« De la démocratie, ici et maintenant. Le prisme de l’école » Audition d’Olivier GRENOUILLEAU dans le cadre du cycle d’études sur l’avenir de la démocratie

Olivier GRENOUILLEAU

L’académicien Olivier Grenouilleau a été auditionné par le groupe de travail « Philosophie de la démocratie » piloté par Chantal Delsol dans le cadre du cycle d’études « Avenir de la démocratie » le lundi 22 septembre dernier en petite salle des séances.

Olivier Grenouilleau analyse la démocratie française contemporaine, en soulignant qu’elle souffre d’un dysfonctionnement systémique. Il s’appuie sur la définition de Jean Baechler, selon laquelle la démocratie doit garantir sécurité, prospérité et liberté à ses citoyens. Or, selon Grenouilleau, ces trois objectifs ne sont plus assurés de façon satisfaisante aujourd’hui en France : insécurité croissante, inégalités économiques qui se creusent, et libertés restreintes par la bureaucratie et le recul du débat public.

Il prend ensuite l’exemple du système éducatif pour illustrer ce dysfonctionnement. Malgré une augmentation du nombre de diplômés, le niveau réel des élèves baisse, la culture générale commune recule, et les capacités fondamentales (compréhension, expression, argumentation) sont de moins en moins maîtrisées. Le système éducatif est miné par la lassitude des enseignants, la multiplication des réformes, la bureaucratisation, et la difficulté à recruter des professeurs compétents. Tout cela affaiblit la démocratie, car une société complexe a besoin de citoyens instruits et capables de penser par eux-mêmes.

Olivier Grenouilleau critique aussi la tendance à multiplier les enseignements « moraux » ou « citoyens » à l’école, qui sont selon lui des symptômes du malaise démocratique plus que des solutions. Il plaide pour un recentrage sur les missions fondamentales de l’école : instruire, transmettre une culture commune, et développer les capacités de réflexion.

Il explique que les politiques successives ont confondu égalité et égalitarisme, abaissant les exigences pour permettre à tous de réussir, ce qui a paradoxalement aggravé les inégalités et affaibli le niveau général. L’évaluation et la recherche de bons résultats statistiques ont aussi favorisé le « nominal » (l’apparence) au détriment du réel.

Enfin, il identifie trois voies possibles pour l’avenir :

  1. Ne rien changer ou poursuivre dans la même direction, ce qui mènerait à l’aggravation des problèmes.
  2. Libéraliser totalement le système éducatif, au risque de renforcer les inégalités sociales.
  3. Réformer en profondeur, ce qui nécessite du temps, une approche globale et un discours de vérité, en recentrant l’école sur ses missions essentielles.

En conclusion, Olivier Grenouilleau appelle à dépasser les discours et les réformes de façade pour s’attaquer aux causes profondes du malaise démocratique, en particulier à travers une refondation de l’école et de la transmission des savoirs.

Réécouter / Télécharger le discours prononcé par Olivier Grenouilleau