Communication d’Alain MIOSSEC « La montée du niveau des océans entre nature et société »

Communication du lundi 30 juin 2025 d’Alain Miossec, Professeur émérite de géographie à l’Université de Nantes, Recteur d’académie honoraire

Thème de la communication : La montée du niveau des océans entre nature et société

Synthèse de la séance

Sur presque tous les littoraux du monde s’affrontent deux dynamiques. Celle des forces naturelles le cas échéant modifiées par les évolutions du climat et celles, plus récentes, des sociétés humaines portées vers les côtes dans le contexte de la mondialisation. Sur les littoraux, l’espace se fait rare et l’on a pris depuis une cinquantaine d’années conscience de sa fragilité. En sorte que les littoraux sont plus que jamais des lieux où la cohabitation est délicate entre tous ceux qui aspirent à y être. L’essor de tourisme balnéaire depuis plus d’un siècle, la poussée du tourisme de masse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ont rendu la compétition pour l’espace de plus en plus âpre au nom d’un slogan qui fit fureur dans les années 60-70 : « vivre en bord de mer les pieds dans l’eau ». En témoignent bien des équipements aujourd’hui menacés. Menacés par la mer certes mais plus encore dans le contexte actuel de réchauffement climatique, porteur également d’une remontée du niveau des océans. C’est l’occasion de faire le point entre ce que l’on sait et ce que l’on prévoit pour l’avenir. Aux yeux de beaucoup, il serait sombre pour 2100, c’est la logique en action d’une forme de catastrophisme qui sévit en quelques lieux depuis au moins deux décennies, même chez certains scientifiques. Que disent les chiffres ? Entre 1880 et 1980, le niveau de la mer s’est élevé entre 1,7 et 1,5 mm par an. Les satellites (Topx-Poseidon, Jason 1, Jason 2 signalent un accroissement de la montée de l’ordre de 3,6 mm/an). Ce constat ne vaut que pour ces dernières années, il inscrit une tendance tout de même assez lente de la montée des eaux. Ce qui autorise le GIEC à fixer l’élévation prévue à l’horizon 2100 entre 24 cm (hypothèse basse) et 100 cm (hypothèse haute). Rien d’effrayant si l’on veut considérer que les tempêtes peuvent aujourd’hui s’accompagner de « surcotes » qui vont bien au-delà du mètre. Rien d’effrayant non plus si l’on se réfère aux prévisions de l’Environmental Protection Agency qui aboutissait à peu près aux mêmes résultats… à la fin des années 1980. Sans remettre en cause le constat selon lequel la température globale se réchauffe tout en doutant que ce soit la seule conséquence de l’injection des gaz à effet de serre dans l’atmosphère : il n’y a là que des faits que l’on doit affronter avec sang-froid, non sans rappeler ce que fut la grande transgression qui depuis environ 18 000 ans a amené le niveau marin là où nous pouvons le constater, avec une stabilité relative depuis 6000 BP environ. Alors, les menaces d’hier sont encore largement celles d’aujourd’hui et appellent à considérer les différentes méthodes utilisées pour faire face à la mer en rappelant que si l’érosion des côtes est chronique (et mesurée), les submersions sont plus rares et, pour la plupart, liées à des tsunamis dont les causes sont profondes et liées à la tectonique globale.

Face à la mer on dispose de moyens bien connus qui s’inscrivent dans des politiques récentes qui ont pris en compte les conditions nouvelles auxquelles sont confrontées les sociétés (littorales ou pas). Les évoquer permet de mieux saisir combien la confrontation nature/sociétés (avec un « s » car les réponses ne sont pas uniformes) est mieux prise en compte, qu’il s’agisse de lutter contre les flots ou de mieux protéger l’espace côtier de l’appétit des humains (exemple du Conservatoire du littoral en France) ! Là où les corps d’ingénieurs ont, à des degrés divers, privilégié la défense dure face à la mer grâce à des outils géotechniques éprouvés et sans cesse améliorés (de la digue à la plage rechargée), les États ont progressivement pris conscience qu’il valait mieux reculer face à la mer. La politique française illustre depuis quelques années assez bien cette vision « politique » recommandant de reculer, de « redéployer » les équipements à l’échelle de quelques lieux, ces 5 sites qui font aujourd’hui l’objet de toutes les observations. La tâche s’inscrit manifestement dans la durée et ce sera long, tant les résistances sont solidement ancrées dans les mentalités. Que dire alors de toutes ces régions que l’on nous présente noyées sous les eaux. Si la « transgression » semble lente, il n’y a pas lieu d’être trop optimiste !

À l’issue de sa communication Alain Miossec a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.R. Pitte, Th. de Montbrial, B. Cotte, Y. Gaudemet, G.H. Soutou, G. Guillaume, E. Roussel, S. Sur, J. de Larosière, L. Vogel, J.C. Trichet, H. Korsia, P. A. Chiappori.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

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