« Dictionnaire juridique 2026 » d’Yves Gaudemet et Alain Bénadent (2025)

François d’ORCIVAL

François d’Orcival a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 5 janvier 2026 :

Dictionnaire juridique 2026 d’Yves Gaudemet et Alain Bénadent (LGDJ, 2025, 534 p.)

Texte prononcé en séance

J’avais présenté ici même le 13 octobre dernier le Dictionnaire du droit administratif de notre secrétaire perpétuel Bernard Stirn. Depuis, j’ai reçu l’édition 2026 du Dictionnaire juridique que publient notre confrère Yves Gaudemet et son ami Alain Bénabent, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation. Un dictionnaire qui suit la 25e édition du Manuel de droit administratif que notre confrère avait édité en 2024.

Nous voici donc bien équipés.

Dans l’avant-propos de leur dictionnaire juridique, nos auteurs écrivent : « Le vocabulaire du droit est limité, sinon pauvre. Et les mots du droit, tous marqués d’histoire, outre qu’ils n’appartiennent pas d’origine, pour beaucoup d’entre eux, au vocabulaire juridique, ont à l’intérieur de celui-ci, des sens multiples et changeants… »

Eh bien, permettez-moi de faire devant vous une brève démonstration de la richesse de ce travail !

Cette édition de quelque 520 pages est en effet un dictionnaire qui, de A à Z, nous conduit de la définition de l’Abandon de biens jusqu’à celle de Zone euro, laquelle renvoie à la Banque centrale européenne. 

C’est de l’abondance de mots dont je devrais parler ici pour citer les 4 700 entrées qui font la singularité de cet ouvrage. Je choisis la partie judiciaire, sans doute parce qu’elle est la plus riche.

On trouvera par exemple 22 définitions du mot juge, du juge tout court jusqu’au juge d’instruction ; j’en lis 27 du jugement jusqu’au jugement sur requête. 

Et l’on peut poursuivre avec le juge rapporteur, le juré, les juridictions, la jurisprudence, le jus sanguinis, le jus soli… Le dernier des mentionnés étant le justiciable, « toute personne en tant qu’utilisatrice potentielle du service public de la justice » …

Les définitions de la peine ne sont pas moins nombreuses, puisqu’on en comptera 18, depuis la peine accessoire, afflictive ou infamante, alternative ou capitale, complémentaire ou correctionnelle, et privative de liberté, pour finir par la peine privée, appliquée aux sanctions purement civiles, mais pour autant très fortement réprouvées !

Je n’ai donc sélectionné ici, pour le seul plaisir de la démonstration, que deux mots génériques, juge et peine, soulignant ainsi l’exceptionnel foisonnement de ce dictionnaire.

Nos deux auteurs écrivent que toutes ces définitions s’inscrivent dans notre histoire en étant fidèles à ce « parler simple et vrai, sur le papier, comme à la bouche, que Montaigne disait être celui du droit français ».

« Les juges devant l’Histoire. Savoir dire non, de Vichy à nos jours » de Jean-Paul Jean (2025)

Bruno COTTE

Bruno Cotte a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 8 décembre 2025 :

Les juges devant l’Histoire. Savoir dire non, de Vichy à nos jours de Jean-Paul Jean (PUR, Collection Histoire, 2025, 342 p.).

Texte prononcé en séance

Jean-Paul JEAN

 « Les juges devant l’histoire »

Savoir dire « non » : de Vichy à nos jours.

Jean-Paul JEAN a communiqué devant vous en mars 2024  pour nous parler de la Justice sous Vichy et durant la période de l’épuration.

Il publie aujourd’hui aux PUF de Rennes (le livre est depuis peu en librairie)  :

       « Les juges devant l’histoire »

Savoir dire « non » : de Vichy à nos jours.

Richement documenté, faisant état d’archives inédites, publiques comme privées, donnant une large place à de nombreuses et fort intéressantes photographies , ce livre de 340 pages est :

Un livre nécessaire à un moment où la Justice est en difficulté dans nombre de pays (USA, Hongrie, Pologne …. )

Qu’en sera-t-il en France si devait s’installer un jour un régime beaucoup plus autoritaire ?

Oui « nécessaire » car il s’impose de se souvenir de ce que fut le comportement des magistrats lors de périodes troublées (le pire comme le meilleur) et de de tirer les leçons de l’expérience passée mais aussi récente : les juridictions d’exception dont le fonctionnement a ponctué la fin de la guerre d’Algérie sont si proches de nous ! La Cour de sûreté de l’Etat, composée de civils et de militaires, sans possibilité d’appel, n’a été supprimée qu’en 1981.

Un livre indispensable et un passionnant rappel.

Quelle attitude le juge que je fus aurait-il adopté en 1940 ? et en 1945 ?

Sans doute connaissons-nous aujourd’hui la fin de l’histoire ? Mais qu’en aurait-il été à l’époque ?

Le livre nous présente une galerie de portraits, plus intéressants les uns que les autres, de juges résistants, courageux, même si un seul refusa de prêter serment  au Maréchal Pétain.

Il fallait en effet pouvoir, tout en continuant à exercer, résister activement tel fut notamment le cas de René Parodi, mort à Fresnes, de Maurice Rolland, tous deux compagnons de la Libération, de Robert Vassart, résistant de l’ombre nommé procureur de Paris à la Libération et d’autres encore.

Portraits de juges vichysto-résistants, tel le procureur général André Mornet qui requit contre Philippe Pétain, de résistants tardifs mais eux aussi courageux, de juges collaborateurs et qu’à la Libération on exclura de la magistrature certains étant même condamnés à mort et exécutés, (tel le procureur du Puy en Velay )de juges passifs, attentistes, aptes à passer des Sections spéciales aux Cours de l’épuration … !

Ce livre nous éclaire sur la manière dont la magistrature, comme les barreaux, ont contribué à l’exclusion des membres juifs des différentes professions judiciaires.

Cet ouvrage vient compléter ce que nous livrent, entre autres, Me Maurice Garçon dans son passionnant « Journal. 1939-1945 » (Les belles Lettres/Fayard) ou encore le professeur Olivier Beaud dans « La République injuriée » (PUF) auquel nous avons accordé le Prix Charles Aubert en 2020.

Je m’en tiens là regrettant de ne pouvoir en dire plus dans le cadre d’une simple présentation.

Mais, une nouvelle fois, l’évolution de notre Monde, le regard que nombre de politiques portent sur la Justice, la montée des populismes nous invitent à la plus grande vigilance et le retour sur un passé récent s’avère donc particulièrement riche d’enseignement, plus encore, indispensable.

Bruno COTTE

Novembre 2025 

« Tocqueville » de Françoise Mélonio (2025)

Eric ROUSSEL

Eric Roussel a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 24 novembre 2025 :

Tocqueville de Françoise Mélonio (Gallimard, 2025, 624 p.).

Texte prononcé en séance

Je souhaiterais déposer sur le bureau de l’académie la biographie de Tocqueville de Françoise Melonio.
Sur Tocqueville il existe de très nombreux ouvrages Celui que vient de publier Françoise Melonio fera date parce qu’il démontre de manière lumineuse que l’on ne peut comprendre l’auteur de La démocratie en Amérique sans connaître sa vie. Comme Chateaubriand, il est déchiré entre deux mondes : celui issu de l’ancien régime où il est né et celui qui vient dont il a pu scruter les promesses et les possibles pathologies lors d’un voyage aux États Unis. Tocqueville instinctivement sent qu’il est vain de freiner un mouvement irrésistible vers la démocratie mais il ne se sent de plain pied qu’avec ceux qui comme lui risquent de se trouver marginalisés par cette vague et partagent les souvenirs douloureux de la Révolution. Cette contradiction irrigue sa vie et nourrit son œuvre. Son intelligence lui permet de dominer son pessimisme foncier et de porter un regard lucide sur le passé -ce sera l’objet de L’ancien régime et la Révolution -et sur l’avenir comme l’atteste la démocratie en Amérique et ses étincelants souvenirs de la seconde République où se révèle en outre un portraitiste hors pair .
Françoise Melonio qui a édité Tocqueville dans la Bibliothèque de la Pléiade domine superbement son sujet. Rendant justice aux anticipations géniales de son héros elle ne cache pas que ce dernier était aussi un homme de son temps avec ses préjugés et ses antipathies notamment à l’égard de la Grande Bretagne. Cet homme qui voyait loin était parfois moins à l’aise dans le court terme et crut ainsi trouver un remède au déclin qu’il redoutait dans la colonisation de l’Algérie. Mais le penseur fut aussi un homme de terrain avisé comme l’attestent les pages de ce livre consacrées à son passage a la présidence du conseil général de la Manche.
La vie privée n’est pas négligée par Françoise Melonio  qui révèle un personnage un peu mélancolique mais charmeur, attaché passionnément a la femme qu’il avait choisie hors de son milieu mais ne dédaignant pas les aventures, un ami fidèle mais toujours lucide.
Au total un grand livre désormais indispensable à la compréhension de l’un des plus grands esprits du XIX siècle.

« Charles Ailleret, Le stratège du Général de Gaulle » d’Henri Bentégeat, Jérôme de Lespinois et Georges-Henri Soutou (2025)

Georges-Henri SOUTOU

Georges-Henri Soutou a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 3 novembre 2025 :

Charles Ailleret, Le stratège du Général de Gaulle sous la direction d’Henri Bentégeat, Jérôme de Lespinois et Georges-Henri Soutou (Éditions Pierre de Taillac, 2025, 263 p.)

Texte prononcé en séance

Les Actes du très important colloque consacré le 6 mai 2021 à la vie et à l’œuvre de Charles Ailleret, chef d’Etat-major des Armées de 1962 à sa mort accidentelle en 1968, a réuni quinze historiens spécialistes des questions stratégiques et politico-militaires de l’époque, avec le soutien de l’Etat-major des Armées, du Service historique de la Défense et de l’Ecole de Guerre.

Il a été introduit par notre Confrère le Général Henri Bentégeat et conclu par le Général François Lecointre, à l’époque CEMA. Il a été rendu possible par le classement des archives de Charles Ailleret et leur mise à la disposition des chercheurs par sa petite-fille, Corinne Ailleret.

Les différents aspects de la vie et de l’action de cette forte personnalité ont été abordés : la Résistance, la carrière militaire, le commandement en chef en Algérie, le rôle essentiel pour le développement des armes nucléaires et pour la stratégie de dissuasion, et enfin la réorganisation et la modernisation de l’appareil de défense français après la guerre d’Algérie et à l’heure de la dissuasion nucléaire.

En accord intime avec le Général de Gaulle, Charles Ailleret a profondément et durablement marqué les Armées françaises, et pour leur organisation, et pour leur stratégie, dans un contexte international changeant et difficile. Il a mis en œuvre la politique d’indépendance nationale fondée sur la dissuasion nucléaire, conformément aux orientations du fondateur de la Ve République. 

Georges-Henri Soutou