In memoriam Christian Poncelet

Christian Poncelet s’est éteint le 11 septembre 2020.

Le 14 septembre, en séance, le président Pierre Delvolvé a  fait observer une minute de recueillement.
Le 18 septembre, lors de ses obsèques à Remiremont, Jean-Robert Pitte a prononcé un discours.

Allocution en hommage à Christian Poncelet

par Pierre Delvolvé
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Mes chers confrères,

Il y a encore une semaine, lorsque je me réjouissais de vous retrouver après cette longue période de suspension de nos travaux, je constatais avec satisfaction que notre Compagnie avait heureusement été épargnée par la pandémie. J’aurais aimé pouvoir m’en réjouir avec vous aujourd’hui, mais nous avons appris, à la fin de la semaine dernière, le décès de Christian Poncelet, survenu à Remiremont dans la nuit de jeudi à vendredi. Il avait 92 ans.

Christian Poncelet a consacré sa vie à Remiremont, au département des Vosges et au Sénat. Né dans un milieu très modeste à Blaise, dans les Ardennes, le 24 mars 1928, il est élevé par sa mère et ses grands-parents près de Rethel. Au sortir de la guerre, après avoir effectué son service militaire, il intègre l’École nationale professionnelle des PTT. C’est dans le cadre de cette administration qu’il entame dès 1950 sa carrière professionnelle, devenant en 1953 Contrôleur des Télécommunications. Il découvre alors le syndicalisme chrétien au sein de la CFTC, dont il rejoint le Comité fédéral la même année. Il y siège jusqu’en 1962.

En novembre 1962, ce gaulliste de gauche, tel qu’il se définissait lui-même, obtient son premier mandat électif, en étant élu député UNR-UDT des Vosges (circonscription de Remiremont). Cette élection marque le départ d’une brillante carrière tant locale que nationale.

Sur le plan local, il est attaché à sa ville de Remiremont. Il entre au conseil municipal en 1965, est premier adjoint au maire en 1971, puis maire de la ville de 1983 à 2001. Au Conseil général des Vosges, il est élu sans discontinuer dès 1963. Il le préside pendant presque 40 ans, de 1976 à 2015, date de sa retraite politique. Enfin, il a été conseiller régional de Lorraine de 1977 à 1988, puis en 1992. Il y a présidé la Commission des Finances de 1982 à 1988.

Il a également exercé des fonctions européennes, comme député européen (1979-1980) puis comme membre du Conseil de l’Europe (1980-1984).

Sur le plan national, Christian Poncelet a été député de novembre 1962 au 12 mai 1973, date à laquelle il mit fin à son mandat. En effet, il était entré le 6 juillet 1972 dans le gouvernement de Pierre Messmer, comme Secrétaire d’État chargé des Affaires sociales. Il fut, par la suite, toujours sous Pierre Messmer, Secrétaire d’État auprès du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Population, puis Secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique. Dans le gouvernement composé par Jacques Chirac le 8 juin 1974, il est Secrétaire d’État chargé du Budget auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Il participe également aux deux premiers gouvernements de Raymond Barre comme Secrétaire d’État, chargé du Budget auprès du ministre de l’Économie et des Finances, puis comme Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement. Il démissionne le 25 septembre 1977 lorsqu’il est élu sénateur RPR des Vosges.

Au Sénat, il est rapporteur de plusieurs commissions, dont la commission d’enquête sur les difficultés de l’industrie textile (janvier 1981) et la commission d’information chargée d’étudier le déroulement et la mise en œuvre de la décentralisation. D’octobre 1986 à octobre 1998, il est Président de la Commission des Finances, du Contrôle budgétaire et des Comptes économiques de la Nation, où il succède à Édouard Bonnefous. Il quitte cette fonction quand il est élu Président du Sénat le 1er octobre 1998. Il sera ensuite réélu à cette fonction en 2001, puis en 2004 dès le premier tour. À la tête de la Haute Assemblée, il contribua à une meilleure visibilité de l’institution dans la société française, en créant la chaîne de télévision Public Sénat ou encore en développant le programme des expositions du musée du Luxembourg.

Ce sont Édouard Bonnefous et Jean Cluzel qui incitèrent Christian Poncelet à déposer sa candidature au fauteuil laissé vacant par le décès de Bernard Destremau dans la section générale de notre académie. Il fut élu le 27 janvier 2003.

Je vous demande de bien vouloir respecter en sa mémoire une minute de silence.

 

*

Vendredi 18 septembre 2020

Discours en hommage à Christian Poncelet

prononcé lors de ses obsèques à Remiremont

par Jean-Robert Pitte
Secrétaire général de l’Académie des sciences morales et politiques

Télécharger le discours

Monseigneur,

Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les élus ;

Chère famille de Christian Poncelet,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

 

Christian Poncelet était un homme de terrain et non de livre, de la proposition de loi et non de l’essai politique, de l’action plutôt que de la théorie. Tels sont à peu près les mots que mon confrère, le grand historien de Napoléon Jean Tulard, utilisa, lors de la séance de l’Académie du lundi 31 janvier 2005, pour accueillir le Président du Sénat qui venait prononcer, au Palais de l’Institut, l’éloge de son prédécesseur, Bernard Destremau. Christian Poncelet avait, en effet, été élu académicien deux ans auparavant, le 27 janvier 2003. C’était le premier Président du Sénat à y être élu, qui plus est en exercice. Il siégeait en section générale qui regroupe en son sein des hommes politiques, des ambassadeurs, des hauts fonctionnaires ou encore des ecclésiastiques. C’est là une des originalités de notre Compagnie que de mêler action et réflexion, afin de ne jamais perdre de vue que tout travail intellectuel doit avoir pour finalité l’intérêt général et l’amélioration pratique de la condition humaine.

À l’Académie il retrouvait trois hommes auxquels son destin était lié. Édouard Bonnefous, tout d’abord, que Christian Poncelet avait connu dans les années 50, lorsque lui-même était contrôleur des télécommunications et qu’Édouard Bonnefous était son ministre de tutelle. Il l’avait retrouvé au Sénat lorsqu’il y fit son entrée en 1977 et qu’il s’inscrivit à la Commission des Finances. Édouard Bonnefous présida cette Commission de 1972 à 1986 ; il choisit alors Christian Poncelet pour lui succéder. Pierre Messmer ensuite. C’est à lui que Christian Poncelet devait sa nomination comme secrétaire d’État chargé des Affaires sociales en juillet 1972. Interrogé par un journaliste sur ce choix, Pierre Messmer répondit que Christian Poncelet avait deux qualités essentielles aux yeux d’un Premier ministre : la compétence — Christian Poncelet avait, en effet, un passé de syndicaliste à la CFTC dans les années 50 — et surtout la loyauté. Cette dernière qualité, si largement évoquée par tous ceux qui ont croisé Christian Poncelet, qu’ils eussent été ses amis politiques ou ses adversaires, nombre d’entre nous peuvent encore aujourd’hui en témoigner. Mais l’artisan de l’élection de Christian Poncelet à l’Académie fut Jean Cluzel, alors Secrétaire perpétuel de l’Académie. Ils se connaissaient du Sénat. Leur origine modeste et rurale commune ainsi que l’attachement viscéral qu’ils manifestaient tous deux pour leur département — les Vosges pour l’un, l’Allier pour l’autre — furent le ferment d’une profonde et réelle amitié. Tous deux explosaient lorsqu’ils entendaient des propos trop jacobins dans l’enceinte académique. Le destin a décidé de les unir jusque dans la mort car Jean n’aura survécu que 24 heures à Christian. Je serai demain à Saint-Pourçain-sur-Sioule pour ses obsèques.

De Remiremont à Saint-Pourçain, mes deux confrères me font traverser cette «France délaissée, cette « diagonale du vide ». Que n’a-t-on écouté plus tôt leurs alertes et leurs propositions. Dès 2000, Christian Poncelet, au cours d’une communication devant notre Académie, en appelait à la naissance d’une « République territoriale, fondée à la fois sur un État réformé et un véritable Gouvernement local, [qui] sont au cœur d’une démarche volontariste : rapprocher, pour ne pas dire réconcilier, nos concitoyens avec la chose publique ». Quoi de plus actuel ?

À l’académie, Christian Poncelet était présent dès qu’il le pouvait, bien que nos séances se tiennent le lundi et que ce jour fût consacré avant tout à son département et à sa circonscription. Nous vous le volions toutefois de temps en temps. Il était tel que vous l’avez connu ici, car il n’était pas de ceux qui changent de personnalité selon les lieux et les cercles qu’ils fréquentent. La même simplicité — certains de mes confrères qui ne le connaissaient que de nom furent surpris quand, tout Président du Sénat qu’il était, il effectua ses visites académiques en vue de son élection —, la même bonhommie, la même autorité naturelle aussi. Il possédait enfin cette qualité essentielle à un bon académicien : le sens de la confraternité. C’est donc au nom de ses amis du quai Conti que je m’exprime aujourd’hui pour témoigner, au milieu des siens, de notre tristesse, mais aussi de l’honneur que nous avons eu de pouvoir le compter parmi nous, lui qui devait tout à son mérite à son travail et à sa générosité et non à une petite cuiller en argent.

La vie politique française est compliquée et pour des raisons que beaucoup d’entre vous connaissent ici, pendant longtemps Christian Poncelet ne s’est pas associé au grand événement qui se déroule chaque année à quelques lieues d’ici : le Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges, créé par Christian Pierret et dirigé aujourd’hui par l’actuel maire de la ville David Valence que je salue tous les deux. Avec respect et affection, je le lui reprochais chaque année. Puis, un jour, ses préventions tombèrent et, à partir de 2011, dans les dernières années de son mandat de Président du Conseil général des Vosges, il décida de soutenir cette manifestation et de venir y prononcer un discours. Je l’ai presque embrassé.

Je terminerai par l’évocation d’une conviction profonde de Christian Poncelet qui nous a rapprochés  Il avait avec un courage tranquille accepté d’être président d’honneur de l’Association française des Amis de l’université de Tel-Aviv. Pour lui, permettre à des étudiants peu fortunés, juifs et arabes musulmans ou chrétiens, de poursuivre leurs études était un moyen humaniste d’affirmer son soutien aux Israéliens sans entrer dans l’arène politicienne. Lorsque nous voyagions en Israël, j’observais son empathie pour les hommes et les femmes de ce pays. Pour lui, cela allait de soi. Tel était notre Christian.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.