 1959, il exprime cette forte idée dont tout le reste découle : « L’Homme, en effet, aime le vin comme l’ami qu’il a choisi ; par préférence, non par obligation. Aussi, l’histoire du vin est-elle, jusque dans ses expressions géographiques, plus fortement marquée d’arbitraire humain que ne le sont celles du blé ou celles du riz.»

 

C’est une géographie sociale qu’exprime donc la hiérarchie qualitative et des prix des vignobles, ce que Roger Dion synthétise dans un article retentissant paru en 1952[33]. Il exhume une phrase essentielle du Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres, publié en 1600 : « Si n’êtes en lieu pour vendre votre vin, que feriez-vous d’un grand vignoble ?» Puis, il développe la théorie que cette idée lui inspire : « L’habitude une fois prise d’apporter de grands soins à la viticulture ou de lui en donner peu, on en vient vite à attribuer aux dispositions naturelles des lieux les effets de ces différences dans le comportement des vignerons. Il est ordinaire que, dans les régions privées de liaisons faciles avec les grands centres de consommation, la mauvaise qualité du vin, si favorables que puissent être pourtant les dispositions du sol et du climat, soit acceptée comme une fatalité. »

 

Il est aujourd’hui passionnant de découvrir de merveilleux vins qui ont pour auteurs des vignerons talentueux dans des régions viticoles qui ne jouissaient pas naguère d’une très haute réputation. Citons en vrac pour la seule France le Pays Nantais, le Mâconnais, la Savoie, les Côtes-du-Rhône moyennes, Gaillac, Cahors, Fronsac et tant d’autres qui sortent à peine du statut de « belle-au-bois-dormant » de la viticulture. À l’inverse, la facilité et l’esprit du lucre font que bien des vins, vendus sous des étiquettes prestigieuses et à des prix très onéreux, se révèlent décevants. Telle est la leçon de Roger Dion : le bon vin n’est fruit du terroir qu’au deuxième degré. Ce dernier n’est qu’une page blanche, un instrument de musique, un matériau de construction. Dion le dit clairement : « Ainsi le rôle du terrain, dans l’élaboration d’un grand cru, ne va-t-il guère au-delà de celui de la matière dans l’élaboration d’une œuvre d’art. Il n’y a pas moins d’excès à définir les grands crus bordelais comme une « conséquence » de la présence de la terre de graves qu’il n’y en aurait à représenter l’art ogival comme un don du calcaire lutétien.» On conçoit qu’une telle profession de fois heurte les préjugés courants qui concernent le vin : chez les géographes, ceux des spécialistes de pédologie comme Henri Enjalbert et son élève René Pijassou ou de micro-climatologie comme la bourguignonne Rolande Gadille. Elle est encore plus inadmissible pour les propriétaires de vignobles réputés attachés à démontrer que la qualité de leurs vins tient au terroir physique et donc à leur capital foncier. Leur discours, sincère, mais aussi habile que peu crédible,  se résume à dire qu’ils sont très peu interventionnistes et que leur talent se limite à laisser la vigne pousser toute seule et le vin s’élaborer doucement, à son rythme et à son gré, dans les cuves et les futailles. Il ne faut rien en croire, mais lorsqu’un hectare de vigne se vend à plusieurs dizaines de millions d’euros, il est en effet difficile d’affirmer que le travail du vigneron surpasse le support foncier du vignoble ! Et pourtant, un médiocre vigneron installé au Château Latour ou à la Romanée-Conti ne produirait que de la piquette, tout autant que si je tentais de vous interpréter du Mozart sur un stradivarius, alors que, de ma vie, je n’ai jamais tenu un violon dans mes mains !

 

Seul le génie humain peut révéler le terroir afin qu’il produise des nectars et ce à la condition que ceux-ci puissent rencontrer des amateurs éclairés, ce qui est la règle de toute production artistique. Dès sa thèse sur le Val de Loire, Dion avait observé que produire du vin de qualité n’est possible que sur les terres de riches propriétaires[34]. Sans les perfectionnistes que furent les moines de Cîteaux, de Saint-Vivant, de Tart, sans les ducs de Bourgogne, les rois de France et leur famille, le Prince de Conti, par exemple, jamais les pentes argilo-calcaires de l’escarpement de faille que l’on nommera plus tard Côte d’Or n’auraient offert aux amateurs éclairés de si grands nectars issus du pinot noir. Il suffit de les comparer aux vins de la Côte chalonnaise, aux sols comparables et même climatiquement plus favorisés, eux aussi plantés en pinot, mais qu’aucun débouché exigeant n’est venu magnifier jusqu’à maintenant au point de les rendre rares et donc chers. Sans les Chartrons et les parlementaires bordelais, les marchands et amateurs éclairés d’Angleterre ou des Flandres, jamais les médiocres terres caillouteuses à moutons du Médoc n’auraient pu à partir de la fin du XVIIe siècle commencer à faire naître des vins si sombres, concentrés et capiteux, en un mot sublimes. Dion l’avait parfaitement compris : c’est là l’un des traits de son génie.

 

Conclusion

 

L’école française de géographie, fondée par Vidal de La Blache, s’est employée la première, en opposition à la géographie allemande, à démontrer que le déterminisme physique était absurde et que la liberté des sociétés primait sur les facilités et contraintes de leur milieu. Elle s’est inscrite en faux contre la théorie des climats de Montesquieu ou contre le poncif de Napoléon affirmant que « Tout État fait la politique de sa géographie ». Gourou et Dion ont été de brillants successeurs de nos pères fondateurs, pionniers de ce que l’on appelle aujourd’hui la géographie culturelle. Il est bien nécessaire de les relire et de méditer leurs enseignements à l’heure où la pensée magique envahit l’opinion sur bien des sujets touchant à la géographie : le réchauffement climatique, la biodiversité, l’eau, l’énergie, la démographie, les inégalités économiques et sociales, la nourriture des humains, la mondialisation. Oui, l’humanité va à sa perte si elle ne privilégie pas les progrès de la connaissance et de l’esprit critique, si elle vénère la déesse-mère Gaïa et considère que la nature l’emporte sur la culture, si elle se désespère et se replie sur elle-même de peur que le ciel ne lui tombe sur la tête[35]. En cette année au cours de laquelle nous célébrons le bicentenaire de la Société de Géographie, la plus ancienne du monde, créée à deux pas de l’Institut en 1821, il est temps de remettre à l’honneur le savoir géographique dans le concert des connaissances. Il n’est de géographie utile au savoir scientifique et à ses applications pratiques qu’attachée à repérer les actions humaines fondées sur la liberté créatrice et orientées vers le bien commun. Oui, l’ignorance géographique est une arme de destruction massive ; oui, une géographie courageuse, comme celle des maîtres Gourou et Dion, contribue au mieux-être de l’humanité et sert donc d’abord à faire la paix[36].

 

Notes

[1] Michel Chevalier, André Siegfried et l’École française de géographie : un problème de sociologie universitaire, Études normandes, 1989, 38-2, pp. 17-23.
[2] André Siegfried, Géographie des couleurs et des sons, Revue de Paris, juin 1950, pp. 3-11.
[3] De même en est-il, à de rares exceptions près, de Jean Gottmann, d’origine russe, mais formé en France, avant de s’exiler aux Etats-Unis, puis en Angleterre. Son grand ouvrage Megalopolis (1961) est un chef-d’œuvre de la géographie urbaine et il est l’un des pionniers d’une géopolitique pragmatique, respectueuse des cultures humaines.
[4] Un bilan de son œuvre a été tenté l’année suivant son décès par ses élèves et disciples : Henri Nicolaï, Paul Pélissier et Jean-Pierre Raison, Un géographe dans son siècle. Actualité de Pierre Gourou, Paris, Karthala, 2000.
[5] Fernand Braudel, Préface à Pierre Gourou, Leçons de géographie tropicale, Paris, École Pratique des Hautes Études et Mouton, 1971, p. 7.
[6] Il s’en ouvrit à Georges Condominas en 1998, lors d’une rencontre à l’ambassade de France à Hanoï. Henri Nicolaï et André J. Jaumotte, Pierre Gourou, Notices. Académie royale de Belgique, sd, www.academieroyale.be, pp. 31-33.
[7] Pierre Gourou, Les paysans du Delta tonkinois, Paris, Publications de l’École Française d’Extrême-Orient, 1936.
[8] Ce titre sera repris dans leurs thèses par Jean Delvert (Le paysan cambodgien, 1961) et par Paul Pélissier (Les paysans du Sénégal, 1966).
[9] Pierre Gourou, Leçons de géographie tropicale, op. cit., p. 242.
[10] Ibid., p. 23.
[11] Ibid., p. 26.
[12] Il cite d’ailleurs en exergue d’un chapitre de Terres de bonne espérance (1982, p. 51) un passage de Humboldt : « En maintenant l’unité de l’espèce humaine, nous rejetons, par une conséquence nécessaire, la distinction désolante de races supérieures et de races inférieures.»
[13] Ibid., p. 25.
[14] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, éditions Présence africaine, 1955, réédition éditions de l’AAARGH (internet), 2006, pp. 20-23.
[15] Entretien d’Ali Bongo avec Renaud Girard, Le Figaro, mercredi 3 août 2016, p. 6.
[16] Pierre Gourou, Terres de bonne espérance. Le monde tropical, Paris, 1982, pp. 31-32.
[17] Gilles Sautter, Le système géographique de Pierre Gourou, L’Espace Géographique, IV-3, 1975. Repris dans Henri Nicolaï et al. (dir.), op. cit. p. 15.
[18]Pierre Gourou, Terres de bonne espérance, op. cit., 4e de couverture.
[19] Raoni.com, 12.12.2011. Il s’agit du site internet du chef Raoni qui, lui, est bien soigné, a été pris en charge dans un hôpital moderne lorsqu’il a contracté la COVID et a atteint 89 ans.
[20] Ibid., p. 51.
[21] Les deux premières leçons de Gourou à l’Université Libre de Bruxelles en 1948 avaient pour titres : « ce que la géographie apporte à l’histoire » et « ce que l’histoire apporte à la géographie ». Henri Nicolaï, Poursuivre dans les traces de Pierre Gourou, dans Henri Nicolaï et al. (dir.), op. cit., pp. 315-319.
[22] Lettre de Lucien Febvre lue devant l’assemblé des professeurs le 30 novembre 1947, Dossier personnel de Roger Dion, Archives du Collège de France.
[23] Roger Dion, Le Val de Loire, Tours, Arrault, 1934. Les chapitres concernant les turcies ont été réédités deux fois : Les levées de la Loire, Paris, chez l’auteur 1961 et Paris, CNS-Éditions, 2017.
[24] Marc Bloch, Les caractères originaux de l’histoire rurale française, Oslo, Instituttet for sammenlignende kulturforskning, 1931. 2e éd., Paris, Armand Colin, 1952.
[25] Gaston Roupnel, Histoire de la campagne française, Paris, Grasset, 1932. Réédition, Paris, Plon, 1974.
[26] Roger Dion, Les frontières de la France, Paris, Hachette, 1947. Réédition, Brionne, Gérard Montfort, 1979.
[27] Édouard Perroy, compte rendu de Roger Dion, Les frontières de la France, dans Revue du Nord, 1947, 114, pp. 155-156.
[28] Ibid., réédition, p. 72.
[29] Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, conférence prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1881. Cité dans Jean-Robert Pitte, La France, Paris, Armand Colin, éd. de 2009, p. 11.
[30] Roger Dion, Leçon d’ouverture du cours de géographie historique de la France, dans Roger Dion, Le paysage et la vigne, Paris, Payot, 1990, pp. 23-46.
[31] Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, chez l’auteur, 1959. Réédité en 2009 : Paris, CNRS-Éditions.
[32] Jean-Robert Pitte, Le désir du vin à la conquête du monde, Paris, Fayard, 2009. Jean-Robert Pitte, Un géographe du vouloir humain, Préface à Roger Dion, Le paysage et la vigne. Essais de géographie historique, Paris, Payot, 1990, pp. 7-20. Jean-Robert Pitte, Roger Dion, visionnaire malgré lui, dans Jean-Robert Pitte (dir.), Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire. Actualité de la pensée de Roger Dion, Paris, CNRS-Éditions, 2010, pp. V-XV.
[33] Roger Dion, Querelle des anciens et des modernes sur les facteurs de la qualité des vins, Annales de Géographie, 1952, 328, pp. 417-431.
[34] Roger Dion, Le Val de Loire. Op. cit., p. 431.
[35] Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte (dir.), Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, Paris, Lattès, 2010.
[36] Perrine Michon et Jean-Robert Pitte (dir.), À quoi sert la géographie ?, Paris, PUF, 2021.

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