Géraldine Mulhmann
Nous sauver ?

Un vocabulaire religieux pour dire des choses importantes pour la politique ?

Séance ordinaire du lundi 12 septembre 2022
« Sauver ? », sous la présidence de Rémi Brague
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Nous sauver ?
Un vocabulaire religieux pour dire des choses importantes pour la politique ?

Géraldine Muhlmann
Professeur de science politique et de philosophie politique à l’université Paris 2 Panthéon-Assas
Journaliste productrice de l’émission quotidienne « Avec philosophie » sur France Culture

Dans l’attente du texte de la communication, retrouvez ci-dessous le résumé qui en a été publié dans la Lettre d’information n°825.

 

On constate depuis une trentaine d’années, en philosophie, mais aussi dans les débats  d’idées des démocraties, la présence de motifs théologico-politiques : il y aurait toujours du religieux au fond des choses politiques, quand bien même la politique se serait sécularisée. Certains, comme R. Rorty, considèrent que les affects religieux sont essentiels au vivre ensemble. D’autres, dont G. Agamben, suivant une ligne apocalypticomessianique, considèrent que l’histoire politique occidentale est mue par une logique qui la conduit à la catastrophe, après quoi s’ouvrira une phase de rédemption et de salut.
Enfin, une dernière ligne affirme que la matrice première des idéaux et des valeurs de l’histoire politique et morale occidentale est une matrice religieuse, d’origine juive et surtout chrétienne. L’invocation de ces motifs théologico-politiques est fréquente et se banalise dans les discours des hommes politiques – de N. Sarkozy à E. Macron – et dans la sphère médiatique. Nos notions laïques proviendraient de cette matrice religieuse originelle et la sécularisation aurait été un processus piloté en profondeur par le christianisme. Pourquoi la langue religieuse envahit-elle si volontiers la réflexion sur les choses politiques ? Cette tendance serait due au très ancien désir de donner un sens, une direction à l’action humaine. Ce serait le retour de la philosophie de l’histoire ou encore du « substantialisme historique » selon l’expression de Hans Blumenberg. Avant ce moment théologico-messianique, des philosophes dont Adorno ont tenté de considérer
les choses sous l’angle du messianisme et de l’utopie, mais en introduisant un conditionnel, un « comme si », invitant à la vigilance à l’égard des tentations théologicopolitiques.

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