Communication du 5 mai 2025 de Jérôme Fourquet, Directeur du département « Opinions et stratégies d’entreprises » à l’IFOP
Thème de la communication : Le nouveau tableau politique de la France
Synthèse de la séance

Jérôme Fourquet commence en rendant hommage à André Siegfried, membre de l’Académie et auteur du Tableau politique de la France de l’ouest sous la Troisième République, ouvrage de sociologie politique, paru en 1913, et considéré comme le livre fondateur de la sociologie électorale. Son propos porte ensuite sur les deux enseignements majeurs des dernières élections législatives en France : la poursuite de la montée du vote pour le Rassemblement National, ce qu’il appelle « les eaux bleu-marines », et la réactivation du front républicain. La montée du vote en faveur du Rassemblement National a progressé de manière significative entre les élections présidentielles de 2022 et les élections législatives de 2024 passant de 18% à 33% avec une participation électorale en hausse. La géographie de ce vote reste stable avec des zones prévalentes (pourtour méditerranéen, vallée de la Garonne, Nord-Est de la France) où le RN fait plus de 40% au premier tour – les plafonds d’hier (Var, Vaucluse des années 1980) étant devenus les planchers d’aujourd’hui. Pour comprendre les motivations des électeurs du Rassemblement National, l’IFOP a construit un indice baptisé IPI rassemblant les enjeux les plus importants pour les électeurs de Marine Le Pen selon un sondage IFOP : l’insécurité, la pauvreté, l’immigration. La superposition des cartes où cet indice est élevé et le score des candidats RN au 1er tour des élections législatives de 2024 permet d’éclairer les ressorts de ce vote sans toutefois l’expliquer complètement – l’Ile-de-France, qui rassemble 16% de la population française, et où cet indice IPI est, par endroit, très élevé vote peu pour le RN. Une 2ème variable peut être identifiée : celle de la taille de la commune. Les communes de moins de 500 à 10 000 habitants rassemblent 7 millions de voix pour le RN et les communes de moins de 500 habitants ont voté à près de 43% pour ce parti. Jérôme Fourquet explique l’importance du vote RN dans ces petites communes par la place de la voiture dans ces territoires, où la dépendance à l’automobile est forte et l’utilisation de la voiture absolument inévitable dans tous les actes du quotidien comme l’a bien montré Nicolas Mathieu dans son roman Leurs enfants après eux (Actes sud, 2018). Ce « peuple de la route », selon l’expression employée par Jérôme Fourquet, est dès lors très attentif et sensible aux discours politiques accordant de l’importance à la voiture, comme l’a fait Jordan Bardella qui a placé la voiture au cœur de sa campagne électorale. Alors que 49% des personnes « très dépendantes de la voiture au quotidien » ont voté pour le RN au 1er tour des élections législatives, 28% des personnes « pas du tout dépendantes de la voiture au quotidien » ont voté RN. Enfin, un 3ème paramètre peut influer sur les comportements électoraux et rendre compte de la montée du vote RN : celui de capital résidentiel.
Le deuxième enseignement des élections législatives de 2024 a été la réactivation du front républicain. Alors que, lors des élections législatives de 2022, le taux de victoire des candidats du RN dans des duels face à des macronistes était de 50%, il n’a été que de 17% en 2024. Le front républicain a donc été massivement réactivé, même s’il l’a été à géométrie variable (le report de voix des électeurs macronistes se faisant moins bien dans le cas d’un duel du RN face à la gauche que celui des électeurs de gauche dans le cas d’un duel du RN face à des macronistes).
Jérôme Fourquet termine en rappelant l’une des conclusions emblématiques des travaux d’André Siegfried : « le granite produit du curé et le calcaire produit de l’instituteur ». Bien loin d’un binaire déterminisme géologique, cette observation, tirée d’une enquête de terrain sur le canton de Talmont Saint-Hilaire, résulte d’une observation des types d’activités, essentiellement agricoles à l’époque et liées à la nature des sols, des types d’habitat (groupé ou dispersé) et des modes de vie induits. A. Siegfried avait également mis en avant l’influence de deux autres paramètres sur les comportements électoraux : l’altitude et l’influence religieuse. En Ardèche, il avait ainsi pu établir une différenciation dans les votes à partir de 800 m d’altitude – ce que l’on peut retrouver aujourd’hui, dans une moindre mesure et à des altitudes plus basses en Languedoc-Roussillon. Siegfried soulignait toutefois que « quand le facteur religieux entre en ligne de compte dans les luttes politiques, c’est lui qui prend le pas sur tout autre considération économique ou sociale » (Géographie électorale de l’Ardèche sous la IIIè République, Paris, Armand Colin, 1949).
À l’issue de sa communication J. Fourquet a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, S. Sur, P.M. Menger, F. d’Orcival, E. Roussel, H. Gaymard, O. Grenouilleau, G. Alajouanine, J.D. Levitte.
Verbatim du communicant
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