Communication de Bruno TERTRAIS « La transformation démographique du monde et son impact géopolitique »

Communication du lundi 1er juin 2026 de Bruno TERTRAIS, politologue

Thème de la communication : La transformation démographique du monde et son impact géopolitique

 Synthèse de la séance

Bruno Tertrais analyse les grandes transformations démographiques mondiales et leurs conséquences géopolitiques. Selon lui, l’humanité traverse une période historique marquée par trois évolutions majeures : la baisse généralisée de la fécondité, l’approche du pic de population mondiale et le vieillissement progressif des sociétés.

La croissance démographique mondiale ralentit fortement. Alors que la population continue d’augmenter, son rythme de croissance s’effondre et devrait conduire à un pic situé entre 2050 et 2080, avec une population mondiale comprise entre 9 et 11 milliards d’habitants à la fin du siècle. Cette évolution résulte principalement de la baisse de la fécondité, qui se rapproche progressivement du seuil de remplacement des générations (environ 2,1 enfants par femme) à l’échelle mondiale.

Parallèlement, l’urbanisation constitue l’un des phénomènes les plus marquants de l’histoire récente. Depuis une vingtaine d’années, plus de la moitié de l’humanité vit en ville. Contrairement aux idées reçues, la planète n’est pas globalement surpeuplée : la population reste concentrée dans quelques grandes régions favorables à l’activité humaine, notamment les plaines de l’Inde du Nord et les zones côtières chinoises.

Le vieillissement démographique est l’autre grande tendance mondiale. L’allongement de l’espérance de vie et la diminution des naissances entraînent une hausse continue de l’âge moyen de la population mondiale. Cette évolution modifie profondément les équilibres économiques et sociaux, notamment en réduisant progressivement la population active dans de nombreux pays.

Concernant les migrations, Bruno Tertrais souligne que les perceptions sont souvent déconnectées de la réalité statistique. À l’échelle mondiale, la proportion de migrants reste relativement stable dans le temps, autour de 3,7 % de la population mondiale. Les principaux pays d’origine demeurent l’Inde, la Chine et le Mexique, tandis que les principaux pays d’accueil sont les États-Unis, l’Allemagne et l’Arabie saoudite. Il rappelle également que le développement économique tend à favoriser l’émigration dans un premier temps, car il donne aux individus les moyens matériels de partir. Ainsi, l’augmentation des migrations africaines vers l’Europe s’explique davantage par l’amélioration du niveau de vie que par un appauvrissement du continent africain.

Les évolutions démographiques diffèrent fortement selon les régions du monde. L’Eurasie connaît un déclin marqué de sa population. L’Europe, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et surtout la Chine voient leur fécondité chuter à des niveaux très faibles. La Chine fait face à une situation particulièrement préoccupante, avec une diminution rapide de sa population active susceptible de freiner sa croissance économique future. À l’inverse, l’Afrique demeure le seul continent dont la population continuera à croître fortement pendant plusieurs décennies, malgré une baisse progressive de la fécondité. Le Nigeria illustre cette dynamique et pourrait devenir l’un des pays les plus peuplés du monde.

Ces transformations auront des conséquences géopolitiques importantes. La démographie influence directement la puissance économique à travers l’évolution de la population active. Si les tendances actuelles se poursuivent, les États-Unis pourraient conserver ou retrouver un avantage économique relatif grâce à une démographie plus favorable que celle de la Chine. L’Inde, dont la population active continuera de croître plus longtemps, pourrait également bénéficier d’un important potentiel de développement.

Bruno Tertrais souligne cependant qu’un déclin démographique n’empêche pas l’agressivité internationale. Au contraire, le sentiment de déclin peut parfois nourrir des politiques plus offensives, comme l’illustre selon lui le cas de la Russie. Il note également que la baisse du poids démographique relatif des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU pose la question de leur représentativité dans le monde contemporain. Ce poids est passé de 40% de la population mondiale en 1945 à 23% aujourd’hui.

Enfin, Bruno Tertrais évoque l’hypothèse d’une « paix gériatrique ». Les sociétés vieillissantes pourraient être moins enclines à la violence, celle-ci étant historiquement davantage associée aux populations jeunes, notamment aux jeunes hommes.

En conclusion, Bruno Tertrais montre que la démographie constitue l’un des facteurs majeurs de transformation du XXIᵉ siècle. La baisse de la fécondité, le vieillissement des populations, les dynamiques migratoires et les contrastes croissants entre régions du monde redessinent progressivement les rapports de puissance et les équilibres géopolitiques mondiaux. Ces évolutions imposent aux sociétés et aux gouvernements de faire des choix politiques, économiques et culturels déterminants pour l’avenir.

À l’issue de sa communication, Bruno Tertrais a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées L. Ravel, J.R. Pitte, F. d’Orcival, Ph. Aghion, J.C. Casanova, J. de Larosière.

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