Humanisme et Mondialisation : une pensée en mouvement

 

En 2018, Mireille Delmas-Marty a coordonné au sein de l’Académie des sciences morales et politiques un groupe de travail sur « Humanisme et mondialisation ».

Il s’agissait de confronter ces deux termes pour explorer les tensions et articulations possibles en les soumettant aux regards croisés de confrères relevant de disciplines diverses, afin de mettre l’interdisciplinarité au défi de penser cette complexité.

Parallèlement au cheminement de ce groupe, Mireille Delmas-Marty travaillait sur le manuscrit de ce qui allait devenir Sortir du pot au noir, l’humanisme juridique comme boussole (Buchet-Chastel, 2019), poursuivant la réflexion lancée dans Aux quatre vents du monde (Seuil, 2016).

C’est ainsi que Daniel Andler, Jean Baechler, Marianne Bastid-Bruguière, Gabriel de Broglie, Pierre Brunel, Bertrand Collomb, Chantal Delsol, Philippe Levillain, Michel Pébereau, Jean-Robert Pitte et Georges-Henri Soutou, puis Thierry de Montbrial et Jean-Claude Trichet, ont rejoint Mireille Delmas-Marty pour explorer les processus de mondialisation, tout en questionnant le concept voisin de mondialité, défini par Edouard Glissant comme « un espace-temps qui pour la première fois, réellement et de manière foudroyante, se conçoit à la fois unique et multiple, et inextricable » (La Cohée du Lamentin, p.23).

Soucieux de donner à voir ces deux faces d’une même médaille, le groupe a défini au fil des séances la méthode, les contours et les objets de sa réflexion, en la réinsérant dans le temps long et en la dessinant « en archipel ». Il a accepté, non sans tiraillements, de s’ouvrir à la métaphore de la boussole et de la rose des vents, constituée de pôles contraires et complémentaires, à l’image d’une pensée en mouvement. En ces temps où les contradictions deviennent fragrantes, peut-être convenait-il de se laisser « déboussoler » pour tracer à plusieurs de nouvelles voies. Ils ont convenu qu’une boussole planétaire ne doit pas privilégier un pôle mais être conçue à partir de son centre, où Mireille Delmas-Marty a d’abord placé deux principes humanistes essentiels : la dignité humaine et la solidarité planétaire. Le groupe – pris entre son attachement à la pensée analytique et l’intuition qu’elle ne pouvait, seule, accomplir le saut vers un nouvel horizon humaniste – s’est donné pour objectif de penser les mondes possibles.

Au terme de ses travaux, ce groupe envisageait de faire recueil de ses réflexions sous la forme d’un livre, quand le lancement des cycles de conférences de l’Institut lui a donné l’occasion de remettre sa pensée en mouvement en s’engageant dans le cycle « Mondialisation et humanisme : les destins possibles de l’humanité », et il a été rejoint par Hervé Le Treut, membre de l’Académie des sciences. Ce rebond vers la conférence-débat coïncide bien avec la mission que Guizot a confiée à l’académie des sciences morales et politiques en 1832 : cultiver les sciences morales et politiques en commun et en propager, hors de son sein, l’étude et le développement et « seconder le progrès de l’intelligence humaine sans redouter ses égarements » en s’attachant à raffermir les lumières et la raison. Pari lancé.

Présentation du cycle III des conférences de l’Institut :
« Humanisme et mondialisation : les destins possibles de l’humanité »

Mireille Delmas-Marty

« La mondialisation, quelles que soient les variations du terme (globalisation, universalisation…), implique une extension des compétences institutionnelles et des pratiques économiques et sociales à l’ échelle du globe. Elle ne remplace pas pour autant les États car elle n’ est pas une totalité agrégée une fois pour toutes, seulement une accumulation, hétérogène et provisoire, de mouvements ouvrant des espaces juridiques nouveaux (comme l’ espace Internet ou l’ espace Climat) et des temporalités instables, parcourus à des vitesses différentes par des flux (immatériels et matériels) de marchandises, de capitaux, d’informations, de populations… Accompagnée de mutations technoscientifiques et culturelles qui renforcent encore les interdépendances, la mondialisation perturbe les États dans leur souveraineté et laisse les individus littéralement «déboussolés », comme si, en se mondialisant, nos sociétés avaient perdu le nord. Imprévisible, le mouvement d’ ensemble deviendra-t-il un jour intelligible ? En toute hypothèse notre objectif n’est ni de prédire, ni de prescrire un nouvel ordre mondial encore virtuel, mais de décrire les dynamiques qui délimitent le « cône des possibles ». Nous partirons de récits d’anticipation qui montrent les variations de l’humanisme. Puis nous étudierons quelques-unes des trajectoires à l’ œuvre au milieu des contraintes. Enfin seront évoqués les assemblages (géographiques) et leviers (politiques et juridiques) qui pourraient, en organisant les interdépendances, transformer les récits en destin pour l’humanité. »

Consulter le programme du cycle  « Humanisme et mondialisation : les destins possibles de l’humanité«