Communication du lundi 8 septembre 2025 de Valérie Gelézeau, Directrice d’études à l’EHESS
Thème de la communication : Un point chaud du globe : la péninsule coréenne
Synthèse de la séance
Valérie GELEZEAU analyse la complexité de la frontière coréenne à travers l’exemple de projets de développement sud-coréens planifiés pour la période 2000-2030, et la manière dont ceux-ci se sont heurtés à la persistance de la division politique. Malgré l’ouverture partielle des années 2000, la circulation transfrontalière est restée marginale, et les slogans de la réunification ont fonctionné davantage comme une injonction contradictoire que comme un horizon réalisable.
La cartographie officielle montre une frontière densément aménagée, sillonnée de réseaux de transport et ponctuée de projets économiques et touristiques : aménagements fluviaux, valorisation des littoraux, développement des zones montagneuses. Cependant, la réalité est bien différente : les infrastructures d’échange mises en place (routes réouvertes à l’est et à l’ouest, zones spéciales de Kaesong et de Bongamgang) ont été refermées. Si certaines zones nord-coréennes restent accessibles aux visiteurs étrangers (russes, chinois) et locaux, aucune structure d’intégration durable n’a subsisté.

L’exposé met également en évidence l’importance stratégique de certains espaces, telle une île située à 12 km des côtes nord-coréennes mais administrativement rattachée au port sud-coréen d’Incheon. Cette île illustre les ambiguïtés juridiques du tracé maritime : en l’absence de délimitation négociée, la ligne de démarcation reste indéfinie en mer. L’armistice de 1953 définit précisément la DMZ terrestre, mais s’interrompt à l’embouchure du fleuve Han, laissant les espaces maritimes sans statut clair. Cette lacune alimente des conflits récurrents, matérialisés par plusieurs affrontements navals (1999, 2002, 2009, 2010).
La frontière apparaît ainsi comme un espace « toujours en construction », marqué par une alternance de rapprochements avortés et de tensions persistantes. Elle illustre
une condition paradoxale, « ni paix ni guerre », comparable à d’autres situations d’exception contemporaines. L’exemple coréen met en lumière la difficulté de penser politiquement et juridiquement des zones intermédiaires où s’articulent projet de réunification, militarisation et conflit latent.
À l’issue de sa communication Valérie GELEZEAU a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées A. Vacheron, F. d’Orcival, L. Stefanini, J.D. Levitte, L. Bély, M. Bastid-Bruguière, E. Maury, M. Pébereau, J. de Larosière, J.R. Pitte.
Verbatim de la communicante
Le verbatim sera disponible prochainement.
