Séance solennelle de rentrée 2022

Séance solennelle de rentrée de l’Académie

sous la présidence de Rémi Brague
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Lundi 7 novembre 2022

Photographies : Blitz Designers – Académie des sciences morales et politiques
Revoir la cérémonie sur la chaîne YouTube de l’Académie

Lundi 7 novembre 2022 s’est tenue sous la Coupole de l’Institut la séance solennelle de rentrée de l’Académie, laquelle a réuni plus de 400 invités autour des lauréats et en présence du Chancelier de l’Institut, des membres et correspondants de l’Académie et d’autres académies.

Le président Rémi Brague a ouvert la séance en rappelant la mémoire des membres et correspondants disparus cette année : Mireille Delmas-Marty et Jean Baechler, membres de la section Morale et Sociologie ; Alain Pons, correspondant dans la section philosophie et Rodolfo Sacco dans la section Législation. Deux nouveaux membres : Serge Sur dans la section Législation et Hervé Gaymard dans la section Générale, ainsi que deux correspondants, Souâd Ayada (section Morale et Sociologie), et Yves Bruley, (section Histoire et Géographie), ont rejoint les rangs de la compagnie. Le Président a ensuite rappelé les événements marquants qui ont ponctué l’année de l’Académie avant de s’attarder sur le bilan du programme thématique qu’il a conçu pour les séances ordinaires du lundi  : « Sauver ? ». Ce thème se situe dans la continuité de celui de l’année 2021 « Santé et Société » sous la présidence d’André Vacheron, ne serait-ce que par la proximité sémantique des notions de santé et de salut. Les deux lignes de crête à tenir ensemble dans la réflexion engagée en 2022 sont : y a-t-il encore quelque chose à sauver, dans l’homme, dans la culture et dans notre civilisation en particulier ? Mais aussi, y a-t-il encore quelque chose qui soit capable de sauver ? Si oui : quoi ? et comment ? Les communications entendues cette année ont cherché à répondre à ces questions, le seul critère finalement de ce qui sauve et apporte un salut authentique étant peut-être ce qui mérite d’être salué.

Le vice-président Jean-Claude Trichet a  procédé à la lecture du palmarès des 34 prix, bourses, médailles et diplômes décernés par les six sections de l’Académie et des jurys particuliers à 41 lauréats. Grâce au concours et à la générosité des particuliers et des associations qui ont créé, par legs ou par don, des fondations abritées au sein de l’Académie, celle-ci poursuit la mission, confiée à l’Institut par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) de « suivre les travaux scientifiques et littéraires qui auront pour objet l’utilité générale et la gloire de la République ». En décernant chaque Prix, « les membres de l’Académie recherchent avec constance cette excellence dont chacun des lauréats est l’illustration exemplaire ».

Le Secrétaire perpétuel Jean-Robert Pitte a ensuite prononcé un discours sur le thème « Qu’est-ce qu’un beau paysage ? ».
Si, dans l’Antiquité, le commun des mortels ne se préoccupe guère de paysage, le plaisir d’admirer l’environnement, de le peindre et de le décrire a toujours intéressé l’élite des grandes civilisations, comme en attestent les jardins de Babylone, ceux de la haute société égyptienne ou romaine. À la même époque, la Chine entre de manière plus explicite dans ce nouveau mode de perception de l’environnement. C’est sous la dynastie Han (206 av. J.C. – 220 ap. J.C.) que le terme shanshui, littéralement montagne-eau, apparaît. Le paysage occupe dès lors une place majeure dans la peinture, la poésie ou l’art des jardins qui expriment tout à la fois une fusion cosmique des hommes et de leur environnement et une distanciation.
En Occident, après la « cécité médiévale » dont parle Alain Roger, on attribue fréquemment à Pétrarque et au récit qu’il fit de son ascension du Mont Ventoux en 1336, l’invention du regard paysager. La fresque réalisée par Ambrogio Lorenzetti sur les murs du Palazzo Pubblico de Sienne, sur les « effets du Bon et du Mauvais Gouvernement » marque aussi l’arrivée du paysage en Europe, le mot s’acclimatant en français en 1493, sous la plume du poète Molinet. Cette fascination pour les perspectives dégagées sur le lointain modifie en profondeur l’architecture, l’urbanisme, l’art des jardins comme l’attestent les belvédères du château de Villandry et les jardins de Versailles.
Pendant longtemps, la majorité des hommes ont vécu dans leur environnement sans aucune distanciation. Ils le vivaient sans éprouver le besoin d’en parler. Ils étaient responsables de la configuration de leur cadre de vie, conforme à leurs savoir-faire et à leurs rêves. Depuis la révolution industrielle et la croissance exponentielle des moyens d’action de l’homme sur l’environnement, un fossé s’est creusé entre celui-ci et l’humanité. Le paysage est devenu un objet d’étude, un champ professionnel, un questionnement inquiet. La place des éoliennes, qui créent un impact majeur sur les paysages et sur la psychologie des riverains, comme l’atteste l’enquête réalisée dans le Gâtinais par Jean Anguera, de l’Académie des Beaux-Arts, à l’occasion du rapport publié par trois Académies sur la place des éoliennes dans le mix énergétique français, soulève une question essentielle sur l’harmonie des paysages et la capacité des habitants à les apprivoiser et à s’y sentir chez eux, en confiance. Un paysage n’est beau que s’il est accueillant pour l’homme : beau à voir parce que bon à vivre ; il doit être selon les termes de G. Flaubert à propos de l’Anjou, d’une « beauté qui caresse sans captiver ».

Après la séance, le Président Brague a remis aux lauréats leur distinction en présence de leurs invités et des jurys des prix.

Télécharger les discours

1 – Discours de Rémi Brague, président de l’Académie :  » Sauver ? « 

2 – Lecture du palmarès des prix et médailles de l’année 2022 par Jean-Claude Trichet, vice-président de l’Académie.

3 – Discours de Jean-Robert Pitte, secrétaire perpétuel de l’Académie :  » Qu’est-ce qu’un beau paysage ?  »

Retrouver les palmarès par année

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