La loi sur l’autonomie des universités et l’enseignement de la médecine

Séance du lundi 15 octobre 2007

par le Pr. Bernard Charpentier,
Président de la Conférence Nationale des Doyens des Facultés de Médecine

 

 

Introduction

 

Les Universités françaises ont été fondées sur un modèle scholastique dès les XIIe et XIIIe siècle sur l’exégèse des textes religieux, puis elles ont évolué en tant que génération du savoir et sa transmission, ce qui implique qu’enseignement et recherche étaient devenus les deux activités intriquées de tout champ universitaire.

Elles n’ont constamment réfléchi que dans le cadre du savoir sans avoir eu souci de générer du capital humain et des métiers créant la richesse de la Cité. Il est savoureux de constater que l’autonomie de l’université, revisitée en 2007, a été revendiquée et très tôt, dès le moyen âge, pour obtenir des autonomies particulières, pédagogiques, fiscales et d’immunité de justice en jouant entre les pouvoirs de la Cité, du Prince et du Pape. Cette autonomie a abouti très souvent à une catastrophe dont nous mesurons encore les effets délétères, car l’université française n’a pas eu la capacité structurante des universités anglo-saxonnes.

En fait, elle se refusait à prendre en compte les nouveaux savoirs amenés par l’expérience : physique, biologie, les sciences de l’ingénieur, voire d’anciens savoirs, mais bloqués par l’idéologie dominante comme par exemple l’apprentissage du grec ancien et de l’hébreu.

Cette cécité a poussé les pouvoirs en place à créer le collège de France très tôt, le Muséum d’histoire naturelle pour la biologie, puis une explosion de grandes écoles à la Révolution, destinées à former les cadres dont le pays avait besoin (polytechnique, les mines, les ponts, centrale…) et en corollaire la fermeture des universités.

C’est Napoléon Bonaparte qui, à la place de l’université agonisante, va mettre en place les facultés où l’Etat contrôle les programmes, les recrutements, les règlements intérieurs…

Ces facultés, contrôlées par l’Etat, s’avèreront aussi archaïques que les Universités, manqueront là encore des grandes révolutions conceptuelles et, en miroir, pousseront à créer des organismes (CNRS, ENA, HESS…) indispensables à la vie de la Cité. C’est la loi Edgar Faure de 1968 qui recrée les Universités et leur autonomie, mais rognée 16 ans plus tard par la loi Savary de 1984 qui instaure la centralisation et le contrôle de l’Etat ainsi que la constitution démagogique des différents Conseils de l’université.

Cette situation, reconnue comme intolérable par tous, a abouti à cette nouvelle loi du 11 août 2007, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle témoigne, d’une part, d’une absence totale de concertation avant promulgation et du rôle prédominant de la CPU en faveur de l’« hyperprésidentialisation », alors même que les présidents antérieurs avaient échoué… et pour reprendre la phrase de G. Burgel, professeur à Paris X, disant : « … les présidences d’université ne cessent de réclamer plus de pouvoir, comme toute autorité qui a failli et qui rejette sa responsabilité sur son absence d’indépendance… »

Lors de ce court aperçu historique, qui est le mien après trente années passées en tant qu’enseignant/chercheur de l’université, et peut être critiquable à d’autres yeux, qu’ont fait les facultés/écoles de médecine ?

Elles ont toujours voulu être dans l’université, constitutives de celle-ci avec la théologie, le droit et la pharmacie, mais toujours un peu à part. A part, car même dans la tradition hippocratique et socratique la médecine était un métier à part s’occupant du « pus, du sang des larmes et de la mort » par un homme particulier, le médecin pour ses frères en humanité, les autres hommes.

Les facultés de médecine ont été saisies de deux courants successifs. Il y eut d’abord le courant théorique hippocratique des « humeurs » sans contact avec le malade, où l’on mirait les urines. Puis il y eut le contact du malade (chirurgien/barbier), sans théorie, et permettant d’amputer les membres sur le champ de bataille sans bien connaître l’anatomie, et de drainer les hémothorax, plaie de guerre à l’arme blanche avec un chalumeau métallique sans connaître la plèvre et la physiologie pulmonaire.

Ce changement de paradigme est visible : ce n’est pas la rue de la Faculté de médecine à l’Odéon, c’est la rue de l’École de médecine, si chère à nos amis anglo-saxons qui gardent le terme de « Harvard Medical School ». Régie par le décret Foucray du 7 Frimaire an III, puis par la loi du 19 ventôse an XI, inspirée par Cabanis, puis par la loi du 30 novembre 1892, inspirée par le Doyen Bouchard et le Professeur Brouardel, la situation de la médecine en 1957 était en déshérence : professeurs de médecine n’allant pas à l’hôpital et n’y exerçant pas, médecin de l’hôpital ignorant la pédagogie et la recherche, biologie inexistante, les hôpitaux publics n’étant alors que des lieux d’accueil et de miséricorde.

On ne peut traiter de la place des facultés de médecine, d’odontologie et maintenant de pharmacie au sein de l’université sans prendre en compte l’intégration de ces facultés de santé dans les Centres hospitaliers et universitaires.

Il suffit de rappeler la déshérence de l’enseignement et de la recherche médicale quand ils étaient repliés au sein de l’université. De la même manière, il suffit de rappeler la déshérence du système hospitalier public français quand il était totalement coupé de la recherche et de l’enseignement de la médecine. C’est pour avoir compris cela, c’est pour avoir écouté une poignée résolue de professeurs d’université médecins et notamment Robert Debré, Marcel Legrain, Gérard Milhaud et Jean Dausset, que des hommes politiques, comme Pierre Mendès-France, le Général de Gaulle et Michel Debré, ont permis, par l’ordonnance de 1958, de sauver la médecine française en créant le concept même de Centres hospitaliers et universitaires qui instituait le temps plein hospitalier et la triple mission d’enseignement, de recherche et de soins, en liant par convention une faculté de médecine et un centre hospitalier régional, prenant ensemble le nom de CH et U.

 

La gouvernance

 

Elle est par définition en double appartenance : universitaire et hospitalière

Gouvernance dans l’Université : les Facultés de santé étaient régies par l’article 32 de la loi Savary de 1984 qui comportait essentiellement les points suivants :

  1. les conventions de structure des CH et U, négociées et cosignées par le Doyen, le Directeur Général du CHU, approuvées par le Président de l’Université.

  2. la compétence des Doyens pour prendre toutes les dispositions résultant de l’application de ces conventions.

  3. l’affectation directe aux UFR de Médecine des emplois hospitalo-universitaires.

  4. la qualité d’ordonnateur secondaire de droit des Doyens.

  5. l’autonomie pédagogique pour les 2e et 3e cycles des études médicales.

La nouvelle gouvernance universitaire, définie par la loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des Universités introduit les modifications suivantes dans son article 15 :

  1. les conventions hospitalo-universitaires, associant de plus, le cas échéant, les centres de lutte contre le cancer, ne peuvent être exécutées qu’après avoir été approuvées par le Président de l’Université et votées par le Conseil d’Administration. Elles respectent les orientations stratégiques de l’Université définies par le contrat pluriannuel d’établissement, notamment dans le domaine de la recherche biomédicale.

  2. Le Doyen n’est plus ordonnateur de droit, mais délégué.

  3. Les emplois hospitalo-universitaires sont affectés dans le respect des dispositions de l’article L 952-21 : « les effectifs du personnel enseignant et hospitalier sont fixés pour chaque centre et pour chaque catégorie, par décisions commune des ministres chargés de l’enseignement supérieur et de la santé.

  4. La révision des effectifs prend en compte les besoins de santé publique d’une part et d’enseignement et de recherche d’autre part.

    Ces nouvelles dispositions appellent six questions ou commentaires :

    1. les emplois hospitalo-universitaires n’étant plus affectés à la faculté de médecine mais à l’Université, est-ce donc la mort de l’ordonnance de 1958 ?

    2. Ces emplois ne devraient pas être « fongibles » avec les autres emplois de l’université, mais… ?

    3. Est-ce que ces emplois peuvent subir le veto du Président ?

    4. Est-ce que ces emplois peuvent être créés selon la volonté du Président ?

    5. Est-ce que la commission de sélection de l’université s’applique aussi aux emplois hospitalo-universitaires ?

    6. Est-ce que les conseils d’administration peuvent créer autant d’UFR de santé qu’ils de désirent ?

Gouvernance dans le CHU (Hôpital). Le Doyen et son Conseil de gestion effectuent la révision des emplois hospitalo-universitaires en lien étroit avec le Directeur général et la Commission Médicale d’établissement. Ils cosignent avec le directeur général et le président de la CME l’affectation des Chefs de service et la nomination des coordonateurs de pôle, ils allouent les étudiants de 2e et 3e cycles aux services hospitaliers formateurs et participent ès qualité au conseil exécutif et à la commission de coordination pour la recherche biomédicale et en santé publique. Ils participent au Conseil d’Administration du CHU. Les doyens, en lien avec les DRASS, organisent et président au niveau régional la Commission d’agrément chargée de proposer au Préfet de région les services agréés pour les DES et les DESC au niveau du CHU et des hôpitaux généraux de la Région.

 

L’adaptabilité des facultés de santé

 

Lors des débats entourant la discussion de la loi du 10.08.07, de nombreux commentaires ont fait état de « … position privilégiée de la médecine… », « … d’archaïsme hospitalo-universitaire… » et ont estimé que les « Facultés de Médecine se devaient de rentrer dans le rang », tout en demandant pourquoi les I.U.T. (article 33) et les grands établissements (article 34) ont échappé à la loi… ? À ce procès, je répondrai devant vous par quatre grands chapitres : l’adaptabilité des Facultés de Médecine, l’ouverture pédagogique et la transdisciplinarité, l’ouverture à la recherche et, enfin, nos propositions pour les cinquante prochaines années du XXIe siècle.

L’adaptabilité a été permanente depuis les vingt dernières années : explosion des connaissances médicales, pédagogie en renouvellement total (2e cycle des études médicales, 3e cycle, Formation Médicale Continue et Evaluation des Pratiques Professionnelles), utilisation massive du numérique et des enseignements sur Intranet/Internet, compétition mondiale en matière de recherche (la France est le 4e publicateur mondial en biologie santé), relations internationales dans le cadre de la francophonie et ouverture à de nouveaux partenariats (Arabie saoudite, Golfe) ; restructuration des UFR médicales (disparition de 4 UFR parisiennes).

Les Facultés de Médecine ont par ailleurs su répondre aux demandes des gouvernements successifs de la République. C’est ainsi que les Facultés de Médecine ont géré, dans des conditions difficiles, l’augmentation des flux d’étudiants liée à la hausse nécessaire du numerus clausus. Ce sont elles qui, par la Conférence des Doyens, ont animé la Commission pédagogique nationale des études médicales aboutissant à la réforme du deuxième cycle de l’année 2000. Les Facultés de Médecine, par la Conférence des Doyens, ont joué un rôle clé dans la création et la mise en oeuvre de la filière universitaire de Médecine générale répondant aux besoins de santé publique du pays.

Sur le plan de la santé, les hospitalo-universitaires, constituent le fer de lance des équipes professionnelles travaillant aux côtés des praticiens hospitaliers dans les centres hospitaliers et universitaires. Les Facultés de Médecine et leurs doyens se sont engagés avec dynamisme dans la nouvelle gouvernance mise en place dans le plan hôpital 2007.

Et c’est ainsi qu’au sein de l’Université, les hospitalo-universitaires, statutairement, pratiquent ce qu’ils enseignent et qui enseignent ce qu’ils pratiquent. Mais en même temps que les Facultés de Médecine, au nom des Universités, se sont constituées comme des écoles professionnelles animées par des professionnels de santé, elles se sont très largement ouvertes aux autres composantes de l’Université.

Cette ouverture des Facultés de Médecine, à la fois totalement universitaires et totalement hospitalières, n’aurait pas été possible sans la souplesse de leur gestion liée à leur caractère dérogatoire. Ceci a été toujours compris par les gouvernements successifs depuis 1958. Les maux dont souffrent d’autres composantes de l’Université française ne concernent pas la médecine.

 

L’ouverture pédagogique et interdisciplinarité

 

Il faut rappeler que la 1e année de Médecine est une véritable classe préparatoire. Les doyens ont organisé la réorientation de certains étudiants n’ayant pas obtenu le concours, mais ayant obtenu la moyenne, vers d’autres composantes de l’Université où ils peuvent avoir l’équivalence de L1. Le fléchissement du nombre d’étudiants dans les domaines scientifiques à l’Université, ne concerne ni la médecine, ni l’odontologie, ni la pharmacie.

L’enseignement du P1 est véritablement interdisciplinaire : les scientifiques non-médecins sont largement impliqués et 20 % de la note finale est obtenue par les sciences humaines et sociales (éthique, philosophie, histoire, sociologie) dont l’enseignement fait aussi appel à des non-médecins.

Il faut noter aussi qu’au cours du 2e cycle, des enseignements de droit, d’éthique, de biologie font appel à des non-médecins. Pendant la Formation Médicale Continue (FMC) de nombreux DIU/DU font également appel à des non-médecins (statisticiens, professionnels en santé publique, biophysiciens, ingénieurs).

Bien avant l’introduction en France du système LMD, elles ont accueilli en leur sein, c’est-à-dire parmi les hospitalo-universitaires, des assistants-hospitalo-universitaires, des maîtres de conférences et des professeurs d’université praticiens hospitaliers, issus spécifiquement des disciplines scientifiques des Universités. C’est en raison de leur savoir et de leurs connaissances que ces collègues, bien que non-médecins et non dotés de pouvoirs de prescription sont intégrés aujourd’hui dans le même corps des hospitalo-universitaires. Le Ministère en charge de l’enseignement supérieur dispose des statistiques qui lui permettront de confirmer cette constatation vécue chaque jour dans nos Facultés de Médecine et dans nos Centres hospitaliers et universitaires. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, nos hospitalo-universitaires des disciplines biologiques mêlent des médecins, des pharmaciens, des scientifiques.

Bien avant la mise en oeuvre dans l’Université française du processus LMD, des hospitalo-universitaires portés par leur Facultés de Médecine se sont associés aux collègues d’autres composantes de l’Université pour créer des DESS, des DEA communs ainsi que des écoles doctorales.

Quand l’Université française a instauré le système LMD, c’est ce même mouvement qui a permis la mise en œuvre à côté des cursus professionnalisants de santé de cursus scientifiques fondés sur les masters professionnels et de recherche ainsi que sur les écoles doctorales.

L’entrée des études de médecine elles-mêmes dans le système LMD pose des problèmes qui ne concernent pas que la France, mais qui concernent l’ensemble des pays membres de la Communauté. La France n’a aucun retard dans la réflexion visant à intégrer les études de médecine dans le système LMD et le Doyen Thuillez, à la demande du gouvernement et au nom de la Conférence des Doyens, a produit dans ce sens un rapport dont il revient maintenant au gouvernement de la République de procéder à sa concrétisation.

 

L’ouverture à la recherche et interdisciplinarité

 

La recherche en sciences de la santé et plus généralement en sciences de la vie de la santé est aujourd’hui partagée entre les Universités, les CHU et les EPST, notamment l’INSERM et le CNRS. Dans chacune de ces structures, les hospitalo-universitaires ont pris leur place. Nombre d’entre eux dirigent des équipes d’accueil des Universités et des UMR ; ce sont eux qui animent les délégations à la recherche clinique des centres hospitaliers universitaires ; ce sont eux que l’on retrouve à la direction générale de l’INSERM dans les équipes de direction de l’INSERM et du Département des Sciences de la Vie du CNRS, dans les commissions scientifiques de spécialités de l’INSERM et du CNRS. Il faut noter que 50 % des Unités INSERM sont dirigées par des Hospitalo-universitaires, soulignant ainsi leur implication dans la Recherche biomédicale et en Santé. Les études diligentées par la Conférence des Directeurs Généraux de CHU, en lien avec la Conférence des Présidents de CME de CHU, la Fédération Hospitalière de France et la Conférence des Doyens de Facultés de Médecine, objectivent la participation des hospitalo-universitaires à la recherche.

De nombreux rapports ont illustré cet apport de la recherche en biologie santé :

  • dans l’Université où les UFR de médecine peuvent réaliser jusqu’à 50 % de la production scientifique, en fonction de la taille de l’Université et des composantes. La composante santé est souvent la justification de la recherche fondamentale d’amont, voire pré-médicale et la justification pour répondre aux critiques classiques de grandes revues (Nature, Cell, Science : « What is the physiological/clinical relevance of your findings ? »).

  • au niveau national et international, la France est le 4e publicateur mondial en biologie santé et l’INSERM se situe au niveau du MRC anglais, alors que depuis la 2e guerre mondiale l’effort de la recherche française s’est fait surtout sur l’atome civil et militaire, les transports, l’espace et la physique.

  • enfin les Facultés de Médecine ont une spécificité : la recherche clinique et la recherche de transfert entre le fondamental et l’appliqué. Cette recherche clinique a 3 grandes caractéristiques : elle s’adresse aux patients, donc directement aux citoyens, elle a une forte valorisation industrielle avec la grande industrie pharmaceutique, elle permet un retour rapide des découvertes d’amont sur les soins aux patients.

Il faut enfin préciser que dans pratiquement tous les laboratoires ou UPRES sont formés un grand nombre d’étudiants non médecins, scientifiques, pharmaciens, vétérinaires, ingénieurs, sociologues, mathématiciens appliqués, informaticiens et sont employés une quantité importante de chercheurs non médecins.

Il reste à rappeler que les grandes découvertes biomédicales se sont faites à l’interface maths-biologie (échographie et fractales), physique/biologie (IRM), chimie/physique biologie (PET Scan).

 

Les propositions

 

Il faut augmenter le poids de la Biologie Santé en France : il s’agit d’un problème de santé publique et de demande sociétale : « Qui tient le marché du médicament, tient le monde » (D. Zerhouni, Directeur Général du NIH).

Le mouvement d’autonomie des universités doit être l’occasion, au nom du travail accompli, et pour qu’il puisse se poursuivre, d’amplifier l’autonomie des Facultés de Médecine pour leur permettre précisément de rester ce trait d’union entre l’Université d’une part, le monde de la Santé d’autre part, et pour leur permettre de poursuivre, avec l’adaptabilité et la flexibilité nécessaires, leur triple mission de soins, d’enseignement et de recherche.

 

Formation

 

Bien que l’intégration des professions médicales et pharmaceutiques au cursus LMD soit difficile en raison de la nécessité de maintenir un Concours en fin de 1e année sans possibilité de sélection à l’entrée de cette première année, et de l’existence par ailleurs, pour les étudiants en médecine de l’Examen Classant National, la mise en place d’un tel cursus présentera l’avantage de faire évoluer la formation des 4 professions, médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique, dans un sens conforme à l’esprit du LMD pour ce qui concerne la nature et l’organisation de l’enseignement et de permettre davantage d’interactions entre les différentes filières médicales et non-médicales au sein de l’Université.

Dans le rapport THUILLEZ :

  • certaines propositions permettent d’envisager des flux entrants et des flux sortants d’étudiants durant les années de L1-L2-L3, assurant ainsi un décloisonnement de ces professions, grâce à la mise en place de passerelles.

  • La mise en place, par ailleurs, d’enseignements mutualisés au sein des Professions de Santé, mais également entre les différentes filières de l’Université, permettront à l’étudiant d’envisager des réorientations impossibles auparavant, grâce à un parcours personnalisé.

  • L’obtention de diplôme de la Licence ou du Master doit présenter un atout pour les étudiants qui ne souhaiteraient pas exercer un métier directement lié aux soins mais qui voudraient s’orienter vers des métiers en rapport avec les biotechnologies, la recherche ou les métiers non soignants ayant rapport avec la santé.

  • La valorisation de la recherche et la mise en place de parcours courts de formation à la recherche devraient sensibiliser les étudiants à la recherche biomédicale et en santé alors que, simultanément, le principe même du LMD devrait favoriser les échanges entre étudiants des différentes composantes de l’université, dans des domaines variés ayant rapport avec la santé, aussi bien dans le domaine de la biologie que des sciences humaines et sociales.

Enfin, les liens avec les université étrangères, du fait de l’organisation LMD, devraient pouvoir être optimisés.

 

Recherche

 

Outre leurs liens avec le CNRS, L’INSERM, mais aussi d’autres EPST comme l’INRA, les facultés de médecine sont et doivent demeurer le lien entre le monde de la santé, d’une part, le monde de l’université d’autre part.

Elles ont mis spontanément en place avec les conférences des directeurs généraux, des présidents de CME et la Fédération Hospitalière de France une Commission nationale de la recherche destinée à coordonner les efforts de recherche des instances constitutives des Centres hospitaliers et universitaires.

Elles demandent de généraliser l’association des CHU aux contrats quadriennaux des universités, de même qu’elles souhaitent la participation effective des universités et de leurs présidents au contrat d’objectifs et de moyens signés par le CHU et l’ARH.

Elles doivent grâce à l’implication de leurs hospitalo-universitaires continuer de promouvoir la recherche clinique des CHU portée par les PHRC régionaux et nationaux. Elles constitueront ainsi pour la recherche l’interface efficace entre les CHU et les PRES.

 

Gouvernance

 

Les facultés de médecine ont fait la preuve de leur adaptabilité, de leur ouverture, de leur dynamisme. Pour poursuivre au sein des CH & U d’une part, des universités d’autre part, la totalité de leurs missions conjointes de soins, d’enseignement et de recherche, elles doivent bénéficier des moyens propres à assurer au sein des universités leur gouvernance. La loi du 10 août 2007 a été votée. Nous devons nous y adapter, en attendant peut être une nouvelle loi.

Les doyens et leurs conseils doivent pouvoir prendre toutes les mesures résultant de l’application des conventions. Les facultés de médecine proposent une réévaluation périodique de tous les enseignants titulaire des universités.

Enfin les facultés de médecine ne peuvent être contraintes à se replier dans des universités autonomes luttant entre elles dans le classement de Shanghaï car, aujourd’hui, le destin des facultés de médecine et des CHU s’inscrit dans l’interrégionalité que la France a organisée pour structurer les soins, l’enseignement et la recherche en sciences de la santé. Les PRES qui se créent ne tiennent pas compte de cette contrainte pour obéir certes à d’autres contraintes légitimes pour d’autres composantes des universités. Les facultés de médecine doivent par leur statut assurer la cohérence entre leur appartenance au monde universitaire et leur appartenance au monde de la santé. Il y va de l’avenir des Centres hospitaliers et universitaires dont la vocation moderne est de vivre leur avenir dans leurs interrégions, seules capables par leur taille de répondre aux enjeux de la médecine moderne.

 

Conclusion et portée symbolique

 

Tous les Doyens des Facultés de Médecine ont été frappés cet été par l’ambiance psychologique entourant la discussion de la loi, et par le fait que « la médecine et son monde hospitalo-universitaire avaient été maltraités », c’est l’exacte phrase d’un membre éminent de cette compagnie, maltraitée par la représentation nationale, peut être pas par le peuple, et maltraitée par certains médecins eux-mêmes.

Il est vrai que le médecin irrite, parce qu’il représente un certain pouvoir qui irrite d’autres pouvoirs, surtout celui de ceux qui n’ont jamais été malades, les autres, une fois guéris ou morts, allant beaucoup mieux… Il s’agissait, de façon idéologique, probablement de mettre au pas une symbolique encore forte, un lieu d’exception où l’on ignorait le quotidien du médecin au pied des malades pour ne voir que des efforts marginaux, dévoués à la performance et à la gloire personnelle de leurs auteurs, acteurs d’une société du spectacle, d’une mise en scène.

L’image du médecin, des 220 000 médecins, reste bonne dans la population. Toutes les enquêtes le montrent et la philosophie de la médecine à la française basée sur des rapports non marchands attire de plus en plus certains pays qui affichaient précédemment une préférence anglo-saxonne très nette.

Il est évident que les rapports malades/médecins changent : les malades et leurs familles sont plus exigeants, et la loi Kouchner sur les droits des malades a été dans leur sens, loi « molle » qui oublie en l’occurrence les devoirs des malades et pousse les médecins à se déresponsabiliser. Et puis les malades sont plus savants grâce à internet.

Je rappellerai d’ailleurs la phrase de mon prédécesseur, le Doyen B. Giraud-Chaumeil qui disait que « lorsque les médecins étaient ignares, ils étaient sacrés. Devenus savants et encore inefficaces, ils étaient respectés et maintenant qu’ils sont savants et efficaces, ils sont suspectés ».

Ce qui fait craindre l’arrivée dans le discours singulier entre médecin et malade, du juge et de l’avocat.

Plus surprenant encore a été le dénigrement par certains hospitalo-universitaires de la communauté dont il font pourtant partie. Comme si s’autodétruire et détruire les autres confrères ne laissait qu’un seul personnage indemne de cette remise en question : soi-même. Cette posture est typique d’une déréliction de corps et d’une méconnaissance du bilan positif de l’ordonnance de 1958, que certains ne semblent même pas avoir lue. Mais peut-être n’avons-nous pas assez fait le ménage dans nos rangs.

Enfin, je suis inquiet pour le renouvellement des générations médicales à venir, qui dans une société post-moraliste, vont soit ne pas venir, soit s’inscrire « dans une époque où le devoir est édulcoré et anémié, où l’idée du sacrifice du moi est socialement délégitimée, où la morale n’exige plus de se dévouer pour une fin supérieure à soi-même, où les leçons de morale sont recouvertes par les spots du mieux vivre, des 35 heures, du soleil des vacances et le divertissement médiatique » (G. Lipovetski).

Je terminerai par une phrase de Claude Levi-Strauss que je cite de mémoire : « Une société qui maltraite ses prêtres, ses mages, ses chamanes et ses médecins est une société malade qui va mourir, c’est une constante depuis la nuit des temps ».