Communication de Thierry de Montbrial
Le problème de la gouvernance et l’avenir du système international – perspectives à l’automne 2023

Communication du lundi 20 novembre de Thierry de Montbrial, Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, président de l’Institut français des relations internationales

Thème de la communication : Le problème de la gouvernance et l’avenir du système international – perspectives à l’automne 2023

Synthèse de la séance

L’idée de gouvernance, proche des notions de multilatéralisme ou même de droit international, est inséparable de celle de la paix. Si on pense les relations internationales comme un système dynamique, la notion de gouvernance s’identifie à celle du « contrôle » de la « trajectoire » dudit système. Les objectifs peuvent être généraux comme le règlement pacifique des conflits, ou spécifique comme la lutte contre le réchauffement climatique ou la prévention des pandémies. L’objectif essentiel de la gouvernance est celui de la stabilité structurelle, à l’instar de l’arms control pendant la guerre froide. Un moment propice pour fonder ou refonder une gouvernance légitime et efficace peut être au lendemain d’un grand drame, surtout quand un leader se détache.

Le XXème siècle politique fut court (1919- 1991) et se divise de part et d’autre de la Seconde Guerre mondiale. En raison du fait nucléaire, le « système international » a tendu à se stabiliser structurellement à partir des années 1960. La chute de l’URSS, qui marqua la fin du cycle commencé avec l’écroulement des empires allemand, austro-hongrois et ottoman, ne pouvait ouvrir qu’une ère prolongée de bouleversements du « système international », à commencer avec la décomposition de la Yougoslavie ; mais aussi l’Ukraine, le Caucase ou encore le Moyen-Orient, qui n’est jamais finalement sortie des turbulences depuis qu’il était qualifié d’ « homme malade » de l’Europe ; sans compter les régions de l’ancien « Tiers monde ». Aujourd’hui, la montée continue de l’islamisme politique est une autre réalité mondiale qui a largement débordé l’arc arabo-musulman, et atteint l’Asie, dont les Occidentaux n’ont peut-être jamais pris la pleine mesure, ne voulant y voir pendant longtemps que des questions de nationalisme ou de décolonisation, et entretenant l’illusion que tout pourrait se régler grâce à la supériorité de leurs « valeurs ». L’attaque du Hamas le 7 octobre a révélé une gigantesque faille dans la structure du « système international ».

Dans ce contexte où de nombreux signes d’un recul de la coopération nationale se manifestent tant les fossés s’élargissent et la complexité augmente, et où les divisions internes aux démocraties occidentales accroissent l’incertitude globale, la possibilité d’une déconstruction lente de l’Union européenne sous l’effet de ses propres contradictions et insuffisances, paraît possible, alors que son modèle culturel, économique et social est à bout de souffle. Afin d’éviter d’attendre une renaissance du projet européen après son effondrement, il est nécessaire de donner un sens non pas abstrait mais charnel à notre identité, de développer nos leviers de puissance et surtout d’élaborer une vision partagée des tâches à accomplir individuellement et collectivement.

Verbatim du conférencier

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