André Vacheron : Santé et Société

Séance solennelle du lundi 15 novembre 2021

 

Santé et Société

par M. André Vacheron
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

lundi 15 novembre 2021

 

Monsieur le Président du Sénat,

Messieurs les députés,

Messieurs les ambassadeurs,

Madame et Monsieur les Maires,

Monsieur le Chancelier de l’Institut,

Monsieur le Secrétaire perpétuel de l’Académie,

Monsieur le Vice-président de l’Académie,

Mesdames et Messieurs les membres des académies de l’Institut,

Mesdames et Messieurs les correspondants,

Mesdames et Messieurs les Fondateurs et Mécènes,

Mesdames et Messieurs les lauréats,

Chers élèves du Lycée international François 1er de Fontainebleau,

Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,

Chers amis,

 

La date de ce rendez-vous solennel de la mi-novembre, le cadre majestueux, l’ordonnancement de nos discours, nos uniformes, tous les rituels nous rassurent.  L’Académie n’a jamais, même pendant les Grandes guerres, manqué de tenir sa séance solennelle de rentrée. L’an passé, à cause de la pandémie, la séance a dû se tenir dans des conditions très particulières : sans public, à huis clos, et dans un autre lieu, mais nous l’avons tenue. C’est pourquoi cette année, et malgré le port du masque, nous sommes plus que jamais heureux de vous recevoir ici ce jour, et de vous dire combien votre présence est importante.

Les lauréats de cette année viennent donc une fois encore  en 2021 inscrire leurs noms dans la liste des récipiendaires des prix de l’Académie, et nous les en remercions ainsi que les fondateurs et mécènes qui rendent cela possible.

*

Pour reprendre la phrase d’usage «  Si l’immortalité est promise à nos Académies, elle n’est pas offerte à chacun de nous ».

Nous ont quittés cette année : notre confrère Philippe Levillain, membre de la section Histoire et Géographie et trois correspondants. Denis Huisman, dans la section Philosophie ; Moriaki Watanabe  dans la section Morale et Sociologie ; et Jean-François Lemaire, dans la section  Histoire et Géographie.

Nous ont rejoints un Membre Associé étranger : Monsieur Zaki Nusseibeh et deux correspondants : Philippe Boulanger et Michel De Jaeghère, tous deux dans la section Histoire et Géographie.

Cette séance est, pour le Président, l’heure des bilans. En 2021, nos travaux hebdomadaires ont porté sur « Santé et société ». J’y consacrerai l’essentiel de mon discours. Puis seront  proclamés les prix que nous attribuons chaque année, nous ne prononcerons les noms que des lauréats récompensés par notre Académie même si nos travaux nous amènent aussi à proposer à l’Institut les lauréats d’un grand nombre de Prix de l’Institut. Beaucoup d’autres aspects de la vie de notre Académie ne seront pas évoqués aujourd’hui.

J’en citerai cependant trois :

  • Le cycle de conférences-débats « Des Académiciens en Sorbonne », conçu avec le Rectorat de Paris et de la région académique d’Ile-de-France, qui réunit en Sorbonne des classes autour d’un académicien sur des thèmes inscrits au programme. Cinq séances ont déjà eu lieu et le cycle se poursuivra en cette fin d’année et au-delà.
  • L’accomplissement de deux cycles d’études portés par des Académiciens des sciences morales et politiques grâce aux subventions de la Fondation Del Duca. La parution du très attendu Dictionnaire des Penseurs de l’Europe de l’Est, sous la direction de Madame Chantal Delsol, et le Cycle « Technologies émergentes et sagesse collective », porté par Daniel Andler, qui poursuivra ses travaux en 2022.
  • L’Académie a poursuivi des travaux et tenu des colloques remarquables, célébrant le 40eme anniversaire de l’abolition de la peine de mort en présence de Robert Badinter ou le Bicentenaire de la Société de Géographie, mais l’Académie regarde aussi le futur : j’en veux pour preuve les travaux en cours sur les Eoliennes, le tout prochain colloque « Mythes et machines » sur la robotique et l’intelligence artificielle avec l’Académie des sciences.

*

Quoi de plus pertinent en cette année 2021 pour l’Académie que de choisir de réfléchir à la Santé dans nos sociétés ?

Comment définir la santé ? Illustre chirurgien de la douleur et pionnier de la chirurgie vasculaire de la première moitié du 20ème siècle, René LERICHE a écrit : « la santé, c’est la vie dans le silence des organes ». En 1946, dans le préambule de sa constitution, l’Organisation Mondiale de la Santé définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.

Au début de la pandémie de COVID, en 2020, la santé est apparue en première position dans les préoccupations des Français. Dans son baromètre de fin d’année 2020, l’institut CSA constatait qu’elle dominait largement toutes les inquiétudes : 44 % des Français estimaient que le risque sanitaire était le sujet prioritaire devant le pouvoir d’achat (30 %), l’insécurité (27 %), l’environnement (26 %) et l’emploi (20 %). Cependant, pour les jeunes de 18 à 24 ans, l’emploi restait le premier sujet préoccupant (40 %) devant la santé (37 %). Un sondage très récent (Fiducial Odoxa, octobre 2021) indique que le pouvoir d’achat est redevenu prioritaire (44 %), suivi de la sécurité (30 %), de la santé (24 %).

La santé nous concerne tous, jeunes et vieux. Elle est le pivot de notre existence. Elle conditionne la qualité de notre vie et nos projets d’avenir.

Les déterminants sociaux pèsent lourdement sur elle. Les plus démunis ont non seulement des conditions de vie qui les exposent particulièrement à certaines pathologies (comme la tuberculose), à une mortalité prématurée, mais ils rencontrent également de nombreux obstacles financiers, administratifs, matériels et même psychologiques dans l’accès aux soins.

Le travail, enfin, joue un rôle majeur dans la qualité de la santé. Certains emplois exposent les travailleurs à des facteurs de risques importants, tels que les troubles musculosquelettiques en constante augmentation dans le bâtiment et les troubles psychologiques dans les horaires prolongés ; le stress, les comportements à risque comme le tabagisme pèsent eux sur la santé des cadres.

À l’heure actuelle, à côté de la médecine de soins, la santé publique a contribué fortement à l’allongement de la durée de la vie : l’espérance de vie atteint actuellement 80 ans chez les hommes et dépasse 85 ans chez les femmes. Elle est plus élevée dans notre Compagnie …

Un paramètre intéressant est l’espérance de vie sans incapacité à l’âge de 65 ans : elle est de 11,5 ans pour les femmes et de 10,4 pour les hommes. A l’heure actuelle, il est possible de rester actif jusqu’à 75 ans.

La santé publique s’est engagée dans la lutte contre l’obésité et le diabète par l’amélioration de l’alimentation, dans la lutte contre les addictions, notamment contre le tabagisme avec l’augmentation des taxes, dans le dépistage des maladies sévères comme les cancers, dans la prévention des maladies infectieuses par les vaccinations et on constate aujourd’hui comment les vaccins contre le coronavirus ont stoppé la pandémie de COVID. La santé publique s’est engagée aussi dans l’amélioration de l’environnement, dans la lutte contre les pollutions, dans la prise en charge des handicaps et du vieillissement.

Devenue un véritable enjeu politique, la santé impose d’importants choix de société. Si elle n’a pas de prix, elle a un coût.

En France, en mars 2021, les dépenses de santé représentent 11,2 % du PIB. Dans son rapport annuel sur les comptes de la Sécurité Sociale, la Cour des comptes a indiqué qu’en 2021, pour 1 000 euros dépensés, 150 euros sont financés par de nouvelles dettes à la charge des générations futures et son premier président Pierre MOSCOVICI a insisté sur la nécessité de réamorcer le plus vite possible les mécanismes de régulation et de contrôle des dépenses et des recettes de la Sécurité Sociale relâchés pendant la pandémie.

La médecine actuelle doit être prédictive, préventive, personnalisée et les bilans de santé à mi-vie que je préconise particulièrement sont d’excellents indicateurs pour le reste du parcours de vie. La santé doit aussi être participative.

Notre année thématique a été riche en informations apportées par des personnalités de haut niveau. Laissez-moi vous en retracer le film en les citant dans leur ordre chronologique.

Jean BAECHLER – La santé : À quelles fins ?

Définissant la santé comme l’état du dispositif humain approprié au développement et à la réalisation de l’homme, la santé doit être conçue comme une fin de l’homme aux services des fins de l’homme.

Jean-Noël FABIANI-SALMON – L’histoire des hôpitaux en France

Jean-Noël Fabiani a retracé la longue histoire de l’hôpital, depuis la prise en charge des malades par la religion et l’église catholiques, à la  modernisation des hôpitaux durant les Trente Glorieuses qui a permis de hisser la médecine française au plus haut niveau international.

Chantal DELSOL – Qu’est-ce que l’Homme ?

À la question « Qu’est-ce que l’homme ? », Chantal Delsol note que dorénavant la réponse serait : « une créature parmi d’autres », la différence entre l’homme et l’animal s’avérant davantage de l’ordre d’un lent et long passage que de la rupture.

Jean-François BACH – Environnement et santé

Jean François Bach a démontré comment l’évolution du style de vie et la qualité de l’environnement sanitaire modifient la fréquence des maladies et leur nature.

Pierre-André CHIAPPORI – Le capital familial

La santé joue un rôle central dans la notion de capital humain par son impact direct sur les productivités individuelles mais aussi par son importance dans l’acquisition et le développement de diverses compétences.

Olivier HOUDÉ – Le cerveau et la décision

Le cerveau est une véritable machine à décisions, notamment au niveau du cortex préfrontal. Grâce à lui, le cerveau apprend à choisir les bonnes stratégies cognitives, mais il peut commettre des erreurs .On peut entraîner notre cerveau à résister et le développement de l’inhibition cognitive devrait être à la base de l’éducation.

Claude JAFFIOL – Le diabète

L’évolution dramatique de la maladie traduit les conséquences de l’échec de la prévention, notamment sur les mauvaises habitudes alimentaires, couplées à la sédentarité.

Eloi MARIJON – La mort subite

Le professeur Marijon a rappelé que la mort subite de l’adulte est un problème majeur de santé publique en France. Tout montre que l’amélioration de la survie passe par l’éducation des citoyens au massage cardiaque et aux gestes qui sauvent et à la démocratisation de l’usage des défibrillateurs.

Jean-François MATTEI – Quand l’opposition aux faits médico-scientifiques devient déraisonnable

Les évolutions récentes de la technologie sont venues bouleverser les rapports entre patients et médecins. Parmi les oppositions déraisonnables devant des faits scientifiques démontrés, l’opposition à la vaccination est la plus flagrante.

Pierre CORVOL – L’éthique, le chercheur et le malade

Les usagers de la santé sont devenus des partenaires incontournables de la recherche biomédicale, en grande partie grâce à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

Régis AUBRY – La fin de vie

Un des corollaires des fantastiques progrès de la médecine contemporaine est la création de nouvelles formes de fin de vie qui posent de grandes problématiques de nature éthique. Des politiques d’accompagnement du vieillissement sont indispensables.

Jean-Pierre MICHEL – Transformer le futur du vieillissement

Le vieillissement est un processus continu et inévitable qui commence dès la conception pour se terminer le plus souvent au grand âge. Nous prenons seulement conscience de l’importance de l’éducation, des activités intellectuelles et physiques, de la nutrition, des comportements de santé et des habitudes de vie saine pour bien vieillir.

Bruno ANGLES – Le coronavirus, révélateur de la passion française pour l’égalité

A montré comment cette passion égalitaire a pesé sur les prises de décision, depuis  l’annonce du premier confinement par le président de la République, jusqu’à l’ouverture de la vaccination. 

Michel BERTRAND – La cardiologie interventionnelle

Le Professeur Bertrand a retracé l’évolution médicale importante qui consiste à remplacer un geste agressif par une technique simple, peu invasive, ambulatoire et moins coûteuse.

Gemma DURAND – Faire un enfant sans père

Avec la réécriture des lois de bioéthique, la France a autorisé la conception d’enfants au sein d’un couple de femmes ou chez une femme célibataire . Cette disparition du père remet en question sa place symbolique dans la société.

Bernard STIRN – Naissance et procréation : éthique et droit

Si la science élargit l’éventail des possibles par l’assistance médicale à la procréation, et si le droit en précise le cadre, les options décisives relèvent quant à elles de choix éthiques et de décisions politiques.

Pierre CARLI – La réponse médicale aux grandes catastrophes

En France, après les attentats terroristes de 2015,  la prise en charge des catastrophes a été renforcée par la création du plan SSE pour « Situation Sanitaire Exceptionnelle ». C’est ce plan qui a été activé lors des premiers mois de la pandémie de Covid-19.

Jean-Claude TRICHET – La santé de l’économie

Jean-Claude Trichet s’est demandé si l’économie française est en bonne santé, au sens  de la définition de l’OMS. Il a exposé les maladies chroniques qui caractérisent nos finances publiques : le niveau élevé de la dépense et de l’endettement publics, la persistance des déficits structurels, les obstacles administratifs à la croissance et à la création d’emplois.

Jean-Louis DUFIER – Pollution lumineuse, visuelle et de l’esprit

Contrairement aux autres sources de pollution, les agressions lumineuses, visuelles et celles de l’esprit, liées aux nouvelles sources de lumière artificielle, ne sont pas suffisamment dénoncées.

Marc GENTILINI – L’arnaque en santé

L’arnaque en santé connaît un nouvel essor avec le développement des pratiques dites parallèles ou douces, autoproclamées « thérapies » et rejetant la médecine scientifique qualifiée d’ « occidentale ».

Christian FERAULT – L’agriculture biologique

L’agriculture biologique est source de débats passionnés : marché en très forte croissance malgré un coût non négligeable, elle affiche des effets nettement positifs sur l’environnement,  mais ses bénéfices pour la santé sont plus incertains.

Yvon LEBRANCHU – La place de la France dans les essais cliniques à promotion industrielle

Restaurer la compétitivité de la France, très en recul dans ce domaine, est une nécessité dont ont conscience les pouvoirs publics comme l’attestent les déclarations récentes du président de la République sur le rôle stratégique des industries de santé.

Pierre BÉGUÉ – La médecine scolaire

La médecine scolaire concerne 12,5 millions d’élèves de la maternelle au lycée, dont 25% sont en situation de précarité. L’étendue des activités des médecins scolaires, l’absence de travail d’équipe avec les infirmières et l’insuffisance numérique font que la médecine scolaire est en grande difficulté.

Daniel LOISANCE – Le remplacement du cœur

Seul traitement efficace dans l’insuffisance cardiaque réfractaire à tout traitement médical ou chirurgical, la greffe cardiaque se situe au point de rencontre entre la mort et la vie. Elle pose donc un problème éthique majeur à tout individu, du côté du receveur comme de celui de la famille du donneur.

André-Laurent PARODI : Animal et société

Monsieur Parodi a souligné la répétition des épidémies d’origine animale (zoonoses) depuis plusieurs décennies. La pandémie actuelle (COVID 19), apparue en Chine, s’est diffusée dans le monde entier. Plusieurs facteurs en sont responsables : la déforestation, l’urbanisation massive, l’effondrement de la biodiversité, la mondialisation des transports et des échanges internationaux.

Didier HOUSSIN : La couverture santé universelle

La couverture santé universelle influe directement sur la santé d’une population et de ses membres en  leur donnant accès à des soins préventives et curatifs. L’Organisation des Nations Unies l’a incluse dans les objectifs du développement durable pour 2030.

Trois communications achèveront ce cycle de réflexion après la séance solennelle :

Yves JUILLET – Les médicaments falsifiés

Jean-Pierre GOULLÉ – Les addictions chez les adolescents

Xavier DARCOS – La santé de l’Institut de France

*

Je cède maintenant la parole à notre Vice-président Rémi Brague qui, comme le veut la tradition, prendra la Présidence de notre Académie au 1er janvier prochain.

[Proclamation du palmarès par le Vice-président]

Merci, Monsieur le Vice-président.

Je cède maintenant la parole à notre Secrétaire perpétuel Jean-Robert Pitte, pour la lecture de son discours intitulé : « Deux géographes de la liberté : Roger Dion et Pierre Gourou ».

[Lecture de son discours par le Secrétaire perpétuel]

Merci, Monsieur le Perpétuel.

Avant de lever la séance, je tiens à vous remercier tous pour votre présence aujourd’hui.

Je remettrai dans quelques instants leurs prix aux lauréats, ou aux personnes qu’ils ont désignées pour les représenter, dans le salon Genevoix, situé de l’autre côté de la Cour d’honneur.

Je prie également les fondateurs des prix, leurs représentants et les membres des jurys qui le souhaitent de se joindre à nous pour cette remise et figurer au côté des lauréats sur les photographies qui immortaliseront cet instant.

J’invite tous les autres participants à notre séance de ce jour à se retrouver dans les salons qui leur seront indiqués à la sortie de la Coupole et dans lesquels le cocktail sera servi.

Je demande aux lauréats de bien vouloir quitter la Coupole les premiers, de nouveau sous nos applaudissements.

La séance est levée.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.