Communication du lundi 15 décembre 2025 de Brice GRUET, Maître de conférences à l’INSPE de l’Académie Paris Est- Créteil
Thème de la communication : Pour une géographie du sacré
Synthèse de la séance
Brice Gruet s’interroge sur le sens de notre présence sur Terre et montre que cette question, loin d’être anodine, relève de l’interrogation métaphysique, c’est-à-dire de ce qui dépasse le seul monde matériel. Le sacré joue alors un rôle central : il introduit une dimension verticale à l’existence humaine, donnant au réel un sens plus profond que la simple perception immédiate.
Contrairement à l’idée répandue dans les sociétés modernes sécularisées, le sacré n’est ni dépassé ni marginal. Il constitue un invariant présent dans toutes les cultures humaines, indépendamment des religions particulières. L’émotion mondiale suscitée par l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019 illustre cet enracinement profond du sacré, y compris chez des individus se déclarant non croyants.
Brice Gruet invite à changer de regard sur le sacré et à le replacer au centre de la réflexion. Il distingue clairement le sacré du religieux : le premier est universel et intemporel, tandis que le second est historiquement et culturellement situé. Le sacré ne disparaît pas dans les sociétés modernes, mais se transforme et se reconfigure.
La définition du sacré soulève la question des limites de la raison. Une approche strictement rationaliste tend à réduire le réel à ce qui est explicable, rejetant le mystère comme irrationnel. Or, le sacré relève plutôt du « suprarationnel » : il dépasse la raison sans la nier. Son expérience vécue, individuelle et collective, possède une valeur propre qui ne peut être ignorée, car l’immatériel n’est pas moins réel que le matériel.
Le sacré se caractérise par son aspect multiforme et par son altérité radicale : il n’est pas une création humaine, mais le fruit d’une rencontre avec le « tout autre ». Cette rencontre est bouleversante, difficilement exprimable, et porte à la fois une dimension bénéfique et dangereuse. Le sacré sépare, transforme, peut sauver ou détruire.
Présent dans toutes les cultures, le sacré fonde une relation au spirituel et s’inscrit toujours dans un lieu précis. Son irruption crée un centre à partir duquel le sens se diffuse, donnant naissance à une géographie sacrée. Les sociétés s’organisent ainsi autour de centres symboliques qui structurent l’espace, le temps et les traditions. Les villes anciennes, conçues selon des principes géométriques reliant Terre et Ciel, en sont une illustration.
Ce système repose sur une série de correspondances fondamentales entre Terre, Ciel et Homme. L’Homme y occupe une position intermédiaire de médiateur, reflétant un ordre cosmique supérieur. De nombreux mythes et traditions architecturales traduisent cette vision d’un monde terrestre façonné à l’image d’un ordre céleste.
Enfin, Brice Gruet souligne la grande plasticité du sacré : chaque société, dans son contexte propre, est capable de créer une topographie et une géographie sacrées. Cette capacité répond à un besoin universel d’ancrer l’expérience du sacré dans un lieu et un temps précis, permettant ainsi aux humains de donner sens à leur présence au monde.
À l’issue de sa communication Brice Gruet a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées C. Tiercelin, H. Gaymard, J.C. Casanova, X. Darcos, L. Ravel, R. Brague, J.R. Pitte, J.C. Trichet, H. Korsia.
