Clément Tonon, « Gouverner l’avenir : Retrouver le sens du temps long en politique » (2025)

Bernard STIRN

Bernard Stirn a déposé l’ouvrage suivant en séance du 3 mars 2025 :

Gouverner l’avenir de Clément Tonon (Éditions Tallandier, 2025, 224 p.).

Texte prononcé en séance

Le livre que Clément Tonon vient de publier aux Editions Tallandier Gouverner l’avenir, avec comme sous-titre Retrouver le sens du temps long en politique, me paraît mériter de retenir l’attention de notre académie. Il s’agit du premier et prometteur ouvrage d’un jeune auteur, maître des requêtes au Conseil d’Etat, et par ailleurs élu local en Dordogne, qui a occupé de 2022 à 2024 des fonctions de conseiller auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion territoires, Christophe Béchu. D’un style alerte, ce livre expose une réflexion fort intéressante sur le besoin et sur les possibilités pour l’action publique de retrouver la capacité à s’inscrire dans le temps long.

            Clément Tonon part du constat que le rapport de l’action publique au temps s’est dégradé, « sous le triple mouvement de la disparition du passé, de la dictature du présent et de la crise de l’avenir ».  Il rappelle que Tocqueville écrivait : « Le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ».  L’information en continu et les réseaux sociaux aggravent la pression de l’immédiat. En imposant d’agir dans l’urgence, la succession des crises a encore accru la perte du sens du temps long. Le risque existe d’une « prison algorithmique » dont les divers populismes se nourrissent. Il y a lieu de s’inquiéter d’une évolution qui conduit à naviguer à vue, sans vision d’ensemble. L’auteur parle d’ « un grand déboussolement ».

            Mais loin d’être un constat désabusé, le livre de Clément Tonon invite à écarter tout fatalité et il ouvre des voies pour retrouver les ressorts d’une meilleure prise en compte du temps. Montrant combien la recherche et la réflexion politiques sont nécessaires pour sortir de la « dictature de l’instant », il met en lumière les moyens, bien supérieurs aux nôtres, que nos partenaires déploient pour les stimuler, en particulier aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. Il met en valeur l’importance de l’action publique sur les sujets majeurs, l’éducation, le climat et la biodiversité, la politique de puissance et la stratégie internationale. A partir de son expérience au cabinet du ministre de la transition écologique, il insiste sur « l’irruption de la nature en politique » et souligne que l’adaptation au changement climatique relève aujourd’hui de la compétence régalienne de l’Etat.

Sachant allier approche théorique et exemples concrets, cet ouvrage montre au total qu’il est possible de cesser de suivre la voie d’un Etat qui « réglemente et dépense trop » pour aller vers un Etat qui sache à la fois construire une stratégie dans la longue durée et la mettre en œuvre par des actions menées « sur-mesure, dans le temps et l’espace ».

            Au total, c’est bien la solidité de la démocratie qui est en cause au travers de la capacité à assurer aux acteurs publics un meilleur rapport au temps. « Les démocraties doivent inventer un modèle qui concilie réussite écologique, innovation technologique et logique de puissance, sans renier leurs valeurs » écrit Clément Tonon. Son livre apporte des éclairages précieux et stimulants pour notre académie au moment où elle engage ses propres réflexions sur l’avenir de la démocratie.

 

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