Séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie des sciences morales et politiques

Synthèse de la séance

Crédit photos : Candice Ferrier

Lundi 17 novembre 2025 s’est tenue, sous la Coupole de l’Institut, la séance solennelle de rentrée de l’Académie. Le président Jean-Robert Pitte a ouvert la séance en saluant les personnalités présentes, les auteurs des communications de cette année consacrée à la géographie ainsi que les lauréats.

Le président a ensuite remercié le Secrétaire perpétuel, Bernard Stirn, de lui avoir proposé de présider cette année 2025 qu’il a souhaité consacrer aux différentes facettes de la géographie, devenant ainsi le quatrième géographe de l’histoire de l’Académie à la présider après Émile Levasseur en 1880, Paul Vidal de la Blache en 1918, de manière brève, entre janvier et son décès en avril, et Maurice Le Lannou en 1988, il y a donc 37 ans.

Le cycle de communications de cette année 2025, intitulé « Terre des hommes », a été marqué par 28 conférences consacrées à la géographie sous ses formes les plus diverses. Le président insiste sur le fait que nous vivons tous dans un espace interconnecté et mondialisé, et que la géographie est indispensable pour comprendre la répartition des hommes, des activités, des frontières et des environnements, mais aussi pour déjouer la peur de l’autre, les conflits et les discours fatalistes sur le climat ou l’histoire. Discipline scientifique à part entière, la géographie étudie la manière dont l’humanité façonne la surface de la Terre et doit être pensée avec l’histoire, sa « sœur siamoise ». Jean-Robert Pitte dénonce la tendance à reléguer la géographie au rang de science auxiliaire ou décorative, et plaide pour sa place centrale dans l’éducation, afin de former des citoyens libres, responsables et capables de comprendre la mondialisation.

Le président présente ensuite les grandes branches abordées durant l’année : géographie de l’environnement (glaciers, mers, forêts, climat), géographie économique (commerce, transports, matières premières), géographie politique et géopolitique (régimes, conflits, territoires), aménagement du territoire, monde rural et alimentation, ainsi que géographie culturelle et religieuse. Il souligne que la géographie peut offrir une vision positive et constructive de l’environnement, non pas pour « sauver la planète » en soi, mais pour organiser l’espace au service du bien-être humain. Enfin, il conclut sur une note humaniste et confiante : la liberté, l’intelligence, la technique et la coopération peuvent permettre à l’humanité de mieux habiter la Terre, à condition de remplir plusieurs conditions telles que le respect d’États de droit, des populations éduquées et une joie de vivre partagée. La géographie, omniprésente dans nos vies, est un outil essentiel pour aimer, comprendre et aménager notre « Terre des hommes ».

Le vice-président Jean-David Levitte a ensuite procédé à la lecture du palmarès des prix, bourses et médailles décernés par les six sections de l’Académie et des jurys particuliers. Grâce au concours et à la générosité des particuliers et associations qui ont créé, par legs ou par dons, des fondations abritées au sein de l’Académie, celle-ci poursuit la mission, confiée à l’Institut par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) : « suivre les travaux scientifiques et littéraires qui auront pour objet l’utilité générale et la gloire de la République ».

Le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn a ensuite prononcé un discours sur le thème : « Pouvons-nous avoir encore des repères ? »

Bernard Stirn dresse tout d’abord un contraste entre l’optimisme qui entourait l’an 2000 (essor de la démocratie libérale, multilatéralisme, construction européenne, mondialisation confiante) et le climat actuel, marqué par une succession de crises – terroristes, économiques, sanitaires, migratoires, écologiques, géopolitiques – qui fragilisent la démocratie, l’ordre international et le sentiment de sécurité. La montée des incertitudes (progrès scientifiques, bioéthique, intelligence artificielle, migrations, climat, régulation du numérique) s’accompagne d’un effritement de la confiance : méfiance envers les élus, la justice, la science, prolifération des complots, violences politiques et remise en cause du droit international et des organisations multilatérales.

Face à ce « labyrinthe des égarés », le Secrétaire perpétuel appelle à la raison et à la réflexion, en rappelant que l’histoire avance par cycles et périodes de transition, comme au XIXᵉ siècle. Il souligne les ressources encore disponibles : l’État de droit, la construction européenne, les juridictions internationales et un capital juridique et institutionnel à protéger. Il met en avant le rôle de l’Académie des sciences morales et politiques, qui nourrit la réflexion par ses travaux, ses colloques et le choix de thèmes annuels (justice, Terre des hommes, ordre mondial, avenir de la démocratie…). Bernard Stirn conclut en citant la lucidité prémonitoire d’Alexis de Tocqueville qui, le 27 janvier 1848, déclarait dans un discours prononcé devant la Chambre des députés : « nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan » et François Guizot, cité dans l’un des derniers numéros de la Revue Commentaire, dirigée par Jean-Claude Casanova : « C’est de l’esprit politique qu’aujourd’hui la France a le plus de services à attendre et doit cultiver avec plus de soin les progrès. L’esprit politique consiste essentiellement à vouloir et à savoir prendre sa part et jouer son rôle régulièrement, sans emploi de la violence, dans les affaires de la société. Plus l’esprit politique se développe, plus il inculque aux hommes le besoin et l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur exacte vérité ». Le Secrétaire perpétuel conclut sur la nécessité d’entretenir cet « esprit politique », pour éviter de nous endormir sur de nouveaux volcans et de rechercher des repères qui permettent une participation paisible, sereine et déterminée de tous à la vie collective.

La séance a été ponctuée par des intermèdes musicaux, interprétés par le trio Vermeer.

Revoir la cérémonie

Remise des diplômes aux lauréats

Crédit photos : Candice Ferrier

La cérémonie

Crédit photos : Candice Ferrier

Arrivée des académiciens

Crédit photos : Candice Ferrier

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.