Communication de Philippe LÉGLISE-COSTA « Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ? »

Communication du lundi 9 mars 2026 de Philippe Léglise-Costa, Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne

Thème de la communication : Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ?

 Synthèse de la séance

Philippe Léglise-Costa se propose d’analyser la situation de l’Europe face aux profondes transformations du contexte international et aux nombreux défis économiques et politiques qui en découlent. Le Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne explique que les Européens doivent désormais adapter leurs politiques et leurs instruments pour répondre à des enjeux nouveaux, qui exigent davantage d’anticipation stratégique, d’investissements publics et de rapidité d’action, comme le ferait un État dans l’exercice de ses fonctions exécutives.

Selon lui, l’Europe fait face à trois grands chocs externes. Le premier est l’hostilité croissante de la Russie, confirmée par la guerre en Ukraine, qui a entraîné un découplage économique entre l’Union européenne et la Russie et impose un renforcement des capacités de défense européennes. Le deuxième choc vient de l’ascension rapide de la Chine, dont le modèle économique fortement soutenu par l’État, orienté vers l’exportation et appuyé sur des surcapacités industrielles, crée une concurrence intense et de nouvelles dépendances pour l’Europe, notamment dans les technologies et les matières premières. Le troisième choc concerne l’incertitude liée aux États-Unis, marquée par un protectionnisme accru et une implication plus directe de la puissance publique dans l’économie, ce qui modifie profondément les relations économiques et stratégiques internationales.

À ces défis externes s’ajoutent des difficultés internes. L’Europe risque un décrochage économique, aggravé par le vieillissement démographique, un retard dans certaines innovations technologiques et d’importants besoins d’investissement pour soutenir la productivité, la transition écologique et la défense. Ces investissements sont estimés à plusieurs centaines de milliards d’euros par an. L’Union européenne doit donc repenser son modèle de croissance tout en préservant son modèle social.

Malgré ces difficultés, l’Europe possède de nombreux atouts : un niveau élevé d’épargne et de capital, des infrastructures développées, des universités et des chercheurs de qualité, ainsi qu’un vaste marché intérieur et une monnaie solide. De plus, les crises récentes — crise financière, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine — ont renforcé la prise de conscience de la nécessité d’une plus grande souveraineté européenne et d’une action collective.

Face à ces enjeux, l’Union européenne s’engage dans plusieurs transformations majeures. Elle cherche notamment à élaborer une véritable stratégie industrielle, à réduire ses dépendances dans des secteurs clés (énergie, technologies, défense, numérique), à réformer sa politique commerciale et à développer une architecture financière plus souveraine afin de mobiliser l’épargne européenne pour financer ses investissements. Elle travaille également à renforcer ses instruments de défense commerciale et à protéger son espace informationnel et technologique.

Cependant, la réussite de ces transformations dépend de plusieurs conditions. D’abord, les États membres doivent accepter de modifier certains équilibres économiques et politiques hérités du passé. Ensuite, la gouvernance européenne doit évoluer afin de permettre des décisions plus rapides et plus cohérentes face aux rapports de force internationaux. Enfin, tout repose sur la volonté politique et le soutien des citoyens européens, car les opinions publiques peuvent à la fois souhaiter une Europe plus forte tout en restant critiques envers ses institutions.

En conclusion, malgré ses retards et ses difficultés, l’Europe dispose encore des ressources nécessaires pour renforcer son indépendance et son influence dans le monde. Elle a déjà entamé une transformation importante, mais celle-ci exige un engagement politique durable et une coopération étroite entre les États membres pour réussir. Philippe Léglise-Costa termine en paraphrasant Walter Benjamin : tout est possible, rien n’est gagné, mais la catastrophe est assurée si nous ne faisons rien.

À l’issue de sa communication, Philippe Léglise-Costa a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées D. Senequier, M. Pébereau, J.C. Trichet, G. Guillaume, G.H. Soutou, M. Bastid-Bruguière, E. Maury, G. de Menil.

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