Alain Duhamel, « Le général de Gaulle et l’opinion »

Séance ordinaire du 5 novembre 2018

par Alain Duhamel,
membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

 


Introduction par M. François d’Orcival,
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Communication de M. Alain Duhamel,
membre de l’Académie des sciences morales et politiques


 

Introduction par M. François d’Orcival,
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Cher confrère et cher Alain,

« J’ai toujours voulu être journaliste politique, ou plus exactement commentateur politique. » C’était ta vocation dès l’âge de quinze ans. Journaliste politique, tu l’es depuis ta première chronique dans Le Monde, il y a cinquante-cinq ans, tu avais vingt-trois ans. Et tu n’as jamais cessé de l’être.

La parution de ton Journal d’un observateur au mois de septembre m’épargne l’idée de revenir sur les étapes de ta carrière, à Sciences Po, dans la presse écrite, à la radio et à la télévision, ton élection parmi nous il y a six ans, puisque tu l’as fait toi-même en fournissant au lecteur – et pour la première fois – mille anecdotes et détails qui illustrent ton parcours d’éditorialiste et d’historien des temps présents auprès de tous les grands politiques, hommes et femmes, de la Ve République.

Le seul dont tu n’as pu être le confident, parce que tu étais trop jeune, le seul qui ne t’ait pas appelé ni fait ses confidences (encore que, quand tu as écrit qu’il avait, au vu des sondages, perdu son électorat ouvrier, tu en as entendu parler !), ce fut le général de Gaulle.

Mais tu lui a consacré un grand portrait croisé dans ton De Gaulle-Mitterrand, la marque et la trace, et de multiples autres analyses, récits et commentaires, dans plusieurs de tes livres : évidemment dans ton Histoire personnelle de la Ve République, mais son ombre plane aussi sur les Mythes politiques français, tes Pathologies politiques françaises ; il est surtout présent dans ton dialogue avec Edouard Balladur sur le Destin de la Ve République, récit à deux voix dans lequel vous lui consacrez deux chapitres, comme à François Mitterrand.

J’imagine que s’il y a un regret que tu puisses exprimer, c’est celui de n’avoir jamais entendu le général de Gaulle rendre justice à celui que tu as considéré comme le plus intimidant et impressionnant de ceux qui ont contribué à ta formation intellectuelle, Raymond Aron. « C’était un pédagogue lumineux et terrible », as-tu écrit. « Avec lui, la culture mondaine ou les survols journalistiques étaient tout simplement impossibles. » Et pourtant hélas, dis-tu, « le Général ne lui pardonnait pas son indépendance ».

Le Général dont tu as écrit qu’il fut « trop grand peut-être pour la France du XXe siècle. Un personnage de Corneille au pays de Sagan. »

C’est de lui dont tu vas nous entretenir dans sa relation avec l’opinion publique.

Cher Alain, je te cède la parole.

 

Communication de M. Alain Duhamel,
membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Le général de Gaulle s’est toujours fait une certaine idée de la France, de lui-même et des Français. De la France, c’est une idée quasi religieuse, presque mystique. De lui-même, c’est une idée altière et intraitable. Des Français, c’est une idée circonspecte, voire goguenarde. L’Homme du 18 juin regarde la France avec les yeux de Corneille et les Français avec les yeux de Racine : il imagine donc la France telle qu’elle devrait être et les Français tels qu’il croit qu’ils sont. Mais ce qui nous occupe ici, c’est beaucoup moins l’idée que le général de Gaulle se fait des Français que l’idée que les Français se font du général de Gaulle. Or si aujourd’hui le fondateur de la VRépublique est regardé quasi unanimement comme un monument national, comme un grand homme, comme notre grand homme du XXsiècle, si les communistes le citent désormais avec respect, si l’extrême droite se l’annexerait presque après avoir tenté de l’assassiner, si les socialistes s’inclinent pieusement devant sa statue et que les giscardiens l’encensent sur le tard, il s’en faut de beaucoup que tous se soient comportés ainsi de son vivant. Depuis qu’ils sont des citoyens, les Français préfèrent leurs héros morts. Tant qu’ils sont bien vivants, ils les jaugent, ils les jugent, tantôt les applaudissent ou même les vénèrent, se réfugiant sous leurs ailes, tantôt les critiquant, les contestant, les conspuant, les rejetant.

Le général de Gaulle a été le président de la Ve République le plus populaire, de très loin. Il a été et il reste l’homme d’État le plus prestigieux depuis que la France est une démocratie mais sa popularité a considérément varié selon les périodes et les catégories politiques ou sociales. La « Nation dans ses profondeurs » comme il préfère appeler l’opinion, c’est plus noble, l’a envisagé de bien des manières au fil des circonstances. Lui-même a toujours mené une politique active, originale, ambitieuse et dominatrice vis-à-vis de l’opinion à travers l’instrumentalisation délibérée des mass media. C’est pourquoi j’aborderai successivement les variations de la popularité du général de Gaulle selon les époques et les périodes, puis selon les différentes strates politiques et catégories sociales avant d’en terminer par sa stratégie des mass media.

Le général de Gaulle qui n’était d’ailleurs pas encore général était parfaitement ignoré de l’opinion publique avant la guerre. Malgré ses quatre livres (La discorde chez l’ennemi, Le Fil de l’épée, Vers l’armée de métier, La France et son armée) qui lui avaient valu quelques critiques louangeuses, une faible diffusion et des inimitiés tenaces, son audience se limitait aux experts militaires et à une poignée d’hommes politiques – Paul Reynaud surtout –, d’intellectuels et de journalistes. Sa belle conduite à Montcornet et son entrée au gouvernement comme sous-secrétaire d’État à la Défense nationale – mais le 5 juin, en pleine débâcle, quand tout est perdu – n’y changent rien. C’est donc le célèbre appel du 18 juin 1940 sur les ondes de la BBC qui constitue son premier pas dans l’univers de l’opinion publique. Il est aussi glorieux, historique même, que quasi-confidentiel. Un inconnu s’adresse au peuple. Très peu l’entendent, très peu le citent. C’est le maréchal Pétain qu’on écoute. Il n’y a heureusement pas de sondages durant l’Occupation (il y en a eu au moment de Munich) et pour cette période, il faut donc se fier aux historiens, la meilleure référence possible, cela va de soi. On peut dire qu’en 1940 de Gaulle est pour l’opinion publique un rebelle, qu’il devient en 1941 un symbole, en 1942 un espoir, en 1943 un recours, en 1944 un sauveur, en 1945 un héros follement populaire. Souvent l’opinion varie : sa fracassante et majestueuse démission le 20 janvier 1946 constitue une gigantesque surprise pour les Français, peu habitués à voir les hommes providentiels se défaire aussi promptement, inopinément et spectaculairement du pouvoir. Il est vrai que le Général pensait peut-être à être vite rappelé mais si en 1945, selon l’Ifop, la majorité des Français souhaitait que le Général dirige le gouvernement, les mêmes espéraient simultanément une majorité de gauche et votaient en ce sens. Lorsque de Gaulle s’en va, 4 Français sur 10 le regrettent, mais 3 s’en réjouissent et 3 n’ont pas d’opinion, selon l’excellent spécialiste Jean Charlot. Ce n’est pas le grand deuil. Pire : 2 Français sur 10 seulement croient qu’il redeviendra chef du gouvernement et moins de 3 sur 10 souhaitent son retour au pouvoir. Ovationné en 1944, applaudi en 1945, abandonné en 1946. L’ingratitude est le privilège des électeurs et le Libérateur peut mesurer la fugacité de sa popularité. Les Français ne le suivent d’ailleurs pas lorsqu’il préconise le vote « non » au référendum constitutionnel du 13 octobre 1946, adopté par 53,5 % des suffrages exprimés et qui donne naissance à la IVe République. Héros, oui. Guide, non.

C’est ce que l’on vérifie avec la création du RPF (Rassemblement du peuple français), lancé par un discours magnifique à Strasbourg le 7 avril 1947. Le Général se multiplie comme jamais cette année-là, sillonnant la France, démontrant des qualités de grand orateur tour à tour apocalyptique (la guerre froide s’installe en Europe et l’instabilité gouvernementale en France), menaçant, polémique, chimérique, visionnaire. Aux élections municipales d’octobre, le RPF remporte un triomphe avec 40 % des voix en moyenne dans les communes de plus de 9000 habitants, cependant que le RPF revendique fin 1948 un million et demi d’adhérents. Un double raz-de-marée d’une ampleur et d’une soudaineté inconnus jusqu’à aujourd’hui. Mais si 34 % des Français approuvent la création du RPF, 43 % la désapprouvent. Le Général est alors regardé comme un homme de droite par 52 % des Français, comme un homme de gauche par 1 %, comme un homme en dehors des partis par 37 % (71 % chez ses partisans). Il veut rassembler mais il polarise. Le mode de scrutin le dessert, il refuse les compromis et aux législatives de 1951, il n’obtient que 121 sièges, assez pour compter, pas pour dominer. L’année suivante, 27 de ses députés votent l’investiture d’Antoine Pinay : « Ils sont allés à la soupe », scande-t-il amèrement. Le 6 mai 1953, après son échec aux nouvelles élections municipales, il rend leur liberté aux élus RPF et proclame sa retraite. Le « Premier des Français » selon le mot de François Mauriac est devenu sous la IVe République le premier des opposants. Faute de pouvoir espérer la victoire, il devient « l’Ermite de Colombey », ne s’exprimant que par de rares conférences de presse, publiant ses Mémoires de guerre (premier tome en 1954, deuxième en 1956), un triomphe de librairie spectaculaire sans aucune conséquence politique apparente. Il est alors le plus illustre des retraités, admiré mais pas regretté. Selon l’Ifop, en décembre 1955 1 Français sur 100 souhaite son retour au pouvoir mais 5 % en avril 1956, 11 % en septembre 1957, 13 % en janvier 1958, comme le jeune et brillant Félix Gaillard, alors président du Conseil, mieux que Pierre Mendès France ou Antoine Pinay, les deux chefs de gouvernement les plus populaires de la IVe République. Au fond de l’opinion, il reste donc quelques braises sous la cendre.

Le retour au pouvoir du Général, même facilité par les circonstances (guerre d’Algérie, épuisement de la IVe République), constitue sans doute la manœuvre politique la plus audacieuse et la plus habile de l’après-guerre, sinon la plus transparente. Elle inspire de vives craintes aux appareils politiques mais elle est accueillie avec soulagement par la plupart des Français. La bataille de l’opinion publique est gagnée haut la main. Il s’agit d’installer un nouveau système politique fondé sur la suprématie de l’Exécutif, dans le droit fil du fameux discours de Bayeux (juin 1946) et de trouver une issue à la guerre d’Algérie. Sur le plan institutionnel, l’affaire est vite réglée. En juin 1958, 54 % des Français considèrent que son retour est un grand bien, 26 % qu’il est un moindre mal, 9 % qu’il est une très mauvaise chose. Le référendum constitutionnel du 28 septembre obtient 79,2 % des suffrages exprimés, une revanche éclatante et une gifle retentissante pour les partis tenants d’un régime parlementaire. Aux élections législatives de novembre, les gaullistes remportent 20,4 % des voix, un beau score pour une formation improvisée mais 198 sièges grâce au mode de scrutin uninominal, majoritaire à deux tours, une percée impressionnante à la grande surprise de la classe politique et des commentateurs. Le destin de l’Algérie semble beaucoup plus obscur. Le Général a été rappelé grâce à l’activisme de ses fidèles mais surtout sous la pression des pieds noirs et de l’armée. Charles de Gaulle va les jouer et leur imposer impitoyablement sa voie, avec le soutien de l’opinion publique. Il commence par le célèbre « Je vous ai compris » au Forum d’Alger (4 juin 1958), puis le lendemain à Mostaganem, il lance le non moins célèbre « Vive l’Algérie française », mais bien vite il s’oriente vers l’autodétermination (référendum du 8 janvier 1961), puis vers l’indépendance (accords d’Évian en mars 1962). Dans les deux cas, les Français le soutiennent massivement, votant oui à 75,2 % en 1961 et à 90,6 % en 1962. Lors de l’insurrection des barricades (janvier 1960) et lors du putsch des généraux (avril 1961), il bat même ses records d’approbation. Durant toute la phase algérienne, il est constamment soutenu par plus des deux tiers des Français. S’il a rassemblé, c’est bien, en dehors de la période de la Libération, durant cette séquence-là. Pour clore cette époque, si le référendum instaurant l’élection du président au suffrage universel direct le 28 octobre 1962 le déçoit (61,7 % de oui, face il est vrai au « cartel des non »), les élections législatives qui suivent sont un gros succès (31,9 % de voix pour ses partisans, 233 élus pour l’UNR, une large majorité avec l’appoint des Républicains indépendants). Tout au long de la phase algérienne, la plus violente, la plus dangereuse, les Français se rangent clairement derrière de Gaulle.

Dès que l’on passe du drame à l’apaisement, de l’Histoire à la politique, il en va aussitôt autrement. La situation se normalise, l’opinion publique reprend sa liberté et va l’exercer sans pitié à plusieurs reprises. Dès 1963 d’abord avec la grève des mineurs. Le conflit est rude, l’épreuve de force est brutale et c’est de Gaulle qui doit reculer. La majorité des Français donne raison aux mineurs. Quatre sur cinq trouvent leurs revendications justifiées. C’est l’année de la plus grande impopularité du Général sous la Ve République. Moins d’un an après l’approbation massive des accords d’Évian, moins de six mois après le oui à l’élection du président au suffrage universel direct. En février 1960, après les barricades, 74 % des Français étaient satisfaits de lui, en mars 1963, 42 %. Le culte du chef culmine dans le drame et vacille face aux grévistes. De Gaulle est d’ailleurs plus à l’aise face aux parachutistes et à l’OAS que face aux ouvriers et à la CGT.

Deuxième alerte, électorale celle-ci et très inattendue, la présidentielle de 1965 où l’on découvre subitement une nouvelle règle du jeu. Le camp gaulliste, le Général lui-même ont cru à une logique plébiscitaire et s’aperçoivent à leurs dépens qu’il s’agit d’une logique majoritaire. Le Général n’a voulu annoncer sa candidature qu’un mois avant le vote pour ne pas se commettre avec de simples politiciens alors que les autres candidats battent les estrades depuis belle lurette. Il refuse encore de faire campagne à la télévision, alors même que les Français y font connaissance avec notamment François Mitterrand et Jean Lecanuet. Il ne se résoudra à y paraître qu’au tout dernier moment, sous la pression des sondages qui lui accordaient une large victoire dès le premier tour en septembre (66 % des voix) mais seulement 46 % et donc gros risque de ballotage fin novembre, et même 43 % le 2 décembre. L’élection présidentielle sacre son vainqueur mais après une rude bataille, même pour le plus illustre des Français. Entre les deux tours en revanche, il utilise pleinement son temps de parole à la télévision avec une verve et un talent inouï qu’on n’apprenait certes pas à Saint-Cyr. Le Général est réélu avec 55 % des voix, il est cependant meurtri et déçu. Au lendemain du premier tour, il a fallu que le meilleur spécialiste électoral de l’époque, François Goguel, d’ailleurs gaulliste, aille le convaincre que 44 % des suffrages constitue en réalité un score magnifique. Il n’empêche : le monarque républicain a constaté que le prestige n’était en rien une garantie électorale.

La troisième secousse tellurique qui bouscule l’opinion, c’est bien entendu, Mai 68. Les élections législatives de 1967 n’ont été remportées par les gaullistes et leurs alliés que d’extrême justesse. L’élection présidentielle a simultanément légitimé et démythifié le Général. Les bons observateurs ont relevé que les jeunes avaient voté pour l’opposition et qu’un mécontentement général s’était exprimé. En mai 1968, 40 % des ouvriers se déclarent mécontents contre 43 % de satisfaits. Le terrain est fragile. Lorsque éclate la furieuse et hétéroclite tornade étudiante, puis le mouvement social le plus intense depuis juin 1936, que dans toutes les strates de la société l’autorité est remise en cause et contestée, que nul n’y échappe, universitaires ou chefs d’entreprises, épiscopat ou syndicats, et bien entendu moins encore les élus politiques et le gouvernement, le général de Gaulle semble curieusement décontenancé, décalé, incertain. Son allocution télévisée du 24 mai tombe à plat, sa proposition d’un référendum fait pschitt. Pour la première fois, il apparaît vieilli, ébranlé. Les étudiants se déchaînent contre lui. La majorité des Français exprime sa sympathie pour le mouvement. Il faut le calme et la résolution de Georges Pompidou, puis l’impatience qui grossit devant la paralysie générale et le manque hautement stratégique d’essence, enfin le coup de poker du Général retrouvé, avec sa mystérieuse escapade en hélicoptère à Baden-Baden puis dans la foulée son allocution, radiodiffusée comme pendant la guerre le 30 mai, pour retourner la situation. On connaît la suite, la revanche après la peur, la Chambre introuvable de juin 1968, le soulagement et la rancœur. Il n’empêche, en mai 1968 le Général a vacillé dans l’esprit des Français. Il en impose encore mais il ne surplombe plus. C’est la vraie fin du gaullisme gaullien. Après dix ans de pouvoir éclatant, une époque s’achève, une période commence. Les sondages le soulignent cruellement : la bourgeoisie n’a pas aimé la politique étrangère du Général, on y reviendra, depuis 1965. La jeunesse s’est enfiévrée jusqu’à s’emballer pour une révolution culturelle chimérique mais théâtrale. L’individualisme a battu l’autorité dans les usines, dans les amphithéâtres, dans les églises et devant les ordinateurs. Le monarque n’est plus souverain.

Les sondages annoncent vite les risques qu’encourt le référendum d’avril 1969. Le Général a choisi son ultime terrain – la participation, la réforme régionale, le Sénat – comme s’il s’agissait d’une réponse déphasée à Mai 68. Son échec n’est pas une surprise et sans doute l’a-t-il envisagé dès le départ. Après coup, les réformes proposées apparaissent bien étroites, moins d’un an après la révolution introuvable. Le lien historique avec les Français – intermittent, on l’a vu – s’est effiloché depuis le début du second mandat. Il se rompt le 27 avril. Le non l’emporte par 52,41 % des suffrages exprimés. Alain Lancelot, le successeur de François Goguel comme grand maître des analyses électorales, explique que ce sont les électeurs modérés de centre droit qui ont fait défection. Aussitôt, le Général se retire avec une majesté glaciale, en démocrate altier qui regagne l’Histoire. Sa mort, le 9 novembre 1970 – il va avoir 80 ans quelques jours plus tard – le remet aussitôt à sa place, la première. Le président Pompidou lance son célèbre « le général de Gaulle est mort, la France est veuve ». Les Français sont à l’unisson. À l’Ifop qui les interroge, ils répondent en le définissant comme « un grand homme », « le sauveur de la France », « l’Homme du 18 juin ». C’est le gaullisme de guerre qui en impose plus que le gaullisme présidentiel. Ils admirent sans réserve le premier, ils approuvent le second, mais avec des nuances et des intermittences. Grand homme pour le gaullisme de guerre, homme d’État avec la Ve République. Admiration déjà nostalgique pour l’un, approbation mêlée de critiques pour l’autre. Tantôt Jupiter et tantôt Achille, tantôt dominateur et tantôt vulnérable.

Le gaullisme n’a jamais manqué d’adversaire, dès Londres et Alger, puis toujours à Paris. Lui-même se décline cependant de bien des manières. Il y a le gaullisme gaullien, un gaullisme héroïque, historique, personnel, celui des compagnons engagés pour toujours au service du grand homme. Il y a le gaullisme gouvernemental, plus politique, plus divers, plus autonome. Il y a le gaullisme partisan, celui des militants farouches mais parfois turbulents. Il y a un gaullisme technocratique, notamment au début de la Ve République. Autant de cultes et de spécificités. Le gaullisme de Malraux n’est pas celui de Delouvrier, le gaullisme de Debré n’est pas celui de Pompidou et moins encore de Jacques Chaban-Delmas, le gaullisme de Couve de Murville n’est pas celui de Charles Pasqua, et celui du général Leclerc n’est pas le même que celui de l’amiral Thierry d’Argenlieu, tandis que le gaullisme de Louis Vallon ne ressemble pas à celui d’Albin Chalandon.

C’est évidemment aussi affaire de génération politique : il y a le gaullisme de Londres et Alger, le gaullisme de guerre ; il y a ensuite le gaullisme de Strasbourg et de Solférino, celui du RPF, et puis il y a le gaullisme du palais de l’Élysée, le gaullisme présidentiel. Le premier a la légitimité de l’Histoire, le deuxième la légitimité de la passion et de la foi, le troisième la légitimité du pouvoir et de l’élection. Ils ont tous, à des degrés divers, le culte du Général, le goût de l’autorité, la mobilisation de l’État, un souverainisme instinctif et généralement une bruyante combattivité. Mais avec des nuances, des clivages et parfois des ruptures, voire des drames : quoi de commun sur l’Algérie entre Jacques Soustelle et Louis Joxe ? Quoi de commun sur l’Europe entre Michel Debré et Jacques Chaban Delmas ? Quoi de commun sur l’économie entre Wilfrid Baumgartner et René Capitant ? Le gaullisme n’est pas un bloc mais un archipel dont l’impérieuse capitale se situe au palais de l’Élysée. C’est à la fois un monolithe – sa tête, le Général – et un kaléidoscope, son corps, c’est-à-dire les gaullistes.

Mais qu’en est-il, au-delà des dirigeants et des militants, de l’électorat lui-même, c’est-à-dire de la matière où se forge l’opinion ? On a vu quelles étaient ses constances et ses variations mais quel est son positionnement politique, quelle est sa composition sociale ? Que recouvre le manteau du gaullisme ? À la Libération, outre ceux qu’attirait le culte du nouveau chef – ils étaient des millions –, on a pu constater chez les électeurs, à côté d’un maigre contingent venu de la gauche, le regroupement du gros des modérés et des rescapés de la droite. Ils votent alors MRP, parfois radicaux, UDSR ou modéré, puisque le gaullisme en tant que tel n’est pas encore structuré. Quand le RPF se constitue, il siphonne donc sans surprise le gros de l’électorat MRP et modérés, plus un affluent de centre gauche. Sous la Ve République, il se forme sous ses propres couleurs et absorbe irrésistiblement en quatre élections législatives (1958, 1962, 1967, 1968) la clientèle démocrate-chrétienne, modérée, voire indépendante. Sous la présidence du Général, d’élections législatives en élections législatives, le parti gaulliste ne cesse de grossir : 20,4 % en 1958, 31,9 % en 1962, 37,7 % en 1967, 46 % en 1968. Le RPF était un parti d’opposition, l’UNR/UDR devient un parti de gouvernement, d’ailleurs parti d’électeurs plus que de militants, un parti présidentiel, nouveauté fracassante sous la République et même une « première » sous toutes les Républiques. En somme, il y a un gaullisme de rassemblement lors des référendums et de l’élection présidentielle et il y a un gaullisme partisan lors des élections législatives ou locales. Le gaullisme partisan se situe clairement à droite, même s’il n’est pas d’un seul moule, le gaullisme référendaire ou présidentiel balaie plus large. Le peuple gaulliste penche à droite quand le Général regarde vers le haut. Les Français ne s’y trompent pas. Au référendum de septembre 1958, on évalue à un million et demi le nombre de voix communistes en faveur du oui. À l’élection présidentielle de 1965, François Goguel, Alain Lancelot et Jérôme Jaffré évaluent à deux millions sept ou trois millions les électeurs de gauche ayant voté de Gaulle. Le gaullisme gaullien est plus ample, donc plus à gauche que le gaullisme gaulliste.

Bien entendu, l’électorat gaulliste étant le plus nombreux, le parti gaulliste ayant les caractéristiques d’un parti dominant, comme plus tard l’aura un temps le Parti socialiste, il est le plus proche de la pyramide des âges et de la structure socio-professionnelle de la population française. Il n’en présente pas moins des points de force et des points de faiblesse. Points de force constants : les femmes, les personnes âgées, les ruraux, les habitants des communes de moins de 10 000 habitants et les catholiques pratiquants, en somme le profil type de l’électorat conservateur. Points de faiblesse : les ouvriers, notamment durant les premières années de la Ve République et, à la fin de sa présidence, les cadres supérieurs, les professions libérales et les Français ayant fait des études universitaires. Les hommes, les jeunes, les ouvriers, les habitants des grandes villes sont plus réticents que les autres.

Il y a aussi, cela va de soi, des zones géographiques de forte implantation (la France de l’Est, la France de l’Ouest, le sud du Massif central) et des zones plus réfractaires (les banlieues communistes, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le Sud-Ouest, le delta du Rhône, la bordure ouest du Massif central). Il y a des catégories sociales dont l’adhésion varie clairement selon leurs intérêts du moment (agriculteurs, commerçants et artisans), d’autres qui s’éloignent progressivement (cadres supérieurs, professions libérales) pour des motifs plus politiques. Jean Charlot, grande référence en la matière, établit que l’ouvrier gaulliste est surtout une ouvrière et plus encore une femme d’ouvrier ou bien que les intellectuels de sexe féminin sont encore plus hostiles que les intellectuels de sexe masculin. Ce qui est constant, c’est aussi l’hostilité d’une fraction de la bourgeoisie dès la guerre et la Libération, puis face au RPF et de façon croissante après la période algérienne. Pour certains parce qu’ils sont plus conservateurs que le Général, pour d’autres parce qu’ils sont trop indépendants. On peut évidemment le souligner encore plus pour les intellectuels, qu’ils soient de gauche – alors les plus nombreux – ou même libéraux (Furet, Revel, Raymond Aron).

Enfin, il faut souligner que l’adhésion des Français au gaullisme varie selon les thèmes et les sujets. En matière institutionnelle, leur adhésion est large. En matière économique et sociale, ils se montrent toujours plus critiques, plus anxieux (y compris en pleine prospérité) et plus soupçonneux. En politique étrangère en revanche, l’adhésion est nettement plus forte. Sous la IVe République, les Français se montrent, selon les sondages, désireux que la France se tienne à l’écart des deux blocs (surtout du bloc soviétique, sauf les communistes, mais aussi du bloc américain) et que l’Europe demeure indépendante. Le Général revenu au pouvoir, son souverainisme majestueux et sourcilleux, la construction de la force de frappe, sa bataille pour une Europe indépendante rencontrent donc un écho positif. Même en 1966, le retrait du commandement militaire de l’OTAN, le spectaculaire voyage en URSS et le fameux discours de Phnom-Penh obtiennent un large accord, bien qu’ils irritent une fraction de la bourgeoisie. En revanche, en 1967, la critique d’Israël au moment de la guerre des Six Jours et le « Vive le Québec libre » suscitent beaucoup plus de réserves. La politique étrangère reste un point fort mais ces deux épisodes passent mal. Le Général est contesté.

Face aux variations de l’opinion et pour raffermir l’adhésion des Français, Charles de Gaulle mène à travers les mass media une politique de communication très élaborée. Elle est nouvelle – les présidents du Conseil de la IVe République et les chefs des partis de la Ve République semblent en comparaison des amateurs inefficaces –, elle est originale, elle est offensive, elle est militaire au sens où il s’agit d’une stratégie de conquête et de séduction de l’opinion menée tambour battant et relevant en permanence du rapport de forces et d’un exercice d’autorité : charismatique sous la IVe République, consulaire sous la Ve République. Le Général a inventé un genre à peine esquissé par Léon Blum et par Mendès France. Il lui a accordé une attention permanente (ses fameux entretiens avec Alain Peyrefitte dont sont issus les trois tomes de C’était de Gaulle en témoignent). Il a utilisé méthodiquement, sans gêne ni vergogne, tous les moyens dont il disposait : militairement.

Le Verbe avait été sa première arme durant la guerre, par le truchement de la radio et des tracts. À la Libération, il utilise aussitôt les moyens de communication gouvernementaux avec éclat et une puissance d’expression qui méduse. Durant l’aventure du RPF, il sillonne la France, multiplie les discours homériques avec mises en scènes grandioses imaginées par Malraux. Cela pèse tant sur l’opinion que les gouvernements lui interdisent l’accès à la radio. Déjà, le ressort c’est l’appel au peuple, la méthode c’est le plébiscite de la grandeur, l’incarnation de la France par un héros en compétition ouverte avec le pouvoir officiel et légal. Il inaugure les incomparables grand-messes chantées que sont ses conférences de presse, exercice dans lequel il n’a pas jusqu’ici de rival. Opposant, Prétendant, alternative vivante au régime, il pèse par sa seule éloquence. Quand il parle, la IVe République tremble, quand il se tait après 1953, elle s’inquiète.

À partir de 1958, lorsque le Souverain s’installe sur le trône, on s’aperçoit aussitôt que le monarque républicain a choisi la personnalisation assumée du pouvoir. Les médias audiovisuels publics en deviennent l’instrument permanent. C’est d’ailleurs la vocation qu’il est déterminé à leur assigner. Le témoignage minutieux, pittoresque et admiratif d’Alain Peyrefitte, ministre de l’Information et son confident choisi pour l’Histoire, est là-dessus inépuisable. La règle de base est drastique et célèbre : « la presse est contre moi. La télévision est à moi ». La RTF, « soviétisée » selon lui, doit être la « voix de l’État en France et la voix de la France dans le monde ». Face aux « criailleries de la presse écrite », « ce dont je vous charge, c’est de nettoyer les écuries d’Augias ». Alain Peyrefitte reçoit donc tous les matins dans son bureau les principaux responsables de la télévision, exclusivement publique à l’époque comme on sait, et de la radio nationale. Le Général s’étonnera même que l’appartement de fonction du ministre ne soit pas à l’étage noble de la toute neuve Maison de la radio. Il s’emporte contre la presse écrite, « L’Immonde », c’est son terme, et même contre Le Figaro. Il est persuadé que la presse écrite n’aime pas la France et se place sous l’influence des Anglo-Saxons. D’ailleurs, il ne reçoit pas les journalistes, on ne photographie pas la Boisserie, la vie privée du Général est taboue. Une autocratie austère règne sur l’audiovisuel public, d’autant plus que le Général est un téléspectateur assidu et réactif, d’où de redoutables accès de colère. À Alain Peyrefitte, il lance : « Vous ne les tenez pas ! Changez les directeurs, videz les journalistes ». Quand Radio Luxembourg, station privée, en fait beaucoup sur les rapatriés, il menace : « S’ils exagèrent, il n’y a qu’à couper le câble ». Les conférences de presse sont préparées avec la précision d’une parade militaire. Durant les jours qui précèdent, l’attaché de presse du Président prend contact avec des journalistes sûrs pour préparer et répartir les questions. Après Mai 68, la seule entreprise publique qui voit s’abattre une grêle de sanctions (licenciements, suspension, rétrogradation, déplacements d’office), c’est l’ORTF. La télévision et la radio doivent demeurer la force de frappe politique du Général.

Ce n’est pas très démocratique mais cela s’avère fort efficace. La présidence gaullienne est une procédure ultra personnalisée sous l’œil béat de la télévision. Le Général l’occupe largement et la mobilise sur-le-champ dans les grandes occasions. Les jours ordinaires, elle retransmet pieusement ses faits et gestes. Dans les drames, il y prend la parole, grandiose et impérieux, toujours pour en appeler aux Français. Dès le 27 juin 1958, il s’écrie : « Françaises, Français, aidez-moi ». Le 23 avril 1961, il surgit en uniforme pour tonner contre le « quarteron de généraux à la retraite ». En 1965, lors de la campagne présidentielle (il est très mécontent que la télévision ait couvert la campagne avant son ouverture officielle), son refus d’apparaître sur les petits écrans le handicape lourdement mais ensuite ses entretiens avec Michel Droit l’humanisent, le rajeunissent et l’imposent. Tour à tour goguenard, railleur et profond, il démontre que la télévision modifie en profondeur le lien entre le souverain élu et les Français. En 1968, on l’a vu, il est moins inspiré et ne ressuscite que par le retour à la radio. Le 25 avril 1969, dernière apparition de son vivant à la télévision, il s’écrie : « Si je suis désavoué, ma tâche actuelle de chef de l’État deviendra évidemment impossible et je cesserai aussitôt d’exercer mes fonctions ». Le Général a toujours eu l’instinct des départs grandioses et des ruptures éclatantes. Il n’aime pas la presse – il la méprise – mais il a compris comme personne tout le parti tiré de l’audiovisuel. Il a perçu avant les autres que pour s’attacher l’opinion, l’instrument audiovisuel pouvait devenir l’arme privilégiée. Il en a usé et abusé parce qu’il possédait aussi, ce n’est pas donné à tous les chefs d’État ou de gouvernement, un charisme épique et l’investiture de l’Histoire. Il a compris le premier que présidentialisation, personnalisation et télévision rimaient. Qu’un officier de char ait eu l’intuition de cet ascendant d’un nouveau type, avant même les hommes politiques les plus aguerris, est presque romanesque. C’est pourtant le même homme qui, dans l’un de ses premiers livres, avant la guerre, avait théorisé parmi les qualités du chef le silence, le secret et la distance. Il a découvert bien plus tard que la sacralité pouvait passer par ce canal prosaïque qu’est la télévision, que les mythes qui font l’Histoire et les Héros peuvent s’entretenir, se renforcer sous les feux des projecteurs et qu’en somme si la télévision ne fait pas l’élection, elle pèse vigoureusement sur l’opinion à qui elle fournit le théâtre des évènements, la couleur des dossiers et la scène sur laquelle s’avancent les acteurs. Entre le monarque républicain et l’opinion, il y a la télévision.

Depuis la mort du Général, un trio inamovible figure rituellement, selon les sondages, dans le panthéon des Français : Napoléon, Louis XIV et Charles de Gaulle. L’Homme du 18 juin apprécierait à coup sûr cette compagnie au sein de laquelle il ne se sentirait pas déplacé. Aujourd’hui, l’opinion le révère. En 1964, une enquête de la Sofres établissait que les traits de caractère les plus saillants que lui attribuaient les Français étaient dans l’ordre : autoritaire (73 %) énergique (63 %), courageux (61 %) honnête (58 %), capable de maintenir le prestige de la France (56 %), bref, le visage même d’un souverain légitime mais impérieux. Au demeurant, le Général doutait si peu de sa légitimité qu’il parlait en 1960 de « la légitimité que j’incarne depuis vingt ans », effaçant du même coup de l’Histoire une IVe République coupable de s’être substituée à lui.

Jean Charlot relève par ailleurs qu’interrogés simultanément, qui aux États-Unis et qui en France, les traits de caractère du président Eisenhower plaisant à ses concitoyens sont d’abord personnels (intelligence, charme, culture, religion) alors que ceux que privilégient les Français chez le Général sont avant tout politiques (patriotisme, désintéressement, honnêteté). Cela tient évidemment en partie à ce qu’à l’époque, au tout début des années 1960, la vie privée des présidents américains s’étalait déjà largement dans la presse et les médias, alors que celle du général de Gaulle était strictement taboue. Selon la formule consacrée, « chez de Gaulle, il n’y a pas de Charles ». Il a d’ailleurs fallu attendre les Mémoires accessoires de l’amiral de Gaulle et son De Gaulle mon père pour franchir le seuil de la Boisserie. Difficile d’imaginer pareille situation aujourd’hui avec les chaînes d’information continue et les réseaux sociaux ! La France des années 1960 respectait les murs de la vie privée des hommes publics. La France de 2018 compte des millions de paparazzis amateurs. Incompatible avec la définition d’Alain Peyrefitte : « De Gaulle, un homme qui habitait sa statue », une conception altière qui paraît relever désormais de l’Antiquité.

Reste que près d’un demi-siècle après sa disparition, Charles de Gaulle occupe dans l’esprit des Français, donc dans l’opinion, la place à laquelle il aspirait, celle de notre « Grand Homme » du XXe siècle, le plus prestigieux, le plus intimidant. Non pas un demi-dieu juste et infaillible mais un monarque républicain dans sa grandeur et sa hauteur. Amoureux de la France jusqu’à l’excès quand il confie « la France est la lumière du monde. Son génie est d’éclairer l’univers ». Déçu en revanche par les Français, quand, au témoignage de Jean Mauriac dans « Mort du Général de Gaulle », il lâche le 30 avril 1969 à l’un de ses enfants : « ils n’ont pas dit non à De Gaulle. Ils ont dit non à l’effort. Ils ont choisi le renoncement. Ils ont choisi d’être un petit peuple. Je serai le dernier à avoir essayé de faire quelque chose ». C’est tout De Gaulle : amour éclatant et inquiet de la France, orgueil du souverain qui ne saurait avoir d’homologue ou d’héritier. Amertume à l’égard des Français qui ne respirent pas l’air à la même hauteur que lui. Au total, le général de Gaulle a plus aimé la France que les Français. Les Français, eux, ont plus aimé le général de Gaulle dans les typhons que dans les jours tranquilles. En somme, le Général aimait la France d’un amour inquiet et il aimait les Français d’un amour déçu.

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