Philippe Levillain : « Les yeux du Saint-Siège sur les relations internationales de la France »

 

Séance ordinaire du 17 juin 2019

« Les yeux du Saint-Siège sur les relations internationales de la France »

 

par Philippe Levillain,
membre de l’Académie des sciences morales et politiques 

 

À l’occasion de ses conférences de presse, le général de Gaulle avait inventé un procédé célèbre pour répondre aux questions qui ne lui étaient pas posées : « Quelqu’un, me semble-t-il, m’a posé la question… » En entreprenant cette communication sur « les yeux du Saint-Siège sur la politique extérieure de la France », je me suis posé deux questions, pour éviter qu’elles n’encombrent la discussion avec l’auditoire. À savoir : pourquoi « les yeux du Saint-Siège » – et non pas « du Vatican », au demeurant ? Et pourquoi « les yeux » plutôt que « le regard » ? Plus importante est la deuxième question : pourquoi, dans le cours d’un cycle organisé par le président de l’année sur « L’action extérieure de la France », faire rentrer le Saint-Siège comme observateur ou comme acteur ?

Avant d’en venir à la proposition de quelques observations relevant du thème retenu, je crois utile de justifier ce choix. Disons à titre de prolégomènes. J’aborderai ensuite diverses considérations significatives en deux temps : du lendemain de la Seconde Guerre mondiale à l’élection de Jean-Paul II le 16 octobre 1978 ; de Jean-Paul II à l’élection du Pape François le 13 mars 2013. Pour de multiples raisons, je laisserai l’actuel pontificat aux questions le cas échéant. Qu’il soit clair, en tout cas, qu’il s’agit de l’exposé d’un historien de l’Église et de la Papauté et non pas d’un spécialiste des relations internationales.

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Les yeux du Saint-Siège. Chacun sait que le Saint-Siège désigne la papauté en tant que viagère d’une institution dont le Vatican constitue le domaine territorial d’une souveraineté temporelle. Les deux termes sont souvent reliés par une métonymie, tels l’Élysée et la présidence de la République française. Et pourquoi les « yeux » plutôt que le « regard » ? Ni à cause de Sully Prudhomme, relief des récitations enfantines – « Bleus ou noirs … » – ni à cause des « Yeux d’Elsa » ; ni même des yeux de Chimène, quoique… Un de mes amis, à qui j’exposai cette hypothèse de titre, me dit : « Le Saint-Siège a toujours pour la France les yeux de Chimène. » De fait, et l’affaire dépasse la boutade, la France, après avoir été, depuis le XVe siècle le « Fils aîné de l’Église », devint la « Fille aînée » avec Lacordaire qui féminisa l’expression en février 1841 en pleine Restauration catholique. L’honneur en fut plus facile à adopter par la République après 1875 comme une anaphore singulière de Marianne. Cette mention, reprise par tous les papes à plusieurs reprises, y compris l’actuel pontife, fait référence à la conversion de Clovis en 496. Son quinzième centenaire célébré en 1996 à Reims, par Jean-Paul II, causa quelques difficultés au président de la République, et souleva même une tempête laïque de force 7 sur l’échelle de Beaufort. Cette filiation est toujours attestée dans le tissu urbain de la Rome actuelle. Et au Vatican même, où la fille de saint Pierre, sainte Pétronille, est honorée d’un autel dans le transept droit de la basilique. Une messe en l’honneur de la France y est célébrée chaque année fin mai, le 28 cette année. Tous les présidents de la République, sauf Georges Pompidou, se rendirent à Rome. Parmi ceux-ci, seuls François Mitterrand et François Hollande ne prirent pas possession du titre honorifique de « chanoine » de Saint-Jean-de-Latran. Surtout, de Pie XII à Paul VI, les souverains pontifes eurent une expérience française qui inscrivit le paysage de la « douce France » dans leurs yeux et leur sensibilité. Le cardinal Pacelli fit un voyage triomphal et princier à Lisieux le 11 juillet 1937, comme cardinal-légat pour la dédicace de la basilique Sainte-Thérèse, suivi d’un voyage à Paris, qui lui valut un dîner au Quai d’Orsay, où il rencontra Léon Blum.  Soit dit en passant, Frédéric Le Moal a mis en valeur récemment les illusions de la gauche française en 1939, quant à la puissance arbitrale de Pie XII en cas de grave conflit. Le cardinal Roncalli, faut-il le rappeler, fut nonce apostolique en France du 22 décembre 1944 au 13 janvier 1953. Vincent Auriol, qui prisait sa bonne humeur caustique, tint à lui remettre lui-même la barrette cardinalice. Le nonce opéra quarante-huit voyages en France pour l’agacement de Mgr Tardini, bras droit de Pie XII, qui le détestait. Paul VI, en tant qu’aumônier de la FUCI (Association catholique de la jeunesse italienne), passa un mois en France à l’été 1924, durant lequel il prit des cours de français à l’Alliance française. Jusqu’au cardinal Ratzinger, les souverains pontifes parlaient couramment français. Pie XII, aux dires de Wladimir d’Ormesson, lisait Le Monde chaque matin au lendemain de la guerre. L’intérêt de ces détails tient à la perméabilité de ces souverains pontifes italiens à la culture française et à leurs regards croisés sur les situations française et italienne. Et relevons que nombre d’observateurs ont voulu constater de la nostalgie dans leurs yeux, lorsqu’on évoquait la France, les grands auteurs français, l’histoire de France. L’imaginaire des papes est un métissage sui generis entre la France chrétienne de Saint Louis, Jeanne d’Arc, la France des Droits de l’Homme et de sainte Thérèse de Lisieux à laquelle chaque pape voue une dévotion particulière, y compris l’actuel. Et soulignons que c’est la France qui fut le grand acteur européen du concile Vatican II.  C’est à Jacques Maritain, ancien ambassadeur près le Saint-Siège au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, que fut remis à la cérémonie de clôture du 8 décembre 1965 le « Message du Concile », adressé aux hommes de la pensée et de la science. Le sentiment français, de Pie XII à Paul VI, n’a rien de comparable avec les souverains pontifes suivants, Jean-Paul II, l’homme qui venait « di un paese lontano », Ratzinger le Bavarois, et Jorge Mario Bergoglio, italo-argentin, qui ne connaît toujours que Strasbourg.

D’autre part, parler des yeux du Saint-Siège sur l’action extérieure de la France pose la question de la réciprocité de la part de celle-ci. Ce regard est plutôt désigné comme celui posé sur le Vatican que sur le Saint-Siège, à la fois personnel et abstrait. Il est difficile de parler d’une politique étrangère du Saint-Siège, comme on le fait souvent, en parlant même d’un ministre des Affaires étrangères. À choisir, s’il faut choisir, le terme valable serait plutôt « politique extérieure » correspondant pendant longtemps à l’existence d’une institution au sein de la Secrétairerie d’État dite « section II » jusqu’à la réforme de 1994, appelée également section « degli affari esteri », et devenue « Secrétariat pour les relations avec les États. » Plus qu’une politique extérieure ou étrangère, le Saint-Siège a une diplomatie. Pour qu’il y ait une véritable politique étrangère, il faudrait qu’il y ait, en plus de la diplomatie, une politique de défense et une politique économique. Or le Saint-Siège ne dispose ni de l’une ni de l’autre. Éventuellement d’une politique financière…

Le problème majeur du Saint-Siège tient à ce qu’il n’a pas, comme une nation, d’intérêts étrangers ni stratégiques ni économiques, mais de « communion », comme le sont les militants d’un parti politique. Ses fidèles se trouvent dans des situations juridiques variables. Pendant longtemps, la science politique européenne, et surtout américaine, a opéré un parallèle poussé entre les partis communistes européens et les organisations catholiques. On a pu parler d’Europe vaticane, d’Internationale blanche et pousser les termes jusqu’à rapprocher l’Évangile et le marxisme. Ce mélange, d’ailleurs, rencontra quelques mariages, fort discutés, en Amérique latine avec la théologie de la Libération, sur laquelle s’opposèrent assez violemment Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger, quoi qu’on dît.

Ce rappel élémentaire pour dire que l’analyse du regard – soyons plus simple – du Saint-Siège sur l’action extérieure de la France est prise ici pour constituer comme un test ou, si l’on préfère, un révélateur. Révélateur non de la nature des relations entre une monarchie catholique romaine et la République française, mais comme élément d’un certificat de référence pour une civilisation chrétienne. Une nostalgie de la France chrétienne, telle que la refigura Jean-Paul II dès son arrivée au Bourget le 1er juin 1980 : « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Une figure de la cité de Dieu, dirait-on. Ou même un lieu d’appréciation des convulsions contemporaines entre Jérusalem et Athènes, entre la Foi et la Raison, au cœur de la civilisation européenne depuis des siècles.

L’élection de Jean-Paul II, treize ans après la fin du deuxième concile du Vatican et le douloureux règne de Paul VI en Concile et en Église postconciliaire, signa la prise de conscience par l’Église romaine de la gravité des enjeux nés de la confrontation entre elle et le monde. L’incertaine constitution Gaudium et spes (« Sur l’Église dans le monde de ce temps ») promulguée le 7 décembre 1965, pétrie par la France notamment, sans oublier l’influence de la Belgique et de l’Allemagne, témoigna de l’ampleur d’une révolution copernicienne. Le pape slave fut chargé d’en opérer l’application par le verbe et le geste. Il ne s’agit plus, dès lors, d’expliquer l’Église au monde et de le convaincre de la mission de celle-ci. Il s’agit, pour l’Église, autour de Rome, de faire comprendre le monde à l’Église pour « aggiornare » son langage, son message, voire son histoire. Soyons clairs : l’aggiornamento est la figure cachée de la Réforme. En tout cas de réformes fondamentales. Et c’est à la suite de Vatican II que bascula, dès 1978, la relation entre la France et le Saint-Siège. L’axe de la civilisation chrétienne se déplaça vers l’Est et le défi aussi.

À nouvelle donne, nouveaux enjeux. La France s’inscrivait entre mémoire et avenir dans un contexte international post-moderne.

Les papes francophiles 

Disons « francophiles », puisque leur attachement affectif remonte à la conversion de Clovis. Au-delà de l’affectif, dans les relations d’observation de la part du Saint-Siège sur l’action extérieure de la France, il faut baliser plusieurs étapes combinant espoirs et illusions du Saint-Siège, de Pie XII à la fin du pontificat de Paul VI en août 1978. Et sans remonter au déluge, il faut rappeler fortement que la défaite de 1940, scellée avec l’Armistice le 22 juin, laissa Pie XII désemparé, atterré, perplexe. « Où est donc le patriotisme français ? », constata sobrement le pape, car peu enclin aux interpellations, telle celle de Jean-Paul II qui accomplit la sienne à sa manière, le 1er juin 1980. La figure d’une France à la proue de l’Occident pour défendre les valeurs de la civilisation chrétienne disparaissait.

Cette défaite de la France et l’installation progressive du régime de Vichy aveuglèrent le Saint-Siège et vis-à-vis de Vichy et vis-à-vis des catholiques. Pie XII, si l’on peut dire, aurait donné cher pour être menacé par la France, comme au temps de Napoléon, plutôt que par Hitler. Les Actes et documents du Saint-Siège pendant la Seconde Guerre mondiale témoignent implacablement de la perte de jugement dans laquelle est abîmé le Saint-Siège, et aussi du temps qu’il mit à recouvrir la vue. En août 1944, il était convenu que le nonce Valerio Valeri demeurerait à Vichy. Et le nonce, quoique doutant beaucoup que de Gaulle fût dans de bonnes dispositions, demandait à ses supérieurs si le Saint-Siège ne pourrait pas favoriser un rapprochement entre Pétain et celui-là. Cette déconvenue et cette incertitude marquèrent l’imaginaire du Saint-Siège jusqu’en 1958 et, notamment, en 1947, quand le monde crut à une possible Troisième Guerre mondiale. Est-ce à dire que le Saint-Siège devint atlantiste ? Avait-il un autre choix possible qu’entre Eisenhower et Marshall ? L’entrée du général de Gaulle dans le viseur du Saint-Siège laissa le Vatican perplexe. La lettre portée à Pie XII via le commandant de Panafieu au cardinal Tisserant, datée du 29 mai 1944, évoquait l’avenir avec hauteur pour affirmer : « Dès la délivrance, les intérêts spirituels du peuple français retrouveront leur primauté que met en péril l’oppression de l’ennemi. Nous sommes résolus à les sauvegarder et nous souhaitons infiniment pouvoir être en mesure de le faire, en profitant de la spéciale bienveillance de Votre Sainteté pour le bien accordé à la France. » Tel est le contexte en 1944. Une réponse fut convenue : « Una lettera da farsi molto bene », note Mgr Tardini, à l’époque substitut à la Secrétairerie d’État, « è cosa delicata e importante ». Elle fut rédigée le 15 juin et se contenta d’exprimer des vœux remarquant : « Comme vous l’observez justement, la fin des combats ne suffirait pas à redonner à la France l’ordre, la tranquillité et la paix… si elle conservait dans son sein des germes funestes de discorde civile et de conflits sociaux qui pourraient lui faire perdre tout le fruit des sacrifices imposés par la plus dure des guerres. » Les conversations entre de Gaulle et Staline préoccupaient vivement le Saint-Siège.

Les yeux du Saint-Siège, sous la Quatrième République, sont d’autant plus attentifs que, malgré l’instabilité ministérielle, la force du Parti communiste, la Guerre froide, le projet atlantiste et son échec, la France joue un rôle clef dans le projet européen du pape Pie XII relayant, au demeurant, celui de Pie XI. Disons qu’il s’agit d’une ligne continue qui traverse toutes les activités diplomatiques des deux côtés depuis longtemps. Le projet du pape était très clairement exprimé, parmi tant d’autres occasions, dès le 24 décembre 1939 : « Comment une économie épuisée ou exténuée pourra-t-elle trouver, après la Guerre, les moyens nécessaires à la reconstruction économique et sociale, au milieu de difficultés qui seront énormément accrues de toutes parts et dont les forces, les artifices des ennemis de l’ordre, toujours aux aguets, essayeront de profiter, dans l’espoir d’asséner à l’Europe le coup décisif ? » Cette mission chrétienne de l’Europe, le pape en confie le soin, au sens propre en Italie, et par procuration en Allemagne et en France, au fameux trio De Gasperi-Adenauer-Schuman, qui fonda la CECA par la signature d’un traité le 18 avril 1951. Rappelons qu’elle entra en vigueur le 23 juillet 1952. Pie XII compte résolument sur Schuman, comme on le constate dans le Journal inédit de Wladimir d’Ormesson. On parlera donc d’une « Europe vaticane », voire d’une « Internationale blanche » dont l’examen par une histoire au microscope prouve qu’elle relevait d’une intention stratégique ferme face à l’inépuisable menace soviétique autant que communiste. Mais Pie XII perçut très vite qu’il s’agissait d’un faux triangle isocèle, et que l’alliance entre la France et l’Italie passait par l’Allemagne, dont déjà au lendemain de la guerre, nombre d’intellectuels souhaitaient la reconstruction rapide. D’où la fameuse phrase au jésuite Jean de Rivau, fondateur des célèbres « Documents » : « L’avenir de l’Allemagne est actuellement la prunelle de mon œil par rapport à l’avenir de l’Église. »

Pour un historien, l’extraordinaire richesse de cette période de construction et d’échecs, de pas en avant et de reculs, est illustrée, outre le Journal de Wladimir d’Ormesson – qui succède à Jacques Maritain en 1948 –, par le Journal de France, du nonce Angelo Roncalli. L’ouverture des archives Pie XII sera illuminante. Pie XII fut plus qu’offusqué par l’échec de la CED, votée le 27 mai 1952 par l’Europe des Six, et rejetée par l’Assemblée nationale française le 30 août 1954. L’échec, on le sait, fut entièrement attribué par le Saint-Siège au général de Gaulle et au RPF. Mais le Saint-Siège savait parfaitement la réalité du débat, qui, au-delà d’une France encore traumatisée, incluait la relation avec l’URSS, le poids de plus en plus lourd de la constitution de l’Europe de l’Est. À l’égard de celle-ci, au demeurant, le Saint-Siège entretenait de fortes espérances de rétablissement via les Églises locales et leurs hiérarchies. Dans ce domaine, une histoire savante s’impose de plus en plus, et pourra constituer un paradigme de ce qu’apportent les archives quand elles sont ouvertes et consultables.

À cet égard, Georges-Henri Soutou, dans un livre récent – La Guerre froide de la France, 1941-1990 –, établit parfaitement comment la France et le Saint-Siège se rencontrèrent (euphémisme) sur la Pologne dès 1946. La Quatrième République joua un rôle peu connu, à la demande du Saint-Siège lui-même, en direction de Varsovie. La France ne nourrissait aucune illusion sur la possibilité d’un accord avec les autorités communistes et la perspective d’élections libres en Pologne qui favoriseraient celui-ci. Mais elle dut regretter que le Saint-Siège ait suivi « l’avis de l’épiscopat polonais déconseillant l’établissement de relations diplomatiques ». Faut-il rappeler que « concordat » ou « entente » font partie de l’arsenal diplomatique du Saint-Siège depuis les origines de sa diplomatie et que, dès 1921, Pie XI chercha à nouer un concordat avec la Russie de Lénine, anticipant quasiment l’établissement d’un régime soviétique ?

Deux éléments dominèrent sous la Quatrième République l’attitude du Saint-Siège vis-à-vis de la France : la défense européenne et la décolonisation.

Sur le premier point, Pie XII fut clair en 1956, dans son Message de Noël : « Nous Nous sentons pleinement en harmonie de pensée avec Nos prédécesseurs Léon XIII et Benoît XV, lesquels n’ont jamais nié [l’obligation de remplir les devoirs militaires fixés par la loi], mais ont déploré profondément la course effrénée aux armements et les périls moraux de la vie dans les casernes, et indiqué comme remède efficace, ainsi que Nous le faisons, le désarmement général. » La question de l’arme atomique fit l’objet d’un douloureux débat au concile Vatican II, que les évêques américains emportèrent avec difficulté. La question de la dissuasion s’appliquait aussi à la France. Le Saint-Siège oscilla fortement entre les deux doctrines. Et quant à la menace sous-jacente, la Guerre de 1956 le plongea dans un immense embarras.

La décolonisation et la question successive de l’Indochine et l’Algérie générèrent de la part du Saint-Siège une position qui suscita quelques mouvements d’irritation en France, à droite comme à gauche. Pour faire bref, l’exemple le plus médiatique fut sans doute l’ouvrage de François Méjan, juriste protestant qui publia en 1957 Le Vatican contre la France d’outre-mer ? Il y écrivait que le clergé catholique en France et en pays de mission travaillait ouvertement à la sécession totale de la France d’outre-mer et « favorisait les revendications nationalistes d’indépendance totale ». Cette position était portée par les milieux francs-maçons et par nombre de socialistes qui assimilaient volontiers la notion de Vaticform avec celle de Kominform. Telle était aussi l’opinion de l’administration coloniale, qui pensait découvrir l’anticolonialisme chrétien. On ne tranchera pas sur ce point. Pie XII eut soin de ménager les susceptibilités et de retenir le zèle de certains ecclésiastiques. Mais à moyen terme, il est évident que le départ de la France permit au Saint-Siège, dès 1959, de procéder à l’organisation et la nomination de hiérarchies locales. Tel fut le cas également en Afrique, après l’œuvre du général de Gaulle. Bernardin Gantin (ex-Dahomey) fut consacré archevêque de Cotonou en 1960 par Jean XXIII et créé cardinal en 1977.

En 1958, s’ouvrit un Âge d’or dans l’échange de regards entre la France et le Saint-Siège qui devint peu à peu résolument gaullien. Pour nuancer, disons qu’il s’est davantage établi une atmosphère qu’une référence. Trois évènements consécutifs allaient bouleverser le paysage politique de l’Europe et du monde : le retour au pouvoir du général de Gaulle, la mort de Pie XII, l’élection de Jean XXIII. Faut-il les rappeler brièvement ? En mai 1958, le général de Gaulle suscitait un frisson fasciste en Italie. Gaston Palewski dut organiser une réunion politique avec les médias au palais Farnèse pour expliquer « de Gaulle » au gouvernement du démocrate-chrétien Zoli. Moins d’inquiétude avait régné au Vatican toutefois, même si la personnalité du général de Gaulle, entre fidélité et indépendance, laissait perplexe, comme en témoigne le Journal du cardinal Tardini. La mort de Pie XII, le 9 novembre 1958, éveilla chez le Général, immédiatement, le goût de faire sentir le poids de la France sur l’élection de son successeur. Il ne cacha pas au cardinal Feltin que le patriarche de Venise et ancien nonce avait sa préférence. Les six cardinaux français furent persuadés et rallièrent le patriarche de l’Église catholique syriaque, le cardinal Tappouni. Il fallut onze tours de scrutin pour élire Jean XXIII par 38 voix sur 50. La France donc, pesa. « Pape de transition. » On sait la suite. Le 25 janvier 1959, Jean XXIII annonçait son projet d’organiser un concile œcuménique. Mais de Gaulle, les 23-27 juin 1959, se rendait en Italie pour commémorer les victoires de Magenta et de Solferino. Il en profita pour rendre une visite privée au souverain pontife qu’il avait déjà rencontré plusieurs fois. Cette visite étonna.

L’instigateur de cette visite fut René Brouillet, que le général de Gaulle devait nommer près le Saint-Siège en 1963. L’ancien chef de cabinet du général de Gaulle, premier conseiller de l’ambassade de France près le Saint-Siège de 1953 à 1958, était un expert en romanité. Ce diplomate de haute stature, qui avait osé demander au général de Gaulle la grâce de Robert Brasillach en le réveillant à Saint-Cloud par une nuit de neige drue, le 5 février 1945, apprécié pour son aménité proverbiale, portait le visage d’une extraordinaire courtoisie de l’intelligence. L’acuité de son regard se tempérait parfois d’un voile de tristesse face aux imprudences ou aux prudences de l’Église en Concile et après le Concile. Cet homme de foi et d’espérance aussi incarna pendant onze ans une position médiane en balance délicate : gallican à Rome, ultramontain à Paris, si l’on peut dire. C’est sous sa direction que le Saint-Siège en Concile et après le Concile « avala », sans trop de troubles, la politique extérieure du général de Gaulle et sa position singulière dans l’ordre des relations internationales. Sur la construction européenne, grande fut la satisfaction du Saint-Siège, avec la signature le 22 janvier 1963 du traité de l’Élysée sur la coopération franco-allemande. Évidemment, ce traité posait la question de l’équilibre avec l’Italie, comme toujours. Mais le Saint-Siège n’entra pas officiellement dans le débat pas plus que dans celui de savoir s’il pouvait en résulter une remise en cause du leadership américain. Paul VI était européen. En revanche, le Saint-Siège suivit avec inquiétude la crise qui aboutit le 30 juin 1965 à la « politique de la chaise vide », plaidée par de Gaulle pour mettre un terme à la dérive fédérale de la construction européenne. Toutefois, faut-il le rappeler, entre le 16 et le 28 octobre 1962, le Saint-Siège changea de planète, si l’on peut dire, sur la discrète intervention de l’URSS, et grâce aux relations interpersonnelles entre Jean XXIII et le milieu khrouchtchévien. La crise de Cuba fut résolue subtilement au bénéfice d’une popularité spectaculairement accrue du « Bon Pape Jean ». C’est en 1963 également que L’Express titra sa première de couverture ainsi : « Le Vatican, troisième Grand ». La donne changea et changerait rapidement. L’élection de Paul VI le 21 juin 1963 amena au Vatican un pape décidé à résoudre en faveur du Saint-Siège la redoutable crise conciliaire ouverte au moment où il succéda à Jean XXIII : le conciliarisme. Pour faire face à cette dérive – dans laquelle l’épiscopat français et certains catholiques jouèrent un rôle dont l’issue échappait encore à la plupart –, Paul VI opposa ses encycliques concurrençant les travaux conciliaires et, surtout, la conquête missionnaire de la planète par ses voyages.

Le plus spectaculaire eut lieu en Terre sainte du 4 au 6 janvier 1964 entre la deuxième et la troisième session conciliaire. Paul VI fut le premier pontife à se rendre à Jérusalem et à essayer d’opérer un rapprochement plausible entre le monde arabe et Israël. Suivit le voyage à l’ONU, en septembre 1965, où c’est un Français qui suggéra au pape la fameuse phrase : « Avant de prendre la parole devant cet auditoire unique au monde… » L’ONU, si l’on peut dire, était sacralisée, surtout face à de Gaulle, qui, le 7 mars 1966, quittait l’OTAN. Le Saint-Siège exprima sa certitude qu’« avec ou sans de Gaulle l’OTAN continuerait à exister ». Paul VI visita les cinq continents les uns après les autres systématiquement. On notera que si, à la surprise générale, de Gaulle reconnut la Chine le 27 janvier 1964 – surprise qui ne fut pas totale au Saint-Siège –, le pape entreprit, du 26 novembre au 5 décembre 1970, un voyage en Extrême-Orient qui, du Pakistan à Ceylan, au travers des Philippines et de l’Australie, le ramena à Hong-Kong, aux portes de la Chine. Paul VI, tout au long du Concile, avait en vain espéré obtenir de Pékin la participation d’évêques chinois, comme pour les pays de l’Europe de l’Est. On voit les obstacles. Le pape ne cacha pas ultérieurement son admiration pour l’audace du Général auprès du cardinal Etchegaray chargé d’une mission spéciale en Chine en 1978. Aujourd’hui encore, le souverain pontife rêve de s’y rendre. Étonnante fut cette sorte de concurrence entre le pape et le Général.

Dans cette géopolitique de la paix, il est évident que la fameuse expression prononcée par le général de Gaulle le 27 novembre 1967 – « les juifs […], un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » – fut un coup de pied dans la fourmilière orientale et plongea le Saint-Siège dans l’embarras. Il n’en demandait pas tant, si j’ose dire.

Il faut rappeler qu’immédiatement après la fin de la guerre de 1967, le gouvernement de Tel Aviv chercha un contact avec le Vatican pour apaiser les craintes qui s’étaient manifestées sur le destin de Jérusalem et des Lieux saints. Il en résulta une révision de la position du Saint-Siège sur Jérusalem. Pour la première fois, le 22 décembre 1967, le pape, dans son allocution de Noël, ne proposa pas à nouveau la demande d’internationalisation territoriale de Jérusalem. Le Saint-Siège chercha désormais une formule alternative au Corpus separatum, à savoir à la sauvegarde des Lieux saints et de la physionomie religieuse et historique de la ville. Le refus progressif d’une solution fondée sur la seule territorialité des Lieux saints était implicite, car elle ne garantissait pas la sauvegarde du caractère sacré de la ville. Rappelons aussi que le consulat général de France, institué au moment où commençait le mandat britannique sur la Palestine, détient des privilèges liturgiques et honorifiques en tant que protecteur des communautés catholiques françaises à part du statut des Lieux saints et complique la position de la France dans toute négociation. C’est à cette époque que s’ouvrit la suspicion envers la France de s’installer dans une politique pro-arabe, qui allait durer. On sait peu de choses – seuls les ambassadeurs le savent peut-être – sur les incertitudes suscitées au Vatican par les voyages successifs des papes en Israël et la politique du Saint-Siège, depuis la reconnaissance de jure d’Israël par le Saint-Siège le 30 décembre 1993. Il est évident qu’il existe un parti pro-palestinien au Vatican. Il est non moins évident que le voyage de Benoît XVI en mai 2009 suscita de très fortes réserves au sein de l’appareil. « Numquam satis ! », s’écria un dignitaire curialiste.

Georges Pompidou, pour sa part, ne se rendit pas à Rome pendant son quinquennat. C’est là qu’il avait esquissé sa candidature à la succession du Général, mais Rome, comme Napoléon, lui inspira quelque timidité, si le mot est juste. Mais c’est sous son quinquennat que percèrent en France des problèmes sociétaux qui allaient fortement gâcher les relations entre la France et le Saint-Siège à la suite d’Humanae vitae en 1968. Celle-ci généra la vive remontrance de Paul VI au président Giscard d’Estaing à l’occasion d’une visite à Rome, le 1er décembre 1975. Pas à pas, la question de la laïcité, qui sera fortement présente en 1996, revint sur le devant de la scène, appuyée par celle du mariage pour tous, de la procréation médicalement assistée, de l’euthanasie. N’anticipons pas. Car…

« Vive la Pologne, Monsieur ! »

L’irruption de Jean-Paul II sur la scène internationale le 16 octobre 1978 fut le fruit d’un conclave qui y avait songé à la mort de Paul VI. Les cardinaux français encore une fois, belges et allemands constituèrent l’essentiel des électeurs ainsi que, paradoxalement, quelques curialistes. Depuis Paul VI, la Curie était internationalisée. Le pape fut menacé dans sa personne dès le mois de décembre 1979 au dire de Georg Weigel, son meilleur biographe. Il poursuivit inlassablement l’itinéraire des deux poumons Occident-Orient. Il stupéfia l’Europe par une stratégie individuelle, qualifiée par le cardinal Casaroli de « coup de boutoir », notamment vis-à-vis des Balkans. L’Ostpolitik de Jean-Paul II fit face à la politique européenne de François Mitterrand, qui opéra pour sa part une synthèse entre les conceptions de Jean Monnet et celles de Charles de Gaulle, et œuvra pour l’émergence d’une Europe européenne, en s’efforçant de lui apporter une dimension sociale (Thierry de Montbrial). Par une bonne entente franco-allemande, satisfaisante pour le Saint-Siège, le 10 décembre 1991 fut adopté le traité de l’Union européenne qui, à sa manière, renforça une construction menacée par l’écroulement de l’Union soviétique. Ainsi se firent face l’Union économique et monétaire et la Politique étrangère et de sécurité commune. De son côté, le Saint-Siège, par une subtile entrée, grâce à la porte culturelle, à la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (1975), grâce au rôle actif et coordonné de Jacques Andréani, directeur des Affaires politiques au Quai d’Orsay, et de Mgr Jean-Louis Tauran, était devenu un partenaire du dialogue international permettant à l’Europe de découvrir ses racines, particulièrement chrétiennes, tout en combattant pour des valeurs à portée universelle.

Jean-Paul II se rendit en France à huit reprises. Itération exceptionnelle de la part d’un pontife qui élabora un autre monde et dont le total des voyages représenta trois fois celui de la Terre à la Lune. Il se rendit deux fois à Lourdes et opéra un voyage européen en 1988 à Strasbourg, où il affirma notamment devant le Parlement européen le 11 octobre : « Si le substrat religieux et chrétien de ce continent devait en venir à être marginalisé dans son rôle d’inspirateur de l’éthique et dans son efficacité sociale, c’est non seulement tout l’héritage du passé européen qui serait nié, mais c’est encore un avenir digne de l’homme européen – je dis de tout homme européen, croyant ou incroyant – qui serait compromis. »

Rappelons pour mémoire que son entretien à Rome avec le président Mitterrand le 28 février 1982 resta le plus long de l’histoire des présidents français jusqu’à présent, puisqu’il dura soixante-quinze minutes. Mitterrand ne cachait pas ses inquiétudes religieuses enracinées dans sa foi chrétienne. Il s’interrogea beaucoup à ce sujet vers la fin de sa vie, pour la discussion duquel il convoqua de nombreux grands esprits. Peut-être s’agit-il des racines chrétiennes de l’Europe ? Mais ce dialogue imaginaire ne peut pas laisser de côté la dramatique opposition entre la France et le Saint-Siège à propos de la Yougoslavie. Elle rend compte d’un nouveau visage du Saint-Siège dans l’exercice de sa mission. En quelques mots. La tentative de regrouper tous le Serbes dans un même État entraîna, comme on sait, dans une logique de guerre et d’indépendance l’éclatement de l’État fédéral, à commencer par la Croatie où les Serbes, remués par Belgrade, demandèrent à être rattachés à la République serbe. Le conflit s’étendit par ondes concentriques et la Bosnie multiethnique proclamant son indépendance fut prise dans l’engrenage. Le siège de Sarajevo commença en avril 1992. On reprochera beaucoup à F. Mitterrand son dimanche théâtral à Sarajevo, le 27 juin 1992. Les Douze étaient favorables à ces autodéterminations. Le président français y était hostile. Il pensait à une redéfinition des frontières, qu’il savait pourtant historiques et respectées par Tito. Il était serbe de cœur. Le caractère religieux du conflit ne lui échappait pas. Pas plus qu’il n’échappa au Saint-Siège qui, dans cette sanglante confusion, cherchait des « espaces de liberté religieuse » (J.-L. Tauran) et la relance de l’activité œcuménique. C’est dans ces conditions que, face à l’aggravation du conflit, le Saint-Siège proposa aux Européens une « reconnaissance de protection », en phase avec l’Allemagne qui ne cachait pas son soutien à la Croatie. Tout en appuyant l’envoi d’une force d’interposition, le Saint-Siège reconnaissait la Slovénie et la Croatie le 10 janvier 1992, cinq jours avant les Douze. On retint la phrase agacée de F. Mitterrand : « Les Croates, c’est le Vatican. Les Croates, c’est le Vatican et l’Allemagne. » Point noir dans les relations ente le président et le chancelier Kohl. Point noir aussi entre F. Mitterrand et Jean-Paul II. Le président de la République, en 1987, dans son discours sur l’identité française, n’avait-il pas placé les Polonais parmi les derniers, ou presque, avec une secrète ironie de contrepoint ? Précisément, peu après, derrière le grand plan du Saint-Siège sur les Balkans, on lisait le grand dessein de Jean-Paul II sur les racines chrétiennes de l’Europe et la place de la Pologne dans le monde.

La question de celles-là fut et demeure le grand dissentiment entre le Saint-Siège et la France, surtout après l’acceptation par Jacques Chirac de l’abandon de la référence à ces racines dans le projet de constitution européenne de 2004. Les efforts de Nicolas Sarkozy ultérieurement en faveur d’une « laïcité positive », défendue devant Benoît XVI le 20 décembre 2007 lors d’un voyage au Vatican, ne changeront pas l’image de la France aux yeux du Saint-Siège, celle de la terre de l’humanisme chrétien en voie de déshérence au sein d’un monde où l’Europe « ressemble à une grand-mère vieille et stérile », selon les mots du Pape François. Rappelons enfin qu’au fil de ses échanges avec Dominique Wolton, le Pape François, évoquant la laïcité à la française, en arrive à cette affirmation : « Dans l’héritage français, les Lumières pèsent trop lourd, les religions sont vues comme une sous-culture… je comprends cet héritage de l’histoire, mais c’est un travail à faire que de l’élargir. »

Fille aînée, fille amnésique ?

Envisager l’évaluation du degré de non-conformité de la France aux promesses de son baptême ou, inversement, de la nature du possible dans le message de l’Église romaine relève d’un improbable effort. En tout cas dans ce cas précis. La question n’est soulevée en conclusion que pour constater qu’elle fait actuellement l’objet d’une réflexion croisée de quelques théologiens ou philosophes, notamment italiens, qui s’interrogent sur les mutations radicales du discours romain de Jean-Paul II à Benoît XVI et, surtout, de Benoît XVI au Pape François. En fait, de son ampliation critique à partir de 1978. Et l’ensemble dans le cadre d’une opposition manifeste entre deux voisins de palier…

Benoît XVI, à l’occasion d’un discours prononcé devant le Bundestag le 22 septembre 2011, déclarait qu’un dramatique changement de la situation était arrivé au cours du dernier demi-siècle : un concept positiviste de la nature s’était imposé dont aucune indication qui soit en quelque sorte de caractère éthique ne pouvait réellement découler et dans lequel les sources classiques de la connaissance et du Droit étaient mises hors jeu. Et de comparer le monde à un ensemble d’édifices en béton armé et sans fenêtres « où nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu ». Le Pape émérite renvoie donc à une écologie de l’homme qui rende la nature à l’homme. On l’aura compris, il ne s’agit pas du glyphosate ; mais de réfléchir « pour savoir si la raison objective qui se manifeste dans la nature ne suppose pas une Raison créatrice, un Creator Spiritus ».

À cette critique d’un néo-positivisme qui peut faire croire à l’homme qu’il s’est créé et peut se créer lui même et qui vise essentiellement l’Occident, le Pape François substitue le « mythe du Peuple », c’est-à-dire d’une énergie morale dans la construction de la planète « faite de terre, de maisons et de travail pour tous ». Ces exclus qui dépassent le caractère formel du cadre démocratique. Le pontificat du Pape François est incompréhensible pour les Occidentaux compte tenu des assimilations naturelles auxquelles sa démarche porte avec un marxisme revisité par saint François d’Assise. L’Occident n’intéresse que très peu ce pontife qui enthousiasme en France tous les degrés de sensibilité… anticléricale. Mot que le pontife romain a réussi à retourner en sa faveur.

La France est probablement le pays d’Occident le moins à même de recevoir le message d’un pape qui parle de Dieu de manière à la fois révolutionnaire et évangélique. Benoît XVI évoquait le « pusillus grex » d’un monde à reconstruire en christianisme. Le Pape François parle de la force morale des exclus. La France se pose de plus en plus la question soulevée par Jean Delumeau en 1977 : « Le christianisme va-t-il mourir ? » Disons que les remarques du pape sur l’accueil des migrants n’enchantent pas la réponse.