L’Heure des Choix :
Quel réarmement pour la France et l’Europe face au retour de la force ?
INTRODUCTION
Monsieur le Président, cher Jean-David Lévitte,
Monsieur le Vice-président, cher Haïm Korsia,
Monsieur le Secrétaire perpétuel, cher Bernard Stirn,
Mesdames et Messieurs les Académiciennes et Académiciens,
Mesdames et Messieurs,
C’est un immense honneur et un très grand privilège de prendre la parole devant vous cet après-midi. Lorsque votre président m’a proposé d’intervenir devant vous – et je l’en remercie-, je n’avais pas conscience de la totalité de la démarche, qui va vous permettre, lors de ce cycle annuel, de réfléchir sur la situation stratégique à laquelle notre pays et notre continent sont confrontés et comment nous devons réagir et tenter de reprendre l’initiative.
J’ai lu avec attention votre discours de lancement, Monsieur le Président, ainsi que certaines des interventions précédentes. Je suis probablement plus praticien que théoricien, mais je suis particulièrement heureux de pouvoir partager mes réflexions, et surtout d’échanger avec vous sur un sujet qui touche au cœur même de notre destin collectif : notre environnement stratégique et la manière dont nous devons l’appréhender.
Je le fais avec beaucoup d’humilité et d’abord avec mon expérience passée de chef d’état-major des armées mais aussi, dans une moindre mesure, avec l’éclairage nouveau que m’apporte ma nouvelle fonction et celle de l’institution que j’ai la chance et l’honneur de représenter aujourd’hui en tant que délégué national de l’Ordre de la Libération.
Évoquer le réarmement de la France et de l’Europe dans cette enceinte, dans les circonstances que l’on connait, ce n’est pas simplement aligner des concepts technocratiques ou des tableurs budgétaires. C’est peut-être aussi convoquer l’esprit des Compagnons de la Libération. C’est se souvenir que lorsque l’environnement stratégique est menaçant et plein d’incertitude, lorsque les règles internationales s’estompent devant l’emploi de la force et la brutalité, la vie d’une nation dépend encore davantage de deux facteurs indissociables : la clarté de sa vision stratégique et ses forces morales.
Pour introduire nos échanges, je vous propose d’articuler mon propos en deux parties :
D’abord, une analyse de l’environnement stratégique, mouvementé, instable, et où les certitudes des trente dernières années, mais tout simplement parfois celles de l’année passée, sont remises en cause.
Je développerai ensuite les axes d’effort que nous, Français et Européens, devons impérativement et rapidement développer. Comment se réarmer pour ne pas subir ? Comment réinvestir les champs moraux, capacitaires et opérationnels pour que la France et l’Europe continuent de peser dans le monde de demain ?
1. L’ENVIRONNEMENT STRATÉGIQUE ACTUEL : DES ÉVOLUTIONS RAPIDES ET MARQUÉES
L’observation de notre environnement stratégique est incontournable, avant même de parler de compréhension. Il s’agit bien de regarder le monde tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit.
Notre environnement souffre d’une accélération de l’histoire qui se traduit par quatre constats
A. La sédimentation et l’accélération des crises
Le premier constat est quantitatif et incontestable : les crises ne se succèdent plus, elles se superposent et se sédimentent. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) recense aujourd’hui 120 conflits actifs dans le monde, contre seulement 30 il y a trente ans.
Ce chiffre traduit une réalité profonde : les mécanismes de régulation multilatérale sont grippés. La paix n’est plus l’état nominal du système international, elle en est devenue l’exception. Ce regain de violence ne se cantonne plus aux périphéries de notre continent ; il s’est réinvité sur le sol européen, sous la forme d’une guerre de haute intensité que beaucoup croyaient reléguée aux livres d’histoire. C’est le retour des guerres qui peuvent nous être imposées et non pas celles qu’on peut choisir, comme on l’a fait durant ces dernières décennies.
B. Le retour des blocs et des sphères d’influence
Le deuxième constat montre que nous sommes définitivement sortis de l’ère post-guerre froide pour entrer dans un monde devenu beaucoup plus stratégique.
Les alliances traditionnelles sont remises en cause, contestées ou reformulées.
Un nouveau système international est en train de se figer sous nos yeux : celui des grands blocs et des sphères d’influence rigides.
Mais aussi, chaque crise devient plus complexe, non seulement dans ses aspects militaires, mais aussi parce que l’ensemble des domaines de l’activité humaine y est à nouveau impliqué : l’économie, l’industrie, la communication, le sport, la culture et la société dans son ensemble.
Quand cet élément est croisé avec le risque de guerres imposées, on comprend alors que la capacité à soutenir la guerre redevient le facteur central.
Trois acteurs majeurs mènent ce mouvement de tectonique des plaques :
La Chine qui déploie avec autant de patience que de détermination une stratégie de puissance globale, c’est-à-dire économique, technologique et militaire, visant à redéfinir les standards mondiaux à son profit.
La Russie qui, dans un réflexe obsidional qui la hante depuis longtemps, a fait le choix de la rupture radicale, de la militarisation de sa société et de la contestation par les armes de l’architecture de sécurité mondiale et européenne en particulier. L’ambassadeur Pierre Lévy vous a, ici même, magistralement décrit cette situation
Les États-Unis dont le pivot vers l’Asie est une constante structurelle, qu’on sous-estime souvent, et dont le soutien à l’Europe (qu’on a tendance, lui, à surestimer), fluctuant au gré des alternances politiques, ne peut plus être considéré comme acquis.
C. La fin du droit, le triomphe de la force
Troisième constat : depuis 1945 et plus particulièrement au cours de ces trois dernières décennies, avec la chute du mur – une date clé que vous avez cité dans votre discours d’ouverture Monsieur le Président – l’Occident (même si a posteriori, on peut constater que cette vision est d’abord celle des Etats-Unis, vision que les pays occidentaux ont acceptée assez facilement) a cru à la toute-puissance de son « soft power », à l’universalité et l’acceptabilité par tous des normes juridiques et à la pacification du monde par le commerce et la mondialisation. Après l’avertissement sévère de 2001, il faut bien admettre qu’aujourd’hui, cette illusion est morte. Le droit international est devenu un outil de « guerre juridique » pour les États puissances, qui passent outre lorsqu’il les gêne et l’évoquent pour paralyser ceux qui croient que le droit international les protège.
D. les facteurs d’accélération du chaos
Enfin, pour être complet, il convient d’ajouter dans un quatrième constat deux marqueurs qui jouent un rôle clé dans l’accélération du chaos.
Il s’agit d’abord de la puissance de l’information : le développement des technologies et la numérisation des sociétés confèrent à l’information une valeur stratégique. L’information est à la fois un enjeu et une bataille. De fait, la guerre informationnelle tend à devenir prépondérante et l’IA générative a ouvert encore de nouvelles perspectives. Les grandes puissances, s’appuyant sur des stratégies de long terme, y manœuvrent de manière très offensive et désinhibée.
Les conséquences du changement climatique doivent également être prises en compte. Elles agissent comme un catalyseur du chaos, avec des impacts très importants sur les populations, mais aussi les gouvernants, qui peinent à réagir efficacement dans les situations d’urgence. Russie et Chine, exploitant habilement le champ des perceptions, désignent les pays occidentaux comme responsables du changement climatique et de ses conséquences.
Pour résumer la description de notre environnement stratégique, je retiens que le monde actuel semble fonctionner sur le seul respect de la puissance brute et le fait accompli. Si vous n’êtes pas capables de défendre vos frontières par les armes, aucun traité ne le fera pour vous. C’est le retour de l’hyper réalisme dans les relations internationales : les forts font tout ce qu’ils peuvent faire, et les faibles subissent ce qu’ils ne peuvent empêcher.
Face à cette description lucide et sans concession, dans ce qu’on peut appeler le grand jeu des empires, une question fondamentale doit être posée : quel rôle veut jouer la France, et donc l’Europe, dans ce monde en pleine transformation, dans un monde où le faible ne peut que subir, dans ce monde où face aux grandes puissances, on est soit vassal, soit ennemi ?
Face à ce réveil des empires, la France et l’Europe n’ont plus le choix s’ils veulent encore compter dans le monde d’aujourd’hui : il faut rebâtir les outils de la puissance.
Quels sont les défis à relever pour y parvenir ? C’est l’objet de la deuxième partie de mon intervention.
2. LES MESURES À PRENDRE : QUEL RÉARMEMENT POUR LA FRANCE ET L’EUROPE ?
Dans un monde plus stratégique, la réponse à ces constats ne peut pas se traduire uniquement par un réarmement dans le domaine militaire. La réponse, le réarmement, doit être global, systémique, et s’articuler autour de trois dimensions indissociables : le réarmement intellectuel et moral, le réarmement capacitaire et le réarmement opérationnel et doctrinal
A. Le Réarmement Intellectuel Moral : Forger l’esprit de défense et la résilience
La priorité doit être donnée au renforcement de la cohésion nationale. Un système d’arme, aussi performant soit-il, n’aura guère d’utilité si le soldat qui le sert ou le citoyen qui le finance n’a pas la volonté de se battre.
Le réarmement commence dans les esprits. La cohésion nationale est le centre de gravité de la résilience d’une nation. L’exemple ukrainien est assez incroyable, comme l’a souligné devant vous l’Ambassadeur de France en Ukraine, Gaël Veyssière. Si l’Ukraine résiste maintenant depuis plus de 4 ans, déjouant tous les pronostics, c’est parce que chaque citoyen ukrainien est conscient de son rôle et de sa responsabilité dans la vie et la survie de la nation.
Preuve de leur importance, la cohésion nationale et l’esprit de défense sont d’ailleurs les cibles privilégiées de nos compétiteurs, de nos adversaires, de nos ennemis. Car un pays sans cohésion ne se battra pas. Le réarmement moral, le renforcement de l’esprit de défense doivent être une priorité nationale. On peut le décliner selon 3 axes :
Le sens du sacrifice et de la citoyenneté : la cohésion nationale peut se définir de la manière suivante : on est conscient de faire partie d’un groupe plus grand que soi-même ; on est conscient de qu’on doit quelque chose à ceux qui nous ont précédés et enfin on est conscient qu’on a une responsabilité vis-à-vis de ceux qui viendront après nous. Notre société s’est habituée au confort et à l’individualisme, oubliant que la liberté est un bien précieux qui a été chèrement acquis, qui se mérite et doit être défendu. Le réarmement moral exige de recréer un véritable « esprit de défense ». L’Education nationale a évidemment un rôle majeur dans le renforcement de la cohésion nationale, dans l’apprentissage de la citoyenneté, dans la valorisation du récit national. Elle doit être appuyée par tous dans cette mission.
Le rôle des institutions phares : la cohésion nationale concerne l’ensemble de la société et des forces vives de la nation. Cependant, les armées et les entreprises peuvent être les moteurs de cette résilience. L’armée, parce qu’elle a une action forte en direction de la jeunesse, parce qu’elle demeure un creuset d’intégration unique, une école du mérite et de la fraternité où le commandement s’obtient par le respect et la confiance. L’entreprise, parce qu’elle est le lieu de la création de la richesse et de la stabilité économique face aux tensions socioéconomiques intérieures et extérieures.
Enfin, la cohésion nationale face aux menaces hybrides : car Les guerres modernes se jouent dans le champ des perceptions et en particulier sur les réseaux sociaux avant de se jouer sur le champ de bataille. Les manipulations de l’information par nos adversaires visent à fracturer notre cohésion nationale. Le réarmement moral, c’est armer l’esprit de nos concitoyens face à la désinformation, développer leur esprit critique pour qu’ils soient des acteurs conscients de la défense de la patrie, et non les victimes passives d’une guerre cognitive.
De ma manière plus globale, je pense que la cohésion nationale est indispensable à la vitalité d’une nation. La cohésion nationale est en effet probablement aussi ce qui permet à une nation de s’adapter et de se transformer, de faire face aux choix, donc aux renoncements et donc à des sacrifices, sans parler du sacrifice. C’est aussi la cohésion nationale qui permet d’appréhender avec sérénité les enjeux nationaux et européens.
B. Le Réarmement « Capacitaire » : un équilibre à ajuster, entre rationalisation industrielle et souveraineté
Le réarmement capacitaire couvre un champ assez large. En fait, il est la réponse à la question « Avec qui ? » dans de nombreux domaines. Il doit permettre de résoudre le dilemme entre souveraineté et développement de partenariats stratégiques. Il faut rappeler que La France possède une position singulière sur ce sujet, une de plus diront certains. En effet, aujourd’hui en Europe, c’est probablement et même certainement le seul pays qui possède à la fois la volonté politique et militaire et les moyens de conduire, si nécessaire et en dernière extrémité, une opération militaire seule. Je pense avoir toujours recommandé au Président de la République des options militaires qui privilégiaient une action en coalition ou en partenariat. Mais pour autant, nous avions toujours un plan que nous aurions pu jouer même si nous étions seuls. Plus risqué, moins efficace, nécessitant de faire autrement, mais nous devons être capables de faire seul si nécessaire. La plupart de pays européens n’envisagent pas de conduire des opérations autrement qu’en coalition et en particulier avec le soutien des Etats-Unis. Forcément, cela devient très inconfortable aujourd’hui.
Le développement capacitaire doit être questionné. Evidemment, la souveraineté doit être recherchée absolument pour certains domaines critiques, en particulier la dissuasion. Mais il est aussi indispensable de rationaliser la coopération au niveau européen, sous peine d’être marginalisé et de, paradoxalement, accentuer notre dépendance globale à la BITD américaine. Mais soyons lucides : la compétition industrielle débridée entre Européens est mortifère. La clé réside dans des alliances technologiques et industrielles restreintes, fondées sur une solidarité stratégique claire entre quelques pays qui partagent la même vision de la menace et la même volonté d’investir. C’est en créant des noyaux durs de coopération (par exemple sur l’intelligence artificielle, les drones ou le quantique) que nous ferons émerger de vrais champions industriels européens, capables de rivaliser à l’échelle mondiale. Mais il n’y aura pas d’avancées dans ce domaine sans prise de conscience et implication politiques fortes.
A une échelle moindre, le développement capacitaire doit encore davantage s’appuyer sur les technologies duales. Il y a urgence à mettre en place une révolution dans les affaires capacitaires pour mieux utiliser l’imagination et la réactivité des startups, des PME et des ETI. Ce sont elles qui sont aujourd’hui probablement plus adaptées et plus libres pour développer la plupart des nouvelles armes du champ de bataille, mais aussi différentes formes de soutien des forces.
De la même manière, nous devons d’avantage travailler avec le monde civil et en particulier le monde des chercheurs et des think tank.
C. Le Réarmement Opérationnel et doctrinal : face au défi de l’impératif de vitesse d’adaptation et soutenabilité
Ce réarmement opérationnel et doctrinal doit s’effectuer à deux niveaux.
Tout d’abord, il faut tirer toutes les conséquences de la désinhibition dans l’emploi de la force.
Cela signifie qu’il faut protéger à tout prix ce qui constitue notre cœur de souveraineté, c’est-à-dire ce qu’on doit préserver pour pouvoir supporter un premier choc puis remonter en puissance.
Dans ce cadre, la dissuasion doit continuer à être renforcée et maintenue à son plus haut niveau. Elle est le cœur de notre stratégie de défense.
Mais c’est aussi le cas de notre capacité autonome d’appréciation de situation, pour rester souverain dans notre compréhension et nos prises de décision.
Notre système d’hommes doit aussi faire l’objet de toute notre attention. On peut avoir une LPM au plus haut niveau, si vous ne trouver plus de jeunes françaises et de jeunes français pour servir sous statut militaire, un statut très contraignant, garantissant, quelles que soient les circonstances, de pouvoir engager nos forces, en commençant par la dissuasion, alors tout cela ne servira à rien.
De manière plus générale, il faut faire un effort de protection, non pas pour développer une stratégie défensive qui construirait une nouvelle ligne Maginot, mais au contraire pour ne pas restreindre notre liberté d’action. C’est vrai par exemple pour la Défense sol-air comme pour le cyber espace. Vous comprenez bien qu’il est inutile disposer de capacités d’action dans le cyberespace si vous risquez la paralysie de vos hôpitaux ou de vos centrales nucléaires en retour.
Enfin, pour ce premier volet, plus que jamais, notre stratégie doit consister à gagner la guerre avant la guerre, c’est-à-dire à décourager nos compétiteurs et adversaires de devenir nos ennemis, c’est-à-dire de passer à l’action contre nous et contre nos alliés. Ce combat se situe d’abord dans le champ des perceptions. Notre niveau de préparation, la solidité de nos partenariats stratégiques, mais peut-être encore plus notre cohésion nationale sont les meilleurs atouts pour gagner cette guerre avant la guerre.
Maintenant, à quoi faut-il se préparer pour être le plus prêt possible ? Qu’est-ce que nous apprend le champ de bataille ukrainien, mais aussi la guerre contre l’Iran ?
Tout d’abord le changement d’échelle, dans le volume d’hommes engagés, dans le niveau des unités tant terrestres, qu’aériennes ou maritimes, mais changement d’échelle aussi dans les consommations de munitions, de destructions et de pertes humaines.
Cela nous réapprend aussi l’extension du champ de bataille : plus personne n’est à l’abri, pas même le territoire national, notre industrie d’armement ou nos lignes de communication et de ravitaillement. La population civile peut à nouveau être menacée directement, surtout et d’abord dans le champ des perceptions
Ceci nous montre un champ de bataille quasi transparent, ce qui associé à des armes de plus en plus précises se traduit par une létalité très forte des opérations. Manœuvres et concentration de forces deviennent très contraintes
Enfin la soutenabilité redevient un critère majeur, sinon le critère décisif. Cette soutenabilité est le juge de paix dans tous les domaines : humains, matériels, munitions mais aussi dans le champ des perceptions, en termes de volonté.
Pour les équipements, les matériels et les munitions, il faut être capable de produire au juste niveau technologique et ne pas croire que tout problème peut être ou doit être résolu pat une solution de technologie supérieure. La soutenabilité, sur le champ de bataille, se résume à une question : qui tue quoi et à quel prix ? Notre industrie de défense doit être capable de répondre à cette question en permanence.
Tout ceci est soumis à un rythme d’évolution inédit. Les guerres jouent toujours un rôle d’accélérateur. Aujourd’hui, sur le champ de bataille ukrainien, le cycle d’évolution des procédure et d’adaptation des matériels et des logiciels est souvent inférieur au mois. Cela nécessite beaucoup d’imagination mais aussi la mise en place de boucle courte pour prendre en compte et diffuser l’innovation très rapidement.
Cette imagination et cette rapidité, elle doit aussi s’implémenter dans la manière de commander les opérations, avec toujours plus de subsidiarité, l’emploi de l’intelligence artificielle, tout en maintenant une capacité à créer des synergies, seules à même de déséquilibrer et de percer les dispositifs ennemis.
CONCLUSION
Monsieur le président,
Mesdames et messieurs,
Avant de répondre à vos questions, je terminerai avec trois points :
Le premier est que nous devons avoir confiance dans nos valeurs. Ne pas être naïf mais ne pas se renier dans un sens comme dans l’autre. Elles sont un guide qui, à la fin, nous donne un avantage.
Monsieur le Président, vous l’avez rappelé dans votre discours d’ouverture, ce sont les valeurs européennes qui ont fait les valeurs occidentales, ce sont les valeurs inventées en Europe depuis le traité de Westphalie qui ont largement inspiré la Charte des Nations Unies. Aujourd’hui, la France et les Européens ont encore un rôle à jouer et sont probablement attendues sur ce plan. Mais il faut le vouloir et défendre nos valeurs.
Le deuxième point est la centralité de la cohésion nationale. J’en ai – je pense – suffisamment parlé
Enfin, le dernier point est que je considère qu’aujourd’hui nous devons chercher à prévenir les crises plutôt qu’en gérer les conséquences, conséquences qui sont souvent lourdes et irréversibles.
C’est plus difficile à faire car plus difficilement justifiable en amont et avec des effets plus difficilement mesurables.
Mais dans l’environnement stratégique tel qu’il est, si on ne prend pas risques, on perd car, si agir c’est prendre des risques, aujourd’hui, l’inaction est encore plus risquée.
Si la France et l’Europe refusent aujourd’hui de prendre des risques, de payer le prix de leur réarmement moral, capacitaire et opérationnel, alors elles condamneront les générations futures à subir les lois dictées par d’autres.
Merci pour votre attention.