Intervention de Jean-Claude Juncker en séance le lundi 16 janvier

Jean-Claude Juncker, membre associé étranger de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, ancien Premier ministre du Luxembourg, ancien président de la Commission européenne et de l’Eurogroupe, est intervenu en séance le lundi 23 janvier dernier sur le thème annuel de la bonne gouvernance.

Thème de la conférence : La meilleure gouvernance de l’Union européenne, vue sous l’angle de la Commission

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Si le thème de la gouvernance peut être associé à « tout et n’importe quoi », il renvoie à l’ensemble des règles et des mécanismes qui régissent une entité donnée. L’Union européenne est à la fois un projet politique et une organisation juridique. Pour cerner sa place dans le monde d’aujourd’hui, il importe de saisir un paramètre à l’intersection de la géographie et de la démographie : l’Europe, avec 5 millions de km², est le continent le plus exigu – quand la Russie par exemple en couvre 17 millions ; et est sur une pente descendante en terme démographique : les Européens représentaient 20% des habitants de la planète au début du XXème siècle, ils n’en sont plus que 9% aujourd’hui et 4% à la fin du siècle. Ceci a des conséquences économiques : ainsi, aucun État ne sera plus membre du G7 dans les années qui viennent ; et induit des défis quant à l’amélioration de la gouvernance européenne.

En quoi faudrait-il changer la gouvernance de l’Union européenne ? Il serait utile tout d’abord que les gouvernants changent leur manière de parler de l’Europe. Ensuite, si le triangle institutionnel qui compose l’Union européenne a ses mérites (le Conseil européen, a en charge des intérêts des États, le Parlement représente le peuple et la Commission représente l’intérêt général), il présente un certain nombre de faiblesses en termes de crédibilité et de transparence.

Par ailleurs, la défense doit devenir une attribution de l’Europe. Cela implique d’une part, une réorganisation des marchés publics militaires – ce qui permettrait de faire une économie de 100 milliards d’euros mais surtout de disposer d’une gamme homogène d’équipements au lieu des 175 types d’armement qui existent aujourd’hui – d’autre part, de prendre les décisions à la majorité qualifiée. En matière financière et fiscale, la décision à la majorité qualifiée serait également une avancée majeure. Ce qui fait que l’Union européenne compte c’est l’euro. Par ailleurs, il faudrait réviser le nombre de commissions à la baisse et lutter contre l’inflation des portefeuilles. Si l’idée d’élire le Président de la Commission au suffrage universel est excellente, elle n’est pas réaliste. En revanche, il serait souhaitable et possible que les partis politiques présentent des listes transnationales aux élections européennes. A l’inverse, l’idée, parfois suggérée par de jeunes députés qui n’ont pas connu la guerre, de vouloir faire un siège européen unique est une fausse bonne idée qui nierait la perspective historique du choix de Strasbourg. Enfin, le Parlement européen est le seul qui ne peut pas être dissout, ce qui pourrait devenir problématique dans un monde où les extrêmes s’affirment comme des forces politiques. Lorsque l’Union européenne va s’élargir, il faudra avoir changé de gouvernance, afin de permettre davantage de cohérence et d’efficacité. L’Union européenne a besoin de la patience et de la détermination dont ont besoin les longs trajets et les grandes ambitions.

Le verbatim précis de l’intervention sera publié prochainement.

À l’issue de sa communication, Jean-Claude Juncker a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.F. Mattei, E. Roussel, J.D. Levitte, J.C. Casanova, M. Pébereau, J.C. Trichet.

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