Communication du lundi 22 septembre 2025 de Laurent TOUCHART, Professeur à l’Université d’orléans
Thème de la communication : Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion
Synthèse de la séance
Laurent Touchart commence en évoquant la question du volume total de l’hydrosphère et de sa mesure. Un consensus scientifique s’est établi autour d’un chiffre stable, évalué à 1 386 000 000 km³ d’eau. Largement diffusée par l’US Geological Survey, cette estimation trouve en réalité ses origines dans les travaux de géographes russes et austro-allemands des années 1920 à 1950. Les méthodes pionnières – bilans climatiques pour l’école austro-allemande, quantification des eaux souterraines et des pertes par transpiration pour l’école soviétique – avaient déjà fourni des résultats très proches de ceux obtenus aujourd’hui. L’essor des technologies de télédétection et de gravimétrie satellitaire (programme GRACE, 2002-2017) a permis de raffiner les mesures des nappes, glaciers et océans, mais sans modifier de façon significative les ordres de grandeur. La conclusion est claire : les chercheurs du milieu du XXe siècle avaient déjà atteint une précision remarquable, et le volume global d’eau terrestre apparaît comme invariable à l’échelle humaine.
Cette stabilité globale ne doit pas masquer la dynamique interne du cycle de l’eau. L’océan concentre près de 98 % du volume total et constitue le moteur du cycle, mais une partie de l’eau est temporairement stockée dans divers réservoirs continentaux – glaciers, nappes, lacs, rivières ou atmosphère – avec des temps de séjour très contrastés, allant de quelques jours pour la vapeur atmosphérique à plusieurs millénaires pour les masses glaciaires. En moyenne, le temps de renouvellement de l’hydrosphère est estimé à environ 2700 ans, ce qui illustre la lenteur du cycle planétaire et la relative inertie des grands volumes d’eau.
Du point de vue des sociétés humaines, l’eau se caractérise par une disponibilité souvent décalée dans l’espace et dans le temps. Pour pallier ces déséquilibres, de nombreux aménagements hydrauliques ont été entrepris : transferts interbassins en France, détournements partiels de la Volga, ou encore projets plus récents d’approvisionnement de Barcelone par le canal du Bas-Rhône. Certains projets, plus spectaculaires, comme le remorquage d’icebergs vers la péninsule Arabique, restent au stade d’hypothèses théoriques en raison de leurs coûts et de leurs impacts écologiques. La tendance actuelle est d’ailleurs marquée par une prudence croissante, qui conduit à limiter ou abandonner les grands travaux au profit d’approches plus mesurées.
En conclusion, si le volume d’eau terrestre est constant, ses formes et sa répartition géographique varient sans cesse, entraînant localement pénuries ou excès. L’hydrosphère doit dès lors être pensée comme un système intégré, où interagissent océans, eaux continentales, glaciers, atmosphère, sols et biosphère. Les sociétés humaines, confrontées à cette variabilité, n’ont cessé de chercher à la maîtriser, mais leurs interventions doivent désormais composer avec les impératifs écologiques et les limites de l’équilibre planétaire.
À l’issue de sa communication Laurent Touchart a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.C. Trichet, L. Stefanini, M. Bastid-Bruguière, J. de Larosière, A. Vacheron, M. Pébereau, J.D. Levitte, L. Bély, G.H. Soutou, E. Maury, J.R. Pitte.
Verbatim du communicant
Le verbatim sera disponible prochainement.
