L’été en compagnie de La Fontaine, avec Robert Kopp

Il y a un an, l’Institut de France consacrait un dossier richement illustré  à Jean de La Fontaine, né en juillet 1621,  Fauteuil 24 de l’Académie Française : La Fontaine, fables et Images. Dans son numéro de juillet-août 2020, la Revue des Deux Mondes met La Fontaine à l’honneur avec le dossier Génial La Fontaine, auquel ont contribué Fabrice Luchini, Erik Orsenna, Paul Constant, Sophie Fontanel, Marin de Viry et Robert Kopp, professeur à l’université de Bâle et correspondant de l’Académie. 

 

Ce dernier, dans son article « La sotte vanité jointe avecque l’envie »,  s’intéresse particulièrement  à La Fontaine moraliste, «observateur souriant et ironique mais quelque peu désabusé des innombrables travers du genre humain ».

Mais si,  comme Boileau, Molière, La Bruyère ou La Rochefoucauld, ses contemporains, La Fontaine dépeint les travers de la nature humaine en général, il n’en stigmatise pas moins, sans trop en avoir l’air et en usant du genre mineur de l’apologue, très en vogue, les injustices et les déficiences de la société de son temps. 

Lorsque paraissent les Fables  en 1668, Robert Kopp rappelle que la noblesse d’épée et son code de l’honneur ont été mis hors jeu par la monarchie colbertiste : « la noblesse est domestiquée à la cour, où elle s’épuise en vaines querelles d’étiquette alors que le vrai pouvoir est désormais exercé par l’administration royale », gouvernée par Colbert.
La bureaucratie est née. « Les Fables ne sont pas seulement une satire de ces curieux animaux que sont les hommes, mais aussi une critique, certes voilée, de ce monde nouveau [que l’apologue] voit s’installer sous ses yeux ». Car bien que de naissance bourgeoise, La Fontaine reste attaché aux valeurs du monde d’avant, et c’est auprès de la maison de Gaston d’Orléans, le frère de Louis XIII, qu’il a trouvé refuge après la chute de Fouquet. 

Dans plus d’une fable, il pointe l’arbitraire de la justice et le despotisme du Lion ; il dénonce les guerres de conquête, causes de famines et de misère, mais c’est sans doute dans « Les obsèques de la lionne »  qu’il dresse la satire la plus cruelle de la cour : 

« Je définis la cour un pays où les gens, 
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, 
Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être, 
Tâchent au moins de le paraître.
Peuple caméléon, peuple singe du maître ;
On dirait qu’un esprit anime mille corps ; 
C’est bien là que les gens sont de simples ressorts. »

Robert Kopp montre comment, avant Saint-Simon, La Fontaine a ébauché la critique de la cour, organisée comme «  un système solaire dont les moindres mouvements sont minutieusement réglés », et dénoncé, comme Bossuet ou Fénelon, certains abus de la monarchie, tels les dégâts causés par le droit de chasse ou l’indifférence envers la misère paysanne. La monarchie est absolue, les arts et les talents français éblouissent l’Europe, le siècle est grand, l’arrogance tout autant :  « Se croire un personnage est fort commun en France », s’amuse Jean de La Fontaine dans « Le Rat et l’Eléphant »  et  « c’est proprement le mal françois ».

Pour Robert Kopp, la leçon de sagesse de La Fontaine, tournant le dos aux rêves de grandeur, n’est pas loin d’un éloge de la médiocrité qui sentirait peut-être trop le bon sens bourgeois – comme le lui ont reproché les surréalistes – si elle n’était rachetée par « un art d’un raffinement tout aristocratique ». 

Retrouver des interventions de Robert Kopp sur Canal Académie

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