Des Académiciens en Sorbonne …
avec Haïm Korsia

Des Académiciens en Sorbonne

Vendredi 26 novembre 2021
Grand Amphithéâtre de la Sorbonne

 

Vendredi 26 novembre,  une nouvelle séance du cycle Des Académiciens en Sorbonne s’est déroulée dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne : l’académicien Haïm Korsia y a traité du thème de l’engagement devant une douzaine de classes de lycée venues des trois académies franciliennes avec leurs professeurs, soit environ 350 personnes. L’Académie de Créteil était représentée par des classes terminales en spécialité HLP, HGSCP et SES venues du Lycée Schweitzer du Raincy, du Lycée Galilée de Combs-la-Ville, du Lycée Eugène Delacroix de Maisons-Alfort et du Lycée Sonia Delaunay de Cesson. De l’Académie de Versailles étaient venus des élèves de classe terminale en SES du Lycée Jacques Prévert et des élèves de Seconde et de classe terminale du groupe scolaire Maïmonide de Boulogne-Billancourt. De Paris étaient venus des élèves de Première G et STMG du Lycée Louis Armand, ainsi que des élèves de classe terminale du Lycée Le Rebours, distingué par un prix spécial du Conseil National de la Résistance et de la Déportation pour la réalisation d’un film d’animation hommage consacré à Hubert Germain, dernier des Compagnons de la Libération. Il y avait aussi une classe terminale de Sciences et technologies du design et des arts appliqués (STD2A) de l’Ecole Boulle, engagée dans la réalisation d’un projet collectif en réponse au programme « De la graine à l’oiseau », lancé par l’Académie de Paris en faveur de la sauvegarde de la biodiversité à partir d’un objet symbolique, le nichoir. Enfin, une classe d’hypokhâgne de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis avait fait le déplacement. Tous étaient venus écouter Haïm Korsia parler de l’engagement, tout simplement.


Retrouvez les vidéos de la rencontre
Brève conversation avec Haïm Korsia
Vidéo de la séance
Photos : © Rectorat de Paris – Sylvain Lhermie

L’accueil du Secrétaire perpétuel de l’Académie

Jean-Robert Pitte, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, a ouvert la séance en projetant une courte vidéo de présentation de l’Académie et en rappelant le programme de la seconde édition  du cycle « Des académiciens en Sorbonne » avant d’introduire son confrère, élu en décembre 2014 au fauteuil du sociologue Michel Crozier dans la section « Morale et Sociologie » :  en effet, c’est un des traits dont l’Académie s’honore et une façon d’incarner la laïcité républicaine que de compter en son sein des personnalités d’obédience religieuse multiples, voire des serviteurs de différents cultes comme le pape émérite Benoît XVI et le grand rabbin Haïm Korsia actuellement. L’orateur du jour est un « cumulard » qui oeuvre sur plusieurs fronts  :  champion dans les études – il a suivi quatre cursus en management et gestion, histoire contemporaine,  études militaires et stratégie -, c’est aussi un serviteur de la Nation aux activités multiples et un homme passionné par le dialogue interreligieux dans la République. C’est enfin un fin compagnon  chez qui le don de l’humour et la générosité de la relation rejoignent l’érudition en toute circonstance.

L’engagement

L’académicien évoque longuement la nature profonde, intimement subjective de l’engagement à partir du mot hébreu Hineni  « Me voici » : en répondant Hineni à celui qui invite à l’action, l’individu exprime un engagement absolu, total, qui mobilise tout l’être et l’élève au-dessus de la condition de spectateur ou de consommateur du monde pour en devenir acteur.  Acteur de l’Histoire mais aussi acteur de la vie quotidienne. Acteur héroïque ou simple quidam qui  fait ce que lui intime sa conscience, cette « petite voix » qui s’est levée en lui. Pour entendre cette petite voix intérieure, encore faut-il se rendre sourd aux multiples sirènes du confort, de l’habitude et de l’indifférence, avec leurs attitudes et leurs rites partagés dans nos sociétés. Car l’individu qui s’engage fait un pas en avant sans retour  : il sait qu’il ne reviendra pas en arrière et il est prêt à en payer le prix. Le risque auquel il consent est celui  de s’exposer – parfois pour le plus grand danger, parfois sans autre danger que de rompre avec l’inertie ou les alibis dont on use en disant « j’aimerais bien mais je ne peux pas ». S’engager, c’est se mettre en gage : abandonner une part de soi-même pour atteindre un objectif qui dépasse sa propre personne et qui est le bien commun. Obéir à cette part d’idéal inaliénable quitte à désobéir aux préceptes et aux normes quand on décèle – avec discernement – qu’ils ont failli à cet idéal. C’est pourquoi l’engagement a à voir avec une morale en action qui combat le moralisme et les justifications dont s’entourent l’indifférence ou même, paradoxalement, la revendication : au lieu d’attendre que les autres le fassent, celui ou celle qui s’engage le fait, à sa mesure, ou en rejoint d’autres pour le faire avec eux. Et H. Korsia conclut : « S’engager, c’est exister ».

Paroles engagées : « La Belle Harangue »

Dans le cadre de  « La Belle Harangue », une opération conçue par la Fondation pour l’écriture abritée par l’Académie qui s’est déroulée en même temps que Les semaines de l’engagement à l’école, deux jeunes gens sont montés sur scène  pour faire entendre le message qui correspond à leur engagement personnel et l’adresser  à l’auditoire et au conférencier :

  • Guillaume Buttin, lauréat de l’Institut de l’engagement, service civique auprès d’Unis-Cité, a déclamé :
    « Et si nous laissions à la jeunesse la chance de réaliser un service civique ? »
  • Sofia Basso, élève en classe de Seconde au Lycée Balzac à Paris, dans le cadre de l’association « Des Jeunes et des Lettres – Un tremplin pour l’avenir », a fait résonner :
    « Et si on faisait attention à l’autre pour construire un monde ensemble ? »
Echanges

L’entretien entre l’académicien,  les jeunes harangueurs et l’auditoire s’est porté sur plusieurs aspects de l’engagement.
– La relation entre engagement et radicalité :  l’engagement est toujours radical en ce qu’il représente un absolu sincère et non négociable pour l’individu engagé  mais il se conjugue avec la persévérance : loin d’être un « tout tout de suite », il est un pari sur le futur, il sème un germe pour l’avenir, offre un don pour les générations à venir qui reprendront le flambeau.  C’est en cela que le discernement est essentiel à l’engagement : il dicte à la fois l’urgence et la patience,  il couple l’engagement à la sagesse.  Car un engagement qui s’emballe peut être toxique et devenir le pire argument contre l’idéal qu’il défend.
– La  relation entre engagement et service militaire : pour l’académicien, ancien aumonier des armées et de l’Ecole polytechnique, le fait de servir dans l’armée et sur des terrains de guerre représente le degré le plus haut de l’engagement. Un milieu où le lien entre l’engagement individuel et l’engagement collectif est permanent et décisif. Ne dit-on pas d’ailleurs « s’engager » dans l’armée ?
– La relation entre engagement et discrétion : l’engagement n’attend pas de reconnaissance immédiate ; il peut même cultiver l’anonymat ou la discrétion : ainsi se comprend le geste de qui vient anonymement en aide à autrui. Parce que la publicité risquerait de le mettre en lumière et de mettre autrui en position d’obligé. Or, l’engagement est désintéressé et authentique en ce qu’il n’attend aucun remerciement.
– La  relation entre engagement et reconnaissance a fait l’objet de plusieurs questions. L’engagement n’est-il pas comparable à la mission du colibri qui, sans revendiquer un résultat immédiat ou une décoration, « fait juste sa part« , comme le rappelle un lycéen ? Et pour autant, l’engagement ne mérite-t-il pas une reconnaissance de ses contemporains, voire de la société ? se demandent deux lycéennes. Ne serait-ce pas justice ?  Pour l’académicien, il convient de distinguer la reconnaissance légitime – elle viendra en son temps – de la quête d’une gratification narcissique, même si celle-ci n’est pas forcément absente de la motivation de certaines figures engagées. La reconnaissance est à l’engagement comme une forme de justice ou de vérité. Elle peut venir tard, voire très tard, mais elle viendra. Voir les personnes, parfois méconnues, voire discréditées un temps, être décorées, réhabilitées et parfois entrer au Panthéon.

Conclusion

Avant de se quitter, l’académicien a offert aux élèves et à leurs enseignants trois citations qui résument son propos sur l’engagement :

  • « Dans l’endroit où il n’y a personne, efforce-toi d’être cette personne » (Le Talmud, Maximes des Pères)
  • « Le travail produit des inégalités justes » (Restif de la Bretonne)
  • « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (Mark Twain)

Il a tenu à leur montrer une toile de l’artiste centenaire Pierre Soulages, lequel a forgé le concept d’outrenoir pour la voie qu’il trace avec obstination depuis 1979 : peindre et donner à voir un territoire noir en ses plus irradiantes lumières.

Citant enfin ces vers de Guillaume Apollinaire, il invite les lycéens à vivre les aurores :
« Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores / Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins / Méprisons l’immuable comme la pierre ou l’or / Sources qui tariront Que je trempe mes mains / En l’onde heureuse  (Guillaume Apollinaire, Le Guetteur mélancolique)

Découvrez les citations et l’oeuvre picturale
Consulter la fiche de présentation de la séance

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