La semaine des académiciens (8-14 juin 2026)

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

Jean-David Levitte : une « éminence grise » au service de la France

Jean-David LEVITTE

🔗 « Le diplomate Média » a publié, le 13 juin dernier, un article consacré à Jean-David Levitte. Présenté comme l’une des grandes figures de la diplomatie française contemporaine, l’auteur met en contraste sa discrétion, sa rigueur et son sens de l’État avec, au contraire, la personnalisation tapageuse du pouvoir de Donald Trump. Il retrace son parcours personnel et professionnel exceptionnel : une solide formation, une carrière diplomatique de tout premier plan au Quai d’Orsay, plusieurs postes stratégiques à l’ONU, à Washington et à l’Élysée, ainsi qu’un rôle de conseiller diplomatique auprès de plusieurs présidents de la République. L’auteur insiste sur son style personnel, fondé sur l’élégance, la réserve, le goût du consensus et l’efficacité dans l’ombre. Le président de l’Académie est décrit comme une « éminence grise », plus attachée à l’action et à la réflexion qu’à la médiatisation, incarnant une certaine idée classique de la diplomatie française. Même après sa carrière officielle, il continue de jouer un rôle intellectuel important à l’Académie des sciences morales et politiques, où il poursuit une activité d’analyse et de transmission.

« La justice française en quête d’une réforme en profondeur »

Jean-Claude CASANOVA

🔗 Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont analysé dans l’émission Commentaire (sur Radio Classique), ce samedi 13 juin, les enjeux d’une réforme de la justice, avec Jean-Jacques Urvoas.
À la suite de l’émotion suscitée par l’assassinat de la jeune Lyhanna, Jean-Jacques Urvoas y met en lumière des problèmes structurels profonds : manque de moyens, organisation inefficace, instabilité des règles pénales et relations entre la justice et le pouvoir politique. L’un des points centraux du débat est la question de l’indépendance du parquet, encore placé sous l’autorité du ministre de la Justice, ce qui alimente les critiques sur l’autonomie réelle de l’institution judiciaire. Les modifications trop fréquentes du code pénal nuisent aussi à la lisibilité du droit et compliquent le travail des professionnels. Au-delà du constat, ils défendent l’idée qu’il ne suffit pas d’apporter des réponses ponctuelles à chaque drame médiatisé : il est nécessaire d’engager une réforme de fond de la justice, fondée sur une meilleure définition des priorités, une répartition plus cohérente des moyens et une clarification du rapport entre justice et pouvoir exécutif. Selon Jean-Jacques Urvoas, cette réflexion devrait devenir un enjeu majeur du débat politique national.

Mort de Lyhanna : « la responsabilité est collective »

🔗 À l’invitation du maire d’Arcachon, Haïm Korsia s’est rendu dans la cité balnéaire girondine pour célébrer les liens profonds entre la communauté juive et la commune fondée par les Frères Pereire.

Haïm KORSIA

🔗 À la suite du meurtre de la jeune Lyhanna, le Grand-rabbin de France dénonce, dans une tribune parue dans Le Figaro ce vendredi 12 juin 2026, le décalage entre les discours unanimes sur la protection de l’enfance et la réalité des défaillances collectives. Malgré une prise de conscience croissante, des alertes répétées et des travaux importants sur les violences faites aux mineurs, de nombreux signalements restent sans réponse efficace, faute de moyens, de coordination, de formation et parfois de courage. Il insiste sur le fait que la protection des enfants est une responsabilité collective, qui ne repose pas seulement sur les familles ou les institutions spécialisées, mais sur l’ensemble de la société. Il souligne l’importance de la vigilance, sans tomber dans la méfiance généralisée, ainsi que celle de l’écoute de la parole de l’enfant, trop souvent étouffée ou minimisée. En s’appuyant sur des références bibliques et une réflexion morale, l’auteur affirme qu’une société se juge à sa capacité à protéger les plus vulnérables. Protéger les enfants apparaît ainsi non comme une politique secondaire, mais comme une exigence fondamentale de civilisation et d’humanité.

La colère face au meurtre de Lyhanna

Chantal DELSOL

🔗 Chantal Delsol a publié, ce dimanche 14 juin, une tribune dans Le Figaro où elle soutient que l’émotion provoquée par le meurtre de Lyhanna révèle une rupture profonde entre la société civile et les gouvernants, accusés de laxisme face aux violences faites aux enfants. Elle soulève que la colère actuelle dépasse l’indignation ordinaire, car elle touche à ce que la société considère désormais comme moralement intolérable : l’insuffisance de la justice et des institutions pour protéger les plus vulnérables. L’académicienne inscrit cette mobilisation dans un mouvement historique plus large, qu’elle appelle, à la suite d’Olivier Grenouilleau, « la grande moralisation du monde ». Comme pour l’abolition de l’esclavage ou les droits des femmes, elle estime que les progrès moraux naissent d’abord de la pression de la société civile, avant d’être suivis, souvent avec retard, par les élites politiques et administratives. La tribune affirme enfin que la pédophilie et les violences sexuelles, longtemps minimisées, sont aujourd’hui perçues comme des maux devant être éradiqués sans compromis. Cette évolution témoigne d’un changement moral majeur : le respect de l’autre concret, en particulier des plus faibles, devient une exigence supérieure aux logiques institutionnelles ou aux habitudes sociales.

Hommage à Bernadette Chirac

François d’ORCIVAL

🔗 François d’Orcival a rendu hommage à Bernadette Chirac dans l’édition du 10 juin de Valeurs actuelles. Il la décrit comme une figure essentielle, à la fois dans la vie personnelle et dans la trajectoire politique de Jacques Chirac. Il insiste sur la solidité exceptionnelle de leur union, marquée par une relation durable, une complicité profonde et une forme de complémentarité qui aurait beaucoup compté dans la carrière de l’ancien président. Il souligne le rôle politique discret mais déterminant de l’ancienne première dame. Il retrace également quelques étapes marquantes de son parcours, depuis les débuts du couple dans les années 1950 jusqu’aux années de l’Élysée, en passant par sa présence dans de grands moments de la vie politique française. Il met en avant sa constance, sa dignité et son authenticité, qui ont contribué à sa popularité auprès des Français. Il met par ailleurs en avant la singularité de Bernadette Chirac parmi les conjointes présidentielles : par son engagement personnel, notamment comme élue en Corrèze, elle a incarné une forme de « première dame à la française », à la fois proche du terrain, fidèle à ses convictions et pleinement inscrite dans la durée.

La Banque centrale européenne face à l’inflation : des moyens qui seraient décuplés par une fédération politique

🔗 🔗 Ce vendredi 12 juin, le journal allemand Die Welt et le média italien Il Sole 24 Ore ont publié une interview de Jean-Claude Trichet.

Jean-Claude TRICHET

🔗 Au cours d’un entretien donné au Figaro le 11 juin dernier, Jean-Claude Trichet défend l’idée que la Banque centrale européenne doit rester fermement attachée à sa mission première : garantir la stabilité des prix. Il rappelle qu’une légère hausse des taux peut être justifiée si elle permet de maintenir des anticipations d’inflation autour de 2 %, condition essentielle pour éviter une spirale de hausse des taux et préserver, à terme, l’activité économique. L’ancien président de la BCE souligne aussi la solidité institutionnelle de la banque centrale, dont l’indépendance est protégée par les traités européens. Jean-Claude Trichet estime que cette crédibilité a été renforcée par la gestion des grandes crises récentes (crise financière, menace de déflation, pandémie, guerre en Ukraine) au cours desquelles la BCE a su prendre des décisions exceptionnelles pour préserver la zone euro. Mais il rappelle aussi que la politique monétaire ne peut pas, à elle seule, assurer la convergence des économies européennes. Les écarts entre pays tiennent aussi aux politiques budgétaires, aux réformes structurelles et à la discipline nationale. Il s’inquiète fortement de la situation de notre pays qui souffre d’un manque de réformes, notamment sur la dette publique et les retraites. Outre le seul cadre économique, il défend une vision politique de long terme : l’Europe ne pourra peser dans le monde que si elle avance vers une véritable fédération politique, dotée d’un exécutif, d’une défense et d’une diplomatie communes.

🔗 L’académicien plaide en effet pour une union fédérale de l’Europe, estimant que sans véritable union politique, diplomatique et militaire, l’Union européenne restera une puissance dépendante des grandes forces mondiales, notamment des États-Unis ou de la Russie. Dans un entretien publié dans le journal Le Point le 19 mai dernier, il met en avant que, l’euro a été une avancée majeure, mais il demeure insuffisant en l’absence d’un véritable marché unique dans des secteurs clés comme la banque, les capitaux, les télécommunications ou le numérique. L’ancien gouverneur de la Banque de France déplore que l’Europe reste fragmentée en intérêts nationaux, ce qui freine son poids économique et stratégique. Il cite Airbus comme rare exemple de réussite industrielle véritablement européenne. Pour avancer vers une fédération, il juge que la défense commune pourrait être le point de départ, même si les réticences des petits États et le manque de confiance entre membres compliquent ce projet. L’Europe ne pourra, selon Jean-Claude Trichet, devenir une puissance autonome qu’en dépassant les logiques nationales pour construire une véritable souveraineté fédérale, tant sur le plan économique que politique et militaire.

🔗 Le jeudi 11 juin dernier, Jean-Claude Trichet a donné une interview télévisée à Hedwige Chevrillon pour BFM Business. Il y approuve la décision de la Banque centrale européenne de relever ses taux d’intérêt, en soulignant qu’il s’agit avant tout d’un signal de crédibilité. Selon lui, dans un contexte de très forte incertitude géopolitique et de choc d’offre lié à la flambée des prix de l’énergie, la priorité de la BCE est d’empêcher un désancrage des anticipations d’inflation. Il rappelle que si les agents économiques commencent à anticiper durablement une inflation plus forte, les taux à moyen et long terme augmentent à leur tour, ce qui pèserait encore davantage sur la croissance et l’emploi. L’entretien montre toutefois toute la complexité du moment économique : le choc actuel est à la fois inflationniste et dépressif. Le rôle de la BCE n’est pas de contrôler directement les prix de l’énergie, mais d’empêcher que ces hausses se diffusent à l’ensemble de l’économie, comme lors des grands chocs pétroliers des années 1970. Il insiste aussi sur le fait que la BCE ne s’engage pas sur une trajectoire prédéfinie de hausse des taux : les décisions futures dépendront des données économiques et de l’évolution de la situation internationale. Il défend ainsi une approche pragmatique et prudente, adaptée à un environnement extrêmement instable, notamment en raison des tensions au Moyen‑Orient. Enfin, l’entretien élargit la réflexion à la situation américaine. L’académicien juge que les États‑Unis connaissent des déséquilibres importants, à la fois sur le plan monétaire et financier, avec des valorisations boursières qu’il considère comme disproportionnées et difficilement durables, notamment autour de l’intelligence artificielle. Il reste néanmoins relativement confiant dans la solidité institutionnelle des banques centrales, en Europe comme aux États‑Unis, malgré les changements de dirigeants et les pressions politiques.

Jacques Benoist-Méchin, les dérives d’un talent

Eric ROUSSEL

🔗 Eric Roussel a donné un entretien le samedi 13 juin dernier à Jean-Noël Jeanneney pour France culture sur la trajectoire de Jacques Benoist-Méchin, personnage à la fois brillant intellectuellement et profondément compromis politiquement. À partir du livre publié par l’académicien, Jean-Noël Jeanneney explore ce destin paradoxal : celui d’un écrivain cultivé, admirateur de Proust et traducteur de Joyce, devenu l’un des collaborationnistes les plus engagés du régime de Vichy. L’échange met en lumière les ressorts de cette dérive : un pacifisme radical hérité de l’après-1918, une fascination pour la force, un fort anti-américanisme, une attirance ancienne pour l’Allemagne, ainsi qu’un rejet de la démocratie parlementaire. Jacques Benoist-Méchin apparaît comme un homme séduit par Hitler et le national-socialisme, au point de défendre activement une politique de rapprochement avec l’Allemagne nazie lorsqu’il devient secrétaire d’État dans le gouvernement Darlan. L’entretien insiste sur le caractère à la fois idéologique, fanatique et illusionné de son engagement. La seconde partie de sa vie constitue un autre paradoxe majeur. Condamné à mort puis gracié, il passe dix ans en prison avant de se reconstruire comme écrivain et spécialiste du monde arabe. Ses biographies d’Ibn Saoud et de Mustafa Kemal Atatürk rencontrent un grand succès, et il devient même un intermédiaire officieux entre certains dirigeants arabes (Nasser, Hassan II, Boumédiène, Kadhafi) et les autorités françaises. Cette réhabilitation intellectuelle et diplomatique interroge : comment un homme si compromis a-t-il pu retrouver une telle influence ? Au fond, l’entretien cherche moins à absoudre qu’à comprendre une contradiction humaine et politique : comment un homme de grand talent a pu sombrer dans le fanatisme, puis revenir sur le devant de la scène par la littérature et la diplomatie parallèle. Le cas Benoist-Méchin devient ainsi une réflexion plus large sur les liens entre talent, aveuglement idéologique, responsabilité morale, pardon et oubli.

À SAVOIR

Jean TIROLE

🔗 Jean Tirole accueillera, du 6 au 10 juillet à la Toulouse School of Economics, la 17e édition de la Conférence mondiale sur la recherche dans les transports.

 

Louis VOGEL

Louis Vogel, sénateur de Seine-et-Marne, a déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à inscrire la liberté académique dans la Constitution française. Les objectifs sont de consacrer cette liberté dans toute sa portée, d’unifier son régime et d’en clarifier le contenu. En effet, le doyen Vedel la définissait déjà comme une « liberté faite de libertés » et Louis Vogel rappelle qu’une partie seulement de cette liberté est reconnue en droit français, notamment par le Conseil constitutionnel et le code de l’éducation. En introduisant la notion de liberté académique dans le bloc de constitutionnalité, toute loi ou règlement devrait alors s’y conformer et la jurisprudence appliquer un contrôle de proportionnalité (but légitime, adéquation, nécessité, proportionnalité stricto sensu). Le contenu de la liberté serait alors lisible et les limites posées par la future jurisprudence seraient prévisibles pour les établissements, les enseignants-chercheurs et les juges. Condition indispensable à la qualité de la recherche, elle est un préalable à la sérénité du débat intellectuel et à l’excellence universitaire. Sa proposition est également motivée par le constat d’un recul international de la liberté académique. Il s’appuie sur des indicateurs récents montrant que cette liberté est fragilisée dans de nombreux pays, y compris dans certaines démocraties, sous l’effet de pressions politiques, idéologiques, budgétaires ou technologiques. Dans ce contexte, l’inscription dans la Constitution aurait pour objectif de rendre cette liberté plus difficile à remettre en cause. Il la consacre ainsi comme un principe fondamental de la République, qu’il convient désormais de sanctuariser au plus haut niveau juridique pour protéger durablement l’autonomie de la recherche, de l’enseignement et des institutions universitaires.

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet a dialogué devant 1200 personnes le 11 juin avec James Bullard, ancien président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, sur la question de l’indépendance des banques centrales à l’occasion de la réunion mondiale annuelle à Paris de l’entreprise Amundi. Cet entretien a porté sur les défis actuels et futurs des banques centrales dans un environnement marqué par l’incertitude, les déséquilibres budgétaires, les chocs géopolitiques et l’accélération technologique. James Bullard et Jean‑Claude Trichet ont d’abord souligné que la stabilité monétaire était fragilisée par des politiques budgétaires peu disciplinées et par un contexte international plus fragmenté. Tous deux ont insisté sur le fait que l’indépendance des banques centrales demeure essentielle pour préserver la crédibilité monétaire et lutter contre l’inflation. Les intervenants estiment toutefois que cette indépendance a jusqu’ici résisté : la Fed comme la BCE ont montré leur capacité à agir fermement après le rebond inflationniste post‑Covid, notamment par des hausses rapides de taux. L’académicien insiste sur le fait que, malgré les tensions politiques, les grandes banques centrales ont convergé vers une même définition de la stabilité des prix, fixée à 2 % d’inflation à moyen terme, ce qu’il considère comme un acquis majeur du système monétaire international. L’entretien a aussi mis en avant la nécessité pour les banques centrales de mieux se préparer aux chocs extrêmes. Les crises récentes — crise financière mondiale, pandémie, risques de déflation — ont montré que les événements rares sont plus probables qu’on ne le croit. D’où l’importance croissante des stress tests, des analyses de scénarios et d’une plus grande résilience des systèmes économiques et financiers. Enfin, les deux intervenants ont abordé les transformations à venir : montée des rivalités entre grandes puissances, fragmentation géopolitique, développement de l’IA, essor des cryptomonnaies et des stablecoins. James Bullard voit dans les monnaies privées numériques davantage de risques que d’avantages si elles reposent sur l’arbitrage réglementaire, mais reconnaît un potentiel réel d’innovation dans les paiements. Pour l’avenir, tous deux considèrent que les banquiers centraux devront faire preuve de prudence, humilité, capacité d’anticipation et solidité face à l’imprévu.

Discussion avec Philippe ÉTIENNE autour de son dernier ouvrage « Le sherpa »

A l’initiative de l’Académie et de la Librairie de l’Institut, le président Jean-David Levitte et l’ambassadeur Philippe Etienne ont échangé autour de son livre Le Sherpa : Mémoires d’un diplomate aux avant-postes de l’Histoire (ed. Tallandier). De l’Europe centrale jusqu’à Washington, où il a fait l’expérience de l’Amérique de Trump, en passant par Berlin et Moscou, où il a assisté à l’effondrement de l’URSS, le diplomate a été durant quarante ans aux avant-postes de l’Histoire.

Accueil de SAR le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie

Le bureau de l’Académie ainsi que de nombreux académiciens ont accueilli SAR le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie, membre associé étranger de l’Académie. Élu le 4 février 2008 au fauteuil précédemment occupé par Ronald Reagan, SAR le Prince El Hassan bin Talal a été reçu le 16 juin 2008 sous la coupole, par Thierry de Montbrial.

Dans son intervention, S.A.R. bin Talal de Jordanie alerte sur la dégradation du statu quo historique à Jérusalem, où l’instrumentalisation politique du religieux menace la coexistence des communautés et la liberté de culte. Il critique une conception transactionnelle de la paix, déconnectée de toute responsabilité morale, et appelle à un idéalisme constructif fondé sur la dignité humaine, le droit international et les droits des peuples. Évoquant la situation palestinienne, notamment à Gaza, il dénonce une destruction systémique des sociétés et des écosystèmes. Jérusalem devient ainsi le révélateur d’un désordre mondial marqué par le retour du rapport de force. Le Prince appelle à préserver l’esprit de Jérusalem comme pratique exigeante de coexistence, condition d’une paix juste et durable, s’inscrivant dans la solution des deux États.

Après son intervention, SAR le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie a répondu aux questions et observations de A. Vacheron, L. Ravel, L. Bély, M. Bastid-Bruguière et B. Stirn.

Hommage à Ismaïl KADARÉ

Notre Académie, aux côtés de l’Académie française et de l’Ambassade d’Albanie en France, a commémoré l’écrivain d’exception albanais Ismaïl Kadaré le jeudi 29 janvier dernier en grande salle des séances. Jean-David Levitte, Bernard Stirn, Danièle Sallenave et l’ambassadeur d’Albanie à Paris Dritan Tola lui ont tour à tour rendu hommage.

Après des études littéraires à l’Institut Gorki de Moscou grâce à l’obtention d’une bourse universitaire, il a collaboré à la revue littéraire Drita de 1960 à 1965 puis a dirigé la revue Les Lettres albanaises, paraissant simultanément en albanais et en français. En 1970, il a été nommé député à l’Assemblée populaire albanaise. Prenant ses distances avec la dictature dont il devient un pourfendeur majeur, il a publié des écrits subversifs condamnés par le pouvoir et s’installe à Paris. Il a été élu correspondant au sein de notre compagnie dans la section Histoire et Géographie en 1989 en remplacement de Jean Marchand et a demandé l’asile en France en 1990 avant d’être élu, le 6 mai 1996, membre associé étranger au fauteuil n°7 laissé vacant par le décès de Karl Popper. Lauréat de nombreux prix prestigieux, dont le Man Booker International en 2005 et le prix Prince des Asturies en 2009, il a su capter l’âme de son pays à travers des romans teintés de critiques envers le régime totalitaire, tels que « Le Général de l’armée morte » et « Chronique de la ville de pierre » jusqu’à son décès le 1er juillet 2024.

 

Communication de Jean-David LEVITTE « Après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour le monde ? »

Communication du lundi 5 janvier 2026 de Jean-David Levitte, Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Thème de la communication : Après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour le monde ?

 Synthèse de la séance

Jean-David Levitte présente le programme des séances de l’année 2026 autour d’une interrogation fondamentale : comment reconstruire un ordre international alors que les fondations même de l’architecture héritée du XXe siècle vacillent ? Son propos liminaire établit un diagnostic des bouleversements géopolitiques contemporains, préalable indispensable à toute réflexion prospective sur les défis civilisationnels à venir.

Le nouveau Bureau de l’Académie en 2026

Nous sommes aujourd’hui au terme de cinq siècles de domination occidentale, inaugurée par les expéditions maritimes des XVIe et XVIIe siècles de Christophe Colomb et de Magellan et prolongée par les empires coloniaux portugais, espagnol, britannique, français et néerlandais. La domination de l’Europe, où naquirent les deux guerres mondiales, n’est pas seulement militaire ou économique. L’Europe a imposé au monde des concepts nés sur son territoire : l’État-nation, l’égalité souveraine issue des traités de Westphalie et l’universalisme juridique de la Charte des Nations Unies. Il y a aujourd’hui une déconnexion croissante entre l’architecture institutionnelle mondiale (siégeant à New York ou Genève) et la réalité de la puissance, qui ne se laisse plus dicter la grammaire du droit international.

Après trente-cinq années de rivalités mais aussi de stabilité bipolaire pendant la guerre froide, Jean-David Levitte identifie l’année 1979 comme le point de basculement historique du XXe siècle. Cette année fut marquée par trois événements aux répercussions durables : la révolution iranienne, qui a transformé les équilibres au Moyen-Orient en introduisant une dimension confessionnelle dans les rivalités régionales ; l’accession de Deng Xiaoping au pouvoir en Chine, amorçant la transformation économique la plus massive de l’histoire humaine ; et l’invasion soviétique de l’Afghanistan, prélude paradoxal à l’effondrement de l’URSS.

L’ancien ambassadeur retrace ensuite les mutations décennales du système international. La chute du mur de Berlin en 1989 ouvre une période d’hégémonie occidentale et de mondialisation accélérée, portée par les révolutions technologique et logistique. Cette parenthèse unipolaire se referme avec les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière de 2008, qui révèlent les limites de la puissance américaine et suscitent une contestation croissante de l’ordre occidental. Les puissances émergentes, tout en adoptant les outils de la croissance économique, récusent les valeurs libérales pour réactiver des « mémoires impériales ». Ce reflux de l’universalisme au profit de l’atavisme historique constitue le défi majeur de notre temps.

L’ordre mondial actuel est désormais structuré par une triade de visions impériales concurrentes : celle de la Russie de Poutine, qui s’abîme dans une quête de restauration territoriale, au risque d’une dépendance asymétrique envers Pékin ; celle de la Chine de Xi Jinping, résolue à reconquérir le premier rang mondial ; et celle des États-Unis de Donald Trump, qui déconstruit l’ordre occidental au nom d’une conception transactionnelle des relations internationales.

Face à ce polycentrisme instable, l’Union européenne se trouve confrontée à des défis sans précédent. Elle ne peut pas se contenter d’être un marché et doit être un acteur géopolitique doté d’une autonomie stratégique, en mettant en œuvre les recommandations des rapports Draghi et Letta, et en préparant un élargissement majeur vers l’Ukraine, la Moldavie et les Balkans occidentaux. Tout comme la création de l’euro fut une réponse politique à un défi technique, l’élargissement et la défense du droit international doivent être les piliers d’une Europe capable de tisser des alliances avec les pays du « Sud Global » pratiquant le multi-alignement.

L’humanité devra aussi faire face à trois défis majeurs, qui transcendent les frontières étatiques : le changement climatique, la révolution de l’intelligence artificielle et les transformations démographiques mondiales. Sur ce dernier point, il est nécessaire de repenser radicalement les relations avec l’Afrique, dont la population atteindra 2,5 milliards d’habitants dans vingt-cinq ans, et de défendre les règles du droit international, sous peine de voir ses règles définitivement balayées par les « diktats » de plus puissants.

La reconstruction de l’ordre international ne sera pas un simple ajustement technique, mais une refondation philosophique et politique : maintenir l’exigence du droit dans un monde qui redécouvre la force brute des empires.

Le programme de l’année 2026 permettra d’approfondir ces questions à travers les interventions de diplomates, militaires, économistes et spécialistes des relations internationales.

À l’issue de sa communication Jean-David Levitte a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, PM. Menger, JR Pitte, R. Brague, P. Delvolvé, L. Stefanini, M. Pébereau, J. De Larosière et A Vacheron.

Verbatim du président

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Réécoutez la communication

Cérémonie de remise du prix Messe Frankfurt (7ème édition)

Le prix Messe-Frankfurt, délivré par l’Académie des sciences morales et politiques, a été remis lundi 8 décembre à l’entreprise Stikoïa et à son président Jean-Marc Barki. C’était la 7ème édition de ce prix récompensant « une personne physique ou morale qui s’est particulièrement illustrée dans la promotion des valeurs humanistes et de l’économie sociale de marché ».

Le prix Messe Frankfurt 2025 a été attribué par un jury composé du Secrétaire perpétuel de l’Académie, Bernard Stirn, du Président de Messe Frankfurt France, Frédéric Bougeard, de son directeur administratif et financier, Xavier Ottavi et de messieurs Jacques de Larosière et Georges-Henri Soutou.

Crédit photos : Candice Ferrier

Calendrier des séances de l’année 2026

Thème annuel : « Un monde en transformation profonde : de la déconstruction à la reconstruction de l’ordre mondial »

sous la présidence de Jean-David LEVITTE

Jean-David LEVITTE

Les séances ordinaires de l’Académie se tiennent le lundi à 15 heures sauf exception, en grande salle des séances, au Palais de l’Institut. Elles sont publiques dans le respect des mesures sanitaires en vigueur.

Le texte des communications est publié progressivement sur le site de l’Académie et un résumé en est fait chaque semaine dans la Lettre d’information diffusée par courrier électronique et publiée sur le site. L’enregistrement sonore est rendu accessible sur notre site et sur Canal Académies.

Pour assister aux séances, se présenter entre 14h30 et 14h50 à l’accueil de l’Institut de France, au 23 quai de Conti à Paris, muni d’une pièce d’identité (entrée libre sans inscription). L’accès n’est pas possible en dehors de ces horaires.
La sortie s’effectue à partir de 17h, à l’issue de la séance.
Les groupes de 3 personnes ou plus doivent se préinscrire auprès du secrétariat général de l’Académie.

La capacité de la salle en séance publique est limitée à 70 visiteurs. Au-delà, l’accès n’est alors plus possible.

Les intitulés des conférences ne sont pas définitifs et sont donnés à titre indicatif. 

5 janvierJean-David LEVITTE
Président de l’Académie des sciences morales et politiques
Présentation du programme de l’année 2026 : après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour le monde ?
12 janvierCérémonie d’installation de Bernard ARNAULT (sur invitation)
19 janvierJean-Noël BARROT
Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
La France face à la transformation de l’Europe et du monde
26 janvierPhilippe ETIENNE
Ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis
L’impact de la présidence de Donald Trump sur la société et la démocratie américaines
2 févrierJean TIROLE
Membre de l’Académie
L’avenir de l’économie mondiale dans un contexte géopolitique transformé
9 févrierJérôme BONNAFONT
Ambassadeur de France auprès des Nations-Unies, New-York/Genève
L’avenir du multilatéralisme face aux nouveaux nationalismes
16 févrierBertrand LORTHOLARY
Ambassadeur de France en Chine
L’avenir des relations Chine/Etats-Unis et Chine/Europe, vu de Chine
9 marsPhilippe LÉGLISE-COSTA,
Représentant permanent de la France auprès de l’Union Européenne
Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ?
16 marsSéance d’actualité de 15h à 16h
Franck MICHELIN
Professeur d’histoire à l’Université Teikyō (Japon), membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer
Les fantômes de l’empire japonais. Le Japon face à la question taïwanaise
23 marsChristoph HEUSGEN
Ancien président de la conférence de Munich sur la sécurité, ancien conseiller diplomatique d’Angela MERKEL
Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen
30 marsCérémonie d’installation de Sa Sainteté Mgr Bartholomée 1er, Archevêque de Constantinople et Patriarche œcuménique (sur invitation)
13 avrilPierre LÉVY
Ancien ambassadeur de France en Russie
La Russie et l’Europe : quel avenir pour la Russie ?
4 maiGaël VEYSSIÈRE
Ambassadeur de France en Ukraine
Quel avenir pour l’Ukraine ?
11 maiCamille GRAND
Ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN
L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN.
18 maiGénéral Thierry BURKHARD
Chef d’état-major des armées (à confirmer)
Quel réarmement pour la France et l’Europe
1er juinBruno TERTRAIS
Politologue
La transformation démographique du monde et son impact géopolitique
8 juinLionel ZINSOU
Président du think-tank Terra Nova
Quel avenir pour le continent africain ?
15 juinEmmanuel LENAIN
Ambassadeur au Brésil (auparavant en Inde)
L’émergence du « Sud Global » : l’Inde, le Brésil notamment
22 juinMattias GUYOMAR
Président de la Cour européenne des droits de l’Homme
Les droits de l’Homme dans les relations internationales
29 juinOlivier DELLENBACH
Président de ChapsVision
Géopolitique de l’intelligence artificielle

14 septembreElie BARNAVI, membre associé de l’Académie
et Chloé BERGER, docteur en sciences politiques en résidence à Abu Dhabi
Israël et les territoires palestiniens : la solution des deux Etats
21 septembreGhassan SALAMÉ, ministre libanais de la culture
et Manon-Nour TANNOUS, maître de conférences en science politique
L’avenir du Moyen-Orient : l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie
28 septembreCérémonie d’installation de Carole TALON-HUGON (sur invitation)
5 octobreNicolas ROCHE
Secrétaire général de la Défense et la Sécurité nationale
La manipulation des opinions comme outil de politique étrangère
12 octobreSerge SUR
Membre de l’Académie
La « gangstérisation » du monde
20 octobreSéance solennelle de rentrée de l’Institut et des cinq académies (sur invitation)
2 novembreBernard EMIÉ
Ambassadeur, ancien directeur général de la DGSE
La DGSE, son rôle, sa transformation
9 novembreSéance solennelle de rentrée de l’Académie (sur invitation)
16 novembreSéance d’actualité
23 novembreThierry de MONTBRIAL
Membre de l’Académie
Le rôle des « Think Tanks » dans la politique internationale : un demi-siècle d’expérience
30 novembreCérémonie d’installation d’Emmanuel de WARESQUIEL (sur invitation)
7 décembreHubert VÉDRINE
Ancien ministre des Affaires étrangères
De François Mitterrand à aujourd’hui : la transformation du monde et du rôle de la France
14 décembreLe Président de la République et protecteur de l’Académie, Emmanuel MACRON, sous la coupole en présence du corps diplomatique
(sur invitation – à confirmer)
Réflexions sur dix ans à la tête de l’État : la France dans le monde
01 décembre 2025

Calendrier des séances de l’année 2026

Thème annuel : « Un monde en transformation profonde : de la déconstruction à la reconstruction de l’ordre mondial » sous la présidence de Jean-David LEVITTE Jean-David LEVITTE Les séances…

01 décembre 2025

Suivez en direct la séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie

La séance de rentrée de l’Académie des sciences morales et politiques se tient ce lundi 17 novembre à 15 heures sous la coupole.

S’exprimeront :

  • Jean-Robert Pitte, président de l’Académie, sur le thème « La terre des hommes. Diverses facettes de la géographie » ;
  • Jean-David Levitte, vice-président de l’Académie, présentera le palmarès des prix et des médailles de l’année 2025 ;
  • Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie, sur le thème « Pouvons-nous encore avoir des repères ? ».

Déplacement de SAR le Prince El Hassan Bin Talal de Jordanie, associé étranger de l’Académie

Le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn et le vice-président Jean-David Levitte ont accueilli au Palais le 23 mai dernier SAR le Prince El Hassan Bin Talal de Jordanie, associé étranger de notre Académie, en présence de l’ambassadrice du royaume hachémite son excellence Leena Al-Hadid. Ils ont notamment pu aborder sa vision de la coalition des bienveillants.

Le conservateur des bibliothèques de l’Institut de France Yann Sordet a sorti pour l’occasion deux pièces extraordinaires des archives :  la première traduction du Coran en Latin datant du XVème siècle, ainsi qu’un recueil des premières photos de Petra et du royaume de Jordanie.