Jean Tirole

Jean TIROLE

(né le 9 août 1953 à Troyes, Aube)

 O.    C. 

Élu le 27 juin 2011, dans la section Économie politique, Statistique et Finances,
au fauteuil laissé vacant par le décès de Maurice Allais

Fauteuil n°8

 


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Carrière

Après des études à Troyes et à Nancy, Jean Tirole intègre l’École Polytechnique. Il s’y intéresse aux mathématiques. Mais c’est là qu’il découvre l’économie, à 21 ans, à partir de  l’enseignement de Roger Guesnerie. Il explique bien sa passion : « J’ai vraiment été fasciné par cette discipline car elle est à la fois positive et normative : elle analyse les comportements pour établir des recommandations de politique économique, pour finalement essayer de rendre le monde meilleur. Pouvoir se confronter à des problèmes théoriques exigeants, et donc intellectuellement passionnants, tout en contribuant à la prise de décision, c’est très attirant ». En 1978, tout en intégrant le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées, il  présente son doctorat de 3e cycle en Mathématiques de la décision à l’Université de Paris IX – Dauphine. Puis il va préparer sa thèse en économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT), sous la direction du futur Prix Nobel Eric Maskin. Il obtient son PhD en 1981. Il décide de se consacrer à la recherche et revient en France en 1981, au Centre d’Etudes et de Recherches en Analyse socioéconomique (CERAS) de l’Ecole des Ponts et Chaussées où il travaille avec un autre économiste français avec lequel il s’était lié d’amitié pendant son doctorat: Jean-Jacques Laffont.

Le M.I.T., qui s’est rendu compte de sa valeur, le rappelle aux Etats-Unis fin 1982. Il y est de 1984 à 1992 Professeur d’économie associé, puis titulaire. Il aurait pu y faire toute sa carrière. D’ailleurs, il y séjourne aujourd’hui encore chaque été comme visiting Professor permanent pour y assurer un cours de doctorat. Mais en 1992, il prend une année sabbatique pour poursuivre avec Jean-Jacques Laffont une réflexion qui débouche sur un ouvrage : A Theory of Incentives in Regulation and Procurement. Son coauteur le convainc de participer à l’extraordinaire aventure dans laquelle il s’est engagé : créer à Toulouse un pôle universitaire de niveau international. Il lui confie la direction scientifique de l’Institut d’Economie Industrielle qu’il a mis en place au sein de l’Université de Toulouse I, notamment pour pouvoir rassembler des financements d’entreprises. Après la disparition prématurée de Jean-Jacques Laffont en 2004, Jean Tirole prend la responsabilité du pôle de recherches, qui est retenu en 2006 comme l’un des treize réseaux thématiques de Recherche Avancée de notre pays. Il crée dans ce cadre Toulouse School of Economics (TSE) et assure son indépendance en organisant une partie de son financement sur la base d’un partenariat public/privé d’un type nouveau en France, avec des dotations de montants analogues apportées par l’Etat et quelques grandes entreprises. Comme dans les fondations américaines, ce ne sont pas les dotations elles-mêmes mais seulement leur revenu, qui peut être  consommé chaque année : cela assure la pérennité du financement. TSE compte aujourd’hui une centaine de chercheurs de diverses nationalités. C’est un centre de recherche d’excellence, qui  forme avec la London School of Economics et University College London le trio de tête de la science économique en Europe, et qui est n°1 mondial en théorie des incitations. C’est une performance exceptionnelle dans notre pays, où la discipline économique, comme d’autres champs de recherche, souffre beaucoup de la fuite vers l’étranger de ses meilleurs cerveaux.

Jean Tirole est un grand  savant reconnu par ses pairs. Il collabore aux plus prestigieuses revues d’économie. Membre du Comité exécutif de l’Econometric Society de 1993 à 1999, il a présidé cette société en 1998. Il fut en 2001 président de l’European Economic Association. Il a été membre de nombreuses commissions, à l’étranger, mais aussi en France : la Commission de Tarification de l’Électricité, le Conseil d’Analyse économique, le Haut Conseil de la Science et de la Technologie, et le Comité de Suivi de la loi  sur les libertés et responsabilités des universités. Il a co-présidé en 2020 la “commission Guillou-Tirole” sur l’avenir du territoire toulousain et en 2021 la “commission Blanchard-Tirole” sur les grands défis économiques.

Son œuvre est déjà considérable, tant par sa quantité que par sa portée. Il est l’auteur de 13 livres. Il a publié plus de 200 articles en anglais, dont plus de soixante sont parus dans les revues généralistes les plus renommées à l’échelle internationale (les « top-5 »), et une cinquantaine d’articles en français. Il est l’un des économistes les plus cités au niveau mondial. Il est classé premier économiste en Europe (y compris le Royaume-Uni) en termes de citations, de publications, et d’indice h dans les différents classements existants (Web of science, Google Scholar, Repec…). 

Titulaire de 14 doctorats honoris causa à travers le monde, il est aussi membre de cinq sociétés savantes francophones (dont l’Académie des Sciences morales et politiques),  et membre honoraire étranger de l’American Academy of Arts and Sciences, de l’American Economic Association, de l’American Finance Association, de l’United States National Academy of Sciences, de la British Academy, de l’Académie Royale de Belgique et de la Royal Society of Edinburgh.

Ses travaux sont pour l’essentiel consacrés à la microéconomie. Son œuvre se distingue tant par sa portée scientifique que par son utilité économique pratique. Elle repose à la fois sur la théorie des jeux, qui représente et prédit les stratégies de différents acteurs en situation d’interdépendance, chaque acteur étant pourvu d’objectifs propres ; et sur la théorie de l’information, qui rend compte de l’utilisation stratégique d’informations privilégiées par les différents acteurs. Il a utilisé ces deux théories dans six grands domaines : la régulation des industries de réseau, la théorie des organisations et le financement des entreprises, l’économie industrielle et le droit de la concurrence, la réforme du marché du travail, la règlementation prudentielle des banques, et les crises financières internationales. Par exemple, le thème de la régulation des industries en réseau, qu’il a exploré avec Jean-Jacques Laffont à partir de 1980, a eu grand retentissement et des conséquences pratiques. Ces recherches ont en effet fourni un cadre conceptuel complet et cohérent pour guider l’organisation de la régulation à mettre en place à la suite de l’ouverture à la concurrence de ces industries.
Depuis une vingtaine d’années, Jean Tirole a développé ses travaux aux frontières entre différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Longtemps, les économistes ont ignoré les contributions de leurs collègues des sciences sociales sur les comportements et les  stratégies des individus et des groupes. En association avec Roland Bénabou, qui enseigne à Princeton, Jean Tirole démontre que les théories des jeux et de l’information trouvent en la psychologie un domaine d’application. Ils ont ensemble approfondi différents thèmes liés à la manipulation des croyances, et au problème de l’identité. Par ailleurs, convaincu que l’économie ne pouvait que s’enrichir au contact des autres sciences humaines et sociales, Jean Tirole a fondé en 2011 l’Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST), un institut pluridisciplinaire qui s’est déjà construit une belle réputation dans le monde entier comme un lieu d’hybridation des différentes sciences sociales.

L’œuvre de Jean Tirole est riche par les domaines qu’elle aborde. Elle établit en permanence un lien entre recherche théorique et applications concrètes. Elle a valu à son auteur de nombreuses distinctions. En particulier, en 1993, le Prix Yrjö Jahnsson de l’European Economic Association, destiné au meilleur économiste européen de moins de 45 ans ; en 2002, le Prix Dargélos de l’École Polytechnique ; en 2002, la Médaille d’argent, puis, en 2007, la Médaille d’or du CNRS, distinction qu’il est le seul économiste à avoir reçue, après Maurice Allais. En 2010, le Prix Claude Lévi-Strauss. Enfin, en 2014, Jean Tirole a reçu le Prix Nobel d’économie « pour son analyse du pouvoir de marché et de la régulation ». Le communiqué de l’Académie royale des sciences de Suède l’a décrit comme « un des économistes les plus influents de notre époque. Il est l’auteur de contributions théoriques importantes dans un grand nombre de domaines, mais il a surtout clarifié la manière de comprendre et de réguler les secteurs industriels ne comptant qu’un petit nombre d’entreprises. » Le dernier Français Prix Nobel d’économie en 1988 était Maurice Allais, prédécesseur de Jean Tirole à l’Académie des sciences morales et politiques.
Le 29 mai 2020, le président de la République a confié à Jean Tirole et à Olivier Blanchard, chef économiste du FMI de 2008 à 2015, la coordination de la commission de 26 experts sur les grands défis économiques – le climat, les inégalités, la démographie – chargée de proposer un cadre d’analyse fondé sur la science économique et d’en tirer des recommandations pour rendre les politiques économiques plus efficaces dans la réponse à ces défis.

 

 

Œuvres

 

  • Économie du bien commun, Paris, Presses universitaires de France, 2016, édition augmentée 2018.
  • Théorie de l’organisation industrielle, Economica, 2015.
  • Protection de l’emploi et procédures de licenciement(avec Olivier Blanchard), La documentation française, 2013
  • Inside and Outside Liquidity (avec Bengt Holmström), MIT Press, janvier 2011.
  • Balancing the Banks : Global Lessons from the Financial Crisis (avec Mathias Dewatripont et Jean-Charles Rochet), Princeton University Press, 2010.
  • The Theory of Corporate Finance, Princeton University Press, janvier 2006.
  • Financial Crises, Liquidity and the International Monetary System, Princeton University Press, 2002.
  • Competition in Telecommunications (avec Jean-Jacques Laffont), MIT Press, 1999.
  • The Prudential Regulation of Banks (avec Mathias Dewatripont), MIT Press, 1994.
  • A Theory of Incentives in Procurement and Regulation (avec Jean-Jacques Laffont), MIT Press, 1993.
  • Game Theory (avec Drew Fudenberg), MIT Press, 1991.
  • The Theory of Industrial Organization, MIT Press, 1988.
  • Dynamic Models of Oligopoly (avec Drew Fudenberg), Harwood Academic Publishers GMbH, 1986.

 

 

Travaux Académiques

 

Notice

 

Communications en séances hebdomadaires

Discours, articles et conférences

 

 

Liens