Communication d’Olivier DELLENBACH « Géopolitique de l’intelligence artificielle »

Communication du lundi 29 juin 2026 d’Olivier Dellenbach, Président de ChapsVision

Thème de la communication : Géopolitique de l’intelligence artificielle

 Synthèse de la séance

L’intelligence artificielle constitue une révolution technologique majeure qui redéfinit les rapports de puissance mondiaux. Comme le pétrole au XXᵉ siècle, elle devient un levier stratégique, mais son développement repose avant tout sur la maîtrise de l’électricité, des semi-conducteurs, du cloud et des données. Cette transformation, d’une rapidité inédite, s’accompagne de l’essor de systèmes capables d’agir de manière autonome et renforce le pouvoir de quelques grandes entreprises technologiques, désormais aussi influentes que certains États.

La compétition mondiale est dominée par les États-Unis, qui bénéficient d’un écosystème d’innovation exceptionnel, et par la Chine, qui mise sur une stratégie étatique ambitieuse pour rattraper son retard. L’Europe possède des atouts scientifiques, industriels et réglementaires importants, mais peine encore à transformer ces avantages en véritable souveraineté numérique. Malgré cette rivalité, Olivier Dellenbach estime que le risque de conflit entre grandes puissances demeure limité en raison de la forte interdépendance des chaînes de valeur de l’IA : aucun acteur ne maîtrise seul l’ensemble des ressources nécessaires, ce qui favorise un équilibre fondé sur des dépendances réciproques.

Selon lui, le principal danger de l’intelligence artificielle ne réside donc pas dans les tensions géopolitiques, mais dans ses conséquences sociales. L’automatisation touche désormais les métiers qualifiés, fragilise les classes moyennes et risque d’accroître les inégalités en concentrant les richesses entre les mains des détenteurs des technologies. À cela s’ajoutent un sentiment croissant de perte de contrôle face aux grandes plateformes numériques et des tensions liées aux besoins énergétiques de l’IA. Ces évolutions pourraient alimenter les populismes, affaiblir les démocraties et, indirectement, déstabiliser les relations internationales.

Face à ces défis, la France et l’Europe doivent développer une véritable stratégie de puissance en s’appuyant sur leurs atouts, notamment leur excellence scientifique, leurs capacités industrielles et leur production d’énergie décarbonée. Toutefois, la souveraineté technologique ne sera durable que si elle s’accompagne de politiques permettant de redistribuer les gains de productivité, de former les travailleurs et de préserver la cohésion sociale. En définitive, Olivier Dellenbach soutient que l’enjeu central de la révolution de l’intelligence artificielle est moins technologique que politique et moral : il s’agit de maîtriser cette transformation afin qu’elle renforce la prospérité collective sans compromettre la stabilité des démocraties et le contrat social.

À l’issue de sa communication, Olivier Dellenbach a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J. de Larosière, P.-M. Menger, Th. de Montbrial, J.-R. Pitte, Ph. Aghion, D. Senequier, L. Ravel, J.-C. Trichet, M. Pébereau, G.-H. Soutou.

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Communication de Mattias GUYOMAR « Les droits de l’homme dans les relations et la justice internationales »

Communication du lundi 22 juin 2026 de Mattias Guyomar, Président de la Cour européenne des droits de l’homme

Thème de la communication : Les droits de l’homme dans les relations et la justice internationales

ÉLECTION

Le président Jean-David Levitte ouvre la séance, qui se tient exceptionnellement sous la Coupole de l’Institut de France du fait des températures extrêmes, et fait procéder à l’élection prévue ce jour, au fauteuil n°8 de la section Philosophie laissé vacant par le décès de Bertrand Saint-Sernin le 24 juin 2024. Par ordre alphabétique quatre candidats se présentent à ce fauteuil : Albert Doja, Emmanuel Picavet, Olivier Rey, Hervé Zwirn. Olivier Rey est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques au premier tour de scrutin avec 20 voix sur 32 votants ce jour.

 Synthèse de la séance

La reconstruction de l’ordre mondial s’est opérée, après 1945, autour et sur le fondement même des droits de l’homme, et les tentatives actuelles de déstabilisation voire de destruction du Rules-based international order qui s’est alors mis en place se traduisent par une attaque en règle contre l’idée même des droits de l’homme, le principe de leur protection et les acteurs, en particulier judiciaires, chargés d’en assurer le respect effectif.

Cette reconstruction, dont les architectes français furent René Cassin et Pierre-Henri Teitgen, est marquée, à différents égards, par « l’influence des droits de l’homme sur la structure du droit international » pour citer le titre d’un article du Président Sicilianos : l’ordre international voit en quelques années se multiplier les instruments de droit international des droits de l’homme, avec une grande variété d’échelle, d’objet et de portée.

Il faut y voir l’expression d’un jus gentium revisité qui place les droits de l’homme autour du droit international alors que le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle avaient été marqués par la consécration d’un modèle stato-centré où l’idée même d’une communauté humaine universelle s’était effacée au profit d’une conception fondée sur les relations inter-étatiques (jus inter gentes).

Cette reconstruction se traduit par un phénomène combinant les trois caractéristiques suivantes : une humanisation du droit international (institutionnalisation d’un corpus juridique destiné à protéger les droits de l’homme, dont l’individu, titulaire de droits fondamentaux opposables à l’État, aux États, est le destinataire final), une objectivisation du droit international (non-réciprocité et mise en place d’un système de garantie collective, appréciation de la validité des réserves par les organes de contrôle) et une judiciarisation du droit international (quelle que soit la force performative du droit, seule la sanction de la méconnaissance de la règle en assure l’efficacité et seule la justiciabilité des droits en garantit le respect effectif).

La judiciarisation de la protection internationale des droits de l’homme repose sur l’efficacité inégalée du droit de recours individuel devant la Cour européenne des droits de l’homme qui permet à chaque particulier de la saisir directement après épuisement des voies de recours internes.

À notre époque, la déstabilisation des relations internationales – la guerre en Ukraine dure depuis maintenant plus de 4 ans, depuis l’invasion massive par la Fédération de Russie en février 2022 – s’accompagne de la remise en cause des piliers sur lesquels reposent toutes les démocraties : l’État de droit, la séparation des pouvoirs et la confiance dans la justice.

Le populisme anti-judiciaire ne se limite plus à l’habituelle dénonciation d’un prétendu gouvernement des juges. Il nourrit un procès en illégitimité démocratique qui autorise les remises en cause institutionnelles comme les attaques personnelles.

Mais chez tous les acteurs et actrices du Rules-based international order s’exprime le même optimisme de la volonté, la même énergie positive mobilisée pour pouvoir tenir le rôle qui nous a été confié, malgré le contexte et les difficultés, pour être à la hauteur de l’héritage des Fondateurs et architectes de cet ordre, pour faire du rêve de nos prédécesseurs la réalité de nos successeurs.

Il nous faut reprendre, alors que nous célébrons le 50ème anniversaire de sa disparition, la route de René Cassin, fantassin des droits de l’Homme, Soldat de la paix et Patriote de l’Universel : les droits humains doivent avant tout se comprendre comme les droits de l’humanité, ce qui signe leur caractère universel.

Et œuvrer en vue de l’universel ne relève pas d’un dogme abstrait, mais bien de cet « idéal commun » inscrit dans le Préambule de la Convention.

Ce que nous avons à reconstruire aujourd’hui, c’est l’adhésion à un système de règles fondé sur un ensemble de valeurs. Un système à la fois anthropocentré (tourné autour de l’individu – la Convention est le traité européen de l’humanisme juridique) et stato-centré (organisé autour de l’État). La souveraineté des États – qui sont les acteurs indépassables de l’ordre international – doit être pensée en même temps que la souveraineté de l’individu. Le respect des identités constitutionnelles nationales doit être concilié avec le respect de l’identité constitutionnelle de l’individu que constitue la dignité humaine.

À l’issue de sa communication, Mattias Guyomar a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.-C. Casanova, G. Guillaume, L. Vogel, Y. Gaudemet, J.-C. Trichet, M. Pébereau.

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Communication d’Emmanuel LENAIN « L’émergence du ‘Sud Global’ : l’Inde et le Brésil notamment »

Communication du lundi 15 juin 2026 d’Emmanuel Lenain, ambassadeur de France au Brésil

Thème de la communication : L’émergence du ‘Sud Global’ : l’Inde et le Brésil notamment

 Synthèse de la séance

L’ambassadeur de France au Brésil, Emmanuel Lenain, ancien ambassadeur en Inde, analyse l’émergence de ce « Sud global », notion qui regroupe des pays très divers, mais unis par une même volonté de contester un ordre international perçu comme dominé par l’Occident. Bien que ce concept soit flou et que des organisations comme celle regroupée sous l’acronyme de BRICS (pour Brésil, Inde, Chine, Russie et Afrique du Sud) présentent de profondes divergences internes, leur influence croissante traduit une transformation majeure de l’équilibre mondial.

Emmanuel Lenain souligne que le Sud global n’est pas un ensemble homogène. L’Inde et le Brésil, qu’il connaît particulièrement bien, illustrent cette diversité. L’Inde s’appuie sur une population jeune, nombreuse et qualifiée pour soutenir sa croissance et affirmer son rang de puissance mondiale. Quant au Brésil, il bénéficie d’immenses ressources naturelles, d’un territoire continental et d’une forte volonté d’indépendance stratégique. Au-delà de leurs différences, ces pays partagent le souhait de voir leur poids économique et démographique mieux reflétés dans les institutions internationales, notamment à l’ONU et au Conseil de sécurité.

Pour E. Lenain, l’Occident commettrait une erreur en minimisant l’importance des BRICS ou du Sud global. Celui-ci représente désormais une part considérable de la population (40%) et de l’économie mondiales. Son principal ciment n’est pas une identité commune mais un ressentiment partagé envers l’Occident, nourri par l’héritage de la colonisation, les interventions militaires occidentales et la perception d’un « deux poids, deux mesures » dans l’application des principes internationaux.

L’ambassadeur interroge également la part de responsabilité que porte l’Occident dans cette situation. Après la guerre froide, il a cru que la mondialisation conduirait naturellement à la diffusion de la démocratie et des valeurs libérales. Or, de nombreux pays émergents ont adopté l’économie de marché sans pour autant adhérer aux normes politiques occidentales. Dans le même temps, la Chine a démontré qu’il était possible d’associer croissance économique et autoritarisme, offrant ainsi un modèle alternatif à certains États.

Face à cette évolution, Emmanuel Lenain plaide pour une attitude plus lucide et plus ouverte de la part des pays occidentaux. Il recommande de mieux comprendre les attentes et les perceptions du Sud global, d’éviter les postures moralisatrices et de reconnaître la légitimité de certaines revendications, notamment en matière de représentation au sein des institutions internationales. Il défend la promotion des droits de l’homme et de la démocratie, mais sans chercher à les imposer par la force.

La France et l’Europe ont, selon lui, un rôle particulier à jouer comme puissances d’équilibre. Elles doivent renforcer leur dialogue avec les grands pays émergents, développer avec eux des partenariats technologiques, économiques et stratégiques, et soutenir la réforme des institutions multilatérales afin de leur accorder une place plus conforme à leur poids réel.

L’ambassadeur considère que les pays du Sud global sont des partenaires indispensables pour reconstruire un ordre international efficace face aux grands défis contemporains, qu’il s’agisse du climat, de la santé, de l’intelligence artificielle ou de la sécurité. Dans un monde devenu multipolaire, il appelle à éviter une nouvelle logique de confrontation entre « Nord global » et « Sud global » et à œuvrer ensemble à la préservation d’un multilatéralisme rénové. Pour lui, la mission de la France et de l’Europe est avant tout de contribuer à empêcher la fragmentation du monde et de favoriser la recherche de compromis entre des puissances aux intérêts de plus en plus divers.

À l’issue de sa communication, Emmanuel Lenain a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées B. Arnault, Th. de Montbrial, P.-M. Menger, L. Vogel, M. Pébereau, J. de Larosière, C. Tiercelin, L. Ravel, J.-R. Pitte.

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Communication de Lionel ZINSOU « Quel avenir pour le continent africain ? »

Communication du lundi 8 juin 2026 de Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin, président du think tank Terra Nova

Thème de la communication : Quel avenir pour le continent africain ?

 Synthèse de la séance

Lors de son intervention, Lionel Zinsou propose une lecture à la fois lucide et résolument optimiste de l’avenir du continent africain. Son analyse s’articule autour des grandes transformations économiques, démographiques et politiques actuellement à l’œuvre.

Il souligne tout d’abord que l’Afrique connaît aujourd’hui des taux de croissance soutenus dans de nombreux pays. Cette dynamique reste cependant fragile, car elle repose encore largement sur des économies peu industrialisées, dominées par l’agriculture et un secteur informel très important. La transformation structurelle des économies africaines constitue donc un enjeu majeur pour les décennies à venir.

Lionel Zinsou insiste ensuite sur le rôle central de la démographie. L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, et l’augmentation rapide de l’espérance de vie modifie profondément les équilibres sociaux. Cette évolution représente une opportunité considérable — un véritable « dividende démographique » — à condition de réussir à créer suffisamment d’emplois. À défaut, elle pourrait devenir une source de tensions sociales et politiques.

Sur le plan économique, il met en évidence un obstacle majeur : le manque de capital. Les systèmes financiers restent peu développés, le crédit est difficile d’accès et coûteux, ce qui freine l’investissement et l’initiative privée. Il souligne toutefois que les innovations, notamment dans les télécommunications et les technologies financières, pourraient accélérer l’inclusion financière et transformer profondément les économies africaines.

L’éducation et la diffusion des connaissances apparaissent également comme des leviers décisifs. Si l’accès à l’éducation progresse, des efforts importants restent nécessaires, notamment dans la formation technique et professionnelle. Lionel Zinsou insiste en particulier sur l’importance de la scolarisation des filles, qui est un facteur déterminant du développement. Par ailleurs, le numérique ouvre de nouvelles perspectives en permettant un rattrapage rapide dans les domaines de la recherche et de la formation.

L’ancien Premier ministre du Bénin n’ignore pas les fragilités du continent. Il évoque les fortes inégalités territoriales et sociales, les difficultés de gouvernance, ainsi que les tensions liées au chômage des jeunes et aux transformations économiques rapides. Ces déséquilibres peuvent alimenter l’instabilité politique et favoriser des phénomènes tels que le terrorisme ou la criminalité organisée. Enfin, Lionel Zinsou souligne que l’avenir de l’Afrique dépendra largement de la qualité de sa gouvernance et de sa capacité à renforcer ses institutions. L’intégration économique régionale et l’adoption de modèles de développement adaptés aux réalités locales seront essentielles pour accompagner la croissance.

En conclusion, il défend une conviction forte : l’Afrique est engagée dans une transformation rapide et profonde, comparable à celle qu’ont connue certaines régions d’Asie. Si les défis sont nombreux, les potentialités du continent sont immenses, à condition de réussir à conjuguer croissance économique, création d’emplois et stabilité politique.

À l’issue de sa communication, Lionel Zinsou a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.R. Pitte, X. Darcos, P.M. Menger, H. Gaymard, P. Delvolvé, M. Pébereau, G. Guillaume, M. Bastid-Bruguière.

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Communication de Bruno TERTRAIS « La transformation démographique du monde et son impact géopolitique »

Communication du lundi 1er juin 2026 de Bruno TERTRAIS, politologue

Thème de la communication : La transformation démographique du monde et son impact géopolitique

 Synthèse de la séance

Bruno Tertrais analyse les grandes transformations démographiques mondiales et leurs conséquences géopolitiques. Selon lui, l’humanité traverse une période historique marquée par trois évolutions majeures : la baisse généralisée de la fécondité, l’approche du pic de population mondiale et le vieillissement progressif des sociétés.

La croissance démographique mondiale ralentit fortement. Alors que la population continue d’augmenter, son rythme de croissance s’effondre et devrait conduire à un pic situé entre 2050 et 2080, avec une population mondiale comprise entre 9 et 11 milliards d’habitants à la fin du siècle. Cette évolution résulte principalement de la baisse de la fécondité, qui se rapproche progressivement du seuil de remplacement des générations (environ 2,1 enfants par femme) à l’échelle mondiale.

Parallèlement, l’urbanisation constitue l’un des phénomènes les plus marquants de l’histoire récente. Depuis une vingtaine d’années, plus de la moitié de l’humanité vit en ville. Contrairement aux idées reçues, la planète n’est pas globalement surpeuplée : la population reste concentrée dans quelques grandes régions favorables à l’activité humaine, notamment les plaines de l’Inde du Nord et les zones côtières chinoises.

Le vieillissement démographique est l’autre grande tendance mondiale. L’allongement de l’espérance de vie et la diminution des naissances entraînent une hausse continue de l’âge moyen de la population mondiale. Cette évolution modifie profondément les équilibres économiques et sociaux, notamment en réduisant progressivement la population active dans de nombreux pays.

Concernant les migrations, Bruno Tertrais souligne que les perceptions sont souvent déconnectées de la réalité statistique. À l’échelle mondiale, la proportion de migrants reste relativement stable dans le temps, autour de 3,7 % de la population mondiale. Les principaux pays d’origine demeurent l’Inde, la Chine et le Mexique, tandis que les principaux pays d’accueil sont les États-Unis, l’Allemagne et l’Arabie saoudite. Il rappelle également que le développement économique tend à favoriser l’émigration dans un premier temps, car il donne aux individus les moyens matériels de partir. Ainsi, l’augmentation des migrations africaines vers l’Europe s’explique davantage par l’amélioration du niveau de vie que par un appauvrissement du continent africain.

Les évolutions démographiques diffèrent fortement selon les régions du monde. L’Eurasie connaît un déclin marqué de sa population. L’Europe, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et surtout la Chine voient leur fécondité chuter à des niveaux très faibles. La Chine fait face à une situation particulièrement préoccupante, avec une diminution rapide de sa population active susceptible de freiner sa croissance économique future. À l’inverse, l’Afrique demeure le seul continent dont la population continuera à croître fortement pendant plusieurs décennies, malgré une baisse progressive de la fécondité. Le Nigeria illustre cette dynamique et pourrait devenir l’un des pays les plus peuplés du monde.

Ces transformations auront des conséquences géopolitiques importantes. La démographie influence directement la puissance économique à travers l’évolution de la population active. Si les tendances actuelles se poursuivent, les États-Unis pourraient conserver ou retrouver un avantage économique relatif grâce à une démographie plus favorable que celle de la Chine. L’Inde, dont la population active continuera de croître plus longtemps, pourrait également bénéficier d’un important potentiel de développement.

Bruno Tertrais souligne cependant qu’un déclin démographique n’empêche pas l’agressivité internationale. Au contraire, le sentiment de déclin peut parfois nourrir des politiques plus offensives, comme l’illustre selon lui le cas de la Russie. Il note également que la baisse du poids démographique relatif des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU pose la question de leur représentativité dans le monde contemporain. Ce poids est passé de 40% de la population mondiale en 1945 à 23% aujourd’hui.

Enfin, Bruno Tertrais évoque l’hypothèse d’une « paix gériatrique ». Les sociétés vieillissantes pourraient être moins enclines à la violence, celle-ci étant historiquement davantage associée aux populations jeunes, notamment aux jeunes hommes.

En conclusion, Bruno Tertrais montre que la démographie constitue l’un des facteurs majeurs de transformation du XXIᵉ siècle. La baisse de la fécondité, le vieillissement des populations, les dynamiques migratoires et les contrastes croissants entre régions du monde redessinent progressivement les rapports de puissance et les équilibres géopolitiques mondiaux. Ces évolutions imposent aux sociétés et aux gouvernements de faire des choix politiques, économiques et culturels déterminants pour l’avenir.

À l’issue de sa communication, Bruno Tertrais a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées L. Ravel, J.R. Pitte, F. d’Orcival, Ph. Aghion, J.C. Casanova, J. de Larosière.

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Communication du Général Thierry BURKHARD « Quel réarmement pour la France et l’Europe ? »

Communication du lundi 18 mai 2026 du Général Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major des Armées

Thème de la communication : Quel réarmement pour la France et l’Europe ?

 Synthèse de la séance

Le Général Thierry Burkhard analyse la dégradation rapide de l’environnement stratégique international et appelle la France ainsi que l’Europe à engager un réarmement global pour faire face au retour des rapports de force. L’ancien chef d’état-major des Armées souligne tout d’abord que le monde est entré dans une période d’instabilité durable marquée par la multiplication des conflits, le retour des grandes puissances et l’affaiblissement du droit international. Les crises ne se succèdent plus mais se cumulent, tandis que la guerre de haute intensité réapparaît en Europe avec le conflit ukrainien. Dans ce contexte, les États privilégient désormais la puissance et les rapports de force plutôt que les règles internationales.

Le Général Burkhard met également en évidence la constitution de nouveaux blocs géopolitiques dominés par la Chine, la Russie et les États-Unis. La Chine poursuit une stratégie de puissance globale, la Russie remet en cause l’ordre européen par la force, et les États-Unis réorientent progressivement leurs priorités vers l’Asie, rendant leur soutien à l’Europe moins certain. À cela s’ajoutent de nouveaux facteurs d’instabilité comme la guerre informationnelle, l’usage stratégique de l’intelligence artificielle et les conséquences du changement climatique, qui accentuent les tensions mondiales.

Face à cette situation, le Général Burkhard estime que la France et l’Europe doivent reconstruire les instruments de leur puissance à travers un réarmement non seulement militaire, mais aussi moral, industriel et opérationnel. Le premier enjeu est le réarmement intellectuel et moral, fondé sur la cohésion nationale, l’esprit de défense et la résilience de la population. L’exemple ukrainien montre qu’une nation capable de résister est avant tout une nation unie et consciente des sacrifices nécessaires à sa survie. Il faut donc renforcer l’éducation civique, lutter contre la désinformation et restaurer le sens du collectif.

Le deuxième axe concerne le réarmement capacitaire. La France doit préserver sa souveraineté stratégique tout en développant des coopérations européennes plus efficaces dans les domaines industriels et technologiques. Le Général Burkhard insiste sur l’importance des partenariats ciblés, notamment dans les secteurs de l’intelligence artificielle, des drones ou du quantique, afin de bâtir une véritable autonomie européenne face aux dépendances extérieures. Il souligne aussi le rôle essentiel des startups, des PME et de la recherche civile dans l’innovation militaire.

Michel Pébereau

Enfin, le Général Burkhard aborde le réarmement opérationnel et doctrinal. Les armées doivent s’adapter à des conflits plus rapides, plus meurtriers et technologiquement plus complexes. La dissuasion nucléaire, la cybersécurité, la protection du territoire et la capacité à produire rapidement des équipements deviennent des priorités stratégiques. Les guerres modernes imposent également une grande capacité d’adaptation, une meilleure exploitation de l’innovation et une forte réactivité dans la conduite des opérations.

En conclusion, l’ancien chef d’état-major des Armées affirme que la France et l’Europe doivent défendre leurs valeurs tout en retrouvant la capacité d’agir dans un monde dominé par la puissance. Selon lui, l’inaction serait aujourd’hui plus dangereuse que la prise de risque. Sans réarmement moral, capacitaire et opérationnel, les Européens risqueraient de subir les décisions imposées par d’autres puissances.

À l’issue de sa communication, le Général BURKHARD a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées Th. de Montbrial, P.M. Menger, J.C. Trichet, J. de Larosière, X. Darcos, B. Cotte, L. Vogel, G.H. Soutou, M.B. Bruguière, M. Pébereau, G. Alajouanine, E. Maury.

Verbatim du communicant

 

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Communication de Camille GRAND « L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN »

Communication du lundi 11 mai 2026 de Camille Grand, ancien Secrétaire général adjoint de l’OTAN

Thème de la communication : L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN

 Synthèse de la séance

Camille Grand analyse l’évolution du rôle des États-Unis au sein de l’OTAN et les conséquences possibles pour la sécurité européenne. Il explique que Washington est aujourd’hui confronté à plusieurs priorités stratégiques simultanées : rivalité avec la Chine dans l’Indo-Pacifique, engagements militaires au Moyen-Orient et ambitions dans l’hémisphère occidental. Dans ce contexte, l’Europe apparaît comme une priorité secondaire, notamment en matière de livraisons d’armes et d’engagement militaire.

Camille Grand estime qu’un retrait officiel des États-Unis de l’OTAN reste peu probable en raison des obstacles juridiques et politiques. Cependant, il souligne qu’il n’est pas nécessaire de quitter formellement l’Alliance pour l’affaiblir : un président américain refusant d’assumer le rôle traditionnel des États-Unis dans l’OTAN produirait des effets comparables. Cette orientation correspondrait d’ailleurs à certaines idées défendues par les proches de Donald Trump, favorables à une alliance « moins américaine ».

Camille Grand revient également sur les engagements récents des Européens à augmenter fortement leurs dépenses militaires, sous la pression de Donald Trump. Les pays européens se sont engagés à consacrer 3,5 % de leur PIB à la défense, auxquels s’ajoutent 1,5 % pour les infrastructures de sécurité, permettant à Trump d’affirmer avoir obtenu un effort total de 5 % du PIB. Malgré cet accord, les tensions récentes liées au Groenland et au Moyen-Orient ont ravivé les désaccords entre Washington et ses alliés européens, rendant les prochains sommets de l’OTAN particulièrement délicats.

Camille Grand considère néanmoins que l’OTAN pourrait survivre à un désengagement partiel des États-Unis. L’Alliance conserverait son expérience, ses structures de planification et ses mécanismes de commandement, même si elle fonctionnerait de manière « dégradée ». Toutefois, le rôle militaire américain reste jugé essentiel, notamment pour les capacités stratégiques, le renfort rapide du continent européen et la dissuasion nucléaire. Une OTAN sans ou avec moins d’Amérique exigerait donc une adaptation profonde des Européens.

Camille Grand décrit ensuite plusieurs scénarios possibles pour l’avenir de l’Alliance. Le premier serait une transition progressive et organisée sur une dizaine d’années, avec un transfert maîtrisé du fardeau militaire vers les Européens. Le deuxième, jugé plus probable, correspondrait à un retrait américain plus chaotique et unilatéral, créant une période de vulnérabilité susceptible d’être exploitée par les adversaires de l’OTAN, notamment la Russie. Un troisième scénario envisagerait un retrait presque total des forces américaines d’Europe, tandis qu’un quatrième, plus extrême, imaginerait des États-Unis devenus hostiles aux Européens, provoquant une rupture historique de l’alliance occidentale.

Face à ces perspectives, l’ancien Secrétaire général adjoint de l’OTAN affirme que les Européens doivent se préparer à défendre le continent avec moins d’appui américain. Cela implique plusieurs priorités : poursuivre l’aide à l’Ukraine, renforcer les capacités militaires européennes, retrouver de la « masse » et de la réactivité militaire, et investir dans les technologies critiques. Il insiste aussi sur la nécessité d’adapter les armées européennes aux transformations modernes de la guerre et de développer une véritable autonomie stratégique.

Enfin, Camille Grand défend l’idée d’une « manière européenne de faire la guerre », différente du modèle américain, afin de ne pas dépendre entièrement des capacités des États-Unis. Cette transformation nécessiterait un effort durable sur une décennie, des investissements massifs, une ambition technologique et industrielle forte ainsi qu’une meilleure coordination entre l’Union européenne et l’OTAN. Camille Grand conclut sur une note relativement optimiste : selon lui, les Européens ont les moyens de construire une OTAN plus européenne et de garantir eux-mêmes la sécurité du continent, tout en maintenant, si possible, une coopération transatlantique renforçant une Europe devenue plus autonome.

À l’issue de sa communication, Camille Grand a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J. de Larosière, M. Pébereau, J.C. Trichet, C. Tiercelin, L. Stefanini, S. Sur, G.H. Soutou, A. Vacheron.

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Communication de Gaël VEYSSIÈRE « Quel avenir pour l’Ukraine ? »

Communication du lundi 4 mai 2026 de Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine

Thème de la communication : Quel avenir pour l’Ukraine ?

 Synthèse de la séance

Le président Jean-David Levitte a appellé aux honneurs de la séance les ambassadeurs Philippe Etienne, ambassadeur de France, ancien ambassadeur aux États-Unis et Pierre Levy, ambassadeur de France, ancien ambassadeur en Russie ainsi que Madame Priscilla Toffano, représentante du Fonds Monétaire International en Ukraine.

De gauche à droite : Priscilla Toffano, Pierre Lévy, Philippe Etienne et Gaël Veyssière

L’ambassadeur de France en Ukraine analyse la guerre en Ukraine comme un événement central dans la déconstruction de l’ordre mondial actuel et dans la difficile émergence d’un nouvel équilibre international. Gaël Veyssière, s’appuyant sur son expérience directe à Kyiv, propose une lecture à la fois factuelle et engagée de la situation.

Il décrit d’abord une réalité militaire marquée par une relative stabilisation du front depuis 2025. Si la Russie progresse lentement dans l’est de l’Ukraine, notamment dans le Donbass, ces avancées se font à un coût humain et matériel extrêmement élevé. L’Ukraine, bien que sous pression et en infériorité numérique, parvient à contenir l’offensive grâce à son innovation technologique, notamment dans l’usage des drones, et à une capacité de résilience remarquable. La guerre s’inscrit désormais dans une logique d’attrition où aucun camp ne semble en mesure de l’emporter rapidement.

Sur le plan intérieur, la société ukrainienne fait preuve d’une cohésion forte. Malgré les pertes humaines, les destructions et les difficultés énergétiques, la population reste mobilisée et refuse majoritairement toute concession territoriale ou affaiblissement de son armée. La vie politique est suspendue au temps de la guerre : les élections sont repoussées et aucune opposition structurée ne remet en cause le pouvoir en place. Cette unité nationale s’accompagne d’une transformation profonde de l’identité ukrainienne, renforçant son orientation européenne et son rejet durable de la Russie.

Cependant, cet équilibre demeure fragile. L’Ukraine fait face à plusieurs défis à moyen terme : difficultés de mobilisation militaire, dépendance au soutien économique et financier international, vulnérabilité énergétique et risque d’usure politique interne. La question du temps est centrale : la capacité de l’Ukraine à tenir dépend largement de la continuité de l’aide occidentale et de l’évolution de la situation économique et stratégique en Russie.

Dans ce contexte, le soutien international, en particulier européen, apparaît déterminant. L’Union européenne et ses États membres ont pris un rôle central en apportant une aide financière, militaire et humanitaire considérable. Ce soutien s’accompagne d’une perspective d’intégration européenne pour l’Ukraine, qui constitue à la fois un objectif politique majeur pour Kyiv et un levier de transformation interne, malgré les défis importants que poserait une adhésion, notamment dans le domaine agricole.

Enfin, les perspectives de règlement du conflit restent incertaines. Les différentes tentatives de négociation ont échoué ou stagnent, en raison de désaccords fondamentaux entre les parties. Un éventuel accord reposerait probablement sur un gel du conflit, des garanties de sécurité solides pour l’Ukraine et des compromis territoriaux difficiles. Toutefois, sa réalisation dépendrait d’une pression accrue sur la Russie et d’une volonté politique encore incertaine des grandes puissances.

En conclusion, l’avenir de l’Ukraine dépasse largement son seul destin national : il conditionne l’équilibre sécuritaire européen et la recomposition de l’ordre mondial. L’issue du conflit, même provisoire, aura des conséquences durables sur les rapports de force internationaux et sur la place de l’Europe dans ce nouvel environnement.

Gaël Veyssière achève sa communication en citant le poète ukrainien Taras Chevtchenko dont la dimension romantique du propos est un moteur très puissant en Ukraine aujourd’hui : « Notre âme ne peut pas mourir, la liberté ne meurt jamais » et qui fait écho à la vieille leçon de Périclès : « Il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance ».

À l’issue de sa communication, Gaël Veyssière a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, C. Talon-Hugon, J. de Larosière, P.M. Menger, D. Senequier, J.C. Trichet, M. Bastid-Bruguière, A. Vacheron, H. Gaymard, L. Bély.

Verbatim du communicant

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Communication de Pierre LÉVY « La Russie et l’Europe : quel avenir pour la Russie ? »

Communication du lundi 13 avril 2026 de Pierre Lévy, ancien ambassadeur de France en Russie

Thème de la communication : La Russie et l’Europe : quel avenir pour la Russie ?

 Synthèse de la séance

Pierre Levy, ancien ambassadeur en Russie, se propose d’analyser les relations entre la Russie et l’Europe à travers la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques actuelles. Il souligne d’abord le paradoxe actuel d’une Russie historiquement liée à l’Europe sur les plans économique, culturel et technologique, qui s’en détourne aujourd’hui pour se tourner vers l’Asie et adopter une posture hostile envers l’Union européenne. Moscou cherche désormais à marginaliser les Européens, à affaiblir leurs institutions et à étendre son influence.

L’origine du conflit remonte à 2013-2014, lorsque le refus du président ukrainien de signer un accord avec l’Union européenne, sous pression russe, déclenche une série d’événements menant à la révolution Maïdan, puis à l’annexion de la Crimée et à la guerre en Ukraine. Toutefois, ce conflit dépasse largement le cadre ukrainien : il s’inscrit dans une confrontation plus large avec l’Occident et dans l’ambition russe de promouvoir un ordre mondial multipolaire. Selon certaines analyses, cette politique extérieure servirait aussi un objectif interne : renforcer le régime en construisant une société russe mobilisée et détachée de l’influence européenne.

Pierre Levy met en avant deux causes profondes du conflit : un passé mal assumé et un avenir refusé. D’une part, le pouvoir russe développe une vision révisionniste de l’histoire, nourrissant un sentiment de victimisation et justifiant ses actions par une lecture idéologique du passé. D’autre part, il rejette l’intégration européenne de ses voisins, notamment de l’Ukraine, perçue comme une menace pour sa sphère d’influence. Cette posture s’explique aussi par une crise identitaire et un sentiment de déclin, renforcés par des facteurs démographiques et politiques.

Sur le plan intérieur, la Russie évolue vers un régime de plus en plus autoritaire, marqué par la concentration du pouvoir autour de Vladimir Poutine, la restriction des libertés et l’usage de la propagande historique pour légitimer le pouvoir. La guerre apparaît ainsi comme un outil de cohésion nationale et de consolidation politique.

Enfin, le bilan de la guerre, après plusieurs années, est contrasté. Si la Russie contrôle une partie du territoire ukrainien et conserve l’initiative militaire, elle fait face à une forte résistance ukrainienne et à un soutien occidental massif. Le conflit est devenu une guerre d’usure, aux pertes humaines et matérielles considérables. Paradoxalement, cette guerre a renforcé l’unité européenne, consolidé l’OTAN et affirmé l’identité nationale ukrainienne. En somme, cette crise dépasse largement le cadre régional : elle engage l’avenir de la sécurité européenne et de l’ordre international, tout en révélant les tensions profondes qui traversent la Russie contemporaine, entre héritage historique, ambitions géopolitiques et fragilités internes.

Pierre Levy analyse ensuite les perspectives de sortie de la guerre en Ukraine en mettant en lumière la stratégie russe et les contraintes des différents acteurs. La Russie s’inscrit dans une vision de long terme, convaincue de la faiblesse et de la lassitude des démocraties occidentales. Le pouvoir russe, stable politiquement et soutenu par une population globalement passive, estime pouvoir tenir dans la durée malgré des fragilités économiques croissantes. La guerre est intégrée à un système économique et social, parfois qualifié « d’économie de la mort », qui renforce à la fois le contrôle politique et certains revenus.

Moscou se considère en position de force, notamment grâce à son statut de puissance nucléaire, et bénéficie d’une asymétrie décisionnelle : contrairement à l’Ukraine et aux démocraties occidentales, le pouvoir russe peut décider seul de l’arrêt du conflit et en définir l’issue narrative. Sur le plan diplomatique, la Russie affiche une ouverture de façade mais refuse toute négociation réelle sans conditions préalables très exigeantes, notamment territoriales, politiques et sécuritaires. Elle privilégie une stratégie de « victoire hybride », consistant à geler le conflit pour conserver un levier durable sur l’Ukraine et empêcher son rapprochement avec l’OTAN.

L’évolution du conflit dépend largement des États-Unis, dont la position est jugée instable, notamment sous la présidence de Donald Trump. Moscou tire déjà profit de cette situation, ainsi que des tensions internationales, comme celles liées à la guerre dans le Golfe, qui renforcent sa position stratégique et économique malgré certaines limites structurelles. Face à cela, l’Union européenne se trouve dans une situation difficile, prise entre l’hostilité russe et les incertitudes américaines. Elle doit renforcer son unité, sa crédibilité stratégique et sa capacité d’action, notamment à travers un rapport de force, des sanctions et un soutien durable à l’Ukraine. Les objectifs européens reposent sur deux principes : garantir la sécurité de l’Ukraine et préserver sa souveraineté, même au prix de compromis temporaires. À plus long terme, la question des relations avec la Russie reste ouverte. Si celle-ci demeurera durablement une menace, un dialogue futur pourrait être nécessaire pour éviter une rupture totale. Toutefois, la reconstruction d’une relation dépendra d’une évolution interne de la Russie, marquée aujourd’hui par un « syndrome post-impérial ».

En conclusion, Pierre Levy souligne la profondeur et la complexité du conflit, ainsi que la nécessité pour l’Europe de repenser son rapport à la puissance dans un monde instable. La guerre pourrait s’achever, mais la confrontation avec la Russie s’inscrit dans la durée, imposant aux Européens de s’affirmer comme une véritable puissance stratégique.

À l’issue de sa communication, Pierre Levy a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.C. Casanova, L. Ravel, B. Arnault, Th. de Montbrial, M. Pébereau, J.C. Trichet, J. de Larosière.

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Cérémonie d’installation de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique BARTHOLOMEE Ier et Lecture de la notice sur la vie et les travaux du Cardinal Joseph RATZINGER (1927 – 2022), Sa Sainteté le Pape BENOÎT XVI

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour la cérémonie d’installation de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier, comme membre associé étranger au fauteuil laissé vacant par le décès du Cardinal Joseph Ratzinger, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI (1927 – 2022). La cérémonie est ouverte par le président de l’Académie, Jean-David Levitte qui, après avoir salué les différentes personnalités et autorités présentes, fait part d’une lettre du Président de la République, adressée au Secrétaire perpétuel, dans laquelle le président dit se réjouir « qu’une autorité morale telle que celle du Patriarche de Constantinople, précurseur en matière de protection de l’environnement et de la promotion du dialogue inter-religieux, compte désormais parmi les membres de l’Académie des Sciences Morales et Politiques ».

Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier a été élu membre associé étranger le 17 mars 2025, au fauteuil n°2, à la suite du pape émérite Benoît XVI, S.E. le Cardinal Ratzinger, décédé le 31 décembre 2022. Le Cardinal Joseph Ratzinger avait été élu membre associé étranger le 13 janvier 1992 au fauteuil laissé vacant par le décès d’Andreï Sakharov, avant d’être élu pape sous le nom de Benoît XVI le 19 avril 2005. Le président rappelle que l’Académie comprend douze associés étrangers, le premier élu à ce titre a été Thomas Jefferson, président des États-Unis d’Amérique, en 1801.

Le président donne la parole à Thierry de Montbrial qui prononce le discours d’accueil de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier.

Thierry de Montbrial accueille Sa Toute Sainteté Bartholomée Ier, autorité spirituelle au rayonnement planétaire, en accueillant sa personne mais aussi les figures historiques qui éclairent sa destinée : celles de la culture hellénique, de la civilisation byzantine et du christianisme oriental. Thierry de Montbrial souligne, qu’escorté de ces figures, le Patriarche de Constantinople, incarne un aspect majeur de l’Europe saisie dans la totalité de sa longue durée, depuis les logiques impériales jusqu’à la construction actuelle de l’Union européenne, appelée à évoluer vers une forme plus équilibrée et confédérale. Dans un monde en recomposition, où émergent de nouvelles puissances issues notamment du « Sud global », l’Europe est invitée à retrouver sa place en s’appuyant sur ses valeurs fondamentales, parmi lesquelles la réconciliation, le respect de la création et la profondeur spirituelle.

Thierry de Montbrial retrace ensuite le parcours personnel du Patriarche, né dans un contexte troublé et formé à travers diverses expériences internationales, qui l’ont préparé à devenir un « passeur » entre les cultures, les religions et les mondes. Son action à la tête du patriarcat œcuménique est présentée comme une forme originale d’autorité, fondée non sur la puissance matérielle mais sur la sagesse, le dialogue et l’influence morale.

Son rôle est particulièrement mis en avant dans trois domaines majeurs : la réforme et l’unité du monde orthodoxe, le dialogue œcuménique et interreligieux, et l’engagement écologique. Sur ce dernier point, il apparaît comme un pionnier ayant fait de la protection de l’environnement une responsabilité spirituelle et morale globale.

Enfin, Thierry de Montbrial souligne que son action dépasse le cadre religieux pour s’inscrire au cœur des enjeux contemporains : prévention des conflits, défense de la dignité humaine, promotion du dialogue et contribution à une gouvernance mondiale plus juste. En l’accueillant, l’Académie des sciences morales et politiques reconnaît l’importance des autorités spirituelles dans la compréhension et l’orientation du monde actuel, tout en établissant un lien symbolique entre les traditions chrétiennes d’Orient et d’Occident.

Le président donne ensuite la parole à Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier pour la lecture de la notice sur la vie et les travaux du Cardinal Joseph Ratzinger, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

Le Patriarche exprime d’abord la gratitude et l’honneur d’intégrer cette académie, perçue comme un lieu dédié à la réflexion éthique et au bien commun. Il souligne les liens intellectuels et amicaux avec ses membres, tout en mettant en avant la dimension exceptionnelle de sa prise de fonction, marquée par la succession au pape Benoît XVI.

Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier retrace ensuite la vie du Cardinal Joseph Ratzinger, présentée comme une unité profonde entre foi, raison, contemplation et action. Théologien majeur, le Cardinal Joseph Ratzinger a cherché à concilier tradition et renouveau, notamment lors du concile de Vatican II. Sa pensée insiste sur l’idée que la foi et la raison sont complémentaires et que la vérité n’est pas abstraite, mais incarnée dans le Christ.

Selon lui, la crise contemporaine est avant tout une crise de la vérité, notamment à cause du relativisme. Il affirme que sans vérité, les valeurs comme la liberté, l’égalité et la fraternité perdent leur fondement. Sa réflexion relie ainsi théologie, philosophie et enjeux politiques, en insistant sur la dignité humaine et la nécessité d’un ancrage spirituel.

Le dialogue entre traditions chrétiennes, en particulier entre Rome et Constantinople, symbole d’unité et de continuité, est également un pan essentiel de la pensée du Cardinal Ratzinger. Il insiste sur l’héritage commun de la foi, de la raison et du droit dans la construction de la civilisation européenne, enrichi par la tradition orientale.

Une autre dimension essentielle est la responsabilité écologique, vue comme une crise spirituelle liée à la relation entre l’homme, Dieu et la création, ce qui appelle à une vision du monde fondée sur le respect et la gratitude plutôt que sur l’exploitation.

Enfin, face aux défis contemporains, notamment technologiques, Bartholomée Ier rappelle que la vérité ne peut être réduite à un calcul ou à une fonction. Il conclut en soulignant la nécessité de poursuivre le dialogue, dans un esprit de vérité et d’amour, au service de l’unité de l’Église et de la paix dans le monde, tout en rendant un dernier hommage spirituel au Pape Benoît XVI.

Achevée dans sa forme officielle, la séance s’est poursuivie par la remise de la première édition, en grec et en latin, datée de 1675, du livre sur la vie et l’œuvre théologique de Saint Maxime le Confesseur à Sa Toute-Sainteté. C’est le grand Rabbin de France Haïm Korsia et l’archevêque émérite de Strasbourg monseigneur Luc Ravel, membres de l’Académie, qui remettent ce livre à Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier.

La séance a été ponctuée par l’interprétation de deux Variations Goldberg de J.S. Bach, par le Trio Vermeer, avec Grégoire Torossian au violon, Marie Ducroux à l’alto, et Eliott Leridon au violoncelle.

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Photos de la cérémonie

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Cérémonie

Suite de la cérémonie