Remise du Prix Édouard Bonnefous 2006 à M. Jean-Marie Pelt

Institut de France, lundi 11 décembre 2006

Le Prix Édouard Bonnefous, attribué cette année à une œuvre consacrée à la défense de l’homme et de son environnement, a été décerné à M. Jean-Marie Pelt, fondateur de l’Institut européen d’écologie.

C’est en présence de M. le Chancelier honoraire Édouard Bonnefous, de M. le Chancelier Gabriel de Broglie, de M. Jean Leclant¸ Secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, de MM. Jean Dercourt et Jean-François Bach, Secrétaires perpétuels de l’Académie des sciences, de M. Hervé de Charette, ancien Ministre des Affaires étrangères, Maître des requêtes au Conseil d’Etat,de Mme Corinne Lepage, ancien Ministre de l’Environnement, de nombreux Académiciens et invités, sous la Présidence de M.André Damien, Président de l’Académie et de l’Institut, que M. Michel Albert, Secrétaire perpétuel de l’Académie, a remis le Prix au lauréat.

Intervention de M. Michel Albert qui a rendu hommage à M. Édouard Bonnefous et prononcé l’éloge du lauréat, Jean-Marie Pelt.

Monsieur le Chancelier honoraire,
Madame le Ministre,
Mes chers confrères,
Mesdames, Messieurs,
Cher Jean-Marie Pelt,

Remettre un prix est toujours un événement heureux. Outre le plaisir que nous avons à nous retrouver ainsi, ce genre de cérémonie nous apporte une double satisfaction :

  • celle de rendre hommage à la générosité des fondateurs de nos prix et à la confiance qu’ils nous ont témoignée,

  • et celle de récompenser des œuvres ou des actions éminentes qui contribuent à l’amélioration de la vie des hommes.

Or, aujourd’hui notre joie est encore redoublée, en raison des deux personnalités que nous honorons, mais aussi parce que le combat qui les rassemble — la défense de l’environnement — est plus que jamais un enjeu majeur pour l’avenir de l’humanité.

Il semble qu’une prise de conscience s’amorce au-delà des milieux traditionnellement acquis à cette problématique. J’en prendrai trois exemples :

  • l’écho obtenu par le rapport de Nicolas Stern, ancien chef économiste de la Banque Mondiale, sur le coût du réchauffement climatique, évalué à 5 500 milliards d’euros, soit plus que le coût de la Grande Dépression de 1929 ;

  • le succès rencontré par le documentaire d’Al Gore, ancien vice-Président des Etats-Unis, Une vérité qui dérange ;

  • les 10 % d’intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 recueillis par Nicolas Hulot, qui, chers amis, fut le précédent lauréat du Prix que M. le Chancelier honoraire a créé au sein de notre Académie.

Cette prise de conscience grandissante, nous vous la devons en partie, Monsieur le Chancelier honoraire.

En effet, le demi-siècle qui vient de s’écouler correspond à la période au cours de laquelle vous avez sans cesse dénoncé les dangers que faisait courir à la nature et à l’homme un développement non maîtrisé.

Vous appartenez, en effet, à la race des précurseurs — oserais-je dire des prophètes. Dès 1963, poussé par votre confrère et ami Jean Rostand, de l’Académie française, vous publiez La Terre et la faim des hommes. Depuis, vous avez régulièrement publié sur ce sujet. Votre dernier ouvrage L’environnement en péril date de 2001. Mais, le livre qui eut le plus d’impact fut sans nul doute L’Homme ou la Nature ?, paru au début des années 70 et qui fut à l’origine de la création du ministère de l’environnement.

Vous avez également agi pour la préservation de la Nature dans le cadre de la Région Île-de-France, dont vous étiez un élu, notamment par le biais de la création de l’Agence des Espaces Verts. C’est à votre initiative et à votre détermination que l’on doit l’aménagement du Plateau de Saclay, aujourd’hui à nouveau menacé.

À l’énumération — trop brève — de vos mérites, ceux qui le connaissent voient bien la logique qu’il y avait à ce que votre Prix soit attribué à Jean-Marie Pelt.

Cher Monsieur, avant d’en venir aux titres qui vous valent d’être récompensés aujourd’hui, permettez-moi de rappeler les circonstances de notre première rencontre : nous nous sommes en effet rencontrés dans la Maison de Robert Schuman, auprès duquel vous avez fait preuve de dévouement dans les dernières années de sa vie. Si je me permets cette anecdote, c’est que cette amitié commune pour le Père fondateur de l’Europe est encore un lien qui nous unit au Chancelier honoraire dont l’engagement européen n’a jamais été pris en défaut.

Mais ce n’est pas à ce titre que vous êtes là ce soir. Vous êtes aujourd’hui l’un des botanistes-écologistes les plus renommés. Votre vocation est née alors que vous êtiez en 2e année de pharmacie à Nancy. Au programme était inscrite une matière au nom quelque peu hermétique : la « matière médicale », expression qui a depuis fait place à la très ésotérique pharmacognosie. Cette discipline tenait son nom de l’œuvre majeure de Dioscoride, médecin grec des armées de Néron, qui voyagea dans tout l’Empire et en rapporta une liste de plantes, de minéraux et d’animaux dont on peut extraire des principes actifs.

Ce goût pour l’étude des plantes ne vous quittera plus. Au passage, peut-être l’avez-vous toujours eu, vous qui n’hésitez pas à affirmer que « vous avez fait vos classes avant l’âge de 5 ans », dans le jardin de votre grand-père, jardinier pour la riche famille de Wendel ?

Pharmacien agrégé, vous vous consacrez à l’enseignement. D’abord à la Faculté de Nancy, où vous enseignez la Biologie Végétale et la Cryptogamie, avant de fonder, en 1972, à Metz, l’Institut Européen d’Écologie, et d’enseigner, dans la Faculté de cette même ville, la Botanique et la Physiologie Végétale. Vous avez accompli, au cours de votre carrière de très nombreuses missions scientifiques à l’étranger, (Afghanistan, Togo, Dahomey, Côte d’Ivoire, Maroc, etc.), qui vous ont amené à vous intéresser aux pharmacopées traditionnelles de ces pays.

Mais votre magistère ne s’est pas limité aux amphithéâtres lorrains. Votre message en faveur de la connaissance et du respect de la Nature, vous l’avez également porté au plus grand nombre. Dans plus d’une trentaine d’ouvrages, toujours écrits en un style clair et nourri d’anecdotes.

Merveilleux conteur, vous avez travaillé pour la télévision, où l’on vous doit les séries suivantes : L’Aventure des Plantes I (TF1, 1982), L’Aventure des plantes II (TF1, 1987 – 7 d’Or du Meilleur Documentaire en 1987), Des Plantes et des Hommes (ARTE, 1993, 1994), Passion Terre (France 3 Lorraine, 2002), Le goût du bonheur. Fruits et légumes (France 5, 2001). Vous ravissez également les auditeurs de France Inter où, depuis 1982, vous avez eu, sans presque discontinuer, une chronique sur les plantes et l’écologie.

Vos textes, souvent poétiques, sont toujours ceux d’un amoureux de la Nature qui tente de communiquer son admiration pour les grands botanistes qui l’ont précédé et ses émerveillements devant les liens complexes qui se nouent entre les êtres vivants. Ainsi, vous rappelez que la solidarité est, tout autant que la force, une des lois fondatrices du monde naturel. « Il faut savoir pour rêver » disait Jean Rostand. Avec vous, il faudrait ajouter « Et pour aimer ».

Que ce soit dans les médias ou bien dans le cadre du réseau que forme autour de lui l’Institut européen d’écologie de Metz, dans votre habit de vulgarisateur ou dans celui de l’expert, vous ne vous départissez pas d’un optimisme anthropologique, imprégné de foi chrétienne et de profond humanisme. Certes, l’homme a déséquilibré l’ordre nature et se met en danger par esprit de démesure, mais rien n’est perdu pour peu que l’homme accepte de faire de ce monde son jardin.

Vous écrivez : « Je ne suis pas un écologiste qui dit qu’une souris a autant de responsabilité que moi. Je suis un écologiste qui dit que j’ai plus de conscience que la souris, et que je suis donc responsable aussi de la souris. Je me sens responsable de ma communauté, la communauté humaine, pour la petite part que j’y occupe ; et aussi de l’ensemble de la création. Et tout cela est relié par le dedans, l’intérieur, l’intériorité ».

Cette intériorité dans laquelle l’homme peut se reconnaître jardinier, à l’image de son Créateur lorsqu’il apparut à Marie-Madeleine.

Remerciements de Jean-Marie Pelt

Je suis vraiment touché par l’attention que vous avez eue à mon égard et je voudrais vous exprimer toute ma gratitude. En effet, lorsque nous car nous avons créé l’Institut Européen d’écologie, il y a 34 ans, j’avais pour livre de chevet « L’homme ou la Nature ? » qui fût ma première lecture de l’écologie lorsque nous avons orienté nos activités sur la protection de la nature.

Auteur de référence en matière d’écologie par vos nombreux ouvrages, vous avez illustré l’idée que je me suis fait de la place de l’écologie en politique, et considérant tous ces problèmes d’actualité et qui ne l’étaient pas à l’époque, on constate aujourd’hui à quel point vous avez été un précurseur. J’aimerais cité un autre de vos ouvrages qui m’a beaucoup influencé,  » Réconcilier l’Homme et la Nature   » que vous avez publié en 1990, probablement parce que vous avez senti que notre monde s’éloignait toujours un peu plus de la nature.

Nous évoluons dans société qui s’est organisée autour des technologies et nous n’imaginons plus survivre à la disparition des portables, des jeux vidéo ou de la télévision…Pourtant, nous avons bien vécu sans avant leur apparition ! Mais pardoxalement, personne ne pense au seul fait dont nous sommes tout à fait sûrs, c’est que si la nature n’était pas là pour nous porter, nous ne serions pas là non plus… C’est pourtant bien elle qui nous offre les aliments, avec des réserves mondiales de l’ordre de 5 ou 6 mois, les cosmétiques, l’énergie etc.

Dans la première longue étape de l’histoire de l’institut d’écologie installé dans un cloître franciscain, sous le patronage de François d’Assise, écologiste avant la lettre, nous nous sommes beaucoup préoccupé de remettre la nature à sa place.

Michel Albert, vous avez évoqué la série L’aventure des plantes où l’objectif était de montrer qu’une plante n’est pas une chose inerte. Il y a dans la plante une vie saisie d’autant mieux que l’on voyait les insectes se précipiter sur les fleurs, vie intense de la plante. Ces films ont été passés dans le monde entier, sauf aux Etats-Unis. Il me semblait important que les plantes parlent par elles-mêmes et c’est dans ce sens que nous avons travaillé.

Un peu plus tard, il m’est apparu de plus en plus évident qu’il fallait songer aux enfants, à la problématique de leur avenir. Nous avons réussi ce tour de force de mettre tout le pétrole et le gaz formés par la terre pendant des millions d’années en l’air sous forme de gaz carbonique en deux siècles et maintenant, le réchauffement climatique inquiète de plus en plus. Des périls importants pèsent sur l’avenir, la vie de nos enfants. Comme vont vite les progrès techniques dans notre société. Nous voyons arriver ces catastrophes potentielles que nous redoutons beaucoup.

Pour éviter ce scénario catastrophe, il importe de renforcer l’éducation des enfants, comme nous l’ont donné nos grands-pères. C’est pourquoi, à l’Institut d’écologie, nous avons donné priorité à l’éducation des petits enfants en maternelle. Chacune est dotée d’un petit jardinet pour les enfants où nous leur offrons un spectacle leur donnant le goût et l’amour de la nature. C’est l’apprentissage de la solidarité entre les générations.

Nous disons aussi à nos enfants que nous plaidons pour l’émulation. S’il y avait à la télévision moins d’agressivité, il y en aurait moins dans la rue.

Je dédie ce prix à nos enfants de la ville de Metz dont nous nous occupons toujours.

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