La communication mérite-t-elle le droit de citer au sein des sciences morales et politiques ?

Séance du lundi 24 novembre 2014

par M. Daniel Huisman,
Correspondant de l’Institut

 

 

Dans la nuit du 20 au 21 mai 1981, une révolution très pacifique a eu lieu a l’Élysée sous le premier septennat de François Mitterrand sans que l’opinion ne s’en soit rendue vraiment compte. En effet, à la faveur d’une légère modification du gouvernement de l’époque, le traditionnel Ministère de l’information se trouvera brusquement débaptisé et devint avec Georges Fillioud à sa tête le Ministère de la communication.

Il ne s’agissait pas d’un pur caprice présidentiel, mais bien au contraire d’un réajustement sémantique important car, depuis quelques années, les plus grandes entreprises françaises avaient transformé leurs services d’information, encore appelés « Relations publiques » en « Direction de la communication » en abandonnant définitivement l’ancien vocabulaire utilisé jusqu’alors. II faut croire que l’auteur de cette modification gouvernementale avait été visionnaire puisque plus de 33 ans après, ce Ministère n’a jamais changé de nom, sauf à être accouplé à celui de culture ce qui ne laisse pas de paraître légèrement saugrenu à beaucoup de bons esprits.

On peut, bien entendu, se poser la question de savoir si ces deux termes « information » et « COMMUNICATION » ne sont pas les deux faces d’une seule et même réalité : l’ambiguïté de certaines formules comme par exemple : « communiquer une information » pourrait leur donner raison.

Mais notre propos consiste ici à tenter de convaincre les sceptiques qu’il existe bel et bien une spécificité de la notion de communication et qu’elle n’a rien à voir avec l’information.

Depuis Théophraste Renaudot et sa célèbre Gazette, l’information appartient au journalisme et son but consiste à faire parvenir à ses lecteurs devenus aujourd’hui des « auditeurs » ou des « téléspectateurs », des « nouvelles ». Soit grâce à l’imprimerie, soit grâce aux ondes radiophoniques ou télévisuelles. L’information doit être sévèrement encadrée par une déontologie rigoureuse, avec un impératif catégorique : ne dire que la vérité et rien d’autre !

Votre compagnie a de tout temps accueilli avec beaucoup de bienveillance ces « informateurs » que sont les journalistes, qu’ils soient éditorialistes ou chroniqueurs, toujours soucieux de ne dire que la vérité – comme naguère Raymond Aron, Henri Amouroux ou Louis Martin-Chauffier, ou aujourd’hui François d’Orcival ou Alain Duhamel !

On ne saurait confondre les « communicateurs » avecs des journalistes – leur statut n’est pas le même – leur rôle est différent. Nous allons tenter de le prouver ici, en délimitant une fonction qui n’est pas évidente.

Mais d’abord essayons de définir correctement la « communication ». Ouvrons le célèbre Vocabulaire de Lalande, vénérable réceptacle de tous les concepts philosophiques. Surprise !  Le mot n’est pas recensé, ni vraiment défini. Il est vrai que l’ouvrage date de 1926.

Référons-nous au plus récent Dictionnaire philosophique (sept. 2013) dû à André Comte-Sponville. Là s’étale la définition suivante : « La communication est l’échange de signes, de messages ou d’informations entre deux ou plusieurs individus (j’ajouterai pour ma part: « ou groupes humains »).

L’auteur ajoute ce commentaire: «Elle ne vaut jamais par elle-même mais seulement par son contenu ou son résultat. Une sottise répandue à des milliers d’exemplaires reste une sottise. Et une idée vraie ou forte dans la tête d’un seul ne cesse pas pour autant d’être vraie ! ».

Quelle que soit mon estime pour ce brillant philosophe, permettez-moi d’observer ici qu’il ne peut s’agir d’un seul individu gardant sa propre pensée pour lui-même. II ne s’agit plus du tout alors de « communication ». On est en présence d’une coxigrue, d’une absurdité qui lui a échappé !

Si l’on veut revenir à l’étymologie de la communication, il faut savoir qu’elle est entrée dans notre langue au XIVe siècle avec Oresme (1369) et qu’elle désignait au départ la « mise en commun ». C’est plus tard qu’elle a pris le sens d’une relation avec autrui, de «relation interpersonnelle». Daniel BOUGNOUX – à qui l’on doit de nombreux travaux sur la communication – précise que le sens le plus courant reste d’« établir une relation avec autrui ». Il ajoute « ce terme recouvre trop de pratiques, nécessairement disparates, indéfiniment ouvertes et non dénombrables ! ». On peut la définir comme « la transmission d’une information ou de connaissances avec l’appui des sciences cognitives ». « Elle vise l’interaction de l’homme non seulement avec autrui mais aussi avec son environnement hommes, animaux et même végétaux ! »

Un survol rapide de l’histoire de la pensée humaine nous aidera peut-être à mieux délimiter ce vocable.

Et tout naturellement nous remontons au « communicant » par excellence : Socrate ! Il « communiquait » à la fois avec des esclaves, à qui il faisait dire des choses étonnantes grâce à sa pratique de la « maïeutique » (« l’accouchement des esprits ») et réfutait grâce à sa célèbre ironie les doctrines des Sophistes dont il réduisait cruellement la rhétorique en cendres grâce à son habileté dialectique. Sa « communication » était donc imparable et les 38 Dialogues ou Platon met en scène son maître, constituent la base même de notre sujet.

Mais était-ce bien sûr? N’y a-t-il pas dans ces échanges un véritable dialogue de sourds ? C’est un beau match entre deux adversaires féroces mais n’y aurait-il pas un malentendu dans cette communication socratique et platonicienne ? Chacun des deux adversaires reste dans son camp : Il s’agit plus de deux monologues parallèles que d’un véritable dialogue. La devise de SOCRATE n’était-elle pas « Gnohi seauton », « Connais-toi toi-même » ! Et nos deux philosophes n’ont-ils pas eu tendance à suivre leur propre pensée plutôt qu’à vraiment échanger avec autrui? Socrate était un penseur génial, mais sa philosophie reste univoque, personnelle, exclusive de tout recours a autrui.

Plus qu’un dialogue c’est un monologue face au discours des Sophistes et personne n’arrive à connaître vraiment l’existence de l’autre. Au fond Socrate soliloque plus qu’il n’échange avec ses interlocuteurs ou ses contradicteurs. La communication – au sens actuel du terme n’est pas encore née au siècle de Périclès. L’est-elle 2000 ans après, si nous sautons du Ve siècle avant J-C au XVIe siècle de notre ère ?

Je pense ici à Montaigne qui déclare d’emblée : « Je suis moi-même la matière de mon livre ! ». Malgré son immense chagrin à la mort de son meilleur ami, Étienne de La Boétie, l’auteur des Essais reste enfermé dans une tour d’ivoire, dans sa « librairie » et ne parvient guère à « communiquer » avec ses proches – pas même avec ses « administrés » – lui, le Maire de Bordeaux !

Nous n’aurons pas plus de chance avec Descartes, lui aussi enfermé dans son «poêle» ou il découvre son cogito qui le condamne au solipsisme ! Certes, il est sûr d’être lui-même, d’avoir une âme « plus aisée à connaître que le corps », mais il doute de l’existence d’autrui, qu’il ne connaît que par « analogie » avec lui-même. La solitude de Montaigne et de Descartes nous renvoie à Paul Valéry qui a pu dire qu’ils nous laissent « l’image d’un magnifique et mémorable moi ! ». Avec le cartésianisme, l’existence d’autrui reste « conjecturale » comme le disait Malebranche. Et Leibniz dans sa Monadologie soutenait que « la monade n’a ni porte ni fenêtres ». La communication paraît difficile à définir dans ces conditions.

Le XVIIIe siècle sera le siècle des lumières, l’époque par excellence des salons, des conversations les plus brillantes mais ni Kant en Allemagne, ni Voltaire, Diderot ou Rousseau en France ne se sont vraiment posé la question de l’existence d’autrui, tout en se passionnant pour le progrès humain et les idées les plus avancées du point de vue social.

Il faut donc attendre le XIXe siècle pour qu’un Auguste Comte pose en principe son « vivre pour autrui » et qu’un Kierkegaard ce très grand philosophe d’un tout petit pays (le Danemark) jette les bases de l’existentialisme et de la phénoménologie en se posant enfin la question de l’existence d’autrui. Hegel sera le premier philosophe rationaliste classique à se poser lui aussi le problème de la communication avec autrui.

On peut dire que la question du rapport avec l’autre ne cessera plus de se poser à travers le XIXe et le XXe siècle grâce à ces trois contemporains que sont Freud (né en 1856) Bergson (1859) et Husserl (même année) qui n’ont jamais abandonné ce problème majeur : peut-on « correspondre » avec autrui ?

La « communication psychanalytique » a fait faire d’énormes progrès à cette problématique au moment même où Bergson mettait au point « l’intuitionnisme » qui permet selon lui de pénétrer à l’intérieur d’autrui « dans ce qu’il a d’unique et par conséquent d’irremplaçable ! » ou de connaître avec une âme nue et ingénue » pour parler comme Husserl l’être profond d’autrui. Se succèdent alors Max Scheler (dans Nature et formes de la Sympathie), Heidegger (en 1927 dans Sein und Zeit), Gabriel Marcel (Journal Métaphysique, même année 1927), puis Sartre (L’être et le néant, 1943) et Maurice Nédoncelle, Doyen de la faculté de théologie de Strasbourg (dans La réciprocité des consciences, même année 1943) ont cherché à prouver l’existence métaphysique d’autrui.

Notre «communication» avec autrui a donc fait l’objet d’études nombreuses et sérieuses prouvant qu’en effet il était possible d’accéder à une connaissance authentique d’autrui sans s’encombrer de théories négatives dans ce domaine.

Mais Monseigneur Nédoncelle est peut-être le penseur le plus convaincant en l’occurrence car il soutient par ses arguments à la fois philosophiques et religieux la certitude d’une relation directe entre les hommes. Bachelard en sa Préface à La Psychanalyse du Feu (1938) nous résume très simplement cette découverte : « Quand il s’agit d’examiner des hommes, des égaux, des frères, la sympathie doit être le fond de la méthode ! »

Partons donc du principe qu’autrui existe bel et bien et qu’une communication avec lui est possible voire certaine. C’est peut-être Paul Claudel qui lance la meilleure formule en soutenant en son Art poétique « toute connaissance est une co-naissance » (avec un seul « n »).

Prenons appui sur ce rapide survol pour établir ici une sorte de classification des degrés de la communication en partant du niveau le plus bas pour atteindre en trois degrés successifs la véritable essence de la communication elle-même.

Roland Barthes a bien décrit le « degré zéro de l’écriture ». Examinons le cas où il est impossible de communiquer, le degré zéro de la compréhension entre les hommes – Votre regretté confrère, Raymond Boudon, avait publié une petite sociologie de l’incommunication, dans la revue Hermès (volume IV), 1989, où il décrit cette sorte d’étanchéité entre les êtres.

L’incommunication nous ramène à une sorte d’autisme voire de solipsisme où l’on ne peut correspondre avec qui que ce soit, où l’on se trouve emmuré dans sa solitude. Cette torture abominable constitue une forme pathologique de la communication, où personne ne peut sortir de soi-même pour communiquer avec autrui.

J’ai moi-même publié en 1985 un petit essai sur l’incommunication auquel votre Académie avait attribué, en son temps, le prix Louis Liard que m’avait remis à l’époque Raymond Polin.

Les grandes sociétés modernes nous donnent parfois cette image d’une incommunication à la fois interne et externe, d’un emprisonnement dans des cases infranchissables. L’incommunication peut aussi se présenter sous une toute autre forme.

C’est un état de grâce affective où l’on ne communique pas par des mots mais seulement par des affects, par des échanges non intelligibles par les autres mais qui n’en sont pas moins réels. On peut communiquer sans que votre entourage ne s’en rende compte par des signes imperceptibles mais ressentis par instinct et/oupar des sensations corporelles. Mais si la communication se ressent chez deux êtres, est-on encore en présence d’une incommunication ? Le débat reste ouvert !

  1. Le premier degré de la communication proprement dite est lui-même beaucoup plus simple voire superficiel. Nous sommes au niveau du sens commun : la communication reste empirique, élémentaire, primaire. Exemple : deux voisins se rencontrent et vont communiquer en se saluant et en commentant la température ambiante puis se quitteront rapidement. C’est le niveau le plus bas de la communication, elle n’a qu’un intérêt très limité, je l’avoue.

  2. Passons à la communication discursive, intellectuelle, rationnelle. Ce terrain sera beaucoup plus riche et infiniment plus varie. Tentons d’en saisir les divers aspects. Commençons par la communication scientifique, qu’il s’agisse de mathématiques, de physique ou de biologie, cette communication ne relève évidemment pas des sciences morales et politiques. Renvoyons-la dans une autre direction, celle de l’Académie des sciences.

Il existe une communication politique d’un haut niveau moral et intellectuel. Des hommes politiques comme l’ont été les Hugo, les Jaurès ou les De Gaulle, ont pratiqué avec talent ce genre délicat. Malheureusement la communication politique se situe très rarement à ce niveau élevé. Et si elle descend a sa place habituelle, elle se commet le plus souvent avec la propagande, et nous tombons alors dans un dévoiement de la communication où sont tombés les Joseph Goebbels (pour le nazisme) ou les Joseph Staline (pour la communication soviétique) ce qui va entraîner 6 millions de morts, de victimes innocentes, ou des milliers de goulags où seront enfermés les opposants au régime communiste, sans compter les fusillades de dizaines de milliers d’adversaires.

Que penser de la communication commerciale et même plus précisément publicitaire ? Symétrique de la propagande politique, la « réclame » née selon Les 100 mots de la communication (collection Que Sais-je, de Maurice Levy) en 1859 et morte à la naissance de Publicis en 1926 : Est-ce bien sûr ? Nous vivons aujourd’hui une communication politico-religieuse avec le salafisme et le djihadisme très éloignée des enseignements du Coran, et d’une extrême dangerosité. Ce sectarisme, cette propagande fanatisée condamne la communication politique. Elle ne saurait en aucune fa90n avoir le moindre droit de cité dans les sciences morales et politiques. C’est le siège de toutes les perversions les plus graves d’une communication mensongère, calomniatrice, instrumentalisée, fanatisée et raciste à outrance. Certes aujourd’hui toutes les agences de publicité s’appellent « agences de communication », signe que le mot publicité maintient un sens péjoratif lié à la recherche du profit, à un aspect lucratif et particulièrement commercial.

Je serai plus nuancé à l’égard de la communication publicitaire qui, quand elle se réalise avec probité pourrait ainsi avoir droit de cité dans les sciences morales et politiques. La publicité joue un rôle majeur dans l’activité économique d’un pays. Mais il serait juste d’examiner au cas par cas les campagnes publicitaires honnêtes et celles qui ne sont pas dignes d’éloge. On reste toujours dans ce domaine des formes de communication discutables où le consommateur ne trouve pas toujours son compte.

On pourrait multiplier les catégories de communication discursive en parlant de communication économique, sociologique, littéraire ou technologique. C’est un immense champ d’application dans lequel je ne m’aventurerai pas n’étant pas spécialiste de ces techniques nouvelles dont on ne saurait par ailleurs minimiser l’importance de certaines formes comme la communication digitale (Web, Medias sociaux, Mobile). L’avenir de cette nouvelle forme de la communication est incontestable et en pleine expansion. II serait absurde de vouloir limiter son domaine aux connaissances strictement actuelles. La communication est un immense champ de possibilités et son avenir me paraît d’une richesse incalculable. Dans 20 ans on ne parlera plus du tout de la communication comme on peut en parler aujourd’hui. Mais il reste un domaine où la communication actuelle ne se démodera pas. C’est ce que j’appelle son 3e degré.

Un troisième degré nous permet enfin d’aborder les rives plus calmes de la communication transcendantale ou psychanalytique ou encore phénoménologique ou dite aussi « ontologique ». Nous quittons le rationnel pour l’affectif. La communication compréhensive ou sympathisante se développe entre des personnalités d’un même niveau socio-culturel. Je pense même que certaines communications animales peuvent se présenter sous une apparence très chaleureuse, en particulier la relation des animaux entre eux, ou dans les rapports amoureux de nombreuses espèces animales. Il est devenu banal aujourd’hui contrairement à l’ère cartésienne où l’on parlait d’« animaux-machines » de soutenir que les animaux peuvent être « des personnes ». L’humanisme ou l’anthropocentrisme rapproche les animaux et les hommes et constitue une des données essentielles de la véritable communication telle que nous l’entendons. Mais la relation homme/animal domestique devient de plus en plus « humaine » au point de parvenir parfois à un langage commun entre l’homme et son animal de compagnie (chien ou chat).

La communication linguistique a tendance à se raréfier devant des phénomènes sociologiques nouveaux comme le téléphone portable ou l’usage de l’ordinateur. Une époque nouvelle est née qui se sert d’onomatopées ou d’abréviations (qu’utilisent notamment les adolescents). Reste une donnée de base de la communication : la chaleur humaine, l’affectivité, la sympathie préalable dans les rapports humains. S’il y a eu depuis 20 ans une « explosion de la communication » avec tous les excès qu’elle a développés, il y a un esprit de communication qui est né avec elle et qui nous rapproche considérablement les uns des autres. C’est de ce côté qu’il faut se tourner.

Le philosophe Gabriel Marcel (1889-1973) votre confrère de la section philosophie, insistait sur la communication métaphysique qui pouvait avoir lieu lors de certains phénomènes de télépathie qui avaient eu lieu pendant la première guerre mondiale (comme quand une mère s’évanouissait à l’instant même où son fils était tué au front)

Je pencherai pour ma part pour assimiler cette forme de communication télépathique et sympathisante à une communication authentique, très au-dessus des deux degrés inférieurs. Cette communication transcende en effet les personnes pour atteindre une sorte d’absolutisme qui la situe au plus haut degré des rapports entre les êtres. Nous ne sommes plus ici dans l’empirisme ni dans le rationalisme mais dans ce que Sartre appelait « l’ontologie phénoménologique ». II s’agit donc du plus haut degré de la connaissance humaine, donc de la communication au sens le plus élevé du terme.

Tentons maintenant de répondre a la question initiale posée en titre de cet exposé ! Oui, la communication mérite absolument d’être tenue pour une science humaine, morale ou sociale, au même titre que la psychologie, la sociologie ou la géographie humaine. Qu’il existe une science de la communication est indéniable. Mais certains excès de la communication ont bien entendu été placés parfois hors champ de cette science rigoureuse. Le fait qu’aujourd’hui des sections universitaires dites « information et communication » préparent dans toutes les facultés françaises et étrangères à la licence, à la maîtrise et au doctorat en communication est un fait établi, évident, certain. L’autre aspect du problème concerne votre Académie. Est-elle prête à accueillir des spécialistes de la communication? La question méritait d’être posée. Dans 20 ans, les diplômes de ces universités auront peut-être « droit de cité » à l’Académie des sciences morales et politiques si leurs travaux méritent de figurer parmi les œuvres consacrées par votre compagnie.

Je ne saurai augurer de l’avenir mais cette éventualité me paraît tout à fait possible sinon probable. Si vous me permettez d’extrapoler un peu j’ajouterai qu’il y a quelques années l’Institut de France ignorait au niveau de ses propres services la communication en tant que telle. Aujourd’hui l’Institut possède aux côtés de ses huit services classiques, un nouveau « bureau », celui dit « de la communication ». Cela me paraît de bon augure sinon un critère absolument certain de ce « droit de cité » de la communication au sein de votre compagnie. Si elle s’ouvre dans l’avenir à de bons communicants, la communication authentique aura gagné la partie. Si elle refuse l’accès en son sein à de brillants communicateurs, on pourra reconnaître que cette partie aura été perdue et mon pronostic sera tenu pour faux. Car je crois sincèrement pour ma part que sans la communication, il n’est point de progrès possible pour l’humanité.