Jean Vitaux : Des pandémies

Des pandémies

Docteur Jean Vitaux
Correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques
section Histoire et Géographie

La pandémie récente du Coronavirus (Covid-19) n’est pas la première qui frappe l’humanité, ni la plus grave : la variole tua au XVIe siècle 90 % des Amérindiens, la peste noire en 1347 entre le tiers et la moitié de l’Europe, et la grippe dite espagnole en 1918 fit plus de victimes que la première guerre mondiale. La conjonction de la peste, la guerre, la famine et la mort évoque depuis toujours les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Elles ont eu des conséquence millénaristes et apocalyptiques : ainsi, la peur de la pandémie a actuellement totalement remplacé les terreurs écologiques et climatiques. Ces grandes pandémies ont entraîné des rumeurs incontrôlées et fait rechercher des coupables : au Moyen Age, on persécuta les juifs (face à la peste et à la lèpre), et on pensait qu’elles étaient dues à une punition divine, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, où la fermeture des lieux de culte a fait peu de vagues ; aujourd’hui, on accuse plutôt les politiques et les scientifiques.

La diffusion des pandémies a suivi les mouvements de population, les guerres et le commerce : après les caravanes, les bateaux, puis les avions accélérèrent leur diffusion. Les pèlerinages (à la Mecque pour le choléra, et sur les chemins de Saint-Jacques pour la lèpre), avec leurs grands rassemblements, également.

Jusqu’à l’époque moderne, en l’absence de traitements, il n’y avait que deux solutions pour se prémunir : l’adage hippocratique (« Pars vite, va loin, reviens tard ») et le confinement. Pendant la peste de Marseille en 1720, les riches partirent et les ordres religieux se confinèrent. Face au Covid-19, en l’absence de traitement, on en revint au confinement généralisé, d’une ampleur inégalée. Mais la levée du confinement pose des problèmes redoutables : en témoigne l’Australie qui lors la pandémie de grippe espagnole en 1918 s’était confinée, et qui en 1919 paya un tribut de plusieurs milliers de morts.

Les grandes pandémies eurent des conséquences : eschatologiques pour la peste noire, où le comportement vis-à-vis de la mort changea (les Danses macabres)et où les critiques contre l’Église se firent virulentes ; hygiéniques après les pandémies européennes de choléra, avec le traitement des eaux. La grippe espagnole aux États-Unis entraîna des mesures d’hygiène et le port des masques… pendant deux ans seulement !

La pandémie actuelle prend un relief singulier dans nos pays où la mort est occultée et où l’on pense à des guerres sans pertes : malgré les progrès de la médecine, la maladie reste mortelle, même avec la réanimation moderne, car il n’a pas de traitement étiologique du Covid-19. Le manque de culture historique de nos contemporains explique que, depuis l’invention des antibiotiques et des vaccinations, on pensait que les grandes vagues de mortalité des pandémies appartenaient au passé et avaient disparu. Même la crise du SIDA avait pu être assez rapidement contrôlée sinon éradiquée. Mais rassurons-nous, aucune pandémie n’a tué toute l’humanité (sinon l’agent infectieux aurait aussi disparu !). La pandémie actuelle a de nombreux points communs avec la grippe espagnole.

Outre sa passion pour l’histoire de la gastronomie, Jean Vitaux s’intéresse depuis de nombreuses années à la peste et à son histoire, depuis ses publications universitaires sur les yersinioses.

Réécouter sur Canal Académie :
Jean Vitaux « Quand la peste répandait la terreur« , 2011
Télécharger le fichier mp3 de l’émission

Lire : Jean Vitaux, Histoire de la Peste, PUF, 2010150x200_vitaux

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