Communication de Jérôme BONNAFONT « L’avenir du multilatéralisme face aux nouveaux nationalismes »

Communication du lundi 9 février 2026 de Jérôme Bonnafont, ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’Organisation des Nations unies à New York

Thème de la communication : L’avenir du multilatéralisme face aux nouveaux nationalismes

 Synthèse de la séance

Le président appelle aux honneurs de la séance l’ambassadeur de Singapour en France Umej Bhatia.

Dans son intervention devant l’Académie, Jérôme Bonnafont interroge la résilience de l’ordre international issu de la Charte de San Francisco (1945) face à la résurgence contemporaine des nationalismes et des logiques de puissance. Le diplomate dresse le constat d’une fracture majeure : le passage d’un système aspirant à l’universalité du droit et à la sécurité collective vers une fragmentation géopolitique menacée par l’anarchie ou une bipolarité sino-américaine rigide.

Jérôme Bonnafont rappelle d’abord que le multilatéralisme a constitué une rupture historique avec l’ordre westphalien, substituant la règle de droit à la souveraineté absolue et à l’usage discrétionnaire de la force. Après un « âge d’or » post-Guerre froide (années 1990) marqué par l’expansion de la démocratie et l’efficacité du maintien de la paix, le système subit aujourd’hui une double contestation. D’une part, une critique politique émanant du Sud global, exacerbée par l’intervention américaine en Irak en 2003, qui dénonce un « deux poids, deux mesures » et perçoit l’universalisme occidental comme une forme de néocolonialisme. D’autre part, une remise en cause structurelle par des puissances révisionnistes (Russie, Chine) et par le retour de l’isolationnisme américain, remettant en question la primauté des traités et paralysant le Conseil de sécurité, notamment sur les dossiers syrien, ukrainien et proche-oriental.

L’académicien Jean-Claude Casanova

Toutefois, l’intervenant récuse la thèse de l’obsolescence totale de l’ONU. Il souligne une demande persistante de régulation mondiale, illustrée par la participation massive des États aux assemblées générales et par l’adoption récente de traités majeurs en 2025 (prévention des pandémies, protection de la haute mer). Il identifie des pistes de revitalisation pragmatiques : la rationalisation de la bureaucratie onusienne, l’élargissement du Conseil de sécurité aux nouvelles puissances (Allemagne, Japon, Inde, Brésil, Afrique) et l’encadrement du droit de veto en cas d’atrocités de masse.

En conclusion, Jérôme Bonnafont affirme que le soutien au multilatéralisme constitue pour la France et l’Europe un impératif existentiel de souveraineté, et non un idéalisme naïf. Face au risque de vassalisation et à la montée des obscurantismes, il plaide pour un « optimisme de la volonté » visant à construire des coalitions de volontaires capables de maintenir la force du côté de la loi et de préserver un espace de coopération internationale.

Verbatim du communicant

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